LXXXI.- LECTURE
De la Contrition.
Scito et vide quia matum et amarum est retùjuissc te Dotninum Dcum tuum*
Comprenez quel malheur c'est ponr vous , et combien il doit vous être amer d'avoir abandonne le Seigneur votre Di-ou. Jerem. 2.
J l y a trois conditions nécessaires pour recevoir l'absolution de ses péchés ; il faut que le pécheur haïsse et déteste ses péchés par la contrition , qu'il les déclare au prêtre par la confession , et qu'il répars , autant qu'il est en lui , par la satisfaction , l'injure qu'il a faite à Dieu et au prochain. Vous désirez , sans doute , mon cher Théophile , qu'on vous explique chacune de ces trois parties du sacrement de Pénitence : je comnx-Mce par la contrition', qui est la première et la plus indispensable des trois. La contrition
oôo Doctrine Chrétien*!".
est une douleur et une détestation du péché que l'on a commis , avec une ferme résolution de n'en plus commettre à l'avenir. Cette première disposition est si nécessaire , que sans elle aucun péché , même véniel , ne peut jamais être rerais. Une maladie qui oie l'usage de la parole , dispense de la confession : une mort prompte exempte delà satisfaction ,"au moins dans cette vie ; mais rien ne peut nous dispenser de la contrition. « Il n'y a , dit le prophète , qu'une » ame pénétrée de douleur et de tristesse à » cause de la grandeur du mal qu'elle a fait , » qui rende gloire à la justice du Seigneur. » A qui Dieu promet-il , dans l'Ecriture , le pardon de leurs péchés ? ce n'est qu'à ceux qui se convertissent à lui de tout leur cœur , dans les pleurs et dans les cris d'une douleur amère ri profonde , qu'à ceux qui déchirent leur cœur , et non pas leurs vêtemens. A qui lisons-nous que Dieu a accordé en effet ce pardon ? ce D'est qu'à ceux qui ont pleuré amèrement leurs crimes. Ecoutez , mon cher Théophile , les génuV semens de ces saints pénitens : « Mon père , » dit l'enfant prodigue , j'ai péché contre le » ciel et contre vous , je ne suis plus digne d'être » appelé votre fils. J'ai péché contre vous , Sei- » gneur , dit le saint roi pénitent , et mon ini- » quité est toujours présente à mes yeux. » Qui ne voit pas dans ces paroles l'expression du repentir le plus amer ? La contrition , pour être suffisante , doit avoir quatre caractères ; elle doit être intérieure , c'est-à-dire , dans le cœur , et non pas seulement sur les lèvres; il ne suffit pas de dire ou de prononcer des actes de contrition , c'est le cœur qui a péché , c'est dans le
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cœur que doit être la douleur et la détestation du péché. La contrition doit être surnaturelle ; il faut qu'elle soit excitée par un mouvement du Saint-Esprit, et non par un mouvement de la nature; détesler son péché, parce qu'il nous a causé quelque malheur temporel; par exemple, un châtiment, une maladie , une perte de biens; ce n'est point là une contrition suffisante pour en obtenir le pardon , il faut s'en repentir en vue de Dieu , parce que le péché l'offense , et qu'il lui déplaît [souverainement. La contrition doit être souveraine , c'est-à-dire , l'emporter sur toute autre douleur ; en sorte que nous soyons disposés à tout perdre , plutôt que d'y retomber. En effet , le péché est le plus grand de tous les maux , et il nous fait perdre le plus grand de tous les biens , le souverain bien : nous devons donc en être plus affligés que de tous les maux du monde. Il n'est cependant pas nécessaire que celte douleur soit sensible ; elle peut être au fond de notre cœur , sans se manifester au dehors autrement que par les œuvres qui en sont l'effet et la preuve. Enfin , la contrition doit être universelle , c'est-à-dire , qu'elle doit s'étendre à tous les péchés mortels que l'on'a commis. On n'a point une véritable contrition , s'il y a un seul péché mortel auquel le cœur demeure attaché ; la raison en est que tout péché mortel est une grande injure faite à Dieu , que tout péché mortel mérite l'enfer. Il n'y en a donc aucun que nous ne devions haïr et détester , si nous voulons rentrer en grâce avec Dieu. Pour avoir cette contrition , vous devez , mon cher Théophile , la demander à Dieu par des prière* humbles et ferventes.
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Nous pouvons bien , par nos seules forces , offenser Dieu , mais nous ne pouvons, sans son secours , nous en repentir comme il faut. Vous devez ensuite réfléchir sur les motifs qui sont propres à l'exciter dans votre cœur. Considérez quel est celui que vous avez offensé ; c'est votre Créateur , c'est votre Père , qui vous a comblé de biens ; qui vous a racheté au prix de son . sang : quelle ingratitude ! Considérez ce que vous avez perdu parle péché; un bonheur éternel vous étoit réservé , et vous n'y avez plus aucun droit : quelle perte ! Considérez a quoi vous expose votre péché; il vous rend digne do l'enfer , ce séjour de larmes, de rage et de désespoir , où l'on bride éternellement : quelle horrible destinée ! Il n'est pas possible de réfléchir sérieusement sur ces grandes vérités, sans en être ému , et sans concevoir de la haine pour le péché. La contrition est différente selon les différens motifs qui la font naître; elle est parfaite , quand on est fâché d'avoir offensé Dieu , parce qu'il est souverainement bon ; alors elle justifie le pécheur par elle-même , avant qu'il ait reçu l'absolution , pourvu qu'il la désire néanmoins , et qu'il la reçoive , s'il le peut. La contrition est imparfaite , quand elle n'est produite que par la honte d'avoir commis le péché , ou par la crainte d'en recevoir le châtiment ; et alors elle ne justifie point le pécheur, mais elle le dispose à recevoir la justification dans le sacrement , pourvu qu'elle ait toutes les qualités nécessaires pour une vraie contrition.
Donnez-moi vous-même , ô mon Dieu ! la contrition qui est nécessaire pour obtenir lo pardon de mes péchés; brisez mon cœur de la
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plus vivo douleur , à la vue de mes iniquités, faites-m'en concevoir toute la haine et la délestation quelles méritent ; inspirez-moi la ferme résolution d'y renoncer pour toujours. .Mon cœur resteroit insensible , si vous ne le touchiez par votre grâce ; amollissez-en la dureté : ma volonté demeureroit attachée au mal , si vous ne l'aidiez à rompre ses liens; brisez ses chaînes, o mon Dieu ! faites que je connoisse la difformité du péché , et que je sois saisi de crainte h la vue du châtiment qu'il mérite. Je vous ai offensé , vous qui des mon pieu , mon Créateur, mon souverain Maître; j'ai perdu le droit h l'héritage céleste que vous me destiniez ; j'ai mérité l'enfer. Ayez pitié de moi , Seigneur , ayez pitié' de moi ; j'ai horreur de mon iniquité , j'y renonce pour toujours. Vous mettez dans mon cœur une douce confiance que vous mo pardonnerez : que vous êtes bon, ô mon Dieu I c'en est fait , je veux commencer h vous aimer et à vous servir avec fidélité tous les jours de ma vie.
Pratique.
S'appliquer principalement à exciter la contrition dans son cœur , quand on va à confesse.