XL CONVERSION DE BROUSSAIS
amphithéâtre qui ne pouvait la contenir ; j'avais, dis-je, entendu Broussais s'écrier : Je ne connais dans les sciences que l'autorité des faits, et en ce moment j'expérimente l'homéopathie. Un rire d'incrédulité accueillit ces paroles ; mais Broussais reprit avec plus de force, de sa voix profonde et vibrante ! ! ! J'expérimente Uhoméopathie, et toute raillerie s'éteignit devant ce grave témoignage de ce génie à son déclin. En effet, des expériences furent entreprises au Val-de-Grâce, et quoique rien n'ait été publié à leur sujet, il paraît qu'elles ébranlèrent fortement les convictions de Broussais.
Je ne manquai donc pas de presser Frapparfc sur ce point, et voici ce qu'il me répondit : J'ai eu de fréquentes conversations avec Broussais au sujet de l'homéopathie. C'était un homme trop supérieur pour ne pas s'incliner devant ce qui est grand, indépendamment de toute considération personnelle. Plus progressif que ses disciples, il avait creusé jusqu'au bout les théories, produit de sa jeunesse, et il en avait senti le vide. Aussi était-il en hostilité avec la plupart de ses disciples, dont il renversait toutes les idées. Son dernier discours d'ouverture avait même été tellement violent, que la tourbe moutonnière était dans une exaspération difficile à décrire.
Enfin, las de s'adresser à des esprits trop lents pour le suivre et comprendre la grandeur des doutes qui l'agitaient, Broussais s'était jeté avec feu dans la propagation de la phrénologie, et là, comme partout, il avait prouvé que si son esprit péchait, ce n'était pas par faiblesse.
Broussais avait donc senti que l'homéopathie contenait en elle cette vérité à laquelle il aspirait avec cette soif insatiable qui caractérise le génie. Il avait compris que, sublime destructeur, il n'avait amoncelé autour de lui que des ruines, et que l'homéopathie venait construire sur le terrain qu'il avait débarrassé. Mais, dans une question aussi grave, il ne pouvait se prononcer qu'après avoir acquis une complète certitude. A plusieurs reprises, il me demanda des médicaments pour faire des expériences au Val-de-Grâce, et il obtint ce qu'a obtenu M. Andral, quinze ou vingt faits positifs de guérison sur cent faits douteux^ mais, plus sage que lui, il comprit que dans de pa