‹ Doctrine de la scienceChapitre 12 sur 31 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

PBIKCIPES PB L& COnnAISSANCF. THÉOllIQUK.

§ 4. — Premier théorème.

RëfléchissoDS ud insUiDt sur la route que nous allous suivre, avant de nous y engager. — Nous avons indiqué trois principes logiques : celui de l'identité, qui est le principe de tous les autres, et ensuite les deux qui ont en lui leur fondement réciproque , je veux dire le principe de l’opposition et celui du fondement. Les deux derniers rendent possible le procédé synthétique en général, indiquent sa forme, et en sont la base. Notre réflexion ne peut donc rien de plus, pour nous donner la certitude de la valeur formelle de notre procédé. — Dans la première action synthétique, celledela synthèse fondamentale (du moi et du non-moi) est exposé aussi le contenu de toutes les synthèses futures possibles; de ce côté encore nous ne pouvons rien de plus. Tout ce qui doit appartenir au domaine de la doctrine de la science, doit pouvoir être développé de cette. synthèse fondamentale.

Mais si certaines choses doivent pouvoir en être déduites, d’autres doivent se trouver renfermées dans les notions conciliées jwr elle, qui n’ont pas été indiquées encore. Notre tâche est de les découvrir, et voici comment nous procédons dans ce but. — D'après le § 3,

DE'LA «;1ENCE

toutes les notions syiUhéti(|ues naissent par la conciliation des opposés. On devrait donc chercher d’abord les caractères opposés des notions indiquées comme opposées (ici, du moi et du non-moi, en tant qu’ils sont posés comme se déterminant réciproquement), ce qui ne peut se faire qu’au moyen de la réHexion qui est un acte (spontané, volontaire) de notre esprit. Rechercher, disais-je : il est donc établi que ces caractères se présentent à nous et qu'ils ne sont pas créés artificiellement par la réllexion (qui n’a aucun pouvoir de ce genre) , c’est-à-dire qu’il est établi qu’il existe un acte primitivement nécessaire et antithétique du moi.

La réflexion a à exposer cet acte antithétique, et elle commence, pour cela, par être analytique, c’est-àdire que les caractères opposés renfermés dans une notion antithétique — A, sont amenés, comme opposés parla réflexion, à une conscience claire, eu d’autres termes analysent la notion A. Mais il faut remarquer en particulier ici que notre réflexion analyse une notion qui ne lui est encore nullement donnée, et qui ne doit être découverte que par l’analyse; jusqu'à l’achèvement de l’analyse, la notion analysée est — X. Une question s’élève : comment une notion inconnue peutelle être analysée ?

Aucune action antithétique , quoique supposée eu général pour la possibilité de l’analyse, n’est possible sans une action synthétique et même aucune action antithétique déterminée, sans sa synthétique déterminée (§ 3) : elles sont toutes deux entièrement unies ; elles forment une seule et même action et ne sont distinctes que dans la réflexion. On peut donc conclure de l’antithèse à la synthèse. Le troisième terme dans

DOCrBIME

lequel deux opposés sont conciliés peut également être indiqué, non comme le produit mais* comme le fondement de la réflexion , comme le produit de cet acte primitif et synthétique du moi, qui, à cause de cela, ne doit pas se présenter, comme acte, à la conscience empirique, pas plus même que les actes jusqu’à ce moment indiqués. Nous trouvons, dés à présent, des actions synthétiques manifestes , qui ne sont pas encore néanmoins des actions inconditionnelles comme les premières. Mais il est prouvé par notre déduction que ce sont des actions et des actions du moi, c’est-à-dire qu'elles le sont aussi certainement qu’il est certain que la première synthèse, de laquelle elles sont déduites et avec laquelle elles ne font qu’une seule et même chose, est une. Elle est une aussi certainement que l’acte suprême du moi, celui par lequel il se pose soi-mème, est un. Les actes qui sont exposés sont synthétiques, la réflexion qui les expose est analytique.

Mais ces antithèses supposées pour la possibilité d’une analyse par la réflexion , doivent être conçues comme ayant précédé, c’est-à-dire comme celles dont dépend la possibilité des actes synthétiques à exposer. Mais aucune analyse n’est possible sans synthèse. Une synthèse plus élevée est donc supposée comme exposée déjà , et notre premier soin doit être de la rechercher et de la déterminer avec précision ; elle doit avoir été déjà exposée dans le § précédent, mais il pourrait se faire que, passant à une partie de la science entièrement nouvelle pour nous, nous eussions quelque chose de particulier à rappeler à son égard.

BR LA sciEnce.

A. Détermination de la proposition synthétique qui doit être analysée.

Le moi et le uon-moi sont tous deux posés par le moi et dans le moi , comme réciproquement limitables l’un par l’autre, c'est-à-dire, de telle sorte que la réalité de l’un supprime la réalité de l’autre, et réciproquement.

Celte proposition renferme les deux propositions suivantes :

1 . — Ze moi pose le non-rnoi comme limité parle moi. De cette proposition destinée à jouer un grand rôle dans la suite, et même dans la partie pratique de notre science, on ne peut, du moins à ce qu'il semble, faire maintenant aucun usage. Jusqu’à présent, en effet , le non-moi n’est rien. Cette proposition ne parait donc être d’aucun usage, du moins jusqu’à ce que d’une manière quelconque une réalité puisse être attribuée au non-moi. La proposition sous laquelle elle est comprise, le moi et le non-moi se limitent réciproquement, est posée il est vrai; mais quoique posée par elle, quoique contenue en elle, la proposition dont il est question en ce moment est tout-à-fait problématique. Le moi peut être aussi limité purement et simplement à l’égard du non-moi , comme l’ayant posé d’abord lui-même; la limitation, étant d’abord émanée du moi. Peut-être le non-moi ne limite-t-il pas le moi en soi, mais limite-t-il seulement sa limitation. Ainsi expliquée, la proposition précédente demeurerait vraie et juste, sans que l’on dût attribuer au non-moi

nocTninE

une réalité absolue, et sans que la proposition indiquée plus haut comme problématique fût comprise en elle.

2. -= Cette proposition contient encore celle-ci : Le moi se pose soi-même comme limité par le non-moi. On peut s’en servir et elle doit être admise comme certaine, car elle peut se déduire de la proposition précédente.

Le moi est posé d’abord comme réalité absolue , ensuite comme réalité limitable , susceptible d’une quantité et même comme limitable par le non-moi. Or toutes ces choses sont posées par le moi : elles forment par conséquent des moments de notre proposition.

Il sera prouvé :

1 . — Que la dernière proposition est le fondement de la partie théorique de la science de la connaissance, mais seulement après l’achèvement de cette science, car il ne peut en être autrement dans l’exposition synthétique.

2. Que la première proposition problématique, jusqu’à présent, est le fondement de la partie pratique de la doctrine de la science. Mais, comme elle est problématique, la possibilité de cette partie pratique l’est aussi. C’est pourquoi —

3. ^ La réflexion doit partir de la partie théorique. 11 sera prouvé néanmoins, dans la suite, que ce n’est pas la faculté théorique qui rend la pratique possible, mais que c’est, au contraire, sur la possibilité de celle-ci que repose la possibilité de la première (que la raison est en elle-même purement pratique et ne devient théorique qu’en appliquant ses lois à un non-moi qui la limite). La réflexion doit partir de la partie théo-

DK LA SCIENCE.

rique^ parce qu'on ' ne peut concevoir la proposition fondamentale de la partie pratique, qu’autant que l’on peut concevoir la proposition fondamentale de la théorique. Il s’agit dans la réflexion , de concevoir celle-ci.

4. — 11 suit de là que la division que nous avons faite ici de la doctrine de la science en théorique et en pratique est* purement problématique, c’est pour ce motif que nous ne devions la faire qu’en passant, ét que nous ne devions pas tracer rigoureusement une lig'ne de démarcation qui n’est pas encore admise. Nous ne savons nullement encore si nous achèverons la partie théorique, ou si nous rencontrerons une contradiction insoluble; encore moins pouvons-nous savoir si, de la partie théorique , nous serons conduits à une partie spécialement pratique.

B. Synthèse des propositions contraires renfermées dans la proposition énoncée et dans la proposition générale^

La proposition : Le moi se pose comme déterminé par le non-moi y vient d’être dérivée du troisième principe; s’il doit avoir de la valeur, elle doit en avoir aussi. .Mais s’il doit avoir de la valeur, il est certain que l'unité de la conscience ne doit pas être supprimée, et que le moi ne doit pas cesser d'être moi (§ 3). Ainsi cette proposition doit avoir de la valeur aussi certainement que l’unité de la conscience ne doit pas être supprimée.

Nous devons d'abord l'analyser, c’est-à-dire exa-

bOCTBINK

miner si des contraires sont contenus en elle , et quels ils sont.

Le moi se pose comme déterminé par le non-moi. Ainsi le moi ne doit pas déterminer; il doit être déterminé. Mais le non- moi doit déterminer, doit poser des limites. Notre proposition contient donc d’abord la suivante : *

Le non-moi détermine (activement) te moi (qui en ce cas est passif). Le moi se pose comme déterminé par l’activité absolue. Toute activité doit émaner du moi , autant du nàoins que nous pouvons en juger jusqu’à présent. Le moi s’est posé lui-même : il a posé le non-moi. Il les a posés tous les deux dans la quantité. Mais le moi s’est posé comme déterminé. Donc la proposition' énoncée contient encore la suivante :

Le moïse détermine soi-mt-me (par l’activité absolue).

Ne nous occupons nullement encore, pour le moment> de chercher si chacune des deux propositions se contredit en elle-même. Mais il, est évident qu'elles se contredisent toutes deux réciproquement l’une l’autre, car le moi ne peut être actif s’il doit être passif.

Les notions de l’activité et de la passivité, il est vrai, ne sont pas encore déduites ni développées comme opposées. Mais on ne doit rien conclure ici de ces notions comme étant opposées, on s’est servi des mots qui les désignent pouréclairer la pensée. Avec ou sans ces mots, il est également évident que l’une des deux propositions développées nie ce que l’autre aflirme, et que par conséquent il y a bien contradiction.

Si deux [)ropositions contenues dans une seule et même proposition se contredisent l’iinc l’autre, elles se

DE LA SCIEECE.

détruisent, et la proposition qui les contient se détruit elle-même. C’est ce qui arrive pour la proposition énoncée plus haut; elle se détruit donc elle-même.

Mais elle ne peut se détruire, si l’unité de la conscience ne doit pas être anéantie, nous devons donc chercher à concilier les contraires désignés (c’est-àdire non conformes à la proposition suprême). La réflexion doit donc inventer pour eux par un raflinement, un point de conciliation; or, si l’unité de la conscience est posée en même temps que celte proposition qui menace de la supprimer, le terme de conciliation doit se trouver dans notre conscience, et c’est là que la réflexion doit le chercher. Nous venons d’analyser une notion synthétique — X, qui s’y trouve réellement, et ' des contraires découverts par l’analyse, nous devons conclure quelle .sorte de pensée est l’inconnue X.

Arrivons à la solution de notre problème.

L’une des propositions afiirme ce que l’autre nie; ce sont donc la réalité et la négation qui se détruisent; mais elles ne doivent'pas se détruire, elles doivent être conciliées, ce qui a lieu (§ 3) au moyen de la limitation ou de la détermination.

En disant ! Le moi se détermine soi-même, on accorde au moi la totalité absolue de la réalité. Le moi ne peut se déterminer comme réalité (§ 1); car il est posé absolument comme réalité, et aucune négation n'est posée en lui. Cependant, il doit être déterminé par lui-même; cela ne signifie pas qu'il détruise en lui une réalité, car il se mettrait par là immédiatement en con>tradiclion avec lui-même. Mais cela doit signifier que le moi détermine la réalité, et au moyen de celle-ci se détermine hii-mémc.II pose la réalité comme une quan-

DOCTBIHE

tité absolue. Il n’y a pas ‘de réalité hors de celle-là. Cette réalité est posée par le moi. Le moi est donc déterminé, en tant que la réalité est déterminée.

Il faut remarquer,'en outre, que c’est là encore un acte absolu du moi, précisé’ment le même qui se trouve dans le (§ 3) où le moi se pose lui-même comme quantité, et qui, à cause de ses conséquences, devait être clairement exposé ici.

b<e non-moi est opposé au moi. La négation est en lui, de même que la réalité est dans le moi. Si la totalité absolue de la réalité est posée dans le moi, la totalité absolue de la négation doit nécessairement être posée dans le non-moi , et la négation elle-même doit être posée comme totalité absolue.

La totalité absolue de la réalité dans le moi, et la totalité absolue de la négation dans le non-moi doivent être conciliées par la détermination. Donc le moi se détermine en partie, et est détermine en partie.

Mais ces deux choses doivent être conçues comme une seule et même chose, je veux dire que le moi doit être déterminé dans le même rap|X)rt qu’il se détermine, et se déterminer dans le même rapport qu’il est déterminé. ' .

Le moi est déterminé, c’est-à-dire la réalité est détruite en lui. Si donc le moi ne pose en lui qu’une partie de la totalité absolue de la réalité, il supprime par cela même le reste de cette totalité, et, en vertu de l’opposition (§ 2) et de l’identité de la (juantité avec elle-même (§ 3), il pose dans le non-moi , autant de réalité qu’il en a été supprimé en lui (le moi). Un degré est toujours un degré, qu’il soit un degré de réalité ou de négation. Si l’on divise, par exemple, la totalité de la •

DE LA sr.ll-..NCE.

réalité en dix parties égales, et si l’on en place cinq dans le moi, il y a évidemment cinq parties de la néga^ tion posées dans le iion*moi.

'Alliant le moi pose en lui de parties de la négation, autant il en pose de la réalité dans le non-moi, et cette réalité posée dans l'opposé, annule réellement la réalité que contient le moi. Il y a, par exemple, cinq parties de la négation placées dans le moi, s’il y en a cinq de là réalité dans le non-moi.

Ainsi, le moi pose en lui la négation en tant qu’il |K)se la réalité dans le non-moi, et la réalité, en tant qu’il pose dans le non-moL la négation ; il se pose donc se déterminant en tant qu’il est déterminé, et étant déterminé, en tant qu’il se détermine. La question est donc résolue dans les termes donnés plus haut.

Mais seulement dans ces termes; car une question encore est demeurée sans réponse : comment le moi peut-il poser la négation en soi ou la réalité dans le nonmoi? nous n’avons rien fait si nous ne pouvons répondre à cette question. .le le rappelle^ afin que personne ne soit choqué de lu nullité apparente et de l’insuflisance de notre solution.

Nous venons d’opérer une nouvelle synthèse. La notion qui y est exposée, est contenue dans la notion d’espèce et supérieure de la détermination, car la quantité est posée par elle. Mais s’il doit y avoir réellement une autre notion et si la synthèse qu’elle expose doit être réellement une synthèse nouvelle, sa différence spécifique de la notion de la détermination doit être nouvelle aussi ; on doit pouvoir en montrer la différence fondamentale ( le fondement de distinction des deux notions). — Par la détermination en général la quantité

est simplement finie. Oh recherche comment parla notion synthétique que nous venons d’exposer maintenant, la quantité de l’un des opposés est déterminée par la quantité de l’autre. La détermination de la réalité ou de la négation du moi détermine en même temps la négation ou la réalité du non-moi, et réciproquement. Je puis partir de celui des opposés que je veux, et par l’acte au moyen duquel je le détermine, j’ai en même temps déterminé l’autre. La dénomination la plus propre de cette détermination serait celle de i-écipéocité d’action, à cause de l’effet réciproque qu'elle implique; c'est ce qtie Kant appelle relation.

C. Synthèse par réciprocité d’action des contraires, renfermés dans la première des propositions opposées.

Il sera bientôt montré que la solution de notre problème n’a acquis aucun résultat considérable par la synthèse par réciprocité d’action; mais cette synthèse nous a fait gagner pour la méthode un terrain solide.

Si la proposition principale, exposée au commencement du §, renferme tous les contraires qui doivent être conciliés ici, si elle doit les contenir conformément àla méthodeque nous avons rappelée plus haut,sid'ailleurs, ils ont dû être conciliés en général par la notion de la réciprocité d’action, les contraires qui se trouvent dans les propositions générales déjà conciliées doivent nécessairement être conciliés immédiatement par la réciprocité d’action. De même que les contraires particuliers sont contenus dans les contraires généraux exposés, de même aussi la notion synthétique, qui les

UE LA SCIENCE

concilie, doit être renfermée dans la notion générale de la détermination réciproque. Il nous faut donc procéder, h l'égard de cette notion, presc|ue de la même manière que nous avons procédé relativement à la notion de la détermination en général. Nous l’avons déterminée, c’est-à-dire nous avons limité la sphère de son influence à un domaine moins étendu, en lui opposant la condition que la quantité de chacun des opposés doit être déterminée par l'autre, et nous avons obtenu ainsi la notion de la détermination réciproque. D'après la démonstration que nous venons de rappeler, nous avons maintenant à déterminer plus exactement cette notion elle-même, c'est-à-dire à délimiter sa sphère en lui adjoignant une condition particulière. C’est ainsi que nous trouverons les notions synthétiques comprises sous la notion la plus élevée, la réciprocité d'action.

Par là nous serons en mesure de déterminer ces notions par les lignes de démarcation les plus précises, de manière qu’il soit absolument impossible de les confondre et de passer du domaine de l’une dans le domaine de l’autre. Le défaut de détermination rigoureuse nous signalera eu même temps les erreurs.

Ijh non- moi doit déterminer le moi. — C’est qu’il doit supprimer la réalité dans le moi. Mais cela n’est possiblcqu'à condition qu’il ait en lui-même cette partie de la réalité qu’il doit supprimer dans le moi; ainsi — le non-moi a en lui-même de la réalité.

Mais toute réalité est posée dans le moi et le nonmoi est opposé au moi, il u'y a donc en lui aucune réalité : il n’y a>en lui qu'une négation manifeste. Le nonmoi est négation , et jiar conséquent il n'a en soi aucune réalité.

ÜOCTRIftE

Les deux proposiliuiis se détruisent réciproquement l'une l'autre. Elles sont toutes deux comprises dans la proposition : le non-moi détermine le moi, chacune d’elles se détruit donc elle-même.

Mais chacuue de ces propositions est comprise dans la proposition principale qui vient d'étre rappelée ; celle-ci est comprise elle-niéme dans -la proposition de l’unité de la conscience. Si elles sont supprimées, la proposition principale qui les implique, et l'unité de la conscience qui implique celle-c^i le sont aussi ; elles ne doivent donc pas sC détruire, et il faut que lus contraires qui se trouvent en elles puissent être conciliés.'

1 . — ■ La contradiction n’est pas entièrement résolue par la notion de la réciprocité d’action. Si nous posons la totalité absolue de la réalité comme divisible; c’està-dire comme telle qu’elle puisse être ou augmentée ou diminuée (avons-nous le droit d’agir ainsi? cela n’a pas été déduit encore), nous pouvons arbitrairement en retrancher du moi des parties, (jui doivent nécessairement, sous cette condition, être posées dans le non-moi, tant on gagne par la notion de la réciprocité d’action. Mais qui nous conduit à retrancher des parties de la réalité du moi? Cette question n’a pas été agitée encore. Lorsqu’elle supprime quelque partie de la réalité, conformément à la loi de la réciprocité d’action, la réflexion pose dans l’un des opposés ce qu’elle a supprimé dans l’autre. Mais qui l'autorise, qui l’oblige à admettre en général tine détermination réciproque?

Expliquons-nous d’une manière plus précise. — 11 est posé absolument de la réalité dans le moi; d’après le troisième principe fondamental , et tout-à-l’heure même , le non-moi a été défini comme quantité posée.

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Or, toute est quelque chose , et a par consé-

quent de la réalité. Le non-moi doit être négation et en même temps négation réelle (quantité négative).

A l’égard de la notion de la simple relation, il est complètement indifférent auquel des deux opposés on veut attribuer la réalité ou la négation. Cela dépend de celui des deux objets d’où part la réflexion. C’est ce qui arrive dans les mathématiques qui font complètement abstraction de toute qualité, et ne considèrent que la quantité. 11 est tout-à-fait indifférent que j'appelle quantité positive les pas faits en arrière ou les pas faits en avant, cela dépend de savoir si je veux présenter comme résultat déflnitif la somme des premiers ou celle des seconds. De même, dans la science de la connaissance, ce qui est négation dans le moi est réalité^ dans le non-moi et réciproquement. La notion de la détermination réciproque ne presçrit que cela et rien de plus. Quej’appelle réalité ou négation cequi est en moi, peu importe! cela est laissé à mon libre choix ; il ne s’agit que de réalité relative.

— 11 est digne de remarque que, dans le langageordinaire, le mot relatif soit toujours très justement appliqué à ce qui se distingue par la quantité, et ne peut être distingué par rien autre, tandis que l’on ne peut attacher aucune notion déterminée au mot relation d’où il. est dérivé. —

11 y a donc équivoque dans la notion de la réalité elle-même, équivoque produite par la notion de la détermination réciproque. Si l’on ne peut faire disparaître cette ambiguité, l’unité de la conscience est supprimée: le moi est réalité, le non-moi est également réalité; ils

ne sont plus opposés tous deux l'un à l'autre, le moi n’égale pas moi, il est = non-moi.

2. — Pour que la contradiction signalée soit résolue d’une manière satisfaisante, il faut avant tout faire disparaître cette équivoque, derrière laquelle la contradiction pourrait être masquée de telle sorte, que n’étant pas au^fond une contradiction véritable, elle n’en eût que l’apparence.

Le moi est l’origine de toute réalité, c’est par lui, c’est avec lui que la notion de la réalité est donnée, mais le moi est parce qu’il se pose, et il se pose parce qu’il est. Se poser et e'ttv sont donc une seule et même chose; or la notion de se poser et celle de V activité sont également identiques. Ainsi toute réalité est active et tout ce qui est actif est réalité. L’activité est la réalité positive (opposée à celle qui est purement relative).

— Il est très-nécessaire ici de considérer la notion de l’activité entièrement pure. Elle ne ]>eiit rien exprimer qui ne soit contenu dans l’acte absolu du moi se posant lui-même, rien qui ne se trouve immédiatement dans la proposition : Je suis. 11 est donc évident que l’on doit faire abstraction de toutes les conditions de temps et de tous les objets de l’activité ; tandis que le moi pose son propre être, l’acte (le mode d’activité) du moine se dirige nullement sur un objet, il revienlsur lui-même. L’objet n’est donc que lorsque le moi se représente lui-même. — 11 est difficile à l’imagination de ne pas mêler ce dernier caractère, celui de l’objet, à la notion pure de l’activité; il suffit d’être averti de l’illusion à laquelle elle |x>urrail entraîner, afin qu’on écarte du moins tout ce qui pourrait provenir d’un tel alliage.

UE LA SCIENCE

3. — Le moi doit être déterminé, c’est-à-dire, la* réalité, ou suivant la définition qui vient d’en être donnée, l'aclivité Af>\i être supprimée en lui. Le contraire de l’activité est donc posé en lui. Or, le contraire de l'activité est la passivité, La passivité est la négation positive elle est opposée à cet égard à la négation purement relative.

— Il serait à désirer que le mot passivité fyyatij fut fu is dans moins d’acceptions. 11 est inutile de rappeler qu’il ne faut pas y voir ici l’expression de la sensation de la dotjleur. On y fait abstraction de toutes les conditions de temps, et en outre, jusqu’à présent, de toute activité causale qui produise la passivité dans les opposés. La passivité est la simple négation dé la pure notion d’activité que nous venons de présenter et même de l’activité quantitative, si elle est quantitative. En effet, la simple négation de l’activité, en faisantabstraction de sa quantité, -=■ 0 , et serait le repos. Touteequi dans le moi n'est pas immédiatement compris dans la proposition : Je suis, n’est pas posé immédiatement par le mcâ se posant lui-même, est pour le moi passivité ( affection en général ). <

4. — Si la totalité absolue de la réalité doit èlr^e conservée, lorsque le moi est en état de passivité, un égal degré d’activité doit nécessairement être transporté au non-moi, en vertu de \a loi de l’action réciproque.

Telle est donc la solution de la coqtradicliqn précédente. Le non-moi n a en soi, comme iû, aucune réalité, mais, en vertu de la loi de la déternûnation réciproque, il a de la réalité en tant que le moi est passif. Cette proposition : Ije non-moi, autaqt du moins que

DUCrKIND

nous pouvons en juger jusqu'à présent, ua de réalité pour le moi qu autant que le moi est ajffhcté; et nen a pas hors de la condition d’une affection du moi, est très-importante à cause de ses conséquences.

5. — La notion synthétique, maintenant déduite, est comprise dans la notion supérieure de la détermination réciproque ; car, en elle, la quantité de l’un des opposés, le non-moi, est déterminée par la quantité de l’autre, le moi. Mais elle s’en distingue aussi spéciGquement ; car, dans la notion de la détermination réciproque, il était complètement indilTérent de savoir lequel des deux opposés était déterminé par l’autre, auquel des deux était attribuée la réalité, et auquel la négation. La quantité, et rien de plus, était déterminée. Mais dans la synthèse actuelle, l’alternative n’est pas indifférente : il y est bien défini auquel des deux termes de l’opposition est attribuée la réalité et non la négation, et auquel la négation et non l’activité. La synthèse actuelle pose donc V activité, et même à degré égal, dans l’un des termes, dans la même proportion que la passivité est posée dans le terme contraire. ,

Cette synthèse est appelée synthèse de la causalité. Ce à quoi V activité est attribuée, en tant qu'il n’est pas passif, se nomme cause première ( réalité primitive, réalité positive et posée absolument, ce qu’exprime trèsbien ce mot ) : ce à quoi est attribuée la passivité, est l’effet ( par conséquent ce qui dépend d’autre chose, ce qui n’a pas de réalité primitive ). Les deux idées réunies sont exprimées par le mot effet ( pris dans le sens actif). Le résultat de la cause (ce qui est effectue) ne devrait jamais être nommé effet.

Dans la notion de la causalité, telle qu'elle vient

ut LA SCIENCE. 57

d’êire déduite, ou doit faire complètement abstraction , t des conditions empiriques de temps.' et sans ces condi- ,

tions on ne saurait bien la concevoir. D’un côte, le '

temps n’étant pas encore déduit, nous n’avons pas le j

droit de nous servir de sa notion ; de l’autre, il n’esl nullement vrai que l’on doive se représenter- la cause première comme telle, c’est-à-dire en tant qu’eHft pro- !

duit un effet déterminé, comme précédant dans le temps ce qui est effectué ; on le verra dans le schématisme. |

En vertu de l'unité synthétique, la cause et J’effet doivent être conçus comme une seule et même chose. Ce n’est pas la cause, comme telle, c’est la substance, à laquelle la réalité est attribuée, qui précède l'^et dans le temps, par des fondements qui seront montrés.

Mais, à cet égard, la substance, sur laquelle un effet est produit, précède aussi, dans le temps, l’eflet produit en elle par une cause.

D. Sjn thèse par détermination réciproque des termes contraires compris dans la seconde des propositions op/wsées.

La seconde proposition exposée comme comprise dans notre pro[K>sition principale : Le moi se pose comme déterminé , c’est-à-dire, se détermine, renferme en elle des termes contraires et par conséquent se détruit aussi. Mais comme elle ne peut se supprimer sans que l’unité de la conscience ne soit aussi médiatement supprimée, nous devons concilier en une nouvelle synthèse les contraires qui sont en elle.

a, -^Le moi se détermine : il est le déterminant ; il est donc actif.

0. — 11 se détermine : il est le déterminé; il est donc passif. Ainsi le moi est en meme temps, dans une seule action, actif et passif ; il lui est attribué à la fois de la réalité et de la négation, ce qui sans doute se contredit.

Cette contradiction doit être résolue par la détermination réciproque; elle serait parfaitement résolue néanmoins, si Ton pouvait à la proposition précédeate substituer celle-ci : le moi détermine par l’activité sa passivité, ou par la passivité son activité. Alors, en effet, il serait en même temps actif et passif. Seulement il s’agit de savoir si cette proposition peut être substituée à l’autre, et à quel titre elle peut être admise.

Pour que la détermination soit possible, il faut qu’une mesure soit fixée. Celte mesure pourrait bien n’être autre chose que le moi lui-même, parce qu’il n’y a que le moi qui primitivement ait été posé absolument.

Or, il y a de la réalité posée dans le moi. Par con-^ séquent le moi doit être posé, à l’égard de la réalité, comme totalité absolue (c’est-à-dire comme une somme qui comprend toutes les autres sommes, et peut être la mesure de toutes), et même primitivement et absolument, si la synthèse que nous venons d’exposer problématiquement est possible, et si la contradiction doit être résolue d’une manière satisfaisante. Ainsi :

1 . •=« Le moi pose absolument, sans fondement quelconque et sans aucune condition possible, la totalité absolue de la réalité^ comme une somme, au-dessus de laquelle il est absolument impossible qu’il y en ait .une plus grande ;i6t ce maximiun absolu de la réalité, il. le

DE L\ SC1E^CE

pose en lui-mérne. Tout ce qui est posé dans le moi est réalité ; et tout ce qui est réalité est posé dans le moi (§ 1 ). Mais celte réalité daus le moi est une quantité, et même une quantité posée absolument ( §3).

2. — La quantité de ce qui manque do réalité ( de la passivité) doit être déteiminée d’après celle mesure posée absolument. Mais l’absence de réalité est le néant, et ce qui manque de réalité n’est rien. Par conséquent celte mesure ne peut servir à déterminer que le rw/e </e la réalité. Le moi ne peut donc déterminer que la quantité limitée de sa réalité^ par la déter mina lion de laquelle est donc aussi déterminée en même temps (en vertu de la détermination réciproque ) la quantité de la négation.

— Nous faisons entièrement altslraclion ici de la détermination de la négation comme contraire de la réalité en soi dans le moi : et nous dirigeons purement notre attention sur la détermination d’uoe soimme de réalité, plus petite que la totalité. —

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