LXX.C LECTURE
De (a Colère.
Ne sis velox ad irasccndum , quia ira in sinu stutti requiescit.
îVe soyez pas prompt à vous mettre en colère , parce qne la colère repose dans le cœur de l'insensé. Eccles. 7.
Il y a une sainte colère excitée par le zèle, qui nous porte à reprendre avec force ceux que noire douceur n'a pu corriger. Telle est la colère d'un père ou d'un maître à la vue des désordres qu'il est obligé d'empêcher. Nôtre- Seigneur lui-même fut ému de cette colère , lorsqu'il chassa du temple les profanateurs qui en violoient la saint< té ; mais la colère qui est un péché capital, est bien différente; c'est un mouvement impétueux de notre arne , qui non:; porte a repousser avec violence ce qui nous dé-
5o4 Doctrine Chrétienne.
plaît. Elle vient d'un mauvais principe ; c'est 1 effet d'une passion qui règne dans le cœur , et qui rencontre quelque obstacle. Un orgueilleux s'emporte contre ce qui blesse sa vanité ou son ambition ; un avare s'irrite , quand quelque chose dérange ses projets de fortune ; un voluptueux s'indigne , lorsqu'on traverse ses plaisirs. Cette colère n'est ni selon Dieu , ni selon la droite raison ; elle porte le trouble dans l'ame : et le désordre qu'elle y cause , se peint sur le visage . et dans tout l'extérieur de l'homme qui s'y livre; ses yeux s'enflamment , sa voix est entrecoupée , tout son corps tremble , il ne se connoît plus , il ne respecte rien. De là les injures qu'il fait eontre ceux qui en sont l'objet ; le venin coule de sa bouche à grands flots ; les médisances les plus atroces , les calomnies les plus noires , tout est employé pour les déchirer. De là les imprécations qu'il fait contre lui-même ; de là quelquefois les horribles blasphèmes que son aveugle fureur lui met dans la bouche; rien n'est sacré pour cette langue impie. 11 en vient ensuite aux dernières violences ; les cruautés les plus révoltantes suffisent à peine pour satisfaire sa vengeance , pour assouvir sa rage. Mon Dieu ! est-ce là un Chrétien ? Ce n'est pas même un homme ; la colère en a fait une bête féroce. Voilà , mon cher Théophile , les funesles effets de cette passion terrible. Accoutumez-vous de .bonne heure à la maîtriser; dès que vous en sentirez les premières atteintes , étouffez-la dans le silence , ne parlez pas tant que votre cœur sera ému; tout ce que vous diriez alors ne serviroit qu'à l'allumer davantage. Exercez-vous à la patience et à la douceur chrétienne; cette vertu
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nous fait supporter en vue de Dieu , les contradictions qui nous arrivent; elle réprime toutes les vivacités et les saillies que la colère peut exciter , elle fait qu'on ne donne alors aucun signe d'impatience ou d'aigreur , qu'on ne laisse échapper aucune parole de mépris on de plainte, qu'on a toujours un air honnête et modeste , que Ion se contraint en faveur de certains esprits dilliciles , et qu'on tâclie de les gagnera force de complaisance. C'est à la pratique de cette vertu que nous exhorte l'apôtre saint Paul , quand il nous dit : « Je vous conjure de vous conduire d^une manière qui soit digne de l'état auquel vous avez été appelés , pratiquant en toutes choses l'humilité , la douceur , la patience , vous supportant les uns les autres avec charité ; » et pour nous engager à la pratique de cette vertu , il nous rappelle à la croix de Jésus- Christ ; il nous remet (levant les yeux celui qui a souffert une si grande contradiction de la part des pécheurs qui se sont élevés contre lui ; il nous représente avec quelle patience il nous a supportés lorsque nous étions ses ennemis , combien il nous a aimés lorsque nous ne méritions que sa harne. Animez-vous donc , mon cher Théophile , par l'exemple de Jésus-Christ, à supporter tout, et efforcez-vous d'approcher de ce divin modèle, autant qu'il est permis à notre fragilité. \ ous ne pouvez assurer votre salut éternel qu'en vous rendant conforme à Notre-Seigneur , qui nous dit lui-même : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur; » et qui nous exhorte à imiter sa douceur et son humilité. «Je vous ai donné l'exemple , afin que vous marchiez sur mes traces , el que vous fassiez ce que j'ai fait le premier. »
5o6 Doctrine Chrltiesse.
Je l'avoue , ô mon Dieu ! je m'abandonne souvent à l'impatience ; la moindre contradiction me révolte : en me mettant si souvent en colère , je m'expose à contracter l'habitude de cette dangereuse passion. Je sens la nécessité de vaincre mon impétuosité naturelle , et de me former de bonne heure a la patience. J'ai mes défauts , je suis bien aise qu'on les supporte ; il est bien juste que je supporte aussi ceux de mes frères. Faut-il , ô mon Dieu , que j'aie tant de répugnance à observer une loi que vous m'avez si bien enseignée par vos leçons et par vos exemples ? faut-il que je sois si sensible à un léger mépris , tandis que je vous vois souffrir avec une patience inaltérable les plus noires calomnies , les plus sanglans outrages , et endurer le supplice de la croix sans laisser échapper la moindre plainte ? Jésus , qui êtes le Dieu de paix ; Jésus , qui êtes doux et humble de cœur, et qui me commandez d'imiter votre douceur, aidez-moi à réformer mon naturel impétueux , faites qu'il ne m'arrive jamais de rendre le mal pour le mal , et qu'à votre exemple , je garde un profond silence lorsqu'on me dira des injures. Vous déclarez heureux ceux qui sont doux ; vous appelez enfans de Dieu ceux qui aiment et entretiennent la paix : donnez-moi , ô mon Dieu ! ce caractère pacifique , cette humeur douce et facile que vous voulez trouver dans vos enfans.
Pratique.
Vivre en paix avec tout le monde , en supportant les défauts des autres.
Décalogue. 307