VIII
L’activité d’une détermination de soi-même pour la détermination d’un objet déterminé , doit être déterminée davantage; car nous n’avons encore aucun point solide. Elle est déterminée par cette activité de 1 agent de l’intuition qui ne détermine pas un objet comme objet déterminé (— A) ; qui ne se dirige pas sur un objet déterminé, (qui ne se dirige donc que sur 1 objet en général comme pur objet). Cette activité devrait par la détermination de soi-même se donner pour objet A ou — A ; elle serait donc à l’égard de A ou de — A complètement indéterminée ou libre ; elle serait libre de réHéchir sur A ou d'en faire abstraction. . ,
Cette activité doit être aperçue d’abord par l’imagination ; mais flottant entre les opposés, eqtre la conception ou la non-conception de A , elle doit être considérée comme imagination, c’est-à-dire comme libre de flotter de l’une à l’autre, (ou également si on a en vue une loi dont nous n’avons encore rien ici, comme une consultation de l’esprit avec lui-même). Cependant, A ou — A devant être conçu par cette activité, ( A posé comme pouvant être réfléchi ou comme tel qu’on en puisse faire abstraction), elle doit être considérée à cet égard comme entendement. La réunion par une intuition nouvelle de A et — A dans l’entendement se nom-
me jugement. Le jugement est la faculté libre jusqu’à présent de réfléchir sur les objets déjà posés dans l’entendement, ou d’en faire abstrafction et de les poser dans l’entendement avec plus de détermination , suivant la mesure de cette réflexion ou de cette abstraction.
Ces deux facultés, l’entendement pur et le jugement, doivent se déterminer mutuellement. 1 . L’entendement doit déterminer le jugement. Il contient déjà en soi les objets dont ce dbrhiet* fait abstraction ou qu’il réfléchit, et il est ainsi la conditioti de la possibilité d’un jbgement en général. 2. Le jugement doit déterminer l’entendement. 11 détermine l’objet en général comme objet; sans lui, il n’y a pas de réflexion ; sans lui, par conséquent, il n’y a rien de fixé dans l’entendement qui est posé d’abord par la réflexion ; donc pas de réflexion, pas d’entendement; le jugement est ainsi la condition de la possibilité de l'entendement et tous deux se déterminent mutuellement. Rien dans l’entendement, pas de jugement; pas de jugement, rien dans l’entendement pour l’entendement, pas de pensée de l’objet ■ pensé.
En vertü de la détermination réciproque, l’objet est détermiiié ainsi : L’objet pensé comme objet de la faculté de penser; à cet égard donc comme passif, est déterminé par lin objet non pensé, par conséquent par une chose qu’il est simplement possible de penser (qlii doit avoir en soi le principe en vertu duquel elle peut êtré pensée ; principe qui ne doit pas se trouver dans l’étre pensant : à cet égard, cette chose est donc active, et l’être pensant passif). Les deux objets, celui qui est pensé et celui qui pourrait l’être, sont déterminés mutuellement l’un par l’autre. Tout objet pensé peut être pen-
sé ; tout objet qui peut être peti$é, est pensé à ce titre , •
et il ne peut être pensé qu’autant qu’il est pensé comme tel. Pas d’objet pensé, pas d’ôbjet qui puisse être pensé, et réciproquement. Ce qui peut être pensé et la faculté d’être pensé sont un simple objet du jugement.
Il n’y a que ce qui est jugé comme pouvant être J)eûsé , qui puisse être pensé comme cause de l’intuition.
L’être pensant doit se déterminer à penser 'quelque chose comme pouvant être jpensé, et à cet égdrd ce qui peut être pensé serait passif; mais, au contraire, ce qui peut être pensé doit avoir en soi le principe de détermination qui fait qu’il peut être pensé ; et à cet égard l’être pensant serait passif. Gela donne une action réciproque entre l’être pensant et l’objet pensé dans lâ pensée, et par conséquent est un point solide de détermination. Il nous faut déterminer encore davantage l’être jugeant.
L’activité qui détermine en général un objet est déterminée par une activité qui n’a pas d’objet, par une activité non objective opposée à l’objective. 11 s’agit seulement de savoir comment cette activité peut être posée et opposée à l’objective.
De même qu’a été déduite la possibilité de faire abstraction de tout objet déterminé — ■ A, ici est demandée la possibilité de faire abstraction de tout objet en général. Il doit exister une semblable faculté d’abstraction absolue, si la détermination demandée doit être possible, et il faut qu’elle le soit, si une conscience dü moi et une conscience de la représentation doivent être possibles.
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Cette faculté devrait d*abord pouvoir être aperçue. En vertu de son essence, Timaginalion flotte entre l’objet et le non-objet; elle est fixée comme n’ayant aucun objet. C’est-à-dire, l’imagination (réfléchie) est entièrement anéantie, et cette annulation, cet anéantissement de l’imagination est aperçu par l’imagination (non réfléchie, et ainsi n’arrivant pas à la conscience claire). ( La représentation obscure existant en nous, si nous faisons abstraction, afin de rendre la pensée pure , de tout mélange de l’imagination^ est cette intuition qui se présente souvent à l’esprit du penseur). Le produit d’une pareille intuition ( non réfléchie ) devrait être fixé dans l’entendement; mais il ne doit rien être, il ne doit pas être un objet; il ne peut donc pas être fixé. ( La représentation obscure de la pensée d’un simple ra]pport sans ses termes. ) Il ne reste donc rien que la simple règle de la raison, la règle de faire abstraction, la simple loi d’une détermination qui ne doit jamais être réalisée ( par l’imagination et l’entendement pour une conscience nette), et cette faculté absolue d’abstraction est par conséquent la raison.
Si tout objectif est supprimé, il reste du moi ce qui se détermine soi-même et ce qui est déterminé par soimême, le moi et le sujet. Le sujet et l’objet sont déterminés l’un par l’autre , de sorte que l'un est exclu absolument par l’autre. Si le moi ne détermine que soi-même, il ne détermine rien hors de soi ; et s’il détermine quelque chose hors de soi, il ne se détermine pas seulement soi-même. Mais le moi est maintenant déterminé, comme ce qui reste après la disparution de tout objet par la faculté d’abstraction absolue; et le
non-moi comme ce dont il peut être fait abstraction par cette faculté d’abstraction. Nous avons donc maintenant un point solide de distinction entre l’objet et le sujet. C’est donc là la cause vraisemblable et qui ne saurait maintenant être méconnue, quant à sa signification, de toute conscience de soi-même. Tout ce dont je puis faire abstraction , tout ce que je peux éliminer par la pensée ( non tout à la fois mais en faisant abstraction plus tard de ce que je laisse maintenant, et en laissant alors ce dont je fais abstraction maintenant), n’est pas mon moi, et je l’oppose à mon moi uniquement parce que je le considère comme tel que je puisse l’éliminer par la pensée. Plus un individu déterminé peut éliminer par la pensée , plus la conscience empirique de soi-inéme s’approche de la conscience pure : depuis l’enfant qui quitte pour la première fois son berceau, et apprend à le distinguer de soi-même, jusqu’au philosophe populaire qui admet encore des images matérielles d’idées et s’inquiète de la place de Tàme, et enfin jusqu’au philosophe transcendantal qui conçoit, et se prouve du moins, la loi de concevoir un pur moi.
Cette activité qui détermine le moi par l’abstraction de tout ce dont on peut faire abstraction devrait à son tour être déterminée elle-même. Mais comme dans ce dont je ne puis pas faire abstraction et où je ne peux faire abstraction de rien (c’est ainsi que le moi est jugé comme simple), rien ne peut être déterminé davantage, elle ne pourrait être déterminée que par une activité qui ne déterminerait absolument pas, et ce qui serait
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déterminë par elle poiirrait être déterminé pàr ün absolument indéiermibé.
Une faculté semblablë de l’absolüment irtdéterniiné, comme éondition de tout déterminé, a été démomréb dans l'imaginatioh pàr les déductions précédentes; mais elle ne peut être élevée à la coriscibnce; parce qü’elle devrait alors être réfléchie, par conséquent déiêrkiifllée polir l’entendement, et qu’elle de denietireréit donc jpas indéterminée et inflnic.
Le moi dans la détermination de soi-inêmé à été considéré comme déterminant et déterminé : si en vcrtii de la détermination présente et suprême on réfléchit là-dessus, que ce qui est déterminé et détermine absolument doit être un absolument indéterminé, et de plus que le moi et le nod-moi sont absolünient opposés, on reconnaîtra, Si le moi est considéré comme déterminé , que le non^moi est l’indéterminé déterminant ; et au contraire, si le moi est considéré comme déterminant, qu’il est lui-même l’indéterminé et que c'est le non-moi qui est déterminé par lui. De là s’élève la lutte suivante.
Si le moi réfléchit sur soi-même et se détermine parla, le non-moi est infini et illimité. Si, au contraire, le moi réfléchit sur le non-moi en général (sur l’univers) et le détermine par-là, il est lui-même infini. Dans la représentation, le moi et le don-moi sé trouvent donc en action réciproque : si l’un est fini, l’autre est infini; et réciproquement. Mais l'un des deux est toujours infini; c’est le principe des antinomies de Kant.
DE LA SGtEltCE.
Si, dans une réflexion plus élevée encore, on réfléchit que le moi est l’absolument déterminant, par conséquent qu’il est ce que la réflexion ci-dessus de laquelle dépend la lutte détermine absolument, dans ce cas, le non-moi est quelque chose de déterminé par le moi ; qu'il soit expressément déterminé pour la réflexion ou qu'il soit laissé indéterminé pour la détermination du moi ])ar soi-mème dans la réflexion, et qu’ainsi le moi, qu’il soit fini oU infini^ ne Se trouve en réciprocité d’action qu’avec soi-méme, réciprocité d’action , dans laquelle le moi est parfaitement réuni avec soi-méme, et au-dessus de laquelle ne s’élève aucune philosophie théorique.