‹ Doctrine de l'Ecole de Rio de Janeiro et pathogénésie BrésilienneChapitre 42 sur 285 · EXPÉRIENCE SUR L'HOMME SAIN. S · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE SUR L'HOMME SAIN. S

à l'état sain. C'est par une longue récolte de faits àposteriori qu'Hippocrate pouvait entrevoir les qualités d'un médicament; Hahnemann, par un travail à priori, les étudie sur l'homme sain, et détermine leur application à tous les cas morbides auxquels elles correspondent. L'un accumule des faits, dont il entrevoit à peine la loi commune; l'autre établit un principe général auquel tous les faits particuliers doivent être soumis. L'un a posé les bases de l'empirisme, l'autre de la théorie médicale; Hippocrate a créé l'art, Hahnemann la science de guérir. Hahnemann, créant la pathogénésie, cette base de la médecine véritable, a complété la physiologie et l'a rattachée à la pathologie.

Pendant que toutes les connaissances médicales étaient appuyées également sur l'expérience clinique et sur l'étude de l'homme normal, la thérapeutique seule, se traînant honteusement dans l'ornière de la routine, se basait encore sur l'observation des maladies; quel médecin eût osé parler d'anatomie pathologique, et avouer qu'il ignorait et méprisait l'anatomie normale? Cependant, tous les jours on voyait les plus illustres praticiens opposer aux maladies des substances dont l'action pure leur était profondément inconnue.

C'est une vérité dure à énoncer, et cependant il est certain que la médecine, si brillante sous certains rapports, est sous celui-ci au-dessous de toutes les sciences, de tous les arts. Il n'est pas d'industrie si obscure, dont l'artisan n'éprouve les instruments avant de les employer. L'architecte étudie la résistance et la ténacité des matériaux qui entrent dans ses constructions; le menuisier, la direction et la nature des libres du bois ; avant d'étaler ses couleurs sur la toile, le peintre les prépare et les essaye sur sa palette. Le médecin seul employait des instruments inconnus, et cependant c'était la vie de l'homme qui était le but de son art!

Ce sont cependant des médecins qui, à propos d'expériences pures, ont osé parler d'humanité. Ils ont dit qu'il était barbare d'exposer des hommes bien portants à des expériences dangereuses; et l'on ne craint pas, dans les hôpitaux, d'administrer à des centaines de malades des drogues dont l'effet est inconnu, avec le faible espoir que le hasard mettra en face une fois la maladie et son remède approprié !

Ce n'est point ainsi que pense riioméopathiste. Prodigue de

sa santé pour les progrés de la science, il est avare des douleur de ses malades. Il pense qu'il vaut mieux provoquer quelque légère incommodité chez un homme bien portant, que de risquer la vie de centaines de malheureux, et il trouve dans la sublimité de son but le courage et la persévérance nécessaires pour se soumettre à tous les sacrifices. Oh! si Ton savait quelles jouissances inconnues procurent ces travaux patients et solitaires, par lesquels l'homéopathiste arrache à la nature le secret des vertus curatives d'un médicament, on envierait notre sort au lieu de le plaindre. Chaque pas dans cette carrière nous révèle des faits dont chacun est un nouveau bienfait pour l'humanité, et nous apprend à vaincre une de ses douleurs; et ces découvertes ne sont pas destinées à un éclat éphémère, elles ne s'appliquent pas seulement à l'époque actuelle, mais elles seront reçues avec transport par nos descendants, et transmises de génération en génération parla reconnaissance de tous les âges.

Maintenant que la nécessité de l'expérience pathogénétique est établie, que l'on ouvre une matière médicale ordinaire, et celle de Hahnemann, pour apprécier la différence des résultats. Dans l'une vous trouverez quelques indications confuses, basées sur des traditions, des préjugés vulgaires, des assertions contredites au même instant par des affirmations contraires ; enfin , d'après l'expression de Bichat, qui devait s'y connaître, un mélange absurde, un amas incohérent d'opinions contradictoires. Celle de Hahnemann, au contraire, basée sur l'étude des faits, vous présente un tableau fidèle de l'action de chaque médicament. L'observateur décrit minutieusement tous les changements appréciables qu'il produit dans chaque appareil, dans chaque organe de l'économie; non content d'entrer dans des détails inouïs pour un médecin de l'Ecole par leur minutie et leur exactitude, il ouvre des régions nouvelles et inconnues. Il fait aux sensations une part aussi large que celle que l'on accordait jusqu'ici aux lésions matérielles. Il étudie les modifications du sommeil, la nature des songes, et enfin il aborde le champ, inconnu jusqu'ici au médecin, de la pathogénésie morale. Ij décrit les élans de l'imagination, la nature des idées, les tendances passionnelles, que toute substance produit d'une manière spécifique dans l'âme humaine.

C'est grâce à ce travail que la médecine peut enfin aborder le tra i-

LOI DES SEMBLABLES

tenient des maladies mentales, pour lesquelles l'impuissance des moyens grossiers de l'allopathie est assez notoire. C'est par lui que, même dans les maladies ordinaires, un homéopathiste, irrésolu sur le choix d'un médicament, trouve souvent le moyen de se fixer d'une manière définitive.

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