VI.' LECTURE
Nécessité d'une religion.
T'unctc Dominant , et date Mi honon m.
Czaign«z le Seigneui , et reades-lui hommage. Apoc. 1 i .
JifaulhonorerDiou , c'est-à-dire, leconnoitro, l'aimer et le servir. La religion consiste à rendre à Dieu le culte souverain qui lui est dû. Ce culte est un humble hommage que l'on rend à Dieu comme h l'Etre suprême. .Nous le lui devons à cause de ses perfections infinies , et à cause des bienfaits dont il nous comble. Dieu est le souverain Seigneur de toutes choses; nous lui appartenons à beaucoup plus de titres qu'un esclave s'appartient à son maître; nous devons donc le servir, et faire sa volonté en tout. Dieu est infiniment grand, infiniment juste, infiniment puissant ; nous devons le respecter et le craindre. Dieu est infiniment bon; bous devons l'aimer et nous attacher à lui. \ oiis le Bavez , mon cher Théophile, c'est Dieu qui vous a l'ait ce cpie vous êtes; tout ce que \ <>u- avez , c'est de lui que vous l'ayez reçu : il vous a créé, il vous conserve; il ne cesse de répandre sur vous ses bienfaits depuis que
vous êtes au monde. Tous les avantages dont vous jouissez , soit du côté de l'esprit , soit du côté du corps, vous les tenez de sa main bienfaisante. Son amour pour vous n'est pas encore satisfait , il vous prépare des biens infiniment plus précieux que ceux qu'il vous a déjà accordés ; il veut vous rendre éternellement heureux. Vous lui devez incomparablement plus qu'un enfant ne doit à son père. C'est donc pour vous un devoir indispensable de l'honorer, de l'aimer et de le servir. Que penseriez-vous d'un fils dénaturé, qui n'auroit que de l'indifférence pour le plus tendre, pour le meilleur de tous les pères? Ne le regarderiez-vous pas comme un monstre? Quel nom devez-vous donc donner h un homme quirefuseroit de rendre à Dieu le culte qui lui est dû à tant de titres? \ ainement di roit-on que Dieu est trop grand et trop élevé au-dessus de nous , pour s'intéresser à l'honneur que nous lui rendons. Sans doute Dieu n'a pas besoin de nos hommages , mais il est juste; il veut ce qui est conforme à la raison , à l'équité , à l'ordre ; et il est dans l'ordre que la créature honore son créateur , et qu'elle lui marque sa reconnoissance. Dieu exige donc que nous l'honorions , non parce que cela lui est avantageux , mais parce que c'est un devoir que nous avons à remplir. Est-il convenable que Dieu ait fait l'homme capable de connoîlre et d'aimer son auteur , sans exiger qu'il s'acquilte de cette obligation essentielle? Un père peut-il donc dispenser son fils de lui témoigner son respect et son amour ? En voilà assez , mon cher Théophile , pour vous convaincre que nous devons à Dieu , et que Dieu exige de nous
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un culte religieux. Mais quel est ce culte ? C'est ce qu'il faut maintenant vous expliquer. Promièremenl nous devons à Dieu un culte intérieur , qui consiste à le coimoitre et à l'aimer. C'esl cette connoissance et cet amour de Dieu qui fait l'essence de la religion : sans cet hommage de l'esprit et du cœur, on ne sauroit honorer la divinité. « Dieu est esprit , dit Notre- » Seigneur j il faut l'adorer eu esprit et en » vérité. «Secondement, nous devons à Dieu un culte extérieur et sensible , c'est-à-dire , qu'il faut manifester au-dehors les sentimens de notre ame. C'est Dieu qui a créé notre corps aussi bien que notre aine : le corps doit donc honorer Dieu à sa manière , et concourir avec l'esprit à lui rendre hommage. Si nous étions de purs esprits , notre religion seroit toute ultérieure; mais comme nous sommes des esprits unis h des corps , il manqueroit quelque chose au culte que nous rendons à Dieu , si le corps n'y avoit aucune part. Cela n'est pas même possible; car , pour peu que l'on s'observe soimême, on s'aperçoit que l'ame n'est jamais affectée de quelque sentiment , qu'aussitôt ce sentiment ne se produise au dehors par certaines actions qui en sont comme les signes et les interprètes. Supposez un homme pénétré de respect et d'amour pour Dieu , plein d'admiration pour ses perfections , de reconnoissance pour ses bienfaits , de confiance en sa bonté ; vous vous représenterez nécessairement cet homme tantôt humblement prosterné devant Dieu , tantôt chantant ses louanges , tantôt levant les mains et les yeux au ciel; et vous sentez , mon cher Théophile , que si vous étiez
5o Doctrine Chrétienne.
dans ces heureuses dispositions , vous les manifesteriez au dehors par les mêmes actions.
De plus , il faut un culte public , parce que les hommes étant destinés à vivre en société , ils doivent se réunir pour bénir et adorer en commun celui qui les a tous créés. Sans un culte public , la religion ne peut subsister longtemps parmi les hommes; ils ont besoin de s'édilier mutuellement , et de s'exciter les uns les autres à la pratique de leurs devoirs. Aussi , dès la naissance du Monde, les hommes se sont rassemblés pour rendre ensemble leurs hommages et leurs vœux au Seigneur. Partout on trouve un culte rendu à la divinité au nom des peuples. La même lumière qui découvre à l'homme l'existence de Dieu , lui fait connoitre l'obligation où il est de l'honorer. Ce culte étoifc différent chez les diiférens peuples; mais il avoit partout le même fondement , c'est-à-dire , la nécessité d'honorer la puissance suprême de qui ils dépendent. Tant il est vrai que l'homme entend sans cesse au dedans de lui-même une voix qui lui crie qu'il a au-dessus de lui un maître souverain , à qui il doit le tribut de ses hommages.
Je le comprends , ô mon Dieu ! vous n'avez fait l'homme que pour votre gloire; et son devoir le plus indispensable, est de vous rendre un culte religieux. Je ne suis au monde que pour vous connoitre , vous aimer et vous scrv ir. Tout ce que j'ai , c'est de vous que je l'ai reçu ; il est bien juste que je le consacre à votre service. Toutes les facultés de mon arac et de mua corps doivent être employées à votre gloire , mon esprit ù vous connoitre , mon cœur à vous
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aimer , ma langue à vous bénir et à vous louer. Eh ! quelle autre créature vous rendait , o mon Mien , l'hommage qui vousesl dû ! Sans] homme tout»- || nature est muette; c'est à l'iiounue à vous rendre en son nom «les actions do grâces; ■ 'est à l'homme qu'il appartient de vous payer le tribut de reconnaissance et d'adoration que toutes les créatures vous doivent. Voilà sa destination : vous avez fait tout le reste pour l'usage de l'homme : mais vous voulez qu'il rapporte tout à votre gloire et qu'il s'y rapporte lui-même. Je le sens, ô mon Dieu ! mon bonheur consiste â remplir ce devoir. Je ne puis être heureux qu'en ni'attacliant à vous, tout autre objet ne sauroit satisfaire les désirs de mon cœur. Vous seul êtes la source des véritables biens : il n'y a point d'autre science nécessaire que celle de vous connoître, point de plaisir solide que celui de vous aimer , point d autre gloire que celle de vous servir.
Pratique.
Rapporter tout à Dieu.