CINQUIÈME DEMANDE
Pardonnez - nous ?ios offenses comme nous pardonnons.
U > Dieu si bon , un Père si tendre , ne devroit trouver dans ses enians qu'une docilité parfaite à sa sainte loi , et une fidélité constante et inviolable ; mais il s'en faut très-bien que les hommes aient ces senlimens , et tiennent cette conduite à l'égard de Dieu. Ils l'offensent tous les jours : la plupart l'abandonnent , violent ses commandemens dans les points les plus essentiels , et l'outragent par les plus grands crimes. Les justes mêmes tombent souvent dans des fautes qui contristent le Saint-Esprit : ils ne commettent point , a la vérité , de ces crimes qui donnent la mort à l'ame et qui la séparent de Dieu : mais ils font tous les jours des choses qui lui déplaisent. « Il n'y a point d'homme » qui ne pèche ; et si nous disons que nous » ne sommes coupables d'aucun péché , nous » nous trompons nous-mêmes , et la vérité n'est » point en nous : » Ce sont les paroles de L'apôtre saint Jean. Aussi notre divin Sauveur , qui connoissoit la foiblesse de notre nature , nous a fait un devoir de demander tous les jours à Dieu le pardon de nos offenses. U n'a mis cette demande dans la prière qu'il nous a 4nsi ignée , que parce qu'il veut nous pardonner : ii ne nous l'auroit pas prescrite . s'il c'avait pas
eu la volonté de nous accorder l'effet de cette demande. Mais pour bien faire cette prière . iî faut au moins commencer par se repentir de ses péchés : car c'est un principe dans la religion , que sans la contrition , aucun péché , ni mortel , ni véniel , ne peut être remis. Dieu ne pardonne qu'à ceux qui ont du regret de l'avoir offensé , et qui sont dans la résolution de n'y plus retomber. Il ne faut cependant pas se dispenser de prier , sous prétexte qu'on se croit éloigné de cette disposition : il faut , au contraire , prier pour la demander 5 Dieu. En lui disant : Pardonnez-nous nos offenses , nous lui demandons la grâce d'une sincère pénitence , alin d'obtenir par ce moyen le pardon de nos péchés. Quand on est dans cette disposition , l'on est sûr d'être écouté favorablement , et de parvenir à une entière réconciliation avec Dieu. Oui , mon cher Théophile , quelques péchés que vous ayez commis, quelque énormes, quelque multipliés ou ils soient , si vous en concevez une douleur sincère, vous obtiendrez miséricorde; c est Dieu lui-même qui vous l'assure : il ne met à sa promesse qu'une seule condition , ccù que vous pardonniez vous-même à ceux qui vous ont offensé. Seroit-il juste , en effet , de vouloir que Dieu nous remette nos offenses , tandis que nous ne pardonnons pas à notre prochain les fautes qu'il a commises contre nous? Seroit-il raisonnable de vouloir que Dieu use d'indulgence à notre égard , et qu'il oublie les injures que nous lui avons faites , si nous voulions nous venger de celles que nous avons reçues ? Mous disons tous les jours h Dieu : Panlomuz-nous nos offenses , comme ?ious pardonnons à ceux
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qui nous ont offenses. Le pardon que nous accordons aux autres, est donc la mesure de celui nue nous demandons à Dieu pour nous-mêmes : si nous pardonnons à notre prochain , Dieu' nous pardonnera ; si nous ne voulons pas lui pardonner , Dieu ne nous pardonnera pas non plus. Faire cette demande , et conserver dans son cœur du ressentiment contre ceux qui nous ont offensés , ce seroit donc dire à Dieu : Ne me pardonnez pas , parce que je ne veux pas pardonner à ceux qui m'ont fait de la peine; vendez-vous de moi, parce que je veux me venger deux : ce seroit prononcer l'arrêt de sa condamnation , en demandant pour soi-même le traitement que l'on fait aux autres. À Dieu ne plaise , mon cher Théophile , que vous soyei jamais dans une disposition si criminelle! vous regarderez , au contraire , comme un avantage précieux , que Dieu ait attaché votre réconciliation avec lui a une condition qui dépend de vous ; vous vous empresserez de remplir cette condition ; vous pardonnerez à vos frères les fautes qu'ils auront faites contre vous , afin que , selon les promesses de Jésus-Christ , votre Père céleste vous pardonne aussi les vôtres.
J'accepte de grand cœur , ô mon Dieu 1 la condition à laquelle vous voulez bien m'accorder la rémission de tous mes péchés; elle m'est trop avantageuse ,pournepasla remplir avec empressement ; vous avez dit : Pardonnez et Con vous pardonnera. Ah ! Seigneur , si j'ai été offensé, en quelque chose , de quelque part que ce soit , je le pardonne, je le pardonne entièrement , je le pardonne non pas de bouche seulement ni en
apparence , mais sincèrement, mais du fond de mon cœur; telle est , à ce qu'il me paroît , ma disposition intérieure. Loin de moi tout ressentiment , tout désir de vengeance : si , malgré moi , il restoit encore dans mon cœur quelque impression capable de l'aigrir , je la désavoue , je veux la combattre , en réprimer tous les sentimens, et en effacer jusqu'aux moindres vestiges. Avec cela , mon Dieu ! vous me permettrez de venir h vous et de vous dire : pardonnez-moi , parce que je pardonne; et comme je pardonne , vous écouterez votre miséricorde , parce que j'écoute moi-même mon devoir; je fais ce que vous m'avez ordonné , et j'ose me répondre avec une humble confiance , que vous ferez ce que vous m'avez promis. Charitable et indulgent envers mes frères , je trouverai en vous un père plein de bonté , de douceur et d'indulgence.
Pratique.
Ne jamais se venger, mais pardonner.