CHAPITRE IV
Quantité, choix de la dilution* répétition, mode d'administration.
De toutes les lacunes laissées par Hahnemann dans YOrganon et léguées par lui aux méditations de ses disciples, la plus importante est sans contredit la posologie homéopathique. Depuis plusieurs années nous avons travaillé à la combler, et nous pensons que les
doctrines professées à l'Ecole homéopathique de Rio ne laissent plus rien à désirer à cet égard.
La question des doses, prise en elle-même, renferme deux points: la quantité et la dilution.
Quant à la quantité, elle ne saurait être trop faible. La matière est divisible à l'infini. Chaque tour du pilon divisant chaque atome en deux parties seulement, produit, en une heure, une telle quantité de molécules, que chaque globule en contient plusieurs millions. Ce globule suffit donc non-seulement a un malade, mais au besoin pour des centaines et des milliers. Il nous est arrivé plusieurs fois de traiter des cargaisons entières d'Africains infectés de petite vérole et importés au Brésil par des négriers. Un globule de Vaccine, d'Arsenic ou de Mercure dissous dans un litre d'eau et distribué par petites cuillerées à tous les malades, tel fut souvent le début de notre traitement, en attendant que Ton pût tirer quelques renseignements individuels de ces malheureux, qui parlaient une langue inconnue pour nous. Or, dans ce cas-Là nous ne nous sommes jamais aperçu qu'un centième de globule eût un effet moindre qu'un globule entier.
Comment donc, nous dira-t-on, peut-on donner à un seul individu 15, 20 ou 50 globules sans danger? C'est, nous le répétons, parcequ'il y a toujours un excédant considérable dans tous les cas, un excédant qui est rejeté hors du corps humain sans avoir produit d'effet. La même chose a lieu quand vous prenez un bain; que ce soit dans un ruisseau, dans la Seine ou dans le Gange, votre corps n'est en contact qu'avec une portion très-limitée de lluide. Or, chaque globule homéopathique contient un océan médicinal ; dix globules ne peuvent donc pas vous saturer davantage qu'un seul.
L'espace manque à l'agent; mais si le temps lui vient en aide, il y a vraiment augmentation d'effet. Un seul globule, dissous dans un verre d'eau et pris par cuillerées de douze en douze heures, constitue autant de doses que le nombre des cuillerées prises, et peut jeter une grave perturbation dans la marche d'un traitement. Le choix de la dilution est tout autrement important, et puisque nous tenons, dans cet écrit, à être l'image fidèle, l'écho de l'Ecole de Rio, nous allons reproduire une leçon professée sur ce sujet dans une chaire de cette Ecole, le 7 octobre 1847.
« Messieurs,
« Vous ne vous étonnerez pas de nous voir revenir sur la théorie des doses. Son importance vous est suffisamment démontrée. Un homéopathiste réduit à n'employer qu'une seule dilution, ou à les employer toutes au hasard, ce qui est encore pis, serait dans la position d'un musicien qui ne pourrait employer qu'une note, ou forcé de les employer toutes sans aucune règle. L'harmonie sublime que Hahnemann a établie dans la matière médicale doit aussi présider au choix des dilutions. L'ordre a commencé à naître dans les sciences médicales, il doit y grandir; il doit tout envahir, il ne doit s'arrêter qu'aux dernières limites du chaos.
« De récentes discussions, qui agitent tous les homéopathistes d'Europe, rendent du reste nécessaire de rappeler parmi les élèves de l'Ecole homéopathique du Brésil les vrais principes qui régissent la matière, et qui pourraient être ébranlés dans leur esprit par le bruit de ces querelles lointaines.
« Jetons d'abord un coup d'œil sur l'historique de la question. Hahnemann, vous le savez, ne s'écarta guère, d'abord, des doses allopathiques. Des aggravations successives l'obligèrent peu à peu à entrer dans la voie des dilutions qu'il prenait pour un simple fractionnement, et qu'il croyait, comme la plupart des homéopathistes le croient encore aujourd'hui, le moyen infaillible d'éviter ces aggravations qu'il redoutait par-dessus tout. Longtemps cependant il employa encore des gouttes de teinture et s'élevait à peine aux quatrièmes, cinquièmes ou sixièmes dynamisations. Lorsqu'il élabora sa théorie des maladies chroniques, il monta rapidement l'échelle potentielle et déclara bientôt que la trentième dilution était préférable presque dans tous les cas. Depuis lors, n'ayant fait aucune publication nouvelle, on a cru que le génie du maître était resté stationnaire. C'est une erreur que j'ai déjà relevée, et sur laquelle j'insiste de nouveau. Hahnemann, dés 1831 et 4832, avait employé des dilutions encore plus élevées, et les avait conseillées à ses élèves. J'ai vu, en 1834, une correspondance volumineuse toute de sa main, qui doit exister encore entre les mains du docteur Mauro, et que ce doyen de l'homéopathie napolitaine publiera sans doute un jour. Dans ces lettres, couvertes de son écriture microscopique, Hahnemann insiste de plus en plus sur l'emploi des atténuations de plus en
plus élevées. Il ne parle plus que de cinquantièmes, soixantièmes et quatre-vingtièmes. C'est à ce dernier chiffre même que le docteur Mauro s'était arrêté, et c'est avec ces doses qu'il me traita dans une grave maladie où je reçus ses soins obligeants.
« Pendant ce temps-là, un disciple aventureux avait franchi d'un seul coup un intervalle immense, le docteur Rorsakoff avait préparé une quinze-centième atténuation de sulphur, et proclamé son efficacité. Le fait ne fut pas nié, mais parut tellement excentrique que personne n'osa l'imiter, ni le prendre au sérieux. Ce ne fut que dix ans plus tard que Gross reprit ces patientes recherches et mit en honneur ces doses fabuleuses, et que l'on a, à juste titre, appelées Korsakoviennes, du nom de leur premier inventeur.
« Aujourd'hui il est impossible d'ouvrir un ouvrage ou un journal homéopathique sans entendre parler de deux-centièmes , huit-centièmes, millièmes, six-millièmes et même dix-millièmes dynamisations! C'est l'histoire de toutes les découvertes; Colomb découvre un îlot, ses continuateurs trouvent un continent immense. Mais Colomb est toujours l'inventeur.
« Ces découvertes inespérées ont jeté les esprits dans un état d'enthousiasme peu propre à la réflexion. Une espèce d'anarchie est née de la conquête de ces faits si nombreux, qui paraissaient déjouer toute tentative de systématisation. Chacun s'installa dans les parties du vaste empire qu'il avait entrevu le premier. Du vivant même de flahnemann, qui préconisait les trentièmes dans ses ouvrages, une école nombreuse revenait aux premières dynamisations, pendant que de hardis chercheurs préludaient à la découverte des centièmes, des millièmes et des dix-millièmes.
« Enfin, lasse des clameurs contradictoires de tant de prétendants, la grande masse des praticiens prit un moyen terme et déclara, avec cet aplomb qu'on appelle quelquefois le bons sens populaire, que toutes les dilutions étaient indifférentes, et que lorsque le médicament était vraiment homéopathique on pouvait, à son gré, employer une dilution quelconque en commençant par la teinture mère et finissant où Dieu voudrait. Cette étrange opinion fut non-seulement émise, mais reproduite de mille manières. Elle est, quelque étonnant que le fait vous paraisse, messieurs, elle est encore aujourd'hui l'apanage des trois quarts des homéopathistes praticiens.
« Ce fut cependant dans ces circonstances que nous conçûmes le hardi projet de coordonner les éléments de la théorie des doses. Nous y travaillâmes avec ardeur, en Sicile, pendant les années -1836 et 1837, où elle fut communiquée à nos collaborateurs palermitains. Nous la publiâmes en 1858 dans les Annales du docteur DeBlasi. Elle fut reproduite, en 1839, par une lettre du docteur Galandra dans la Bibliothèque de Genève, où nous fîmes insérer, en janvier -1840, un article détaillé sur ce sujet. Immédiatement répandue en Sicile, où elle a assuré le succès des expériences faites dans les hôpitaux et dans les dispensaires et hâté le triomphe de l'homéopathie dans cette île, elle n'a pas moins servi à la propagation de notre doctrine au Brésil, où elle fait partie des principes adoptés par cette école, et, je le pense, elle sera aussi bientôt généralisée en Europe, où elle a été adoptée par fragments plutôt que comprise dans sa totalité synthétique.
« Gross a réussi à populariser les très-hautes dynamisations, il a heureusement creusé un nouvel abîme entre nous et les médecinsmatérialistes; mais, en récompense de ce service immense, il a été abreuvé de dégoûts, son humeur est aigrie, il en mourra sans doute de chagrin. (Ces paroles étaient prononcées peu de mois avant la mort de l'illustre disciple de Hahnemann.)
« Revenons maintenant au fond même de la question et posons de nouveau les données de ce problème, dont la solution, obtenue il y a dix ans, nous paraît propre à comprendre encore en ce moment les différents faits nouveaux qui se sont produits dans le domaine de la science.
(( Personne, en 1836, ne soupçonnait que toutes les différentes dilutions d'un médicament pouvaient avoir une utilité spéciale. A l'exemple de Hahnemann, chacun cherchait une dilution qui jouirait de la propriété merveilleuse de produire le plus grand effet salutaire possible, et qui ne devait jamais produire d'aggravation. C'était une espèce d'Eldorado médical vers lequel chacun se précipitait sans jamais l'atteindre. L'aggravation médicale avait été le cauchemar de Hahnemann pendant toute sa vie. Trente fois il croyait lui avoir échappé et trente fois il l'avait vue reparaître devant lui, plus implacable que jamais. Bien d'autres se sont perdus dans cette recherche impossible. Les trente stations de Hahnemann avaient été
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inutiles ; aujourd'hui qu'on en a fait dix mille est-on plus avancé ? M. le docteur Nunez ne se plaint-il pas amèrement des aggravations causées par les cinq-millièmes et les six-millièmes? Il est donc aujourd'hui prouvé jusqu'à l'évidence que la dilution normale, qui doit toujours guérir et ne jamais aggraver, n'existe pas. Il est donc prouvé que dans chaque cas donné il y a un choix à faire, choix intelligent et dont les règles doivent faire l'objet des recherches du médecin philosophe. Cette vérité, que le premier j'ai émise en 1837, est aujourd'hui reconnue parles bons esprits. Je l'ai vue reproduite dans une foule de publications, et dernièrement encore dans Uhomeopathic Advertiser de New-York ; mais elle a encore bien à faire pour être admise généralement. De même que les anciens médecins cherchaient, parmi les myriades de médicaments dont la nature nous offre le choix, une panacée universelle, ainsi beaucoup d'homéopathistes, parmi les dynamisations d'un médicament, ne veulent en trouver qu'une qui réponde à tous les cas K
« L'emploi raisonné de toute l'échelle des dilutions entraînait une conséquence non moins inattendue : c'est que les aggravations peuvent aussi bien avoir lieu par l'emploi de dilutions trop élevées que de dilutions trop basses. Chaque état morbide a une dilution qui lui répond de préférence ; plus vous vous en éloignerez, soit en dessous, soit en dessus, plus vous risquerez de causer une aggravation dangereuse. Cette conséquence, qui forme partie intégrante de ma théorie, n'ayant pas été reproduite, j'ai lieu de croire que beaucoup de mes lecteurs se sont arrêtés à la lettre, et n'ont pas approfondi l'esprit de ma publication. C'est elle cependant qui m'a forcé à rechercher la loi posologique, que j'ai formulée d'abord en ces termes : Les basses dilutions conviennent aux maladies aiguës, et les dilutions élevées conviennent aux maladies chroniques.
« Cette idée, depuis le jour où je l'ai énoncée, a été vingt fois reproduite ; mais, privée des prémisses logiques que je lui avais données, privée des conséquences pratiques dont je l'entourais, cette
1 Coite préoccupation de trouver une dynamisalion type se reproduit clans tous les écrits, dans tous les discours ; elle reparaît mt}me dans le programme de M. Danzi, de Milan, sur la théorie des doses. Le premier paragraphe, en effet, demande que l'on établisse à quelle dilution un médicament est le plus favorable à la guerison, et le moins susceptible de produire des aggravations. C'est ce que nous appelons chercher uue panacée parmi les dilutions, et «'est ce que nous espérons bien éclairer par notre théorie des doses,
loi devait rester à peu près stérile entre les mains de mes plagiaires; et si je ne l'eusse exposée moi-même convenablement en Sicile et au Brésil, la pratique homéopathique eût ressenti longtemps encordes funestes effets de son absence.
« Voici donc, messieurs, les principes qui doivent vous guider dans la recherche convenable à chaque cas morbide : vous devez ne jamais perdre de vue que les symptômes produits par un médicament, lors même qu'ils sont semblables à ceux de la maladie que l'on veut combattre, ne suffisent pas encore pour constituer l'homéopathicité absolue, mais qu'ils doivent aussi représenter le degré d'énergie et d'activité de l'état morbide. Toute affection peut être plus ou moins profonde, plus ou moins ancienne, et ces différentes circonstances trouvent leur analogie dans les différentes dilutions du médicament approprié.
« La formule : les maladies aiguës demandent de basses dilutions, et les maladies chroniques demandent des dilutions plus élevées, n'est qu'une application de cette idée fondamentale. Elle doit avoir des formules analogues en rapport avec l'âge, le sexe, le tempérament du malade ; en rapport avec la nature des tissus et des appareils où le mal s'est localisé. Nous allons examiner ces différents points successivement.
« 1 ° La distinction entre les maladies chroniques et les maladies aiguës vous est assez connue ; elle n'est plus pour vous un fait obscur et douteux. La maladie aiguë est celle où la force vitale réagit victorieusement contre une action toxique modérée. Sa durée est déterminée. Les anciens l'avaient, avec raison, portée à quarante jours. La science a cependant rectifié cette perception empirique, et a prouvé que parfois cette action n'est que de quelques Jieures, et s'étend, pour quelques substances, jusqu'à soixante jours. La maladie chronique est celle où la force vitale a succombé dans la lutte. Sa durée est illimitée, et durerait autant que la vie, si le hasard ou un bon traitement ne lui mettait un terme par un médicament homéopathique.
« Ces deux états, dont nous avons distingué les caractères dans notre cours de pathologie de l'année passée, répondent, le premier, aux basses dilutions, qui produisent des symptômes violents, mais passagers ,- le deuxième, aux dilutions élevées dont l'action estpro-
longée, latente et tenace. Des degrés insensibles rapprochent, par le fait, ces états distincts. En théorie, des nuances sans nombre les subdivisent à l'infini. C'est au tact du médecin à appliquer le principe à chaque cas donné. Dans les cas trés-aigus, nous employons très-souvent des deuxièmes et troisièmes dilutions. Dans les cas aigus, les cinquièmes, sixièmes, septièmes et huitièmes suffisentordinairement. Dans les cas chroniques, nous commençons à employer des neuvièmes ou des quinzièmes, et nous allons au besoin jusqu'aux soixantièmes et aux centièmes. Vous savez, du reste, que nos médicaments ont reçu un nombre de secousses mille fois plus grand que les préparations ordinaires, et que, sous ce rapport-là, nos centièmes équivalent au moins aux dix-millièmes des homéopathistes d'Europe.
« Nous ne doutons pas, notez-le bien, que les millièmes et dix-millièmes ne soient parfaitement actives; mais les chances d'altération deviennent si grandes lorsqu'on multiplie les dilutions, que nous avons moins de confiance à une millième qu'à une centième. Outre cela, le procédé de la succussion dans le vide exige un tel travail, qu'il est impossible de le continuer au delà de cent, et alors qui nous garantit que les miasmes contenus dans l'air atmosphérique ne prévaudront pas dans la teinture médicinale contre l'atome si prodigieusement réduit, qui y continue ses migrations indéfinies ?
« 2° Quant à la considération de l'âge, il est évident que, toutes choses égales, l'enfance exige de basses dilutions, et la vieillesse des dilutions élevées. Chez l'enfant, toute maladie est aiguë; toute affection se complique de symptômes chroniques chez le vieillard. Si l'enfant est attaqué d'une maladie héréditaire, il faudra monter d'un degré ou deux l'échelle des dynamisations. Ici, comme toujours, une ample latitude doit être laissée au tact du médecin.
« 3° Le sexe masculin me parait plus en harmonie avec les basses atténuations, et le sexe féminin avec les dilutions élevées. La durée moyenne de la vie est, en effet, un peu plus longue chez les femmes que chez les hommes.
« 4° Le système sanguin me paraît exiger les doses les moins dynamisées. Après lui, je placerai le système bilieux, puis le lymphatique ; enfin les dynamisations les plus élevées me paraissent convenir au tempérament nerveux.
« 5° Cette classification des tempéraments parait entraîner celle des tissus et des divers systèmes de l'économie, que je crois devoir ranger dans l'ordre suivant :
Tissu cellulaire. Système vasculaire.
Muscles, Glandes.
Os. Tissu cutané et muqueux.
Articulations, cartilages. Système nerveux.
« 6° Si nous considérons l'homme sous le rapport des appareils organiques, nous adoptons l'ordre suivant :
Appareil locomoteur. Génito-urinaire.
Circulatoire. Bespiratoire.
Digestif. Nerveux-sensitif.
« Nous ne pouvons entrer dans les détails d'application où nous entraîneraient ces deux derniers paragraphes ; nous laissons, messieurs, à votre appréciation individuelle l'application de ces principes. Nous vous ferons observer cependant que de nombreuses expériences ont confirmé ces données théoriques dans les plus vastes dispensaires qui aient été ouverts à la pratique de notre art : ceux de Palerme , de Paris et de Rio-Janeiro. Gardez-vous donc, par exemple, de confondre, dans votre pratique, une maladie du cœur, qui appartient aux appareils vasculaire et locomoteur, avec une maladie des organes respiratoires. Une pratique des plus étendues nous a prouvé cent fois que, malgré les analogies de fonctions et le rapprochement topographique, la première exigeait impérieusement des cinquièmes et des neuvièmes dilutions, et que la dernière n'était heureusement modifiée que par les trentièmes, les cinquantièmes ou les soixantièmes.
« Vous savez, du reste, que ces terribles aggravations qui ont désolé tous les homéopathistes sont totalement inconnues parmi nous. M. José-Bernardino-Baptista Pereira, cet illustre défenseur de notre art, m'écrivait dernièrement en me confirmant la réalité de ce fait merveilleux en apparence, et observé par des centaines de praticiens au Brésil. Nous ne devons pas être loin de la perfection, s* nous avons déjà la certitude de fairepresque toujours du bien et de ne nuire jamais.
« Voici tout ce que nous avons à vous dire aujourd'hui sur l'appln
cation de la théorie posologique. Cela doit suflîre dons une école animée de l'esprit panécastique, dans une école où règne sans contradiction le grand principe de Jacotot. Dieu a créé l'âme humaine capable de s'instruire par elle-même. C'est à vous d'étendre ce thème fécond, et nous comptons voir, l'année prochaine, plusieurs de vos thèses consacrées à son développement.
« Nous désirons qne la théorie des doses soit présente à votre esprit, non point comme une série de préceptes magistraux, mais comme une déduction logique de la doctrine homéopathique ellemême. C'est à cette seule condition qu'elle sera féconde. Quoi qu'en dise le dix-huitième siècle (qui dure encore, comme dit de Maistre), les faits sont bien peu de chose sans les théories. On avait bien guéri souvent par les semblables, mais Hahnemann fut le premier qui posa comme une loi ce que tant d'autres avaient pratiqué sans fruit avant lui. On a répété bien des fois après nous que les basses dilutions conviennent aux maladies aiguës, et les hautes dilutions aux maladies chroniques; mais, faute de rattacher ce précepte à des considérations générales, il est resté stérile entre les mains de nos copistes. Sans ce motif, nous ne serions jamais revenu sur un sujet déjà vieilli. Nous sommes si accoutumé à voir passera autrui l'honneur de nos idées et de nos travaux, que nous avons pris le parti de n'en prendre ni émotion ni inquiétude. Nous sommes trop pressé d'arriver au but pour nous arrêter aux ronces du chemin. »
Après cette leçon, qui nous parait renfermer tout ce qu'il y a d'important dans la question des doses en elles-mêmes, c'est-à-dire dans le choix de la dilution, il nous reste à nous occuper de la répétition et du mode d'administration des doses homéopathiques.
Nous avons déjà dit, quant à l'administration du médicament, que la plus petite quantité imaginable nous paraissait la meilleure. Un globule, qui contient un 200e de goutte, peut suffire pour plusieurs malades. On n'ajoutera rien à l'intensité et à la rapidité de l'action en augmentant cette quantité.
La solution d'un globule dans une quantité d'eau paraît à plusieurs personnes propres à produire des effes moins perturbateurs. C'était un moyen familier à Hahnemann dans les dernières années de sa vie, où. l'emploi des médicaments préparés par mes machines.
ou même des dilutions secouées trois cents fois, lui paraissait exiger un correctif. Dans ce cas, il faisait prendre une petite cuillerée du verre où le globule était dissous pour la jeter dans un deuxième verre, une autre petite cuillerée de celui-ci était jetée dans un troisième, dont on prenait seulement une faible partie.
Il est un autre moyen sur lequel nous appelons toute l'attention des praticiens dans ce pays, c'est l'ingestion du médicament par F odorat.
Cette manière est à la fois la plus douce et la plus prompte ; aussi mérite-t-elle la préférence dans les cas de danger imminent, lorsque la susceptibilité du malade est excessive et lorsque l'on veut calmer les effets trop violents d'un médicament sans interrompre cependant complètement son action. Les commençants en homéopathie feraient bien de se borner à ce mode d'administration, ils seraient ainsi plus sûrs de ne pas nuire, et puiseraient une grande confiance dans l'action des médicaments. C'est, en tout cas, un moyen efficace de diminuer l'activité excessive que l'on a reprochée aux médicaments préparés par des moyens mécaniques aussi énergiques que les miens.
Hahnemann administrait les médicaments par le flair, en faisant faire successivement une aspiration par chaque narine, l'autre étant bouchée avec l'index de la main opposée. Après le flair du médicament, comme après tous les autres modes d'administration, le malade restera tranquille, sans parler, sans cracher, et dans le calme d'esprit le plus grand possible. S'il prend le médicament le soir, il tâchera de s'endormir immédiatement.
Les nécessités de la pratique nous ont amené à une petite découverte, que nous devons mentionner ici De même que pour éviter le préjugé vulgaire, nous donnions tous nos médicaments en solution dans 2 onces de liquide animé de 5 ou 6 gouttes d'alcool, nous dûmes chercher un moyen de suppléer à l'olfaction, qui soulève une tempête d'incrédulité. Dans ce but, nous renversions audessus du flacon de teinture, la bouteille du malade encore vide, et après 50 ou 60 secondes, selon le cas, nous la renversions brusquement, nous la remplissions d'eau et nous la bouchions avec la plus grande célérité possible. Ce mode d'administration nous a toujours admirablement réussi. Après une longue pratique , nous
nous sommes décidé à le publier à Rio, et nous le faisons de même en Europe, dans l'espérance d'être agréable aux homéopathistes et utile aux malades.
Nous avons maintenant à nous occuper de la répétition des doses.
Les notions données précédemment sur l'expérience pure jetteront quelque lumière sur cette question aussi beaucoup controversée. Nous avons vu que le type normal de l'expérience pure était l'ingestion d'une dose unique, et que la répétition était une nécessité toujours fâcheuse. Il en est de même pour le traitement des maladies. Jamais le médecin n'a autant lieu de s'applaudir de son bonheur ou de son talent, que lorsqu'il obtient la guérison complète d'un état morbide par une seule dose d'un médicament parfaitement choisi.
Répéter un médicament sans nécessité, c'est s'exposer à gâter tout son ouvrage. Semblable aux ondes lumineuses, qui par leur rencontre produisent parfois des bandes ténébreuses, deux doses de médicament peuvent se neutraliser mutuellement et rester toutes deux sans effet. Dans d'autres circonstances, elles peuvent se superposer et produire une aggravation dangereuse.
Il est cependant des cas où la répétition est nécessaire, et nous allons tâcher de les indiquer, autant qu'une matière aussi délicate le comporte. Onpeut considérer un malade comme saturé déjà, par le fait même de son affection, du préservatif le plus efficace de l'action du médicament semblable. Cependant la cause des maladies étant, en général, comme nous l'avons dit plus haut, une simple dynamisation qu'une dilution imparfaite et des mélanges de toute sorte affaiblissent singulièrement, la préparation homéopathique a, généralement, sur cette cause toute la supériorité que l'art possède sur les effets informes d'une cause fortuite; néanmoins cette supériorité ne se manifeste pas quelquefois du premier coup , et alors l'effet persistant de la maladie éteint l'effet de la dynamisation pharmaceutique. Dans ce cas, pour combattre l'ennemi à armes égales, il faut que la cause curative persiste comme la cause morbifique. Aussi, dans les maladies épidémiques et contagieuses, la répétition est évidemment nécessaire. Dans les cas aigus aucune règle ne peut être tracée; le coup d'oeil du médecin est absolument nécessaire. Il faut distinguer d'abord l'action du médicament de
SS DOCTRINE HOMEOPATHIQUE.
celle de la maladie. Tant que dure l'aggravation que cette action provoque quelquefois, il n'a rien à faire qu'à donner un antidote, si cet effet devenait alarmant; lorsqu'une amélioration suit cet effet primitif, il doit encore en être spectateur tranquille; mais si l'amélioration ne se soutient pas, si de nouveaux symptômes appartenant en propre à la maladie se manifestent, il ne doit pas tarder à recourir à une nouvelle dose du médicament, en ayant soin, si les effets ont été trop forts, de choisir une dynamisation mieux appropriée. Dans le cas où le médicament, après une attente raisonnable, ne produit aucun effet sensible , on peut en répéter l'usage une ou deux fois à une dose différente. Mais s'il développe seulement des symptômes étrangers à la maladie, on ne doit pas hésiter à étudier avec plus de soins la matière médicale pour trouver un moyen plus approprié. Ici encore tout est remis à la prudence du médecin, surtout dans les maladies aiguës. Si l'on peut attendre, sans danger, 40, 20 et 30 jours dans les maladies chroniques, il faut se décider quelquefois dans les 24 heures dans les maladies aiguës. On a donné des médicaments toutes les heures dans certains cas de choléra-morbus , on en a donné même tous les quarts d'heure ; mais nous pensons qu'avec plus de méthode et de sang-froid, on eut évité une pareille précipitation.
Il est une pratique autorisée par d'illustres exemples : c'est l'emploi alterne de deux ou trois médicaments pour combattre la même maladie. Les partisans de cette méthode prétendent qu'un médicament, qui a perdu son efficacité contre un état morbide, la retrouve lorsqu'une autre substance a distrait l'organisme de son effet, et que par là on obtient, avec deux médicaments donnés alternativement, ce qui était impossible en les faisant suivre à de longs intervalles.
Malgré les autorités imposantes qui appuient cette manière de voir, nous ne pouvons nous y soumettre aveuglément. Il nous a toujours semblé que, malgré l'intervalle qu'on laissait d'une dose à l'autre, cette intercalation avait en elle-même quelque chose qui sentait la polypharmacie de l'école et ternissait en quelque sorte la limpidité magique de la doctrine rationnelle par excellence ; et plus tard, lorsque, par la création de la théorie des doses, nous apprîmes à tirer tout le parti possible d'une substance en faisant suc?
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céder lesdynainisations de plus en plus élevées, nous reconnûmes qu'il valait infiniment mieux demander ainsi d'abord à un médicament tout ce qu'il pouvait donner ; que dans ce cas, les atténuations supérieures continuaient d'agir après que l'organisme était, par l'habitude, devenu insensible aux atténuations inférieures, et qu'une fois qu'il était ainsi épuisé, il ne produisait plus aucun effet favorable pendant un temps indéfini. Par là aussi un seul médicament, administré pendant des mois entiers, déracinait à lui seul une maladie contre laquelle, alterné avec un autre, il aurait été tout à fait impuissant. Sur ce point comme sur tous les autres, tout doit être ramené à une seule loi, la similitude. Si les symptômes ont changé d'aspect, il faut aussi changer de médicament; mais si les symptômes s'améliorent graduellement, il serait absurde de recourir à un agent qui leur serait moins homéopathique, sous prétexte de la nécessité d'alterner. Il en est de même pour les maladies aiguës ou chroniques. Ne perdez pas de temps à savoir si le médicament est apsorique ou antipsorique; ne vous inquiétez que d'une chose: reproduit-il exactement la maladie que nous avons à combattre? Le mot homéopathie n'est point un vain nom, il est la régie universelle, la clef de toutes les difficultés que peut offrir le nouvel art.
Dans tous les cas, la répétition des doses de médicament doit être relative au choix de la dilution. Les mêmes raisons qui militent dans un cas doivent également servir de régie dans l'autre. Fréquente pour les basses dynamisations, la répétition doit être très-rare à partir de la 15nie. Autant que possible elle ne doit pas porter sur la même dilution, mais elle doit suivre l'échelle ascendante, en commençant par le bas. Les substances qui, comme le lycopode, la silice, le carbo, sont inertes à l'état grossier, doivent être employées à des dilutions un peu plus élevées que les autres. Cependant cette différence ne doit pas être exagérée. Nous avons guéri des chancres vénériens avec des 5mes et des 4mes dynamisations de lycopode. A partir de la 9mc, nous pensons que l'on n'a pas à faire de distinction entre les substances les plus actives et les plus inertes à l'état ordinaire.
Résumons-nous par quelques régies précises.
I" Dans les cas chroniques, donner une seule dose et attendre pendant toute la durée d'action du médicament choisi s'il se mani-
feste une amélioration durable. Si cette amélioration ne dure que quelques jours, et que la maladie reprenne son cours, on pourra recourir à une dilution plus élevée du même médicament, mais après avoir attendu au moins la moitié du temps marqué pour l'action du médicament : 20 jours si son action est de 40, et 30 si elle est de 60.
2? S'il ne se manifeste aucun symptôme, on doit, en tout cas, choisir un autre médicament mieux approprié, après avoir attendu 10 ou 12 jours, ou le quart delà période active du médicament.
3° Dans les cas aigus ou dans les attaques imprévues, on peut donner un médicament de deux en deux jours, ou tous les jours, ou même de douze heures en douze heures, si la violence du -mal ou les douleurs du malade réclament un secours immédiat.
4° Dans quelques cas de choléra-morbus ou de fièvres pernicieuses, on peut donner les médicaments de deux heures en deux heures, ou même d'heure en heure. On ne doit pas craindre de répéter le même médicament à la même dilution, surtout si l'amélioration est sensible, mais chaque fois de courte durée.
5° Dans les fièvres intermittentes, on peut donner une dose après chaque accès. Cependant s'ils diminuent d'intensité on doit laisser passer un ou deux accès sans médicament. Si les accès sont plus violents il faut choisir un autre médicament.