‹ Doctrine de l'Ecole de Rio de Janeiro et pathogénésie BrésilienneChapitre 27 sur 285 · DE JOSE VICTORINO DOS SANTOS E SOUZA. XXXVII · texte numérisé non relu

DE JOSE VICTORINO DOS SANTOS E SOUZA. XXXVII

nerais tous les trésors du monde pour avoir un mortier en diamant pour triturer mes médicaments homéopathiques. Le porphyre n'est à mes yeux qu'un pauvre pis-aller, qu'un excipient provisoire et indigne de la majesté de l'œuvre hahnemannienne.

Je m'arrête pour ne pas scandaliser quelques lecteurs méticuleux par l'excentricité de mes désirs et de mes espérances. 11 est tant d'hommes qui ne croient qu'après avoir vu et touché ! Il en est tant qui évitent de voir de peur d'être obligés de croire ! Hélas! il en est qui ne croient pas même après avoir vu. Aussi ces derniers sont académiciens ! Ils sont les propriétaires de la science. Ils posent les limites du possible, dictent des lois aux faits et disciplinent les théories. La presse périodique les glorifie, et le dix-neuvième siècle les admire ! Il faut être bien osé pour penser et écrire sans leur permission.

Peut-être qu'un jour cet autre océan souterrain , dont les pontifes de la science paraissent ignorer l'existence, sur les sommets fleuris de leur Parnasse, peut-être le peuple, las de renverser en vain des pouvoirs politiques, reconnaîtra enfin la cause véritable de ses maux, et s'attaquera alors à la foi menteuse, à la justice dévorante, à la science empoisonneuse, qui étouffent sous leur poids tout élan de la pensée, de la sociabilité et de l'amour. Un jour, versant par vingt cratères les laves bouillantes contenues dans son sein, l'Etna social croulera et laissera se redresser l'Encelade du génie humain, écrasé depuis des aspars d'années sous sa base. Alors tomberont les supériorités factices, et dans chaque branche du savoir humain le véritable suffrage universel fera surgir les capacités réelles, Alors les chefs de la science, stimulés par une noble émulation, l'entraîneront dans les routes du progrès, aux applaudissements de la foule.

Ce jour-là, je croirai à la révolution; car l'esprit humain émancipé saura se diriger lui-même. Jusque-là il ne fait que changer de joug. Jusque-là il marche au hasard, il s'avance de chute en chute; car, aveugle lui-même, il n'a pour le guider que des aveugles.

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A. li'HOMËOPAXHIE.

J'ai promis de faire connaître les détails du traitement homéopathique auquel Broussais s'est soumis dans les derniers temps de sa vie. Je vais tenir cette promesse.

Lorsque j'arrivai à Paris, dans le courant de 1839, et que je pris en main la propagation de l'homéopathie, un des premiers hommes que je rencontrai comme allié, fut le docteur Frappart, l'intrépide champion du magnétisme animal. Frappart, que la science vient de perdre, était en ce moment un des hommes les plus célèbres de Paris. Esprit ferme, jugement droit, plume vigoureuse, probité antique, il avait mis au service delà vérité les qualités les plus brillantes. Notre cause, nos idées, nos moyens d'action étaient trop semblables pour qu'une vive sympathie ne s'établît pas entre nous. Après la raideur d'un premier début, où cet homme singulier avait continué de cacher sous les formes les plus âpres les excellentes qualités de son âme, Frappart m'ouvrit son cœur et m'initia aux péripéties intimes de la lutte héroïque qu'il soutenait en ce moment. Pauvre, seul, méprisant les hommes, et fort seulement de son talent et de la justice de sa cause, il tenait en respect tous les corps savants et tous les individus ennemis du magnétisme. Ses lettres, monument immortel de logique, de force et de style, paraissaient de temps en temps, et chacune d'elles écrasait un de ses adversaires. Il analysait d'une manière si cruellement habile les dénégations confuses par lesquelles les grands hommes du jour voulaient éluder la connaissance des faits les plus patents, il poursuivait d'une manière si implacable les discours comme le silence des académiciens rétro-

CONVERSION DE KROUSSA1S A L HOMEOPATHIE. XX XIX

grades, que les plus hardis commencèrent à trembler à leur tour. Les rôles furent intervertis; accusés jusque-là, les magnétiseurs prirent l'offensive, et protégés par le feu de son artillerie, ils purent enfin se grouper et saper les murailles du vieil édifice scientifique, qui croule aujourd'hui de toutes parts.

Ainsi réunis par notre but commun, nous nous voyions fort souvent. Frappart me lisait ses lettres dont il polissait le style avec un soin tout particulier, et de mon côté je.lui lisais mes feuilletons hebdomadaires du Capitole, sur l'homéopathie. Nous acérions ensemble les traits de notre double polémique, et nous riions de bon cœur quand l'un de nous avait trouvé quelque coté faible pour blesser plus efficacement nos impassibles adversaires.

Je savais, car la chose était de notoriété publique, que Frappart avait traité Broussais homéopathiquement; il était nonseulement un des disciples les plus zélés, mais bien aussi l'hôte du foyer domestique, l'ami de cœur de ce grand homme.

Ces deux âpres génies, tous deux animés d'une fureur presque égale contre les vieilles erreurs, étaient rapprochés par une de ces sympathies profondes qui lient les intelligences jetées dans le même moule. Frappart, disciple ardent de la doctrine de l'irritation , avait suivi son maître sur le terrain de la phrénologie; puis, obéissant à l'entraînement de sa belle nature, il Favait devancé sur celui du magnétisme et de l'homéopathie, où il cherchait à l'entraîner. Broussais, déjà vieux, résistait comme de juste à cette influence et ne pouvait, à son âge, franchir à la fois un si large intervalle; mais il souriait intimement à cette ardeur, qui avait été la sienne et qu'il aurait retrouvée tout entière si la cruelle maladie qui l'a enlevé n'eût épuisé en ce moment toutes ses forces.

Broussais avait, dans le principe, représenté l'homéopathie comme une absurdité sans pareille et indigne de tout examen. Plus tard, en 1833, il avait dit : Si l'homéopathie n'était pas une absurdité, elle serait une vérité immense!!! Enfin, deux ans plus tard, en 185b, j'avais entendu Broussais dans sa chaire, entouré alors de rares disciples et abandonné d'une jeunesse ingrate qui s'entassait, pour entendre M. Andral, dans le vaste

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