‹ Doctrine de la scienceChapitre 28 sur 31 · SEPTIÈME THÉORÈME · texte numérisé non relu

SEPTIÈME THÉORÈME

Ije penchant doit être posé et déterminé.

Ayant déterminé et expliqué le sentiment, nous devons de même déterminer le penchant, parce qu’il accompagne le sentiment. Cette explication nous fera avancer et gagner du terrain dans le champ de la faculté pratique.

1 . =- Le penchant est posé, c’est-à-dire le moi réfléchit sur lui. Or, le moi ne peut réfléchir que sur soimême ; et il n’y a également que ce qui est en lui et pour lui qui lui soit accessible. Par conséquent le penchant doit avoir eu action dans le moi et même, — en tant qu’il est posé comme moi par la réflexion qui a été indiquée plus haut, — s’être présenté dans le moi.

2. — Le sentant est posé comme moi. Il serait déterminé', par le penchant senti et primitif, à sortir de soi-même et à produire quelque chose par l’activité idéale. Or, ce penchant primitif se dirige non sur la pure activité idéale, mais sur la réalité; et le moi est ainsi déterminé à la production d’une réalité, hors de soi. Cette détermination ne peut être satisfaite, parce que l’effort ne peut jamais avoir causalité, et doit être

maintenu en équilibre par Teffort contraire du nonmoi. Par conséquent, en tant qu'il est déterminé par le penchant, il est limité par le non-moi.

3. = La tendance constante du moi est de réfléchir sur soi-méme, aussitôt que la limitation, condition de toute réflexion , s’introduit en lui. Cette condition s’introduit ici. Le moi doit donc nécessairement réfléchir sur cet état qui lui est propre. Dans cette réflexion, le réfléchissant s’oublie comme toujours; et à cause de cela elle n’arrive pas jusqu’à la conscience. Elle a lieu en outre par une simple impulsion , par conséquent il n’y a pas en elle la moindre manifestation de la liberté et elle est comme plus haut un simple sentiment. Seulement il s’agit de savoir ce qu’est un sentiment.

4. — L’objet de cette réflexion est le moi , ce qui a reçu l’impulsion est donc le moi idealiter, actif en soiméme, qui a été poussé par une impulsion se trouvant en lui-méme, par conséquent non arbitraire et spontanée. Mais cette activité du moi se dirige sur un objet qu'elle ne peut réaliser comme chose, ni présenter par l’activité idéale. C’est donc une activité qui n’a pas d’objet ; mais qui néanmoins est poussée irrésistiblement sur un objet et qui n’est que sentie. On donne à cette détermination du moi les noms d’aspiration , désir. C’est un penchant vers quelque chose de complètement inconnu , qui ne se révéle que par un besoin, un état de malaise , un vide qui veut être rempli sans indiquer par quoi. Le moi sent en soi un désir; il sent le besoin de quelque chose.

5. — Les deux sentiments, celui de l’aspiration qui vient d’étre déduit et celui de la limitation et de la

contrainte qui a été signalé plus haut, doivent être distingués et mis en relation Tun avec Tautre ; car le • penchant doit être déterminé. Le penchant sè manifeste par un certain sentiment ; il doit être déterminé, mais il ne peut Têtre que par un sentiment d'une autre sorte.

6. » Si le moi n'était pas limité dans le premier sentiment, il n’y aurait pas aspiration, il y aurait causalité dans le second; carie moi pourrait alors produire quelque chose hors de soi et son penchant ne serait pas borné à déterminer le moi intérieurement. Réciproquement, si le moi ne se sentait pas en aspiration, il ne pourrait se sentir limité, puisque ce n'est que par le sentiment de l'aspiration qu’il sort de soi-même, — puisque ce n'est que par ce sentiment que dans le moi et pour le moi est posé quelque chose qui doit être en dehors de lui.

Cette aspiration est importante, non-seulement pour la connaissance pratique, mais pour toute la science de la connaissance. Ce n'est que par elle que le moi est poussé en soi-même hors de soi , ce n’est que par elle que se manifeste en lui-même un monde extérieur.

7. = Toutes deux sont donc unies synthétiquement. L’une est impossible sans l'autre. Pas de limitation, pas d'aspiration ; pas d'aspiration, pas de limitation. Toutes deux sont entièrement opposées l'une à l’autre. Dans le sentiment de la limitation, le moi n’est senti que comme passif; dans celui de l'aspiration, il n’est senti que comme actif.

8. = Toutes deux se fondent sur le penchant, et même sur un seul et même penchant dans le moi. Le

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penchant du mui, limité par le non-moi et devenu seulement par là capable d’un penchant, détermine la faculté de réflexion et ainsi s’élève le sentiment d’une contrainte. Ce même penchant détermine le moi par une activité idéale à sortir de soi, et à produire quelque chose hors de soi ; et comme à cet égard le moi est limité, de là s’élève une aspiration et relativement à la faculté de réflexion, la nécessité de la réflexion du sentiment de l’aspiration. La question est de savoir comment un seul et même penchant peut produire une opposition seulement |>ar la variété des faces sur lesquelles il se dirige. Dans la première fonction, il ne se dirige que vers la faculté de réflexion qui n’embrasse que ce qui lui est donné; dans la seconde, vers l’elfort absolu, libre, fondé dans le moi , qui s’efforce de créer et crée réellement par l’activité idéale. Seulement jusqu'à présent nous ne connaissons pas son produit et nous n'avons pas la faculté de le connaître.

9. — L’aspiration est par conséquent l’expression primitive complètement indépendante de l’effort qui se trouve dans le moi; indépendante parce que, ne prenant garde à aucune limitation, elle ne peut être retenue par-là. Observation im|x>rtante , car il sera démontré que l’aspiration est le véhicule de toutes les lois pratiques et que ce n’est qu’en cela qu’il est permis de reconnaître si elles peuvent ou non en être déduites.

10. Dans l’aspiration, la limitation fait naître un sentiment de contrainte qui doit avoir son fondement dans un non-moi. L’objet de l’aspiration ( ce que rendrait réel le moi déterminé par le penchant, s’il avait causalité, et ce que l’on peut nommer l'idéal) est com- »

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plétement proportionné et symétrique à l'effort du moi ; mais ce qui pourrait être posé par la relation du sentiment de la limitation avec le moi et ce qui y est aussi posé lui résiste. Les deux objets sont donc opposés l’un à l’autre.

11. » Puisqu’il ne peut y avoir aspiration dans le moi, sans sentiment de contrainte, et réciproquement, le moi , dans ces deux sentiments synthétiquement réunis, ne forme qu’un seul et même moi. Néanmoins dans les deux déterminations, il est manifestement rejeté en lutte avec soi-méme, en même temps limité et illimité, fini et infini. Cette contradiction doit être supprimée et nous allons tâcher maintement de la résoudre d’une manière satisfaisante.

12. — L’aspiration, nous l’avons dit, tend à produire réellement quelque chose hors du moi ; cela est impossible. Autant qu’il nous est permis de le prévoir, le moi ne peut le faire dans aucune de ses déterminations. Néanmoins le penchant qui se dirige au dehors doit agir dans la mesure de son pouvoir. Or, il peut agir sur l’activité idéale du moi , la déterminer, sortir de soi et produire quelque chose. Il n’est pas question ici de la faculté de la production qui sera bientôt déduite génétiquement ; mais il faut répondre à la question qui se présente à l’esprit de quiconque nous a suivis : Pourquoi n’avons-nous pas fait d’abord ce postulat, quoique nous soyons partis primitivement d’un penchant vers le dehors? Nous répondons : Le moi ne peut avoir de valeur pour soi-méme ( car il n’est question que de cela ; nous avons déjà fait plus haut ce postulat pour un observateur possible), il ne peut se diriger vers le dehors sans s’être d’abord liltrité; car

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jusqu'à pi'éseul il u’y a pour lui ni dedans ni dehors. Cette limitation de soi-même a eu lieu par le sentiment de soi-même qui a été déduit. Il ne peut pas davantage en effet se diriger vers le dehors, si d’une manière (juelconque le monde extérieur ne se révèle pas à lui en lui-même, ce qui arrive par l’aspiration.

13. — On demande donc : Comment produira l’activité idéale du moi, déterminée par l’aspiration, et quel sera son produit ? Il y a dans le moi un sentiment déterminé de la limitation — X. Il y a en outre dans le

moi une aspiration à la réalité. Mais la réalité ne sc manifeste pour le moi que par le sentiment : par conséquent l’aspiration tend à un sentiment. Or, le sentiment auquel il est aspiré n’est pas le sentiment X ; car avant celui-ci le moi ne se sentait pas limité, n'aspirait donc pas et ne se sentait pas en général; c’est plutôt le sentiment opposé — X. L’objet qui doit exister, si le sentiment — X doit se trouver dans le moi, et que nous nommons — X, doit être produit. Ce serait l’idéal, ou si l’objet X ( fondement du sentiment de la limitation X) pouvait être senti, l’objet — X serait facile à poser par la simple limitation. Mais cela est impossible, parce que le moi ne sent jamais un objet, ne sent jamais que soi-même. Ou, s’il était permis au moi d’ériger en soi le sentiment — X, il pourrait comparer immédiatement les deux sentiments, remarquer leurs différences, et les montrer dans les objets comme leurs fondements ; mais le moi ne peut ériger de sentiment en soi; il aurait autrement une causalité qu’il ne doit pas avoir. Cela rentre dans la proposition de la science de la connaissance théorique : Le moi ne peut pas se limiter. Dans le problème à résoudre, il ne s’agit donc

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de rien moins que de conclure immédiatement du sentiment de la limitation qui ne peut être déterminé davantage, à ce que le moi produise l'objet de l'aspiration entièrement opposé , seulement par l’activité idéale dans la direction du premier sentiment.

14. — L’objet du sentiment de la limitation est quelque chose de réel ; celui de l’aspiration n’a pas de réalité, mais il doit en avoir en conséquence de l’aspiration, car celle-ci tend à la réalité. Tous deux sont opposés l’un à l’autre, parce que se sentant limité par l’un, le moi s’efforce vers l’autre pour sortir de la limitation. Ce qu’est l’un , l’autre ne l’est pas. Voilà tout ce qu’il est permis d’en dire jusqu’à présent.

15. — Pénétrons plus profondément dans notre investigation. D’après ce qui précède, le moi s’est posé comme moi , par la réflexion libre sur le sentiment. D’après la proposition fondamentale, ce qui se pose soi-même , ce qui est en même temps déterminant et déterminé est le moi. Par conséquent, dans cette réflexion ( qui se manifeste comme sentiment de soimême), le moi s’est déterminé, s’est entièrement circonscrit, s’est limité; il est en elle absolument déterminant.

1 6. — C’est l’activité vers laquelle se dirige le penchant qui tend vers l’extérieur ; il est donc à cet égard un penchant à déterminer, à modifier quelque chose hors du moi, la réalité déjà donnée par le sentiment en général. Le moi était en même temps le déterminé ^et le déterminant. Par le penchant , il est poussé vers

e dehors, c’est-à-dire : il doit être le déterminant. Mais toute détermination suppose une matière déterminable. Il faut conserver l’équilibre. La réalité de-

meure donc toujours ce qu’elle était, réalité, quelque chose qui peut être mis en relation avec le sentiment ; pour la réalité comme telle, comme simple matière, on ne peut concevoir d’autre modification que l’anéantissement total. Mais son existence est la condition de la vie ; dans ce qui ne vit pas, il ne peut y avoir de penchant; et aucun penchant dans ce qui a vie ne peut tendre à l’anéantissement de la vie. Le penchant qui se manifeste dans le moi ne se dirige donc pas sur la matière en général, il tend à une certaine détermination de la matière. (On ne peut pas dire différente matière. La matérialité est absolument simple ; mais matière avec déterminations diverses. )

17. = C’est cette détermination par le penchant qui , est sentie comme une aspiration. Le but de l’aspiration est donc non la production, mais la modification de la matière.

18. = Le sentiment de l’aspiration n’était pas possible sans réflexion sur la détermination du moi par le penchant indiqué, comme cela se comprend. Cette réflexion n’était pas possible sans la limitation du penchant et même expressément du penchant à la détermination qui seul se manifeste dans l’aspiration. Or, toute limitation du moi n’est que sentie. On demande ce que peut être le sentiment par lequel est senti comme limité le penchant de la détermination.

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