‹ Doctrine chretienne en forme de lectures de pietéChapitre 64 sur 87 · LXXX.e LECTURE · texte numérisé non relu

LXXX.e LECTURE

Du Sacrement de Pénitence.

Quorum remùseritis peccata , remit t uni tir cis.

Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettre?, Joan. 20.

Dieu ne s'est pas contenté de nous donner la vie spirituelle par le Baptême; comme nous pouvons perdre cette vie précieuse , il nous a préparé un moyen pour la recouvrer , après l'avoir perdue. Ce moyen , c'est le sacrement de Pénitence , qui a la force de remettre tous les péchés commis après le Baptême. Que la miséricorde de Dieu est grande , mon cher Théophile ! quels sentimens de reconnoissance ne doit-elle pas exciter dans votre cœur ! C'étoit déjà beaucoup que le Seigneur nous eût accordé une grâce qu'il n'a point faite aux anges rebelles , qu'il nous eût donné un Sauveur , et qu'il nous en eût appliqué les 'nérites dans un premier sacrement. Il pouvoit abandonner ceux qui , après avoir reçu cette première grâce , se souilleroient de nouveau par le péché : mais non , il n'a point

usé des droits de sa justice, il veut bien recevoir une créature rebelle toutes les fois qu'elle revientà lui, et il luia préparé unesecondeplanche après le naufrage ; c'est l'expression dont se servent les Pères de l'Eglise , en parlant du sacrement de Pénitence , parce qu'il est la seule ressource qui reste à un Chrétien , quand il a eu le malheur de perdre la grâce du Baptême. Ce sacrement a été institué par Jésus-Christ , lorsqu'après sa résurrection il souflla sur ses apôtres , et qu'il leur dit : « Recevez le Saint- » Esprit ; les péchés seront remis à ceux 'à qui «vous les remettrez , et ils seront retenus à » ceux à qui vous les retiendrez. » Par ces paroles , il les a établis juges des péchés , et il leur a donné à eux et à leurs successeurs , le pouvoir de les remettre et de les retenir , en promettant de ratifier dans le ciel le jugement qu'ils prononceroienl sur la terre. Il en avoit fait la promesse pendant sa vie, lorsqu'il avoit dit à saint Pierre: «Je vous donnerai les clefs du royaume » des cieux; tout ce que vous lierez sur la terre » sera lié dans le ciel , et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » ( Matth. 16. ) La Pénitence est donc un sacrement qui remet les péchés ; quels péchés ? tous les péchés actuels , sans exception. Oui , mon cher Théophile, ce sacrement a, par l'institution de Jésus-Christ , la verlu de remettre toutes sortes de péchés : il n'y a point de crimes si énormes qu'il ne puisse effacer , non-seulement une fois , mais toutes les fois qu'on y a recours avec les dispositions nécessaires. Les péchés mortels en sont la matière principale ; celui qui est coupable de ces péchés qui donnent la mort

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«1 noire arae , ne peut en obtenir la rémission que

par ce sacrement. « Que personne ne dise : je » i*ais pénitence en mon particulier ; je fais pé- » nilence devant Dieu : cela ne suffit pas , dit » saint Augustin , il faut recourir au sacrement. »Scr<>it-ce donc en vainque Jésus-Christ auroil » dit aux apôtres et h leurs successeurs : Les * péchés que vous remettiez seront remis ? » Seroit-ce en vain que les clefs auroient été «données à l'Eglise ? Non : comme les péchés commis avant le Baptême ne peuvent être remis que par ce premier sacrement , de même les péchés commis après le Baptême ne peuvent être effacés que par le sacrementde Pénitence : je parle des péchés mortels ; car pour ce qui est des péchés véniels , on peut en obtenir la rémission par des prières et d'autres bonnes œuvres. Il est cependant utile de les soumettre au pouvoir des clefs , et d'en recevoir l'absolution , parce qu'il est souvent très-difficile de distinguer ce qui est péché véniel de ce qui est péché mortel , et parce que l'absolution que l'on en reçoit augmente la grâce en nous. Le sacrement de Pénitence est donc comme un second Baptême , offert aux pécheurs qui auroient perdu la grâce du premier; mais remarquez-le bien , mon cher Théophile , ce second Baptême est un Baptême pénible et laborieux , qui demande des larmes , des gémissemens , des travaux. Au lieu que dans le premier , Dieu voulant signaler sa pure miséricorde , tient le pécheur quitte de tout , sans rien réserver; dans le second , par une conduite mêlée de miséricorde et de justice , il ne se réconcilie avec lui qu'à des conditions dures et humiliantes, t En

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» elTct , dit le concile de Trente , la justice de » Dieu exige qu'il suive des règles différentes , » pour recevoir en sa grâce ceux qui , avant le » Baptême , ont péché par ignorance , et ceux » qui , après avoir été une fois délivrés de la » servitude du péché , et après avoir reçu le » don du Saint - Esprit , n'ont pas craint de » profaner son temple , et de conlrisler l'Esprit » saint. » D'ailleurs , les saintes rigueurs de la Pénitence sont non-seulement un remède salutaire pour l'expiation des péchés passés , mois encore une espèce de frein qui en arrête le cours , qui réprime les passions de l'homme , et qui l'oblige d'être à l'avenir plus vigilant et plus ferme à résister aux attraits séduisants de la chair et du monde.

Hélas ! Seigneur , que nous serions malheureux si après avoir perdu l'innocence du Baptême , il n'y avoit plus de moyen pour la recouvrer ! Vous pouviez ne nous délivrer qu'une fois de l'esclavage du démon , et nous abandonner , si nous venions à perdre cette première grâce par notre faute : nous n'aurions pas eu à nous plaindre; et ce malheur irréparable, nous n'aurions pu l'imputer qu'à nous-mêmes; mais vous connoissez notre fragilité , et vous êtes riche en miséricorde ; vous nous ouvrez une voie pour notre retour à la grâce ; vous avez institué un sacrement qui a la force de remettre tous nos péchés , et de nous rétablir dans notre première innocence. O bonté ! ô miséricorde de mon Dieu ! que vous revient-il donc du salut de la créature , pour sacrifier ainsi en sa faveur les droits de votre justice ? 11 est vrai que, pour accorder cette seconde réconciliation , vous

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exiges? de grands gémissement! et aes exercices pénibles : mais n'est-il pas juste qu'un ingrat qui a abusé de vos bienfaits , soit traité plus sèverement que celui qui n'a pas encore reçu la grâce du Baptême? Âb ! Seigneur , rien ne me paroîtra difficile pour réparer la perte que j'ai faite; je me soumets volontiers à toutes les rigueurs de la pénitence ; trop heureux qu'à ce prix je paisse rentrer en grâce avec vous.

Pratique.

Recourir souvent au sacrement de Pénitence.

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