‹ Doctrine de l'Eglise catholique d'Irlande et de celle du Canada, sur la révolte [microforme]Chapitre 19 sur 23 · FOSSES · texte numérisé non relu

FOSSES

“ ceux qui résistent s’attirent la condamnation ‘à “eux-mêmes. Les lois divines et humaines s’élè. ‘ vent donc contre ceux qui s’efforcent d’ébranler, “ par des trames de révolte et de sédition, la fidéli- “té aux Princes, et de les précipiter du trône. “ C’est pour cela, et afin de ne pas contracter une “ telle souillure, que les premiers chrétiens, au “# milieu de la fureur des persécutions, surent ce- ‘ pendant bien servir les empereurs, et travailler au “ salut de l’empire, comme il est certain qu’ils le “firent, Ils le prouvèrent admirablement, non 4 seulement par leur fidélité à faire ce qui leur était “ordonné, dès qu’il n’était pas contraire à la reli- “ pion, maïs encore en répandant même leur sang ‘ dans les combats. |

‘“ Les soldats Chrétiens, dit St. Augustin, ser- “ vaient un Empereur infidèle; mais s’il était ques- ‘ tion de lä cause de J.-C. ils ne reconnaissaient que ‘ celui quixest dansles Cieux. (10) Ils distinguaient “ le Maître étefnel du Maître temporel ; et cepen- ‘ dant ils étaient soumis pour le Maître éternel “ même au Maître temporel. C’est ce qu'avait de- ‘ yant les yeux l’invincible Martyr Maurice, chef “ de la légion Thébaine, iorsque, comme le rapporte ‘“ St. Eucher, il répondit à l'Empereur: Mous “ sommes vos soldats, Prince, mais en même temps, « serviteurs de Dieu ; et maintenant même le danger “ où nous sommes de perdre la vie ne nous pousse “ point à lu révolte : nous avons des armes, et nous ne résistons point ; parceque nous aimons mieux. ‘ mourir que de tuer. (11) Cette fidelité des anciens “ Chrétiens brille avec bien plus d’éclat, si l’on re- “ marque, avec Tertullien, qu’alors les Chrétiens ne “ manquaient, ni par le nombre, ni par la force, s’ils

(10) St-Aug. in psalm. 124, No. 7.

(11) 2, Kuinart, Act, 55, Maurice et Comp. No, 4.

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‘“ eussent voulu se montrer ennemis déclarés de “ l'Etat. (12)

“ Ces beaux exemples de soumission inviolable “ aux Princes, qui étaient une suite nécessaire des < préceptes de la Religion Chrétienne, condamnent

‘ l'erreur de ceux qui, enflammés d’ardeur pour une,

“ liverté effrénée, s’appliquent à ébranler et renver- “ ser les droits des Puissances, tandis qu’au fond ils “ n’apportent aux Peuples que la servitude sous le : % masque de la liberté. (C’est là que tendaient les ‘ coupables desseins des Vaudois, des Béguards, des ‘ Wiclefites et des autres qui ont été si souvent ‘ frappés d’anathème par le Siége Apostoliqne ; et ‘ ceux qui travaillent pour la même fin, n’aspirent < encore qu’à se féliciter avec Luther d’être Zibres à “ l'égard de tous et de toutes choses.” |

“ Le devoir vous oblige, ajoute le même Pontife - < dans son Bref de Juillet 1832 aux Evêques de “ Pologne, de veiller avec le plus grand soin à ce ‘ que des hommes mal intentionnnés, des propaga- ‘“ teurs de fausses doctrines, ne répandent parmi vos ‘ troupeaux le germe de théories corruptrices. Ces € hommes, prétextant leur zèle pour le bien du pu- “€ blic,abusent de la crédulité des gens de bonne foi “ qui, dans leur aveuglement, leur servent d’instru- “ ments pour troubler la paix, et renverser l’ordre “ établi, Il convient que, pour l’avantage et l’hon- “ neur des Disciples de J. C., leurs fausses doctrines “ soient rnises dans leur jour : il faut réfuter leurs “principes par la parole immuable de l’Ecriture “ Sainte, et par les monuments authentiques de la ‘ Tradition de l'Eglise.”

Telle est la doctrine du Souverain Pasteur des âmes, du Pontife vénérable maintenant siégeant sur

(12) Tertul. Apolog. Ch. 37.

la Chaire éternelle, jointe à l’enseignement de Eglise de tous les temps et de tous les lieux ; et vous devez voir à présent, N. T. C. F., que nous ne pouvons, sans blesser nos devoirs et sans mettre en danger notre propre salut, omettre d'éclairer votre conscience dans un pas si glissant. Car il ne s’agit pas ici de moins pour vous que de maintenir les lois de notre religion, ou de les abandonner, puisque, pour un catholique, il ne saurait y avoir de partage eu matière de foi ; et selon l’Apôtre St-Jacques, celui qui manque à un seul article de la loi,est cou: pabe sur tous les autres points. (13)

Ne vous laissez donc pas séduire, si quelqu'un voulait vous engager à la rebellion contre le Gouvorrement établi, sous prétexte que vous faites partie du Peuple Souverain: la trop fameuse Convention Nationale de France, quoique forcée d'admettre la souveraineté du Peuple puisqu’elle lui devait son existence, eut bien soin de comdamner elle-même les insurrections populaires, en insérant dans la Déclaration des droits en tête de la Constitution de 1795, que la souveraineté réside, non dans une partie, ni mème dans la majorité du Peuple, mais dans l’uni. versalité des Citoyens ; (14) ajoutant que nul individu, nulle réunion de Citoyens, ne peut attribuer la Souveraineté. (15) Or qui oserait dire que, dans ce pays, la totalité des Citoyens veut la destruction de son Gouvernement.

Nous finissons, N. T. C. F., par en appeler à vos cœurs, toujours nobles et généreux. Avez-vous ja- : mais peusé sérieusement aux horreurs d’une guerre civile? Vous êtes vous rvrésenté des ruisseaux

(15) Jac. 2, 10,

(14) Art. 17,

(15) Art. 18.

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de sang inondant vos rues ou vos campagnes, et l’innocent enveloppé avec le coupable dans la même série. de malheurs? Avez-vous réfléchi que, presque sans exception, toute Révolution populaire est une œuvre sanguinaire, comme le prouve l’expérience ; et que le Philosophe de Génève, l’auteur du Contrat Social, le grand fauteur de la souveraineté du Peuple, dit quelque part qu’une Révolution serait achetée trop cher, sielle coûtait une seule goutte de sang? Nous laissons à vos sentiments d'humanité et de Christianisme ces importantes considérations.

Que la grâce de N. S. J. C., la charité de Dieu, et la communicaton de l'Esprit Saint demeure avec vous tous. Amen. (16 | -

Sera notre présent Mandement lu et publié à la Messe paroissiale ou principale de qe Eglise, et au Chapitre de chaque Communauté de notre Diocèse, le premier Dimanche ou jour de Fête après sa réception.

Donné a Montreal, le vingt-quatre d'Octobre, mil huit-cent-trente-sept, sous notre seing et sceau,

‘avec le contre-seing de notre Secrétaire.

1 3.3, Eveque DE MONTREAL.

Par Monseigneur, A, F. TRuTEAU, Ptre Secrétaire.

N. B.—Ce mandement a été traduit en anglais et lu dans toutes les églises catholiques du Haut- Canada par ordre de Mgr. MacponeLz, évêque de Kingston.

(16) 2 Cor. 13, 15.

Josepn SIGNAY, par la miséricorde de Dieu et la grâce du St.-Siége apostolique, Evêque de Québec, etc., etc., etc.

Au clergé et aux fidèles de notre Diocèse, Salut et Bénédiction en Notre Seigneur.

S'il est des circonstances, nos très-chers frères, où nous sommes obligé d'élever la voix, peur rappeler aux fidèles confiés à notre sollicitade leurs devoirs à l'égard de la puissance civile, c’est surtout à la suite des malheureux événements qui viennent de se passer dans le district de Montréal, et qui sont aujourd’hui le sujet de la plus amère affliction pour les habitants de cette province,

Vous le savez, N. T. C. F., des hommes aveuglés par un patriotisme malentendu se:sont efforcés de faire prévaloir en ce pays des doctrines ‘propres à favoriser l’insubordination. Eh bien ! ces funestes doctrines ont produit leurs fruits: un nombre considérable de nos concitoyens qui les avaient a. doptées sans en prévoir les déplorables résultats, sont déjà devenus les victimes de leur trop confiante crédulité.

Quelque pénible qu’il soit à notre cœur de vous remettre devant les yeux des faits si propres à vous contrister, nous ne pouvons cependant nous en dispenser, parce qu’ils nous fournissent l’occasion de vous prémunir contre les doctrines perverses qui les ont provoqués.

Sans doute, N. T. C. F., et nous éprouvons une vive consolation à le reconnaître, sans doute que ces mêmes doctrines n’ont eu qu’un bien petit nombre de partisans dans ce même diocèse, et que la trèsgrande majorité s’est toujours montrée loyale et fidèle au gouvernement. Mais ce petit nombre fait partie du troupeau que la divine providence nous a

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chargé d’instruire ; nous en rendrons compte au souverain pasteur des âmes ; et ce serait manquer essentiellement à notre devoir que de ne pas faire ce + dépend de nous pour le désabuser et le ramener e son égarement. Q

Il n’est pas necessaire. d’entrer ici dans un long détail des autorités sur lesquelles est fondée cetté soumission que tout fidèle doit à la puissance établie. Les principes de notre sainte religion sont là-dessus si clairs et si précis qu’aucun catholique, qui veut demeurer tel, ne peut les révoquer en doute. Qu'il vous suflise de savoir, N. T. C. F., que l’église, condaite par l'Esprit Saint, et s’appuyant des leçons aussi bien que des exemples de Notre-Seigneur J.- Christ et de ses apôtres, n’a cessé d’enseigner à ses enfants “ qu’il faut rendre à César ce qui est à César ” (Marc, XII. 17.), que tous doivent être soumis aux puissances supérieures qui les régissent civilement (Rom, XIIL), “ et cela non pas par la “ crainte des suites de la rebellion, mais par un de- “ voir indispensable de conscience (Ib. 5.); que “ c’est résister à Dieu même que de résister aux “ ‘puissances, et s’exposer à tout le poids de la ven- “ geance céleste.” Qui autem resistunt ipsi sibi damnationem acquirunt...(1b.) ; et comme le dit encore le bienheureux apôtre St. Pierre, ‘ il faut toujours demeurer soumis à l'autorité publique,” sous quelque forme qu’elle se présente, (I. Petri, 11. 13. 14.) : Subject: igitur estote omni humanæ creature, sive regi..….sive ducibus..., parce que c’est la règle immuable de la providence, ‘ la volonté expresse de Dieu;” Quin sic est voluntas Dei (Ib. 15.)

Après ces déclarations si formelles de l’écriture, auxquelles nous pourrions ajouter le témoignage de tous les pères de l’église, que l’on vous dise que vos pasteurs, en vous recommandant la soumission

aux autorités, s’écartent de la ligne de leur devoir et qu’ils interviennent dans des questions. politiques qui ne sont pas de leur ressort, ils n’en est pas moins vrai, aux yeux de tout bon catholique, qu’ils ne font qu’enseigner une vérité de tous les temps, une vérité qui est une des principales bases de la morale chrétienne, une vérité qu’ils ne peuvent taire à leurs ouailles sans se rende prévaricateurs.

Que, par des voies légales et constitutionnelles, on cherche à remédier aux abus dont on croit avoir raison de se plaindre, c’est un droit que nous ne prétendons contester à personne ; mais que pour y parvenir l’on ait recours à l’insurrection, c’est employer un moyen, nous ne disons pas seulement inefficace, imprudent, funeste à ceux mêmes qui en font usage, mais encore criminel aux yeux de Dieu et de notre sainte religion ; c’est, sous prétexte d'éviter un mal, se jeter dans un abyme de maux irréparables : et l’expérience de tous les siècles démontre que nous n’avançons rien ici qui ne soit conforme à Ja plus exacte vérité.

En effet si nous parcourons les pages de l’histoire, nons ne voyons presque aucune révolution qui n’ait été la cause des plus grands désastres : le sang répandu par torrents, les familles plongées dans le deuil ou réduites à la misère par la mort violente de leurs soutiens, les propriétés dévastées, détruites ou enlevées à leurs légitimes possesseurs ; ce n’est là qu’un faible tableau des malheurs enfantés par les révolutions; et nous le répétons avec larmes, ces malheurs nous venons de les voir fondre en partie ‘sur une des pins florissantes portions de notre pays.

Ainsi, N. T. C. F., lorsque nous nous efforçons de vous convaincre de cette obligation que l’évangile nous impose à tous, d’être soumis à l’autorité, nous a’entendons pas seulement vous porter à la pratique

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d’un devoir prescrit par la religion, uous voulons encore vous préserver des maux dont nous venons de faire l’affligeante énumération, nous voulons assurer votre bonheur, celui de vos familles et eelui de la société. | |

Et sur ce point vos pasteurs ne méritent-ils pas d’être écoutés? Seraient-ils les seuls qui n’auraient pas la liberté d’ouvrir la bouche pour vous éclairer sur vos véritables intérêts ? pourriez-vous croire qu’en vous engageant à une obéissance loyale, ils aient en vue de les compromettre? Non, N. T. C. F., leurs efforts constants et leurs généreux sacrifices pour avancer la prospérité du pays ne permettent pas de former un soupçon si injurieux : leur conduite dans tous les temps est une preuve sans réplique de l’affection qu’ils portent à leurs concitoyens; elle leur assure un droit incontestable à votre confiance,

Nous avons donc l'espoir que vous prèêterez une oreille attentive à nos exhortations et à celles de nos dignes collaborateurs dans le saint ministère ; que vous envisagerez plus sérieusement que jamais tout ce que la guerre civile entraînerait de conséquences affreuses pour notre chère patrie ; et que, sans renoncer à vos priviléges politiques, vous vous attacherez à montrer, tant par vos actions que par vos paroles, que vous êtes remplis de cette loyauté et de cette fidélité au gouvernement de la Grande- Bretagne, que vos pères vous ont laissées pour héritage, et qu’ils ont plus d’une fois prouvées aux dépens même de leur vie.

Mais ce n’est pas assez, N. T. C. F., que nous vous invitions à vous tenir en garde contre tout ce qui pourrait troubler la paix dont vous avez joui jusqu’à ce jour, nous devons encore vous presser de lever vers le ciel des mains suppliantes, pour obte-

vir du Dieu des miséricordes qu’il daigne conserver cette heureuse paix au milieu de vous, et la rétablir dans cette partie de la province où elle a été malheureusement troublée,

À CEs CAUSES, le saint nom de Dieu invoqué, nous avons réglé et ordonné, réglons et ordonnons ce qui suit :

1°. Dans toutes les paroisses de notre diocèse il sera chanté une messe solennelle, le premier jour ou on pourra commodément le faire après la publication du présent mandement. Cette messe sera conforme à l’office du jour ; on y ajoutera l’oraison Pro quâcumque necessitate, et elle sera suivie des prières indiquées ci-après (3°.)

2°. Les curés chargés de la desserte de deux paroisses célèbreront cette messe dans l’une et dans l’autre, à leur commodité.

8°. Dans toutes les églises et chapelles de notre diocèse où la messe se célèbre en public, chaque dimanche et fête d'obligation, immédiatement après la messe paroissiale, conventuelle ou principale, le prêtre qui l’aura célébrée, ne laissera les degrés de l’autel qu'après y avoir récité, à genoux, à haute voix, le peuple répondant, ou cinq Pater noster et cinq Ave, Maria, ou les litanies de la Ste- Vierge. Nous espérons que ceux des fidèles qui ne pourront assister au service divin ces jours-là, feront la même prière dans leurs familles. |

4°, Chaque prêtre ajoutera à la messe l’oraison cidessus mentionnée Pro quäâcumque necessitate, excepté aux messes des fêtes de 1re, classe, aux messes solennelles des fêtes de 2de. classe, et à celles du dimanche des Rameaux et de la Vigile de la Pentecôte. Cette même oraison remplacera celle qui est marquée ad libitum dans les autres messes.

5°. Ces prières dureront jusqu’à ce qu’il soit no-

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tifié au clergé, de notre part, que le temps est venu de les discontinuer.

Sera le présent mandement publié au prône de toutes les messes paroissiales (excepté l’article 4°.), et lu en chapitre dans les communautés religieuses, le premier jour de dimanche ou de fête d'obligation après qu'il aura été reçu.

Donné à Québec sous notre seing, le sceau de nos armes et le contre-seing de notre Secrétaire, le onze décembre mil-huit-cent-trente-sept.

Jos. Ev. DE QuEesec.

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