‹ Doctrine de la connaissance d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 6 sur 22 · G DOCTRINE DE LA CONNAISSANCE · texte numérisé non relu

G DOCTRINE DE LA CONNAISSANCE

production de certaines œuvres dans lesquelles la raison a la plus grande part, comme la construction des propositions, du raisonnement, des discours, la mesure de la quantité, la composition des mélodies, le calcul du cours des astres '. Audessus de toutes ces sciences, plane la philosophie première qui traite des objets les plus élevés, des premières causes et surtout de Dieu \

Toute science peut être enseignée ; et l'enseignement conduit plus rapidement au but que se propose la recherche, parce que la présence du maître, l'expression exacte qu'il emploie pour manifester une pensée déjà acquise auparavant, et proportionnée au développement intellectuel du disciple, amènent ce résultat '. Le rôle du disciple n'est pas purement passif dans l'acquisition de la science. La principale part appartient à l'activité de son esprit. Dans la guérison d'un malade, il faut faire la part de la nature et la part du remède administré par le médecin. Or, de même que le médecin produit la santé dans le malade, ainsi le maître produit la science dans le disciple. C'est là ce que l'on appelle enseigner \

La science humaine arrivée à son terme le plus élevé prend le nom de sagesse ^ Elle est alors une connaissance

* Hae inter cseteras scientias artes dicuntnr, quia non solum habent cognitionem, sed opus aliquod, quod est immédiate ipsius rationis, ut constructionem, syllogismes et orationem formare, numerare, mensurare, melodias formare, cursus siderum computare. (Ibid.)

* Dicitur prima philosophia, in quantum scientise aliae ab ea principia sua accipientes eam sequuntur. [Ibid.) — Dicitur etiam scientia divina, sive theologia quia praecipuum coguitorum in ea est Deus. (Ibid.)

' Duplex est modus acquirendi scientiam : unus, quando naturalis ratio per se ipsam devenit in cognitiouem ignotorum, . . alius quando rationi naturali aliquis exterius administratur, et hic modus dicitur disciplina. (De Verit., qu. 11. a. 1.)

'* Scientia prseexistit in addiscente in potentia non pure passiva, sed activa ; alias homo non posset perse acquirere scientiam. . . sicut medicus dicitur causare sauitatem in infirme natura opérante, ita etiam homo dicitur causare scientiam in alla operatione rationis naturalis illius, et hoc et docere. (Ibid.)

5 Dicitur enim sapiens in unoquoque génère qui novit altissimam causam illius generis, per quam potest de omnibus judicare ; simpliciter autem sapiens dicitur qui novit altissimam causam simpliciter, scil. Deum. Et ideo cognitio divinarum rerum vocatur sapientia. (2* 2^ qu. 9. a. 2.)

somblablo h la ooiiiiaissanoe divine. Cette sagesse, autant qu'elle peut être acquise par l'homme ici-bas, se trouve dans la possession de la science sacrée '. Cette science est en efTet une vraie sagesse, car elle concentre en elle toutes les autres sciences, et les dépasse toutes, parce qu'elle considère tout ce qui est connaissable, dans la lumière divine de la révélation ; elle contient les principes et les conclusions les plus élevées de toute doctrine théorique et pratique ^

La science sacrée est donc la plus sublime et la plus vraie de loutes les sciences. Si elle ne résout pas toutes les difficultés et n'explique pas toutes les énigmes, cela ne tient pas au peu de solidité de ses principes ou au défaut de sa méthode, mais à la sublimité des objets qu'elle considère. Elle ne saurait se passer des sciences que les hommes ont inventées, elle a besoin d'elles pour mettre son objet propre dans une plus grande lumière ^ Les sciences philosophiques remplissent donc le rôle d'introductrices dans le domaine de la science sacrée. Elles accomplissent là une noble fonction et voilà pourquoi elles ont été nommées les servantes, les vassales, les tributaires de la science sacrée *.

1 Sacra doctrina una exigtens se extendit ad ea qu£e pertinent ad diversas scientias philosophias, propter rationera formalem quam in diversis attendit, scilicet prout siint divino lumine cognoscibilia. (1 p. qu. 1. a. 4.)

* Licet in scieutiis philosophicis alia sit speculativa et alia practica, sacra tamen doctrina comprebeudil sub se utramque, sicut et Deus eadem scientia se cognoscit et ea quie facit. [Ibid.)

5 Scientia sacra accipere potest aliquid a pbilosophicisdisciplinis, non quod ex necessitate eis indigeat, scd ad majorom uianifestationem eorum qure in hac scientia traduntur. . . Et boc Ipsum qnod sic eis utitur, non est propter defectum vel insnfKcientiam ejns, sed propter defectum intellectus nostri, qui ex bis quoe per naturaleni rationem ex qua procedunt aliic scionti;e cognoscuntur, facilius manuducitur in ea quîE sunt supra rationem, qure in hac scientia traduntur. (I p. qu. 1. a. 5. ad. 2.)

* Utitur scientia sacra pbilosopbicis disciplinis tanquam iuferioribus et ancillis. {Ibid.) Doctrina theologiaî utitur in obsequiura sui omnibus aliis scientiis quasi vassalis, sicut patet in omnibus artibus ordinatis, quannn finis unius. est sub fine alterius [In I Sent. qu. 1. a. 1). Cf. Arist. Meinph., lib. Il, c. II : 'H |xèv yàp àpxixwTaxT) xai i?iY£|A0vix(OTâTY), xal ij ÔTHep ôoùXaî ouS' àvteiKeïv Ta; àX),ac èTiiaTy)|J.â; Sixaiov, i] toO Ti),ou<; xal TàYaOoù ToiauTH) (toutou yàp ïvexa Tà).Xa) ,

Page 1