SIXIÈME THÉORÈME
Le sentiment doit être défini et limité davantage.
1 . — Le moi se sent limité, c'est-à-dire il est limité pour lui-méme, et non comme précédemment, ou comme le corps élastique sans vie, seulement pour un obserratenr hors de lui. Son activité est supprimée pour lui-méme : pour lui-méme , disons-nous , car nous apercevons , de notre point de vue élevé, qu’il a produit hors de soi, par une faculté absolue, un objet du penchant, mais le moi qui est l’objet de notre recherche ne le voit pas encore.
Cet anéantissement total d’activité contredit le caractère du moi ; aussi certainement qu’il existe, le moi doit rétablir pour soi l’activité, c’est-à-dire il doit se mettre en position de se poser libre et illimité, bien que dans une réflexion future.
Ce rétablissement de son activité a lieu, en vertu de la déduction que nous avons présentée, par spontanéité absolue, uniquement en conséquence de l’essence du moi, sans autre impulsion. Une réflexion sur le sujet réfléchissant, laquelle, comme le prouvera bientôt l’action présente, n’est que l’interruption d’une action
pour en poser une autre à la place ; — tandis que le moi sent de la manière décrite , il agit aussi , seulement sans conscience ; à la place de cette action, il doit s*en présenter une autre qui rende au moins la conscience possible ; — cette réflexion , dis-je, a lieu avec une spontanéité absolue. Le moi agit en elle absolument parce qu41 agit.
La limite est ici entre la vie simple et rinlelligence, comme elle était plus haut entre la mort et la vie. Ce n’est que de cette spontanéité que résulte la conscience du moi. Ce n’est par aucune loi de la nature, par aucune conséquence des lois de la nature , c’est par la liberté absolue que nous nous élevons h la raison, non par un passage, mais par un saut. C’est pourquoi il faut nécessairement, en philosophie, partir du moi, parce qu'il ne peut pas être déduit ; et la tentative des matérialistes pour expliquer les roanisfestations de la raison par les lois de la nature sera éternellement inexécutable.
2. » Il est aussi évident que l’action demandée qui n’a lieu que par spontanéité absolue, ne peut avoir lieu que par l’activité idéale. Mais toute action, aussi certainement qu’elle est action , a un objet. L’action présente, qui ne doit avoir son fondement que dans le moi, qui, quant à ses conditions, ne doit dépendre que du moi, ne peut avoir pour objet que ce qui existe dans le moi. Mais il n’y a rien en lui que le sentiment, elle se dirige donc nécessairement sur le sentiment.
L’action a lieu avec spontanéité absolue, et à cet égard , elle est pour l’observateur possible une action du moi. Elle se dirige sur le sentiment, c’est-à-dire sur ce qui réfléchit dans la réflexion précédente qui for-
mait le sentiment. L’activité se dirige sur l’activité; ce qui réfléchit dans cette réflexion, ou ce qui sent, est posé par conséquent comme moi. L’ipséité du sujet réfléchissant dans la fonction présente qui, comme telle, n’arrive pas à la conscience, est transportée sur cela.
En vertu de l’argumentation présentée plus haut, le moi est ce qui se détermine soi-même. Le sujet sentant ne peut donc être moi qu'cn tant qu’il est déterminé au sentiment par le penchant, partant par le moi, partant par soi-même; c’est-à-dire qu’en tant qu’il se sent soi-même, qu’il sent en soi sa propre virtualité. Ce. n’est que le sujet sentant qui est le moi, et ce n’est que le penchant, en tant qu’il réalise le sentiment ou la réflexion, qui appartient au moi. Ce qui se trouve audelà de cette limite, s’il s’y trouve quelque chose, — et nous savons qu’en effet le penchant vers l’extérieur doit s’y trouver, — est exclu ; et il faut bien le remarquer, car ce qui est exclu devra être réadmis en son temps.
Ainsi , ce qui est senti devient, dans et pour la réflexion présente, le moi. — De même, le moi n’est moi pour le principe qui sent qu’en tant qu’il est déterminé par soi-même, c’est-à-dire qu’il se sent.
Dans la réflexion présente, le moi n’est posé comme moi qu’en tant qu’il est en même temps ce qui sent et ce qui est* senti, et par conséquent qu’il est en réciprocité d’action avec soi-même. Il doit être posé comme moi, et par conséquent de la manière décrite.
1 . — Le sujet qui sent est posé comme actif dans le sentiment en tant qu’il est réfléchissant, et à cet égard ce qui est senti est passif ; il est objet de la réflexion. En même temps le sujet sentant est posé comme passif dans le sentiment, en tant qu’il se sent comme poussé, et à cet égard ce qui est senti ou le penchant est actif ; il est ce qui pousse.
2. — C’est une contradiction qui doit être conciliée, et ne peut l’être que de la manière suivante. Ce qui sent est actif relativement à ce qui est senti , et à cet égard il n’est qu’actif; (il ne se présente pas alors à la conscience , qu’il est poussé par une impulsion à la réflexion. On tient compte du penchant à la réflexion — dans notre recherche philosophique, — mais non dans la conscience primitive. Il se confond avec ce qui est Tobjet du sujet sentant, et n’est pas distingué dans la réflexion sur le sentiment ; ) mais il doit être passif en relation avec le penchant. C’est par le penchant vers le dehors qu’il est réellement poussé à produire un non-moi par l’activité idéale. ( 11 est actif dans cette fonction , mais de même qu’il n’était pas réfléchi plus haut sur sa passivité, il n’est pas réfléchi ici sur cette activité. Pour soi-même , dans la réflexion sur soi , il est contraint d’agir, quoique cela semble une contradiction, laquelle sera résolue en son temps). De là la contrainte sentie de poser quelque chose comme existant réellement.
3. — Ce qui est senti est actif, en vertu du penchant à la réflexion. Dans le même rapport avec le sujet réfléchissant, il est passif, car il est objet de la réflexion ; mais on ne réfléchit pas sur ce dernier cas , parce que le moi est posé comme une seule et même chose, comme
Diqi'i.
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DE LA SCIEKCE. , 257
se sentant, et qu’il n’est pas réHéchi sur la réflexion. Le moi est, par conséquent , posé passif dans un autre rapport, c’est-à-dire en tant qu’il est limité ; et dans ce cas le limitant est un non-moi. (Tout objet de la réflexion est nécessairement limité, et a une quantité déterminée. Mais en réfléchissant, on ne déduit jamais cette limitation de la réflexion elle-même, parce qu’il n’est pas réfléchi sur elle à cet égard.)
4. — L’un et l’autre doivent former un seul et même moi et être posés comme tel. Pourtant l’un est considéré comme actif selativement au uon-moi, et l’autre comme passif dans la même relation ; là, un non moi est ijrpduit par l’activité idéale du moi; ici, le moi est limité par ce non-moi.
5. " — La contradiction est facile à concilier ; si le moi produisant a été posé comme passif, le moi senti l’a été également dans la réflexion. Donc, en relation avec le non-moi, le moi est toujours passif pour soiméme ; il n’a pas conscience de son activité, et il n’est pas réfléchi sur elle. De là vient que la réalité de la chose parait être sentie, tandis cependant qu’il n’y a de senti que le moi.
Ici se trouve le fondement de toute réalité. Ce n’est que par la relation du sentiment au moi , que nous avons démontré, que la réalité, aussi bien celle du moi que celle du non-moi, devient possible pour le moi. Il est créé quelque chose qui n’est possible que par le rapport d’un sentiment, sans que le moi, aitconscience de l’intuition qu’il en a, quelque chose dont il ne peut avoir conscience, et qui, à cause de cela, paraît être et esteru senti.
La réalité en général, celle du moi, aussi bien que celle du uon-moi, ne peut être que l’objet de la foi.