‹ Doctrine chretienne en forme de lectures de pietéChapitre 66 sur 87 · LXXXII.e LECTURE · texte numérisé non relu

LXXXII.e LECTURE

Du bon Propos.

Derelinquat impius riam siiam , et vîr iniquus eogitalionet sua* , et revertaiur ad Dominum , et Dominus miserebitur

Que l'impie quitte sa voie , et le pécheur ses pensées et çu'il retourne au Seigneur , et le Seigneur lui fera misé, ricorde. Isaic. 55.

.La contrition doit renfermer le bon propos , c'est-à-dire , la ferme résolution de ne plus pécher à l'avenir. Remarquez bien , mon cher Théophile , que ce doit être une volonté déterminée , et non pas un foible désir de se corriger. On ne peut pas obtenir le pardon de ses péchés, si l'on n'y renonce de tout son cœur , et si l'on n'est dans la disposition que le saint roi David exprime par ces paroles ; « Oui , je l'ai juré , je » l'exécuterai , je garderai les saintes ordon- » nances de votre justice. » Dieu s'explique lui-même dans l'Ecriture , sur la nécessité de ce bon propos. « Que l'impie quitte sa voie , et » le pécheur ses pensées , et qu'il retourne au » Seigneur , et il lui fera miséricorde. » Il n'y a donc de miséricorde à espérer que pour celui qui renonce au péché. Dieu ne nous pardonne nos péchés qu'autant que nous nous en repentons sincèrement; et quand ce repentir est sincère , on l'ait tous ses efforts pour n'y plus retomber. Dailleurs , ne seroit-ce pas se moquer de Dieu que de lui demander pardon d'un péché que l'on voudroit encore commettre ! Mais comment distinguer un ferme propos d'un désir

Sacremehs. 35a

foible et insuflisant? Je vais vous l'apprendre , mon cher Théophile. 11 y a trois marques auxquelles on peut reconnoitre le bon propos; la première est de changer de TÎCé Un jeune homme étoit orgueilleux , emporté , indocile , menteur , négligent dans ses devoirs, dissipé dans ses exercices de piété ; il devient doux , humble , obéissant , appliqué au travail , vrai dans ses discours , recueilli dans la prière , modeste à l'Eglise : voilà une preuve sensible delà sincérité de sa résolution ; on ne peut douter qu'il n'ait eu le bon propos. Mais celui en qui l'on n'aperçoit aucun changement de conduite , n'avoit pas renoncé véritablement au péché ; ses promesses n'étoient que sur les lèvres , et non pas dans le cœur : où il n'y a point d'amendement , il n'y a point de véritable repentir. La seconde marque est d'éviter les occasions qui portent ordinairement au péché ; il y en a de deux sortes : les unes portent au péché par elles-mêmes , comme les mauvais livres , les spectacles , les bals , les mauvaises chansons , les peintures déshonnêtes , les mauvaises compagnies. Les autres ne sont occasions de péché qu'à cause de la foiblesse et de la disposition des personnes qui y sont engagées ; telles sont certaines professions légitimes par elles-mêmes , mais qui deviennent un occasion d'ofFenser Dieu pour ceux qui n'ont point assez de lumière ou assez de force pour en remplir les devoirs. On est obligé de quitter toutes ces occasions; et si l'on y demeure volontairement, c'est une marque que l'on n'a pas un ferme propos de se corriger. Le Saint-Esprit nous avertit que celui qui aime le danger y périra.

356 Doctrine Cnr.tTiEXXE.

il en coûte quelquefois beaucoup pour se séparer des occasions , mais il faut se résoudre à en faire le sacrifice , si l'on ne veut pas se perdre pour l'éternité. C'est le sens de ces paroles de Notre-Seigneur : « Si votre œil droit , ou si votre main droite sont pour vous un sujet de scandale et de chute , arrachez-les , et jetez-les loin de vous ; car il vaut mieux pour vous qu'un de vos membres périsse , que si votre corps étoit jeté tout entier dans l'enfer. » C'està-dire , quand ce qui vous porte au péché vous serait aussi cher et aussi précieux que votre œil droit et votre main droite , il faut vous en séparer , si vous voulez vous sauver. Enfin , la troisième marque d'un ferme propos est de travailler à détruire ses mauvaises habitudes, c'est-àdire la facilité que l'on a à commeitre certains péchés où l'on tombe fréquemment. Il faut pour cela veiller beaucoup sur soi-même , faire souvent des actions contraires à ses habitudes; par exemple , des actions de douceur contre la colère , d'obéissance contre l'indocilité , et s'imposer à soi-même quelque pénitence toutes les fois qu'on aura succombé à sa mauvaise habitude. Mais si l'on ne fait aucun effort pour la vaincre , si l'on n'évite pas les dangers d'y retomber , si les chutes sont aussi fréquentes qu'auparavant, si l'on ne gémit pas devant Dieu , si l'on ne se hâte pas de s'en purifier par la confession , c'est une marque certaine que l'on n'a point eu le bon propos.

Je prends devant vous , ô mon Dieu ! la ferme résolution de ne plus retomber dans mes péchés passés , et de vous servir désormais avec une constante fidélité. Ah! ne serois-je pas indigne

Sa cre siens. 357

de pardon , si je n'en avois qu'une volonté foiLle el chancelante i} Je veux changer de vie , et prendre tous les moyens de corriger mes mauvaises inclinations. Dès ce moment , je renonce ii ces lectures , à ces compagnies , à ces entretiens qui ont été la cause de mes chutes. Mais , Seigneur, toutes nies précautions et mes eflbrts seront inutiles , si votre main puissante ne me soutient. Rendez ma résolution eilicace; elle vient de vous ; accordez-moi la grâce de l'exécuter ; défendez-moi , protégez-moi contre les teniations du démon , et surtout contre ma propre foiblesse. Oui , mon Dieu , ce qu'il y a de plus à craindrepour moi , c'est ma foiblesse ; mais tous pouvez, mais vous voulez me fortifier: cette pensée me rassure ; avec vous je triompherai de tout.

Pratique.

Renouveler tous les jours la résolution qu& l'on a prise de se corriger.

LXXXÏU.6 LECTURE.

De la Confession.

Di.vi : ronptebor adoersùm mu injustitiam mcam Domino , t:t tu remUisti impietaiem peccati met.

J'ai dit : jo déclarerai au Seigneur , et je confesserai moitii mi- mini iniquité , et voua avez aussitôt remis l'impiété de moq péché. Psutm. 5i.

xja. seconde partie du sacrement de Péuitence, c'est Ki confession , ou l'accusation de ses péchés. Il faut accuser au prêlie tous les pediés

mortels que l'on a commis, même ceux qui sont restés cachés au fond du cœur , comme les mauvais désirs et les mauvaises pensées. Cette obligation est une suite du pouvoir que Jésus-Christ a donné h ses ministres de remettre ou de retenir les péchés en son nom ; car ils ne peuvent juger de l'état des consciences, s'ils ne le connoissent pas , et ils ne peuvent le reconnoître que par la confession que les pécheurs en font eux-mêmes. Telle a été la pratique de l'Eglise dans tous les siècles. C'est une vérité constante , que pour obtenir la rémission de ses péchés , il faut les déclarer tous sans aucune réserve, sans aucun déguisement , et que si l'on retient volontairement un seul péché mortel , il n'y en a aucun de remis , et l'on commet un sacrilège. 11 faut , de plus , en déclarer le nombre , l'espèce et les circonstances considérables ; le nombre , en disant autant qu'il est possible , combien de fois on a commis chaque péché ; l'espèce , car ce n'est point assez de dire en général qu'on a beaucoup péché , mais on doit dire en particulier quelle sorte de péché l'on a commis , si c'est un vol, une médisance , un mensonge , etc. , sans cela le confesseur ne pourroit pas juger de l'état de notre conscience , ni prescrire les remèdes et les pénitences convenables. Jl faut encore déclarer les circonstances considérables. Il y en a de deux sortes ; les unes changent l'espèce du péché ; par exemple , voler dans une église n'est pas un simple vol , mais un sacrilège qui est une espèce de péché plus considérable que le vol. Les autres font que le péché est plus grand sans changer l'espèce ; par exemple , dérober un écu h quel-

Sàcbemens. 55f)

qu'un , c'est un larcin ; mais prendre un écu à un pauvre qui n'a rien autre chose pour vivre , c'est un péché bien plus considérable que de le prendre a un riche ; c'est là une circonstance qu'il faut déclarer. Voua sentez , mon cher Théophile , que pour faire une confession exacte de tous ses péchés , il faut s'être examiné avez soin : sans cet examen sérieux, vous ne vous rappelleriez pas plusieurs péchés que vous auriez commis , vous ne les confesseriez pas : et par une suite de votre négligence , vous n'en obtiendrez pas la rémission. Au lieu de rentrer en grâce devant Dieu , vous en deviendriez plus coupable à ses yeux. Vous devez donc , avant de vous présenter au tribunal de la pénitence , vous retirer en particulier , bannir de votre esprit toutes les pensées qui pourroient vous distraire , et là , seul avec votre conscience , demander à Dieu les lumières dont vous avezWjcsoin pour vous connoître vous-même; parcourir les coinmandemens de Dieu et de l'Eglise , les différens devoirs de votre état , pour voir en quoi vous > avez manqué ; vous rappeler , enfin , les fautes que vous avez commises , et le nombre de ces fautes , et les circonstances qui les ont accompagnées ; car votre examen doit s'étendre sur tous ces objets. Au reste , cette recherche doit se faire sans trouble et sans inquiétude : quand vous avez fait ce qui dépend de vous , quand vous y avez mis l'attention et le temps que demande une action si importante , vous devez être tranquille. Vous avez affaire à un bon Père , qui défend à la vérité la négligence , mais qui ne veut pas non plu*

a6o Doctrine Chrétienne.

que l'on se trouble , ni que l'on s'inquiète. Vous examiner avec attention , déclarer avec sincérité tous les péchés que vous connoîlrez , les détester , éviter les occasions qui pourroient vous y faire retomber; voilà tout ce qu'il vous commande. Quand même vous auriez oublié quelques péchés dans vos confessions, ils sont remis avec ceux que vous avez déclarés , parce qu'il n'y a point eu de négligence de votre part. « Les péchés dit le concile de Trente , qui ne » se présentent point à l'esprit d'une personne » qui pense avec application , sont censés com- » pris en général dans la confession qu'elle » l'ait ; et c'est pour ces péchés que nous di- » sons avec confiance , après le prophète : Pu- » rifiez-moi , Seigneur , de mes crimes cachés.» Il suffit de déclarer dans la confession prochaine le péché qui avoit été oublié.

J'irai , ô mon Dieu ! j'irai me jeter aux pi^ds de votre ministre : vous lui avez donné le pouvoir de me guérir ; mais pour faire usage de ce pouvoir, il faut qu'il connoisse les plaies de mon ame ; je les lui découvrirai , je confesserai mes iniquités : soyez dans ma bouche et dans mon cœur , pour que celte confession ait toutes les qualités qu'elle doit avoir; pour que je m'accuse de toutes mes fautes sans aucun détour , que je ne cherche point à en diminuer l'énormité , que je ne les raconte pas avec une indifférence et une insensibilité criminelles , mais que je les accuse en esprit de pénitence , dans l'amertume de mon cœur. Rendez-moi docile aux instructions que vous me donnerez parla bouche de votre ministre : ne permettes pas que je résiste aux vérités qu'il me fera

Sac remens. 56i

connoîire et aux impressions salutaires qu'il cherchera h exciter (Unis mou c eur. Donnezlui a lui même , Seigneur , la lumière dont il a besoin pour bien connoitre l'état de mon ain • , et pour me prescrire les remèdes convenables aux maladies dont elle est attaquée. Donnez-lui ce zèle qui touche , qui pénètre , qui change les cœurs, afin qu'il fixe une bonne fois le mien dans la haine du vice et dans la pratique de la vertu.

Accuser avec humilité et sincérité tous ses péchés , après un examen sérieux.^

LXXXlV.e LECTURE.

De ceux qui retiennent quelque péché à confesse.

Non eonfandaris confiteri prreata tua... qui abscondit pecentu tua , non drrig«tur ; qui autem confessut fturit et rctioucrit tu , miserioordiam couseaùetur.

* point dé honte de déclarer vo« péchés... celui qui car!>. ses fautes ae réussira pas ; mais celui qui les confesse el ^jui s'en retire , obtiendra miséricorde. Prov. \. 28.

y ors le savez , mon cher Théophile , retenir lontatrement un seul péché mortel , c'est nonseul aenl i adreTahsolution du prêtre nulle et I . mais même c'est commettre un noupéché , un sacrilège , puisque c'est pr< limer un sacrement. Alors, au lit u d'apaiser la colère

5G9 DoctMNE CbbÉ*ib*nb.

]\c Dieu , on l'outrage, on foule aux pieds le sang ado ,Me du Fils de l)iru,cpn, tombant sur un

criminelle que lorsque les Juifs ont répandu

ivoil été préparé pour nous guérir. Cependant , comluen £y a-t-il pas de Jeunes gens qm se ren dont coupables de ce crime? Quel es .sont le causes d'un malheur si déplorable ? »a™ »f Z c'est la honte de déclarer certaines tautes. Te démon , cet esprit de malice et de mensonge diminue à eurs yeux l'énormité du pèche avant Sle commettent ; et il leur en montre toute h laideur , lorsqu'il s'agit de se confesser. R en n'est plus mal fcmdé que cette mauvaise honte : Les attention , mon cher Théophile , à la forcé de raisons qui doivent la faire surmonter. U ^confesseur est obligé au secret le plus mvio- \l\e par toutes les lois divines et humaines SécPoU ses péchés, c'est comme s^n les découvroit à personne. Hors du» .bu ,nrré il ne peut faire aucun usage de ce qu

m>roches amers , ni insultes ; c est la charité

Ji t là douceur qui lui dictera les avis qu » o"s donnera, càui h qui vous déchire^

fuites n'est point un ange : c est un homme e Sable à vous , environné comme vous de

Sesses et par conséquent porté a avoir com-

dés c que votre guérison et votre retour a la c u ?est un pé?e tendre qui sera touche de m ques de confiance que vous lui donnerez

• , „ «m*era qu'à vous secourir dan, un De ^i^at.1DilcS-moi,!aUUlllc,vouSrc-

SàC RE MENS. ,-)!')."

tiwrt-eîle, quand il sagit de découvrir à un médeein quelque mal secret , surtout lorsque la j i r; esl et craindre en le tenant caché ? L'amour i ■■ la ?ie ne fait-il pas vaincre toutes les répugnances ? Comment donc cède-t-ona la honte

md rame est blessée d'une |>Iaic mortelle? Gomment o'a-t-on pas la force de la découvrir à c lui t|iij peut y appliquer de salutaires re-

lês f D'ailleurs , que gagne-t-on à dérober : njpur-d'hui au confesseur la connoissançe de 1 Peut-on la dérober à Dieu? Rie faudra-t-il pas les confesser lot ou lard , ou périr éternellement? Mon Dieu, faites sentir ces vérités à lous eciiY qui entendront celle lecture, «M 11e permettez pas qu'aucun d'eux se laisse" vaincre par une-mauvaise honte. Il en est d'autres que la crainte de ne pas l'aire leur première communion ou leurs pâques, empêche desedé couvrir au confesseur; mais rien n'est plis in-

«'• que dp pro&ner deux saccemens pour ne ]as manquer à la première communion ou au devoir pascal. Quelle disposition , ô ne... Dieu , à une action aussi sainte qu'une horrible dissi* 1 mlation ! Ne vaut-il pas mieux diffénei quelque temps à recevoir la divine Eucharistie, rme de commettre un horrible sacrilège? On se le reproche toute sa vie , eu l'en s'endurcit dans le mal cl 1 on périt misérablement. Au contraire,, celui qui a ouvert son cœur tout entier au confesseur I I qui a employé le temps convenable à s'éproi Fer, est bien dédommage ensuite de là légère épreuve à laquelle il est soumis : ce délai a été court, il est passé , il ne reste plus que k témoignage d'une bonne conscience; il sait que sa communion a été bien faite ; la paiz rè-ne

564 Doctrine Chbj&tîeîCNe.

dans son cœur; pendant tout le cours de sa vie, il bénira l'heureux moment où il a remporté sur lui-même une victoire qui lui assure une douce tranquillité sur la terre , et son salut éternel après la mort. Vous sentez, mon cher Théophile , qu'il n'y a point à hésiter; et vous êtes sans doute bien résolu de déclarer avec une entière sincérité , à votre confesseur , tous les péchés dont vous sentirez votre conscience chargée, sans écouter ni la honte , ni la crainte que le démon pourroit vous suggérer pour perdre votre ame.

iNon , mon Dieu ! je n'écouterai jamais les répugnances que je pourrois avoir à découvrir mes péchés dansle saint tribunal. Chassez loin de moi ce démon muet , quichercheroit à me lier la langue , et à me faire commettre un sacrilège horrible. Que je ne sois sensible qu'à la crainte de votre jugement , et des peines éternelles dont vous menacez les pécheurs. Non , Seigneur , y ne cacherai rien au ministre qui tient votre place , et qui vous représente ; je ne dissimulerai rien. Je sais que lui déclarer mes foiblesses , c'est les déclarer à vous-même ; et comment pourrois-je vous les cacher , à vous qui les conuoissez mieux que moi , à vous qui pénétrez dans le fond des cœurs ? S'il y a dans cet aveu quelque confusion à essuyer , n'est-il pas bien juste que je la souffre pour expier nus péchés ? ■Ne vaut-il pas mieux supporter un moment de honte que de m'exposer à une confusion éternelle ! cette humiliation , vous l'avez bien adoucie , ô mon Dieu , c'est à un seul homme que je dois en faire l'aveu ; c'est à un homme que toutes les lois obligent au secret le plus in-

Sache mens. 365

violable ; c'est h un pécheur comme moi , qui n lui-même ses propres foiblessesà pleurer , et qui esl disposée compatir aux miennes. Cette peme légère sera récompensée par le soulagement que mon aine éprouvera ; ma conscience sera déchargéed'un poids qui l'accabloit , et je sortirai du lieu saint , pénétré de la plus douce consolation.

Pratique.

Ne point écouter la tentation de cacher certains péchés , mais commencer sa confession par ceux-là.

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