QUATRIÈME DEMANDE
Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour.
jiprLs les trois premières demandes qui regardent la gloire de Dieu , nous demandons au Père céleste ce qui nous est nécessaire chaque
I'our pour la vie du corps et pour celle de l'ame. )ieu est la source de tous les Liens ; c'est lui qui pourvoit a tous nos besoins dans l'ordre de la nature et dans celui de la grâce. Nous sommes tous devant lui comme des indigens qui n'ont rien que ce qu'ils reçoivent de sa main libérale. « Toutes les créatures , dit le prophète , en » parlante Dieu, toutes les créatures attendent » de vous la nourriture que vous leur donnez » en leur temps ; vous ouvrez votre main , et » elles sont rassasiées de vos biens. » Les riches eux-mêmes sont obligés de demander cha- <jue jour leur pain : pour reconnoître que tout ce qu'ils possèdent est dans la main de Dieu , qu'ils le tiennent de sa libéralité, et qu'ils peuvent le perdre en mille manières , s'il ne le leur conserve. Remarquez , mon cher Théophile , que nous demandons à Dieu , non pas des richesses superflues , non pas de quoi satisfaire notre sensualité ou notre orgueil , mais uniquement notre pain , c'est-à-dire , ce qui nous est absolument nécessaire pour notre subsistance , 6elon notre état ; encore ne devons-nous le
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demander que pour le jour présent; car Notre- Seigneur nous défend de nous inquiéter du lendemain , où nous ne sommes pas sûrs d'arriver; il veut que nous nous reposions sur sa providence , et que chaque jour nous recourions à lui , bien assurés que nous retrouverons chaque jour un bon Père , toujours également disposé à accorder à ses enfans tout ce qui leur est nécessaire : « Ne vous mettez point en peine , nous » dit-il lui-même , où vous trouverez de quoi » boire et de quoi manger pour le soutien de » votre vie , ni d'où vous aurez des vêtemens » pour couvrir votre corps ; votre Père qui est » dans le ciel sait que vous avez besoin de tou- » tes ces choses. Ne soyez point inquiets pour » le jour qui doit suivre ; à chaque jour suint p son mal. » Cette confiance en la Providence ne doit cependant pas être oisive et présomptueuse; Dieu ne veut pas favoriser la paresse , mais il nous ordonne de faire tout ce qui dépend de nous; et quand nous l'avons l'ait , de nous confier en lui , et de compter alors sur les trésors inépuisables de sa providence. La manne étoit donnée jour par jour aux Israélites dans le désert; et pendant quarante ans elle ne manqua pas une seule fois : voilà pour les besoins du corps. Nous avons aussi une ame qui a besoin d'une nourriture spirituelle ; c'est ce pain de l'ame que nous demandons principalement dans cette prière. La nourriture de notre ame, c'est la parole de Dieu , c'est la grâce , c'est la divine Eucharistie. La parole de Dieu nourrit notre ame; elle conserve les justes, et les l'ail avancer dans la justice; elle guérit les pécheurs, et les ramène à la vie de la grâce qu'ils ont
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perdue ; c est le moyen ordinaire dont Dieu se Mit pour taire entrer et croître dans noire ame , la connoissance et L'amour des vérités du salut. Vous ne devez doue jamais négliger d'entendre la parole de Dieu , mon clicr Théophile , vous de\ez l'écouler avec respect , avec attention , et avec le désir d'en profiler. La grâce est aussi nécessaire pour la vie de l'aine , que le pain matériel l'est pour la vie du corps : c'est la grâce qui soutient l'ame , qui la fortifie, qui la fait agir ; nous en avons un besoin continuel ; Dieu veut que nous demandions et que nous fassions instance tous les jours pour l'obienir. Enfin , la sainte Eucharistie est la nourriture de notre ame. Jésus-Christ lui-même nous l'assure. « En » vérité , en vérité , je vous le dis , si vous ne » mangez la chair du Fils de l'homme , et si » vous ne buvez son sang , vous n'aurez point v la vie en vous; je suis le pain vivant descendu i du ciel ; celui qui mange de ce pain vivra éler- » nellement. » Les Chrétiens des premiers sièch s mangeoient tous les jours ce pain céleste ; il 6eroit bien à souhaiter que nous pussions y participer comme eux , parce que notre ame iombe en défaillance et meurt , quand elle néglige de s'en nourrir : mais comme il faut avoir le cœur purpour recevoir la sainte Eucharistie, en priant de nous donner chaque jour ce pain de vie , nous lui demandons la pureté du cœur, qui nous mette en état de le prendre avec fruit. Oserai-je le dire , ô mon Dieu ! dès que vous êtes notre Père , cette qualité vous engage à nourrir vos enfans. Je viens donc à vous comme à la source de tous les biens ; en vous représentant 1 - besoins temporels , je ne vous demande point
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un superflu qui me seroit nuisible par l'abus que j'en ferois; je ne vous demande que ce qui m'esl nécessaire pour vivre d'une manière convenable à mon état : ce n'est point avec inquiétude pour l'avenir que je vous adresse celte prière , c'est seulement pour aujourd'hui ; demain je vous présenterai mes vœux tout de nouveau : il est bien juste que chaque jour je reconnaisse devant vous mon indigence , que chaque jour je rende hommage à votre pouvoir souverain ; mais ce que je vous demande surtout , 6 mon Dieu ! c'est de pourvoir aux besoins de mon aine; c'est votre parole qui la nourrit , c'est votre grâce , c'est l'auguste sacrement de votre corps et de, votre sang. Ah ! Seigneur , cette nourriture céleste m'est infiniment plus nécessaire encore que les alimens corporels. La vie de l'ame est bien plus précieuse que celle du corps. Remplissez mon ame de voire sainte doctrine ; faites que j« la goûte , que je la médite , et que je m'en nourrisse continuellement. Répandez sur moi l'abondance de votre grâce ; qu'elle soit ma force et mon appui dans l'extrême foiblesse où je suis. Recevez -moi souvent à la table sainte: que j'y coure avec empressement; que je fa.' se mes délices de ce pain des anges qui donne la vie éternelle.
Pratique.
Attendre tout de la Providence , quand on a fait ce qu'on a pu.
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CIY.C LECTURE.