‹ Doctrine de la scienceChapitre 30 sur 31 · Démontrons plus rigoureusement ce qui a été dit · texte numérisé non relu

Démontrons plus rigoureusement ce qui a été dit

a, — Le moi se déterminait par spontanéité absolue , comme il a été dit plus haut. C’est à cette activité de la détermination que s’applique le penchant

DOCTRlNi:

que nous avons maintenant à étudier, c’est ce penchant qui la pousse au dehors. Four connaître à fond la détermination de l'activité par le penchant, il nous faut avant tout connaître à fond cette activité ellemême.

b. — Dans l’acte, elle était purement et uniquement réfléchissante; elle déterminait le moi, comme elle le trouvait, sans rien changer en lui : on pourrait dire qu’elle ne faisait simplement que donner la forme, la figure. Le penchant ne doit ni ne peut rien y introduire qui ne soit pas en elle ; il penche seulement à donner forme à ce qui existe, tel qu’il existe, pour la pure intuition, mais nullement pour la modification de la chose par une causalité réelle. Il doit seulement être produit dans le moi une détermination comme elle est dans le non-moi.

c. — Mais pourtant , réfléchissant sur soi-méme, le moi devait avoir en soi à un égard la mesure de la réflexion. Car il se dirigeait sur ce qui était en même temps déterminé {realiter) et déterminant et le posait comme moi. Que telle chose existât, cela ne dépendait pas de lui en tant qu’il est considéré purement comme réfléchissant. Mais pourquoi ne réfléchissaitil pas sur la partie , sur le déterminé seulement ou uniquement sur le réfléchissant? pourquoi pas sur le tout ? Pourquoi n’étendait-il pas la circonférence de son objet? Le fondement de cela ne pouvait pas se trouver horsde lui, pareeque la réflexion avait lieu avec spontanéité absolue. Il devait avoir seulement en soi par conséquent ce qui est le propre de toute réflexion, la limitation. Qu’il en fût ainsi, cela résulte d’une autre considératiob. Le moi devait être posé. Le principe en

même temps (létermiDant et déterminé a été posé comme moi. Le principe réfléchissant avait en soi cette mesure et l’appliquait à la réflexion ; car ën réfléchissant par spontanéité absolue, ce principe est en même temps déterminant et déterminé.

Le principe réfléchissant a-t-il, pour la détermination du non-moi, une loi intérieure semblable, et quelle est cette loi ? i

Il est facile de répondre à cette question d’après les principes déjà exposés. Le penchant se dirige sur le moi réfléchissant tel qu’il est. Il ne peut rien lui donner, rien lui enlever; sa loi intérieure de détermination demeure la même. Tout ce qui doit être objet de sa réflexion et de sa détermination (idéale ), doit être en même temps déterminant et déterminé (realiter)', même aussi du non-moi qui doit être déterminé. La loi subjective de la détermination est ainsi d’être en même temps déterminant et déterminé, ou en d’autres termes déterminé par soi-même. Le penchant de détermination tend à trouver cette loi réalisée et ne peut être satisfait qu’à cette condition. Il demande une détermination, entité et totalité parfaite qui ne consiste que dans ce caractère. Ce qui n’est pas en même temps le déterminant, en tant qu'il est le déterminé, est à cet égard sous l’influence d’une action, d’une cause, qui est exclue de la chose comme quelque chose d’hétérogène , qui en est séparée par la limite que tire la réflexion et qui est expliquée par quelque chose autre. Ce qui, en tant qu’il est déterminant, n’est pas en même temps le déterminé, est à cet égard cause, et la détermination est rapportée à quelque chose autre exclu par

DOCTRIHE

lu de la sphère que la réflexion a assignée à la chose : c'est seulement en tant que la chose est en réciprocité d’action avec elle-même qu’elle est une chose et une chose identique. Ce caractère est transporté par le penchant de détermination du moi aux choses ; c’est une remarque importante.

Les exemples les plus communs nous servent d’éclaircissement. Pourquoi une sensation simple n’estelle pas analysée en plusieurs? Pourquoi est-elle douce ou amère, royge ou jaune, etc.; en d’autres termes, pourquoi une sensation forme-t-elle un tout consistant pour soi, et n’est-elle pas purement une partie de l’essence d’une autre ? L’unique raison doit évidemment s’en trouver dans le moi pour lequel elle est une sensation simple; il doit donc y avoir en lui à priori une loi de la limitation en général.

d. — La différence du moi et du non-moi consiste toujours dans l’identité de la loi de détermination. S’il est réfléchi sur le moi , le réfléchissant et le réfléchi, le déterminant et le déterminé sont également une seule et même chose : s’il est réfléchi sur le non-moi , ils sont opposés ; alors, bien entendu , le réfléchissant est toujours le moi.

e, — Ici nous avons en même temps la preuve que le penchant de détermination ne tend pas à une modification réelle, mais seulement à la détermination idéale, à déterminer pour le moi, à lui esquisser d’après une image. Ce qui peut être l’objet de cette esquisse doit être realiter parfaitement déterminé par soi-mème, et il ne reste rien pour une activité réelle, ou plutôt une activité de cette nature se trouve en contradiction ma-

nifeste avec la détermiDation du penchant. Si le moi est modifié realiter, ce qui devait être donné n’est pas donné.

21 . =■ On demande seulement comment et de quelle manière le déterminable doit être donné au moi. La réponse à cette question va nous Faire entrer plus profondément dans la connexion synthétique des actions qui doivent^être indiquées ici.

Le moi réfléchit sur soi comme déterminé et déterminant , et se limite à cet égard , (il va aussi loin que le déterminé et le déterminant) mais il n’y a pas de limitation sans limitant. Ce limitant, qui doit être opposé au moi, ne peut pas, comme cela est demandé dans la théorie, être produit par l'activité idéale, mais il doit ' être donné au moi, se trouver en lui. Ainsi quelque chose se trouve dans le moi , savoir ce qui est exclu « dans cette réflexion , a>mme cela a été indiqué plus haut. Le moi ne se pose à cet égard comme moi qu’en tant qu’il est déterminé et déterminant , mais il n’est les deux que dans un rapport idéal. Mais son effort vers l’activé réelle est limité ; il est posé à cet égard comme une force intérieure , enfermée , se déterminant soi-même (c’est-à-dire en même temps déterminée et déterminante), ou comme cette force est sans manifestation extérieure, comme matière intensive.

S’il est réfléchi sur le moi comme tel ; l’opposition est portée, par conséquent au dehors, et ce qui est en soi et . primitivement subjectif, se métamorphose en objectif.

a. — On voit ici avec une entière clarté, d’où vient la loi : le moi ne peut pas se poser comme déterminé, sans s’opposer un non-moi. D’après cette loi suffisamment connue, nous aurions pu en effet poursuivre

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ainsi dés le commencement : si le moi doit se déterminer, il doit nécessairement s'opposer quelque chose ; mais comme nous sommes ici dans la partie pratique de la science de la connaissance, et que nos remarques doivent porter partout sur le sentiment et le penchant, nous avions à déduire cette loi elle-même d’un penchant. Le penchant qui primitivement tend au dehors, agit suivant son pouvoir ; et comme il ne peut agir sur l'activité réelle, il agit du moins sur l’activité idéale qui de sa nature ne peut être limitée et se pousse au dehors. De là s’élève l’opposition; et ainsi se rattachent par le penchant et dans le penchant toutes les déterminations de la conscience et en particulier la conscience du moi et du non-moi.

• A. — Le subjectif se transforme en objectif, et réciproquement , tout objectif est primitivement un subjectif. On ne peut pas en donner un exemple complètement satisfaisant, car il s’agit ici d’un déterminé en général, de ce qui n'est rien de plus que déterminé ; et un déterminé semblable, nous en verrons bientôt'la raison, ne peut se présenter dans la conscience. Tout déterminé, aussi certainement qu’il doit se présenter dans la conscience, est nécessairement quelque chose de particulier. Mais la première assertion peut être clairement démontrée dans la conscience par des exemples pris dans la sphère de la dernière.

Que quelque chose en effet soit doux , acide , rouge, jaune, etc., une détermination de cette sorte est évidemment quelque chose d’uniquement subjectif; et nous ne nous attendons pas à le voir nier par quicouque a l’intelligence de ces expressions. Ce qui est doux ou acide, rouge ou jaune, ne peut absolument pas

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être décrit ; il ne peut qu’être senti ; on ne saurait le “communiquer par une description, chacun doit mettre Tobjet en rapport avec son propre sentiment, pour avoir une connaissance de notre sensation. On peut dire seulement : J’ai en moi la sensation de l’amer, du doux, etc., et rien de plus. Mais supposez qu une autre personne mette l’objet en rapport avec son sentiment : D’où sait-on que la connaissance de votre sensation s’élève par là en elle, et qu’elle sent uniformément avec vous? D’où savez-vous, par exemple, que le sucre fait sur son goût la même impression que sur le vôtre? Il est vrai que vous appelez douce l’impression que vous recevez si vous mangez du sucre, et que cette personne et tous vos semblables la nomment douce avec vous ; mais cette conformité d’intelligence n’est que dans les mots. D’où savez- vous donc que ce que précisément tous deux vous nommez doux est pour elle ce qu’il est pour vous ? On ne peut rien décider à cet égard. H s’agit d’une chose qui n’est pas objective, qui se trouve dans le domaine purement subjectif, ce n’est que par la synthèse du sucre avec un caractère déterminé subjectif en soi, mais qui n’est objectif que quant à sa définition par rapport au goût, que la chose passe dans le domaine de l’objectivité. C’est de relations semblables purement subjectives à l’égard du sentiment que procède toute notre connaissance; sans sentiment , aucune représentation de choses hors de nous n’est possible.

Cette détermination de vous-mème vous la iransportez aussitôt sur quelque chose hors de vous; de ce qui est proprement un accident de votre moi, vous faites l’accident d’une chose qui doit être hors de vous ( en vertu de la nécessité des lois qui ont été établies

dans la science de la connaissance), Taccident d’une matière qui doit être répandue dans l’espace et le remplir.* Depuis long-temps, le soupçon aurait du s’éveiller en vous que cette matière peut bien être quelque chose qui n’existe qu’en vous, quelque chose de purement subjectif, parce que vous-même, sans qu’aucun autre sentiment de cette matière vous arrive, vous pouvez, de votre propre . aveu, transporter sur elle quelque chose de purement subjectif; parce qu’en outre cette matière n’existe pas pour vous sans un caractère subjectif qui doit être transporté sur elle, et qu’elle n’est par conséquent pour vous, que le support dont vous avez besoin pour le subjectif qui doit être transporté hors de vous. £n tant que vous transportez le subjectif sur elle, elle est sans aucun doute en vous et pour vous. Si elle était primitivement hors de vous et qu’elle fut venue du dehors en vous, pour que la synthèse que vous avez à opérer fût possible , elle devrait être venue en vous par les sens. Mais les sens ne nous présentent qu’un caractère subjectif de même nature que celui qui a été indiqué plus haut. La matière, comme telle, ne tombe en aucune façon sous les sens, elle ne peut être Ggurée et conçue que par l’imagination productive. Elle n’est pas vue, elle n’est pas entendue, elle n’est pas goûtée; mais pourrait objecter une personne encore novice dans l’abstraction , elle tombe sous le sens du tact. Ce sens ne s’instruit que par la sensation d’une résistance, d’une impuissance (d’un non-pouvoir) qui est quelque chose de subjectif. Ce qui résiste n’est heureusement pas senti et n’est que l’objet d'une conclusion. Ce n’est jamais que la superficie extérieure du corps qui se présente, et c’est toujours par un caractère

subjectif quelconque que l’on apprend de celle-ci qu’elle est, par exemple, rude ou polie, chaude ou froide , dure ou molle , etc. ; mais ce n’est pas dans l’intérieur du corps lui-même qu’on le trouve. Pourquoi cette chaleur ou ce froid que vous sentez ( avec la main ), l’étendez-vous sur une large surface et ne les placez- vous en un seul point? Comment arrivezvous en outre à admettre entre les diverses faces du corps, un intérieur que pourtant vous ne sentez pas? Cela a lieu évidemment au moyen de l’imagination productive. Cependant vous tenez cette matière pour quelque chose d’objectif, et vous n’avez pas tort, car vous êtes conduit et vous devez arriver à admettre son existence, puisque sa production a son principe dans une loi générale de la raison.

22. — Le penchant était dirigé sur l’activité du moi qui réfléchit sur soi-même , qui se détermine soi-même comme moi. La détermination qu’il opère implique donc expressément que ce doit être le moi qui détermine la chose, — par conséquent que le çaoi doit réfléchir sur soi dans cette détermination. Il doit réfléchir sur soi , c’est-à-dire se poser comme le déterminant. Nous reviendrons à cette réflexion, nous ne la considérons ici que comme un moyen de, pénétrer plus profondément dans notre recherche.

23. — L’activité du moi est une et ne peut se diriger en même temps sur plusieurs objets. Elle devait déterminer le non-moi que nous nommons X. Par la même activité, bien entendu, le moi doit réfléchir sur soi-même dans cette détermination. Cela n’est pas possible sans que l’action de la détermination (de l’X ) ne soit interrompue. La réflexion du moi sur soi-même

a lieu avec spontanéité absolue, par conséquent aussi l'interruption. Le moi interrompt l’action de la détermination avec spontanéité absolue.

I 24. — Le moi est par conséquent limité dans la détermination, et de là naît un sentiment. 11 est limité, car le penchant de la détermination allait au dehors, sans aucune détermination, c’est-à-dire dans l’infini.

II avait eu soi la loi de réfléchir sur ce qui était déterminé realiter par soi-même, comme sur une seule et même chose, — mais il n’y avait pas de loi pour que — dans noire cas X — ce déterminé allât jusqu’à B, ou jusqu’à C, etc. Maintenant cette détermination est interrompue en un point déterminé , que nous nommons C ( ce qu’est ce point pour une limitation se trouvera en son temps ; mais que l’on se garde de le considérer comme une limitation dans l’espace. Il s’agit d’une limitation d’intensité, par exemple, de ce qui distingue le doux de l’amer; etc.). Donc il y a une limitation du penchant , comme condition d’un sentiment. Il y a ensuite 4 ine réflexion de même que ci-dessus, comme son autre condition. Car tandis que la libre activité du moi interrompt la détermination de l’objet, elle se dirige sur la détermination, sur sa limitation, et sur tout ce qui devient par là sa sphère. Mais le moi n’a pas conscience de cette liberté de son action; c’est pour cela que 1a limitation est attribuée à la chose. C’est un sentiment de la limitation du moi par la détermination de la chose, ou le sentiment simple d’un objet déterminé.

25. — Décrivons maintenant la réflexion qui succède à la détermination interrompue, et dont l'interruption se révèle par un sentiment. En elle, le moi doit se poser comme moi, c’est-à-dire comme ce qui

dans l’action se détermine soi-même. Il est clair que ce qui est posé comme produit du moi ne peut pas être autre chose qu’une intuition, qu’une image de X, mais nullement X elle-même, comme cela ressort des propositions fondamentales théoriques et même de ce qui a été dit plus haut. Ce produit est posé comme produit du moi, dans sa liberté, c'est-à-dire, posé comme accidentel; comme une chose qui ne devait pas être nécessairement comme elle est, mais qui pouvait être autrement. — Si le moi avait conscience de sa liberté dans l’acte de donner la forme à l’image (par cela même qu’il réfléchirait sur l’action présente), l’image serait posée comme accidentelle re-r lativement au moi. Cette réflexion n’a pas lieu ; elle doit donc être posée accidentellement en relation avec un autre non-moi qui nous est jusqu’à présent entièrement inconnu. Discutons d’une manière plus complète ce qui vient d’ètre dit en termes généraux.

Pour être conforme à la loi de la détermination, X devait être déterminée par soi*mème ( en même temps déterminée et déterminant ). C’est en vertu de notre postulat. De plus, par la puissance du sentiment existant, X doit aller jusqu’à C, et pas plus loin, mais aussi doit être déterminée jusque-là (on verra bientôt ce que cela signifie ). Aucun fondement de cette détermination ne se trouve dans le moi déterminant idealiter et ayant intuition^ Il n’y a pas de loi pour cela. ( Ce qui se détermine soi-même, ne va-t-il que jusque-là? Il sera montré d’un côté, que considéré uniquement en soi-même , il va plus loin, c’est-à-dire dans l’infini ; d’un autre côté, s’il doit y avoir une différence dans la chose, comment arrive-t-elle dans la

sphère d’action du moi idéal ? Comment lui devientelle accessible , puisqu’il n'a avec le non-moi aucun point de contact, et qu’il n’est actif idealiter qu’en tant qu’il n’a point de contact avec le non-moi, qu’il n'est pas limité par le non-moi ? — Pour nous exprimer vulgairement : pourquoi y a-t'-il quelque chose de ^doux, autre que l’amer et qui lui est opposé? Tous deux en général , le doux et l’amer sont opposés ; mais en dehors de ce caractère général , quel est entr’eux le fondement de distinction? Il ne peut se trouver unique* ment dans l’activité idéale, car il n’y a pas de notion possible ni de l’un ni de l’autre. Cependant il doit se trouver en partie dans le moi ; car c’eét pour le moi qu’il y a différence entr’eux ).

Par conséquent le moi idéal flotte avec une liberté absolue en deçà et au-delà de la limite. Si limite est tout-à-fait indéterminée. Peut-il demeurer à ce point? Nullement, parce qu’en vertu du postulat qui exige que, dans cette intuition, il réfléchisse sur soi-mème, il doit maintenant se poser déterminé en elle, car toute réflexion suppose une détermination.

La loi de la détermination nous est bien connue, quelque chose n’est déterminé qu’en tant que déterminé par soi-mème. Par conséquent dans cette intuition de rX , le moi devrait se poser la limite de son intuition. 11 devrait se déterminer par soi-mème à poser le point C comme point de limite et X serait donc déterminée par la spontanéité absolue du moi.

26. <— Mais, — et cette remarque est importante , — X se détermine soi-mème d’après la loi de la détermination, et n’est objet de l’intuition demandée, qu’en tant quelle se détermine soi-mème. — Nous

avons [ia l ié jusqu’à présent de la délerminalion intérieure de l’être ; niais la détermination extérieure de la limitation en résulte immédiatement. X*»=X,en tant qu'elle est en même temps déterminant et déterminée, et elle va aussi loin qu’elle va loin , par exemple jusqu’à C. Si le moi doit limiter X exactement et conformément à la chose, il doit la limiter en C, et ainsi on ne pourrait pas dire que la limitation a lieu par S|X)ntanéité absolue. Les deux assertions se contredisent, et rendraient une distinction nécessaire.

27. — Mais — la limitation en C n’est que sentie, elle n’est pas aperçue intuitivement. Celle qui est posée librement doit être seulement aperçue et non sentie. Or, l’intuition et le sentiment n’ont aucune connexion. L’intuition voit, mais elle est vide ; le sentiment se rapporte à la réalité, mais il est aveugle, — pourtant X doit être limitée conformément à la vérité et telle qu’elle est limitée. Il faut donc une union, une connexion synthétique entre le sentiment et l’intuition. N’examinons pas davantage celle-ci, et nous arriverons sans y prendre garde au point que nous cherchons.

28 =« L’agent de l’intuition doit limiter X par spontanéité absolue, et même de telle sorte que X apparaisse comme limitée uniquement par soi-miême, tel est le postulat. Il .est satisfait, si l’activité idéale par sa faculté absolue de production pose un Y au-delà de X (dans le point B, C, D, etc.; car l’activité idéale ne peut pas poser le point déterminé de limite, et il ne peut pas lui.étre donné immédiatement). Cet Y, comme opposé à quelque chose de déterminé intérieurement à une chose, doit 1 ^ être une chose, c’est-à-dire quelque chose de

280 , ODCTRIHE ’

déterminant et de déterminé conformément à la loi de la détermination ; 2° être opposé à X ou la déter> miner, c'est-à-dire qu’à X en tant qu’elle est déterminant, Y ne se rapporte pas comme le déterminé, et en tant qu’elle est déterminée, Y ne se rapporte pas comme le déterminant. II doit être impossible de les embrasser tous deux , de les considérer comme une seule et même chose. Il faut remarquer qu’il ne s’agit pas ici de la détermination relative on de la limitation ; dans celle-ci, ils sont enseqible; mais qu’il s’agit de la détermination intérieure dans laquelle ils ne sont pdint ensemble. Tout point possible de X se trouve en réciprocité d’action avec tout autre point possible de la même X j il en est ainsi pour Y. Mais tout point de Y ne se trouve pas en réciprocité d’action avec tout point de X, et réciproquement, ils sont tous deux des choses ; mais chacun es^ une chose distincte ; et nous parvenons ainsi à répondre à la question : Que sont-ils? Sans opposition, tout le non-moi est bien quelque chose , mais il n’est pas une chose déterminée particulière, et la question : Qu’est celui-ci ou celui-là ? n’a aucun sens puisqu’elle n’a de réponse que par l'opposition.

C’est à cela que le penchant détermine l’activité idéale ; la loi de l’action demandée est aisée à déduire d’après la règle ci-dessus, savoir : X et Y doivent s’exclure réciproquement. Nous pouvons nommer ce penchant, en tant que comme ici il ne se dirige que vers l’activité idéale, le penchant de la détermination réciproque.

29. — Le point de limite C n’est posé que par le sentiment ; par conséquent, l’ Y qui se trouve au-delà de C, en tant qu’il doit aller précisément à G, ne peut

-* — CrtJOgl

DB LA SCIEBCE. 281

être donné que par une relation au sentiment. C’est le ' sentiment seul qui unit X et Y dans la limite. Le penchant de la détermination réciproque se révèle par conséquent en un sentiment. En lui, sont étroitement réunis l’activité idéale et le sentiment ; en lui le moi tout entier est une seule même chose. Nous pouvons à cet égard le nommer penchant à la réciprocité. C’est ce penchant qui se manifeste par l’aspiration; l’objet de l’aspiration est quelque chose de différent de ce qui existe, qui lui est opposé.

Dans l’aspiration, l’idéalité et le penchant à la réalité sont étroitement réunis. L’aspiration se dirige sur quelque chose de différent : cela n'est possible, qu’en supposant une détermination antérieure par l’activité idéale. Ce quelque chose vient en elle (comme limité) avant le penchant à la réalité parce qu’il est senti, mais non pensé ou démontré. On voit ici comment en un sentiment peut se présenter un penchant vers l’extérieur, et par conséquent le pressentiment du monde extérieur ; parce qu’il est modifié par l’activité idéale, qui est libre de toute limitation. On voit de plus ici comment une fonction théorique de l’âme peut être en rapport avec la faculté pratique; ce qui devait avoir lieu, pour que l’être raisonnable pût former un tout complet.

30. — Le sentiment ne dépend pas de nous, parce qu’il dépend d’une limitation, et le moi ne peut pas se limiter. Or, un sentiment opposé doit s’introduira ici. Il s’agit de savoir si la condition extérieure, à laquelle seule un semblable sentiment est possible, se présentera. Elle doit se présenter : si elle ne se présente pas, le moi ne sent rien de déterminé ; par conséquent il ne sent rien : il ne vit donc pas, et n’est pas un moi.

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DOCTRIHK

ce qui contredit la supposition d’une science de la connaissance.

31 . Le sentiment d'un opposé est la condition de la satisfaction du penchant; donc le penchant à la réciprocité des sentiments en général est l’aspiration. Ce qui est aspiré est déterminé, mais seulement par le prédicat qu’il doit y avoir quelque chose autre pour le sentiment.

32. — Or, le moi ne peut pas sentir en même temps de deux manières, car il ne peut pas être limité en C et en même temps n’être pas limité en C. Donc, l’état changé ne peut pas être senti comme état changé; il ne doit être qu’aperçu intuitivement par l’activité idéale, comme quelque chose de différent du sentiment présent et qui lui est opposé. Par conséquent, il y aurait toujours nécessairement en même temps dans le moi intuition et sentiment et tous deux seraient synthétiquement réunis en un seul et même point.

Mais l’activité idéale ne peut prendre la place d’aucun sentiment ou en engendrer un; elle ne pourrait, par conséquent déterminer par là son objet que de telle manière qu’il ne fût pas ce qui est senti; que toutes les déterminations possibles pussent arriver à son objet, hors celles qui existent dans le sentiment. La chose ne demeure toujours ainsi déterminée que négativement pour l’activité idéale; le senti toutefois n’est pas déterminé par là. On ne peut concevoir aucun mode de détermination que la détermination négative et poursuivie à l’infini.

Il en est effectivement ainsi : Qu’appelle-t-on doux, par exemple? Avant tout, quelque chose qui ne se rapporte pas à la vue, à l’ouïe, etc. ; mais au goût. Qu’est-ce

^ pE LA SCIENCE. 283

que le lë savez par sensation, et vous pou-

vez vouaTft représenter ( vous le rendre présent ) par l’inTagina^n, mal^ seulement obscurément et négativement ( synthèse de tout ce qui n’est pas

goût). 0b plus, relativement au goût, il est acide, amer, etc., comptez autant de déterminations particulières que vous pourrez. Mais après avoir compté toutes les sensations du goût que vous connaissez, il pourra vous en survenir de nouvelles, dont vous jugerez qu’elles ne sont pas douces. Par conséquent la limite, entre le doux et toutes les sensations du goût qui vous sont connues, demeure toujours infinie.

La seule question à laquelle il y aurait encore à répondre, serait la suivante : Comment le changement d’état du sujet sentant arrive-t-il à l’activité idéale? 11 se découvre d’abord par la satisfaction de l’aspiration, par un sentiment ; circonstance d’où nous verrons sortir beaucoup de résultats importants.

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DOcnrniwE

§11. HUrriÈMB THÉORÈME.

Les sentiments doivent pouvoir être opposés.

1 . — Le moi doit par Tactivité idéale opposer un objet Y à l’objet X ; il doit se poser comme changé. Mais il ne pose Y qu’à l’occasion d’un sentiment et même d’un sentiment opposé. L’activité idéale ne dépend uniquement que de soi, et non du sentiment. Il existe dans; le moi un sentiment X, et dans ce cas, comme on l’a vu, l’activité idéale ne peut pas limiter l’objet X, ne peut pas montrer ce qu’il est. Mais en vertu de notre postulat, un autre sentiment = Y, doit s’élever dans le moi ; et maintenant l’activité idéale doit déterminer l’objet X, c’est-à-dire pouvoir lui opposer un objet Y déterminé. Le changement et la réciprocité dans le sentiment doivent, par conséquent, pouvoir influer sur l'activité idéale. On demande comment cela peut avoir lieu?

2. =» Les sentiments sont différents pour un observateur en dehors du moi , mais ils doivent être différents pour le moi lui-même, c’est-à-dire ils doivent être posés comme opposés. Cela n’appartient qu’à l’activité idéale. Les deux sentiments doivent, par conséquent, être posés, mais aussi opposés, afin que tous deux

puissent être réunis synthétiquement. Nous avons donc à répondre aux trois questions suivantes : a. Comment un sentiment est-il posé? Comment les sentiments sont-ils réunis synthétiquement par le poser ? c. Comment sont-ils opposés?

3. — Un sentiment est posé par l’activité idéale : cela ne peut se concevoir que de la manière suivante. Le moi réfléchit sans aucune conscience de soi-mème sur une limitation de son penchant. Par là s’élève d’abord un sentiment de soi-méme. Il réfléchit de nouveau sur cette réflexion , ou se pose en elle en même temps comme déterminant et déterminé. Par là le sentiment devient une action idéale , puisque l’activité idéale est transportée sur lui. Le moi a le sentiment, ou plus exactement la sensation de quelque chose , la*matière. Réflexion , dont il a déjà été question , par laquelle X devient objet. Par la réflexion sur le sentiment, elle devient sensation.

4. — Les sentiments sont unis synthétiquement par le poser idéal. Leur fondement de relation ne peut être que le fondement dé la réflexion sur les deux sentiments. Le fondement de la réflexion était : que sans elle, le penchant vers la «détermination réciproque n’était pas satisfait, ne pouvait être posé comme satisfait, et que, si cela n’a pas lieu , il n’y a pas de sentiment et partant pas de moi. Le fondement de la réunion synthétique de la réflexion sur les deux sentiments est que sans cette réflexion on ne pourrait regarder aucun des deux comme sentiment. ^

On voit bientôt à quelle condition la réflexion sur le sentiment isolé ne peut pas avoir lieu. Tout sentiment est nécessairement une limitation du moi ; si par

Di-'i'Zftîi ;.y

DOCTR1HE

conséquent le moi n'est pas limité, il ne sent pas; et s'il ne peut être posé comme limité, il ne peut être posé comme sentant. Si, par conséquent, le rapport entre deux sentiments était que l'un n’est limité et déterminé que par l’autre , — comme il ne peut être réfléchi sur rien, sans qu'il soit réfléchi sur sa limite, et qu'ici l’un des deux sentiments est la limite de l’autre , — il ne pourrait être réfléchi ni sur l’un , ni sur l’autre, sans qu’il fût réfléchi sur les deux.

5. Si les sentiments doivent être dans ce rapport, il doit y avoir dans chacun quelque chose qui renvoie à l’autre. Nous avons trouvé réellement cette relation. Nous avons montré un sentiment qui était lié avec une aspiration ; par conséquent avec un penchant changement. Si cette aspiration doit être parfaitement déterminée, l’autre sentiment, le sentiment aspiré, doit être montré. Cet autre sentiment a été demandé. Le moi peut le déterminer en soi comme il veut : en tant qu’il est aspiré , il doit sc rapporter au premier et être accompagné à son égard d'un sentiment de satisfaction. Le sentiment de l’aspiration ne peut être posé sans une satisfaction à laquelle il tend ; et la satisfaction ne peut être posée sans la supposition d’une aspiration qui est satisfaite. Là où cesse l’aspiration et commence la satisfaction, là est la limite.

/>. On demande seulement encore comment la satisfaction se manifeste dans le sentiment? L’aspiration est née de l’impossibilité de déterminer ce qui manquait à la limitation; l’activité idéale et le penchant à la réalité étaient donc réunis en elle. Aussitôt que s’élève un autre sentiment, — 1 ° la détermination demandée, la parfaite limitation du moi est possible, et a

lieu réellement, puisque le penchant et la force voulue sont là. 2® Par cela même qu’elle a lieu, il suit qu’il y a un autre sentiment. Dans le sentiment en soi, comme limitation, il n’y a pas et il ne peut y avoir de différence. Mais'de ce que quelque chose est possible qui ne l’était pas sans changement de sentiment, il résulte que l’état du principe sentant a été changé. 3° Le penchant et l’action sont maintenant une seule et même chose; la détermination que demande le premier est possible et a lieu. Le moi réfléchit sur ce sentiment et réfléchit sur soi-même dans ce sentiment,‘comme étant en même temps délerminanf et déterminé, comme étant entièrement uni avec soi-même ; cette détermination de sentiment peut être nommée satisfaction. Le sentiment est accompagné de satisfaction.

7. “= Le moi ne peut pas poser cet accord du penchant et de l’action sans les distinguer l’un de l’autre ; mais il ne peut les distinguer sans poser quelque chose en quoi ils sont opposés. Cette chose est le sentiment précédent qui précisément à cause de cela est accompagné d’un sentiment de mécontentement. ( Le contraire de la satisfaction, l’expression de ^ désharmonie entre le penchant eti’action ). Toute aspiration n’est pas nécessairement accompagnée de mécontentement ; mais si une aspiration est satisfaite , la précédente est accompagnée de mécontentement; elle parait fade et sans attrait, ( sans goût ).

8. Les objets X et Y, qui sont posés par l’activité idéale, ne sont plus déterminés seulement par antithèse (comme contraires) ; ils le sont aussi par les prédicats de ' plaisir et de déplaisir. Cette détermination se poursuit

à l’infini, et les déterminations intérieures des choses

DOCTfilHK

( qui se rapportent au sentiment ) ne sont rien de plus* que des degrés de la satisfaction ou du mécontentement qu’elles font éprouver.

9. -= Jusqu'à présent cette harmonie ou cette désharmonie, ce plaisir ou ce déplaisir (comme coïncidence ou non-coïncidence des deux termes différents, mais non comme sentiment), existent seulement pour un observateur possible, mais non pour le moi lui-même. Or, ils

' doivent exister pour le moi , et être posés par lui, — sera-ce seulement idéalement par intuition, ou par une relation au sentiment , nous ne le savons pas encore ici.

10. = Ce qui doit être posé idéalement ou senti, doit à cause de cela pouvoir être démontré un penchant } rien de ce qui est dans le moi n’est sans pencliant. On devrait donc pouvoir montrer un penchant qui tende à cette harmonie.

11. — Est en harmonie, ce qui peut être considéré comme étant réciproquement déterminant et déterminé. Pourtant l’état d’harmonie ne doit pas appartenir ici à un seul objet, mais à deux ; par conséquent voici quel serait le rapport : A doit être en même temps déterminant et déterminé en soi, de même aussi B. Mais il doit y avoir encore dans A et dans B une détermination particulière (la détermination de la distance) à l’égard de laquelle A est le déterminant, si B est le déterminé et réciproquement.

12. — Ce penchant se trouve dans le penchant de la détermination réciproque. Le moi détermine X par Y et réciproquement. Qu'on examine son action dans les deux déterminations. Chacune de ces actions est manifestement déterminée par l’autre, parce que l’objet

de chacune des deux est déterminé par l’objet de l’autre. On- peut nommer ce penchant le penchant à la détermination réciproque du moi par lui-même, ou le pençhant à l’unité absolue et à l’achèvement du moi en * soi-même. ,

Le cercle est maintenant parcouru : penchant à la détermiqatiop d’abord du moi, ensuite par lui du nonmoi; — Le non-moi étant multiple et par conséquent aucun objet particulier ne pouvant en lui être parfaitement déterminé en soi et par soi — penchant à la détermination du non-moi par réciprocité; penchant à la détermination récipcoque.du moi par soi-méme au moyen de cette réciprocité. Il y a par conséquent une détermination réciproque du moi et du non-moi, qui en vertu de l’unité du sujet doit devenir une détermination réciproque du moi par soi-même. Ainsi, d’après •la règle déjà énoncée, les' modes d’action du moi sont parcourus et épuisés; et, en achevant le cercle des penchants, c’est la garantie que la déduction des penchants, principaux du moi, que nous avons présentée, est complète.

13 . -=• Le penchant et l’action doivent être en-harmonie et réciproquement déterminés chacun par soimême. a. Tous deux doivent pouvoir être considérés comme étant en même temps en soi déterminant çt déterminé. Un penchant semblable serait un penchant qui se produirait absolument soi-même, un penchant absolu, un penchant pour le, penchant. (Si on exprime cela par une loi, comme on le doit à un certain point de la réflexion à cause de cetl# détermination, c’est une loi pour la loi, une, loi absolue, ou le catégorique impératif, — Tu dofx inconditionnel lemeru), Onaper-

DOCTHINS

çoit facilement où est rindélerminé dans un penchant de cette nature; il nous pousse en effet en dehors dans rindëterminé, sans but (le catégorique impératif n’est que formel sans 'aucun objets h. Une action est en même temps déterminée et délernunante, é’est-à-dirc, il est agi parce qu’il est agi et pour agir, ou avec détermination de soi-même et liberté absolue. Tout le fondement et toutes les conditions de l’action se trouvent dans l’action ; on voit sur-le-champ où est ici l’indéterminé : il n’y a pas d’action sans un objet : l’action devrait donc se donner l’objet à soi-même, ce qui est impossible.

14. — Il doit y ayoir rapport entre les deux, le penchant et l’action, de manière qu’ils se déterminent réciproquement ; un rapport semblable demande d’abord que l’action puisse être considérée comme produite par le penchant. — L’action doit être absolument libre,’ donc irrésistiblement déterminée par rien. Mais elle peut être telle, qu’elle puisse être déterminée ou non par le penchant. Mais comment cette harmonie ou celte désharmonie se manifeste-t-elle? C’est la question à laquelle il faut répondre, et dont la réponse va se présenter d’elle-même.

Ce rapport demande ensuite que le penchant soit posé comme déterminé par l’action. — Dans le moi rien ne peut êlre en même temps opposé. Mais le penchant et l action sont ici opposés. Aussi certainement donc qu’une action a lieu, le penchant est interrompu ou limité. Par là nait un sentiment. L’action tepd au fondement possible de ce sentiment ; elle le pose, le réalise. , • '

Si d’après le postulat de ci-dessus l’action est déter-

minée par le penchant, l’objet esL déterminé par lui ; il est symétrique au penchant et exigé par lui; le penchant est alors déterminable ( /V/eatoerj par l’action; le prédicat doit lui être appliqué de sorte qu’il se dirige^ sur cette action. .

L’harmonie existe alors, et il s’élève un sentiment de plaisir, une satisfaction qu inspire le parfait accomplissement (satisfaction qui ne dure qu’un instant, parce que l’aspiration retourne nécessairement). Si l’action n’est pas déterminée par-le penchant, l’objet est contraire au penchant, et il s’élève un sentiment de déplaisir, de non-satisfaction, résultant de la scission du* sujet avec soi-même. Alors le penchant est déterminable par l’action, mais seulement négativement ; U ne se dirigeait pas sur cette action.

15. — L’action dont il est ici question est comme toujours purement idéale, par représentation. Notre causalité sensible dans le monde des sens que nous crojons, ne nous arrive pas autrement que médiatement par la représentation.

SECOlSDE EXPOSITION

UKS PaiNCIPBS FOMDAHEnTAUX DE TOUTE LA SCIENCE ' DE LA CONNAISSANCE.

§ 1 . — Notion de la science de la connaissance , théorique particulière. '

Dans les principes fondamentaux de la science de la connaissance, pour fonder une science de la connaissance théorique, nous sommes partis de la p’roposilion : Le moi se pose comme déterminé par le non-moi. Nous avons recherché comment et de quelle manière quelque chose peut correspondre à cette proposition dans l’être doué de raison. Aprèsavoir laissé de côté tout ce. qui était impossible et contradictoire, nous avons découvert la seule manière possible que nous recherchions. Autant il est certain que cette proposition doit avoir de la valeur, et qu’elle ne doit avoir de la valeur que de la manière indiquée, autant il est certain que celle-ci doit se présenter primitivement dans notre esprit comme fait. Le fait demandé était le suivant : Par suite d’un choc, jusqu’à présent encore entièrement inexplicable et inconcevable, sur l’activité primitive du moi, l’imagination flottant entre la direction primitive de cette activité et la direction née par la réflexion produit

nOCTRINK

quelque chose de composé des deux directions.^Comme, en vertu de sa notion, il ne peut rien y avoir dans le moi qu’il ne pose en soi, il doit aussi poser en soi ce fait, c’est-à-dire, il doit se l’expliquer primitivement, lui donner une détermination et des fondements complets.

Le système des laits qui se présentent à l’esprit de l’être doué de raison dans l’explication de ce fait forme la science de la connaissance théorique, et cette expli- 'cafîon primitive comprend la faculté théorique de la raison. C’est à dessein que je dis l’explication primitive de* ce fait. Il existe en nous sans notre cpnsentement conscient ; il est expliqué sans notre participation consciente, uniquement par et suivant les lois et la nature d’iin être doué de raison ; et les divers moments que l’on peut distinguer en poursuivant cette explication, sont de nouveaux faits. La réflexion se dirige sur le fait primitif, c’est ce que je nomme l’explication primitive. L’explication consciente et scientifique que nous entreprenons dans la philosophie transcendantale est quel- ^ que chose de tout différent; en elle, la réflexion se dirige sur l’explication primitive du premier fait pour * l’établir scientifiquement.

Nous avons déjà indiqué en peu de mots, dans la déduction de la représentation, comment le moi pose en soi ce fait en général. Il y était questicin de l’explication de ce fait en général, et nous faisions entièrement abstraction de l’explication d’un fait particulier appar* tenant à cette notion, en tant que fait particulier.

Cela venait seulement de ce que nous n’entrions pas dans tous les moments de cette explication , et nous ne pouvions pas y entrer. Sinon, nous aurions trouvé

UE LA SC1E.NCE

(|u'un fait semblable, comme fait en sénéral, doit Être enlièremcnl déterminé J qu’il ne peut être entièrement déterminé que comme fait particulier, qu’il est et doit être un fait déterminé ptir un autre fait du même genre. Il ne peut donc y avoir de science de la connaissance théorique complète , s'il n’y a pas de science de la connaissance particulière. Si nous voulons être conséquent dans notre œuvre, et procéder suivant les luis de la science delà connaissance, notre explication doit être nécessairement une exposition de la science de la connaissance théorique particulière, parce qu’à un certain moment, nous devons nécessairement arriver à la détermination d'un fait de ce genre par un fait opposé du même genre.

Encore quelques mots d'éclaircissement. Kant part de la sup|M)sition qu'un multiple est donné; pour pouvoir adinéttre l’unité delà conscience, et du terrain où il s'était placé, il ne pouvait en effet avoir un point de départ différent. 11 prenait donc le particulier pour fondement de la science de la connaissance théorique; il ne voulait pas avoir de fondement plus éloigné et allait, par conséquent avec raison, du particulier au général. Dans celle voie, on peut expliquer il est vrai un général collectif, une totalité de l’expérience acquise jusqu’à présent comme unité régie par les mêmes lois ; mais jamais un général iiiUni, une expérience poursuivie dans l’inllni. Du Hni il n’y a pas de roule à l’inûni. Au contraire, par la faculté qui détermine, il y a une roule de l’infini indéterminé et indéterminable au fini ; (c’est pourquoi tout fini est le pro<Iuil du principe qui détermine). La science de la connaissance qui embrasse tout le sysièine de rcs[>ril humain doit prcn->

dre cette route et descendre du général au particulier 11 faut démontrer (jue pour que Texpérience soit possible , un multiple doit être donné, et cette démonstration doit être conduite de la manière suivante : Ce qui est donné doit être quelque chose, mais il n’est quelque chose qu’en tant qu’il y a quelque chose autre ; et du point où cette démonstration sera possible, nous nous avancerons dans la sphère du particulier.

La méthode de la science de la connaissance théorique est déjà décrite dans les principes fondamentaux, et elle est facile et simple. Le fil de Pobservation est transporté à la proposition fondamentale , qui domine ici complètement comme régulative : Rien' n’appartient au moi que ce qu’il pose en soi. Prenons pour fondement le fait déduit plus haut et voyons comment le moi peut le poser en soi. Cet acte de poser est également un fait, et doit à ce titre être posé aussi dans le moi par le moi, et toujours de meme, jusqu’à ce que nous arrivions au fait théorique le plus élevé, au fait par lequel le moi se pose avec conscience comme déterminé par le nonmoi. C’est ainsi que la science de la connaissance théorique s’achève avec la proposition fondamentale, revient en elle-même et se ferme complètement par elle-même.

Il serait facile de montrer dans les faits qui doivent être déduits des différences caractéristiques qui nous fourniraient des titres à les diviser, et avec eux la science qui les établit. Mais, conformément à la méthode synthétique, ces divisions sont faites là où se produisent les principes de division.

Les actions par lesquelles le moi pose en soi quelque chose, comme il vient d’être dit, sont ici des faits en

tant qu’il est réfléchi sur elles ; mais il n en riisulte pas qu’elles soient ce que l’on nomme communément des faits de la conscience, ou que J’on en ait réellement conscienee comme faits de l’expérience intérieure. S il y a une conscience, elle est un fait et doit être déduite comme tous les autres faits ; et s’il y a de cette conscience de nouvelles déterminations particulières, ces déterminations doivent aussi être déduites et sont proprement les faits de la conscience.

H résulte de là, d’un côté, que si, comme on la rappelé plusieure fois, quelque chose que la science de la connaissance établit comme fait, ne se trouve pas dans l’expérience intérieure, on ne doit pas en faire un reproche à la science de la connaissance. Elle ne l’imagine pas ; elle démontre seulement qu il faut nécessairement penser qu’il y a dans l’esprit humain quelque chose qui correspond à une certaine pensée. Si ce quelque chose ne se pré.senle pas dans la conscience, elle apporte en même temps le motif pour lequel il ne peut pas s’y.présenter, motif qui appartient aux fondements qui' rendent toute conscience possible. lien résulte d un autre côté que la science de la connaissance, dans ce qu’elle établit réellement comme fait de l’expérience intérieure, s’appuie non sur le témoignage de l ex{>ériencc mais sur la déduction ; si sa déduction est exacte, on rencontrera dans l'expérience un fait tel précisément quelle l’a déduit. Si ce fait ne se présente pas, sa déduction a été inexacte , et le philosophe devra revenir sur ses pas ét corriger l’erreur qu’il aura faite (juelque part dans la série des conséquences qu il a tirées. Mais la science de la connaissance ne s’occupe absolument pas de l’expérience, elle ny fait absolu-

DOCTlUNï:

ment aucune attention. Elle devrait être vraie, lors même qu'il n’y aurait pas eu d’expérience ( sans celleci à la vérité une science de la connaissance ne serait pas possible in concretOy mais ce n’est pas ce dont il s’agit ici), et à priori il serait plus sûr que loule expérience possible dût se diriger selon les lois établies par elle.

UE LA SCIENCE

• ^ 2, PREMIER THÉORÈMK.

fait indiqué est posé par la sensatùm, ou déduction

de la sensation, •

La lutte des directions opposées de l’activité du moi décrite dans les propositions fondamentales, est quelque chose qui peut être 'distingué dans le moi. Étant dans le moi, elle doit être posée dans le moi par le moi, elle doit par conséquent ‘être d’abord distinguée. Le moi la pose, cela signifie ; il se l’oppose.

Jusqu’à présent, c’esl-à-djre à ce point de la réflexion , rien encore n’est posé dans le moi , il n’y a en lui que ce qui s’y trouve primitivement, l’activité pure. Le moi s’oppose quelque chose , cela ne signifie

donc ici et ne peut signifier rien de plus que ceci : il ♦ ►

pose quelque chose' non comme activité pure. Cet état du moi serait donc posé en lutte, comme le contraire de l’activité pure, comme cette activité mêlée, luttant contre soi-même et s’anéantissant. L’action du. moi maintenant indiquée est purement antithétique.

Nous n’examinons pas ici de quelle manière et j>ar quelle faculté le moi peut poser quelque chose, puis-

qu’il n’est question dans toute cette science que des • • produits de son activité. Or, il a déjà été rappelé dans

les principes, que si la lutte doit être posée dans le moi, et qu’il en doive résulter quelque chose, par la simple action déposer, la lutte, la fluctuation de l’ima- ^ gination entre les termes contraires doit cesser, mais qu’il en reste la trace, comme de quelque chose de possible; Nous voyons ici comment cela peut avoir lieu, bien que nous ne voyions pas la faculté par laquelle cela arrive. Le moi doit poser cette lutte de directions opposées, ou, ce qui est ici la même chose, de forces opposées ; il ne doit donc pas poser l’une et l’autre séparément ; il doit les poser toutes les deux et même toutes les deux en lutte, en activités opposées , mais se tenant en équilibre. Mais les activités opposées qui se font équilibre, s’anéantissent, et il ne reste rien. Il doit pourtant rester quelque chose, quelque chose doit être posé ; il reste donc une matière en repos , une chose qui a une force qu’elle ne peut pas, à cause de la résistance qu’elle rencontre, mettre en activité, un substract de la force, comme on peut s’en convaincre à tout moment en en faisant l’expérience en soi-même. Et même ce qui se rapporte proprement ici , ce substract n’est pas comme quelque chose de posé antérieurement, il est le simple produit de l’union des activités opposées. C’est le fondement de toute matière et de tout substract possible existant dans le moi (et hors du moi il n’y arien), comme cela sera montré plus clairement.

DE LA SCIEWCE.

Mais le moi doit poser cette lutte en soi ; il doit, par conséquent, la poser identique à soi, se la rapporter à soi-même, et pour cela il faut qu'il y ait en elle un principe de relation avec le moi. Jusqu’à présent, comme nous l’avons rappelé, rien n’appartient au moi que l’activité pure. 11 n’y a jusqu’à présent que cette activité qui doive être rapportée au moi , ou lui être posée identique; le principe de relation cherché ne pourrait donc être autre que l’activité pure, et la pure activité du moi devrait être trouvée, ou plus exactement posée , transportée dans la lutte.

Mais l’activité du moi comprise dans la lutte a été posée comme non pure. Elle doit, comme nous le voyons à présent, être posée comme pure pour que la relation avec le moi soit possible. Elle est, par conséquent, op-< posée à elle-même. Gela est impossible et contradictoire , s’il n’est posé encore un troisième terme où elle soit en même temps identique et opposée à elle-même. Ce troisième terme doit donc être posé comme terme synthétique de l’union.

Ce troisième terme serait une activité (du non-moi), opposée à toute activité du moi en général, qui comprimerait et anéantirait entièrement dans la lutte l’activité du moi en lui faisant équilibre. Par conséquent, pour que la relation demandée soit possible, et que la contradiction qui la menace soit supprimée, il faut que cette activité entièrement opposée soit posée.

ROCTRIWE

Ainsi la contradiction énoncée est réellement résolue, et l’opposition demandée de l’activité du moi comprise dans la lutte avec soi-même est possible. Cette açû- , vite est pure et doit être posée comme pure, si l’ou ' écarte par la pensée l’activité opposée du non-moi qui t

la repousse irrésistiblement; elle n’est pas pure, élle est objective, si l’activité opposée est mise en relation avec elle ; elle n’est donc pure ou non que sous condition, condition qui peut être ou n’élre pas posée. De même qu’il est posé que c’est quelque chose de condi^ tionnel, c’est-à-dire qui peut être posé ou non, de même il est posé que cette activité du moi peut être opposée à elle-même.

L’action maintenant indiquée est en même temps thétique, antithétique et synthétique. Thétique, en tant qu’elle pose hors du moi une activité opposée que l’on ne peut absolument pas percevoir. (Comment le moi a-t-il cette faculté ? Il en sera question plus loin, il est seulement montré ici que cela arrive et doit arriver). •Antithétique, en tant que par le poser ou le non poser de la condition, elle oppose à elle-même cette même activité du moi. Synthétique, en tant que par le poser de l’activité opposée, comme d’une condition accidentelle, elle pose cette activité comme n’étant qu’une seule et même activité.

Maintenant , la relation demandée de l’activité du moi qui se trouve dans la lutte est-elle possible '.^Peuton la poser comme quelque chose qui appartient au

DE EA SCIESr.E.

moi, qui lui est propre? Elle est posée dans le moi, parce que et en tant qu elle peut être coçsidérét; comme pure, et elle le serait si l’activité du non-moi 'n’inlluait sur elle ; mais parce qu’elle existe seulement sous la condition de quelque chose entièrement hétérogène, qui ne se trouve pas dans le moi , qui lui est opposé ; elle n’est pas pure, elle est objective. Il faut bien remarquer ici que cette activité est rapportée au moi, non simplement comme pure, mais en tant qu’elle est posée comme objective, par conséquent, après la synthèse ^et avec tout ce qui est réuili par la synthèse. Le caractère d'activité pure posé en elle n’est que le principe de relalidn; elle est efi relation en tant que posée comme pure , si l’activité opposée n’agissait pas sur elle; mais maintenant comme activité objective, .parce que l'activité opposée agit réellement sur elle '.

Dans cette relation, l’activité opposée au moi est exclue, l’activité du moi peut être considérée comme pure ou comme objective ; car elle est posée des deux côtés comme condition, uné fois comme condition dont on fait abstraction, unë fois comme condition sur laquelle il doit être réQëchi. (Ellè est, il est vrai, posée en tout cas; comment et par quelle faculté? Ce n’est

* Ent'sidt'Enc rappelle contre Reinbold, qocce n’est pas seulement la Torme de la représentation , que c’est la représentation tout entière qui est rapportée au sujet ; cela est entièrement exact. La représentation entière est mise en relation, mais il est vrai en même temps que sa forme seule est le principe de relation. Il en est précisément ainsi dans notre cas. Le fondement de relation et ce qui est mis en relation ne dôivent pas être confondus l'un avec l'autre; et nous devons nous tenir sur nos gardes dès le principe, aGn que cela n’arrive pas dans notre déduction.

Di,'-

DOCTRImî

pas cc dont il s'agit). Ici donc se trouve, comme on le verra toujours plus clairement, la raison dernière, pour laquelle le moi sort de soi et pose quelque chose hors de soi. Ici, pour la première fois , s’il m’est permis de m’exprimer ainsi , se détache du moi quelque chose, qui par une détermination postérieure se transformera successivement en l’univers avec tous ses caractères.

La relation déduite s’appelle sensation. L’activité supprimée du moi est ce qui est senti , elle est ce qui est senti hétérogènement , en tant qu’elle est comprimée, ce qu’elle ne saurait être primitivement et par le moi. Elle est ce qui est senti comme quelque chose dans le moi, en tant qu’elle est comprimée sous la condition d’une activité opposée, et celte activité disparaissant, elle serait activité et activité pure. Le principe sentant est intelligiblement le moi qui est en relation dans l’action précédente ; et ce principe ne sera intelligiblement pas ce qui est senti en tant qu’il sent. Il n’est donc pas question de lui ici. S’il est posé , comment il l’est, et par quel mode d’action déterminée, cela devra être recherché dans le § suivant. Il ne s’agit pas davantage ici de l’activité opposée du non-moi exclue dans la sensation ; car celte activité n’est pas sentie, puisqu’elle doit être exclue pour que la sensation soit possible. Comment et par quelle sorte d’action déterminée elle est exclue, elle est posée, on le montrera dans l’avenir.

Cette remarque, que quelque chose demeure ici complètement inexpliqué et indéterminé, ne doit pas nous effrayer; elle sert plutôt à affermir une pro- |H>sition énoncée dans les principes fondamentaux

sur la méthode synthétique, savoir que par cette, méthode, il n’est jamais réuni que les termes intermédiaires, mais que les extrémités ( comme le sont ici le moi sentant et l’activité du non-moi opposé au moi) demeurent non réunies, et que leur conciliation est laissée aux synthèses suivantes.

ItOCTRINK

§3. OEUXIÈMR THÉORÈME.

Ijp. sujet sentant est posé par l’intuition, ou déduction de l'intuition . ♦

Dans le § précédent la sensation a été déduite comme une action du moi par laquelle il met en relaition avec lui, il s'approprie, il pose en soi quelque chose d’hétérogène qu’il découvre en soi. Nous avons appris à connaître cette action ou la sensation aussi bien que son objet, ce qui est senti. Restent inconnus, et cela devait être, d’après les lois de la méthode synthétique, le principe sentant , le moi actil dans cette action* et l’activité du non-moi exclue dans la sensation et opposée au moi. D’après la connaissance que nous avons de la méthode synthétique, on peut prévoir que notre plus proche affaire sera de réunir synthétiquement ces termes extrêmes qui ont été exclus, ou si cela ne devait pas être possible , du moins d’introduire entr’eux un terme intermédiaire.

Partons de la proposition suivante : En vertu de ce qui précède, la sensation est dans le moi; comme rien n^arrive au moi , que ce qu’il pose en soi, le moi doit primordialemeut poser en soi la sensation ; il doit se l’approprier. Ce/yojcr de la sensation n’a pas été encore

, i)E LA sqjracÊ. " . 307

déduit ; nous avons vu, il est vrai, dans le ^ précédent> comment le moi pose en soi le senti, action <|ui était précisément la sensation ;• mais nous n'avons pas vu comment il pose en soi la sensation ejle-méme, en d'autres termes, comment il se pose comme le sujet sentant. . • *

D’abord l’activité du moi dans la sensation, c’est-à- * dire<lans l’action par laquelle il s’attribue le senti, doit être distinguée, par opposition, de ce qui est attribué, de ce qui est senti.

D’après le § précédent, ce qui est senti, c’est une ” activité du moi, considérée comme en lutte avec une force opposée qui lui est complètement égale, par laquelle elle est comprimée et anéantie; comme une nonactivité, qui néanmoins pourrait être et serait activité, si la force opposée disparaissait : par conséquent, comme activité en repos , comme matière ou substract des deux forces.

L’activité qu’il faut opposer à celle-ci doit donc être posée comme non comprimée, ni retardée par une force opposée, par conséquent comme activité réelle.

Cette activité réelle doit être posée dans le moi : mais l’activité arrêtée, comprimée, qui lui est opposée, devait aussi d’après le § précédent être posée danslemioi. Cela se contredit, à moins que toutes deux,

30S . " DOcrRisE

l'activité réelle et l’activité coraprimée, ne soicat mises en relation l’une avec l’autre par une réunion synthétique. Avant donc que d’entreprendre la relation de-’ mandée de l'activité qui a été indiquée avec le moi, nous devons d’abord mettre en relation avec cette activité , celle qui lui a été opposée : sinon, nous obtiendrions un nouveau Fait dans le moi, mais nous per- 'drions par cela même le précédent : nous n'aurions rien gagné, nous n’aurions pas fait un pas de plus.

• Les deux activités, l’activité réelle du moi et celle qui lui est opposée, doivent être mises en relation l’une avec l'autre ; mais, d’après les lois de la synthèse, cela n’est possible que parce qu elles sont réunies toutes les deux, ou, ce qui revient au même, parce qu’il est posé eutr’elles un terme moyen en même temps activité (du • moi) et passivité (activité comprimée).

Ce troisième terme doit être activité du moi. Il ne doit donc absolument être posé que par le moi. Il doit donc être une action ayant pour fondement la manière d’agir du moi; il doit être par conséquent un poser déterminé d’un moi déterminé, le moi doit en être le fondement réel.

Il doit y avoir une passivité du moi, comme cela résulte de la description qui en a été faite. Il doit y avoir un déterminé et limité ; mais le moi, comme cela a été suffisamment montré, dans les principes fondamentaux, ne peut se limiter si oc n’est médiatement; ja limitation devrait donc lui venir du non-moi. Le non-moi doit par conséquent en être le fondement idéal. La raison en est qu’il a de la quantité.

Tous deux doivent coexister. Ce qui vient d’être distingué ne doit pas être séparé. Le fait doit être

considéré comme |K>sé absolument par le moi quant à sa détermination, et par le non-moi quant à son être. Les fondements idéal et réel doivent être étroitement réunis en lui et ne former qu’une seule et même chose.

Pour le connaître entièrement, considérons-le préalablement sous les deux rapports demandés en lui comme possibles. 11 est une action du moi ; et, quant à sa détermination entière, il doit être considéré comme purement et uniquement fondé dans le moi ; il doit en même temps être considéré comme le produit d’une action du non-moi, comme fondé dans le non-moi, quant à toutes ses déterminations. La détermination de la manière d’agir du moi ne doit donc pas déterminer celle du non-moi, ni réciproquement la détermination du non-moi celle du moi : mais toutes deux, entièrement indépendantes, doivent l’une à côté de l’autre procéder de leur propre principe et d’après leurs propres lois; et néanmoins, il doit y avoir entr’elles l’harmonie la plus intime. L’une doit être précisément ce que l'autre est, et réciproquement.

Si l’on songe que le moi est posant, que par conséquent cette activité, devant être fondée absolument en lui, doit être un poser, on voit aussitôt que cette action doit être une intuition. Le moi considère un non-moi, et ici il n'y a pas autre chose pour lui que cette considération : il se pose dans la considération comme entièrement indépendant du non-moi. Il considère par son propre penchant, sans la moindre contrainte du dehors. Il pose dans sa conscience, par sa propre activité et avec la conscience d’une activité qui lui est propre, un caractère qu’il assigne au non-moi ; mais il le pose comme limitation d’un original qui existe hors

310 DOCllUM

de lui. Les caractères imités doivent être ‘trouvés réellement dans cet original , non en conséquence de ce qu'ils sont posés dans la conscience, mais tout-à-fait indépendamment du moi, d’après des lois particulières fondées dans la chose elle-même. Le non-moi ne produit pas l’intuition dans le moi, le moi ne produit pas • la manière d’étre du non-moi, tous deux doivent être tout-à-fait indépendants l’un de l’autre, et il doit y avoir néanmoins entr’eux l’harmonie la plus intime^ S’il était possible d’observer d’un côté le non-moi en soi et non par le moven de l'intuition, et de l’autre côté l’agent de l’intuition en soi dans la simple action 'de l'intuitionÆt sans rapport au non-moi aperçu par l’intuition, on les trouverait déterminés de la même manière. Nous verrons bientôt que l’esprit humain' entreprend réellement cet examen, mais seulement, il ^est vrai, au moyen de l’intuition et d'après ses lois et pourtant sans en avoir conscience ; et c’est précisément de là que résulte l’activité demandée.

Il est surprenant que ceux qui croyaient connaître les choses en soi n’aient pas fait cette facile remarque qu’amène la moindre réflexion sur la conscience, et qu'ils ne fussent pas conduits |>ar elle à la pensée de mettre en question le principe de l’harmonie préétablie , qui ne peut être évidemment que supposée, et qui n’est |>as et ne peut être perçue. Nous avons maintenant déduit le principe de toute connaissance, nous avons montré pourquoi le moi est et doit être intelligence; c’est parce qu’il doit concilier une contradiction qui se trouve primitivement en lui-même entre son activité et sa passivité^ sans conscience et pour que totite conscience soit possible). Il est' clair que nous n’aurions

UE LA SCIENCE

pas pu faire cela, si nous n’avions pas remonté au-delà de toute conscience.

La remarque suivante éclaircira davantage ce qui a été déduit, jettera d’avance de la lumière sur ce qui va suivre, et répandra le plus grand jour sur notre méthode. Dans nos déductions, nous ne considérons jamais que le produit de l’action indiquée dans l’esprit humain, et non l’action elle-même; dans toute déduction suivante, l’action par laquelle le premier produit était produit , est reproduite par une nouvelle action. Ce qui, dàns une première déduction, est énoncé sans autre détermination comme une action de l’esprit, est posé et déterminé dans la déduction suivante. Par conséquent, dans notre cas, l’intuition qui vient d’être déduite synthétiquement doit se présenter dans la déduction précédente comme un acte. L’action in* diquée comme étant la même, consistait en ce que le moi posait son activité comme devant être trouvée dans la lutte, suivant qu'une certaine condition serait écartée par la pensée, comme active, et comme comprimée en repos et pourtant dans le moi, suivant que la pensée s’arrêterait sur une autre condition. Telle est évidemment l’action déduite ; comme action, en ellemême, elle est, quanta son existence, uniquement fondée dans le moi, dans le |K>stulat que le moi pose en soi ; ce qui doit être trouvé en lui, en vertu du § précédent. Elle pose dans le moi quelque chose qui doit être fondé, non par le moi lui-même, mais par le non-moi, l’impression qui a eu lieu. Comme action elle en est entièrement indépendaule; de même que l’impression est entièrement indépendante d’elle : elles suivent toutes deux une direction parallèle; ou, pour

rendre ma pensée plus claire, l’aclivilé pure, primitive du moi', a été modiGée et a en même temps reçu une forme par le choc, et à cet égard elle n’est pas attribuée au moi. Une autre activité libre détache celle-là telle qu’elle est du non-moi qui la pénètre, la considère, l’examine et voit ce qui est contenu en elle; mais elle ne peut la regarder comme la pure forme du moi ; elle n’y voit qu’une image du non-moi.

Après ces recherches préliminaires, expliquonsnous plus nettement sur le problème.

L’action du moi dans la sensation doit être posée et déterminée, c’est-à-dire, pour nous exprimer d’une manière populaire, Gopament, demandons-nous, le moi fait-il pour sentir par quel mode d’action une sensation est possible?

Celte question nous embarrasse, car, d’après ce qui a été dit ci-dessus, la sensation ne parait pas possible. Le moi doit poser en soi quelque chose d’hétérogène ; cet hétérogène est la non-activité ou passivité, et le moi doit le poser par l'activité qui est en lui. Le moi doit donc être en même temps actif et passif, et la sensation n’est possible que sous la supposition d’une réunion semblable. Il faut donc montrer quelque chose en quoi l’activité et la passivité soient si étroitement unies , que telle activité déterminée ne soit pas possible sans telle passivité déterminée, et que telle passivité déterminée ne soit pas possible sans telle activité déterminée ; que l’une ne puisse être expliquée que par

DE LA SCIEHCE.

l’autre, et que chacune considérée en elle-même soit incomplète; que l’activité tende nécessairement à une passivité, et la passivité nécessairement à une activité : car telle est la nature de la synthèse demandée plus haut.

L’activité dans le moi ne peut nullement se rapporter à la passivité, comme si elle la produisait, ou la poser comme produite par le moi ; car le moi poserait alors quelque chose en soi et l’anéantirait en même temps, ,ce qui se contredit. ( L’activité du moi ne peut pas produire la matière de la passivité , ) mais elle peut la déterminer, marquer ses limites. Telle est l’activité qui n’est pas possible sans une passivité; car le moi ne peut pas supprimer une partie de son activité, comme il a él(é dit ci-dessus , elle doit être supprimée par quelque chose en dehors du moi. Le moi, par conséquent, ne peut pas poser de limites, si quelque chose ne lui est pas donné du dehors à limiter. La détermination est donc une activité qui se rapporte nécessairement à une passivité.

De même une passivité se rapporterait nécessairement à l’activité, et ne serait pas possible sans activité, si elle n'était qu’une limitation de l’activité. Pas d’activité, pas de limitation ; par conséquent, pas de passivité de la nature de celle qui a été présentée. (S’il n’y a pas d’activité dans le moi, il n'y a pas d’impression possible; le mode de l’influence n’est par conséquent pas fondé ' uniquement sur le non-moi, il l’est en même temps dans le moi.)

Le troisième terme cherché pour la synthèse est donc la limitation. .

La sensation n’est possible qu’en tant que le moi et

DOCfRISE

le noD-moi se limitent réciproquement, et pas au-delà de cette limite commune à tous deux. Cette limite est le point de réunion véritable du moi et du non-moi, ils n’ont rien de commun que cette limite, puisqu’ils doivent être tout-à-fait opposés l’un à l’autre. Mais de ce point commun ils se séparent, à partir de ce point le moi devient intelligence , en dépassant librement la limite et en transportant ainsi quelque chose hors de soi au-delà d’elle et sur ce qui doit se trouver au-delà ; ou, à voir la chose sous un autre aspect, en recevant en soi quelque chose qui ne doit arriver qu’à ce qui se trouve au-delà de la limite. Quant au résultat, l’un et l’autre sont tout-à-fait indifférents.

La limitation est donc le troisième terme par lequel la contradiction indiquée doit être détruite, et la sensation doit être possible comme réunion d’une passivité et d’une activité.

Au moyen de la limitation .le sentant peut d’abord être rapporté au moi , ou en d’autres termes le sentant est le nmi et peut être posé comme moi , en tant qu’il est limité dans et par la sensation. Ce n’est qu’en tant qu’il peut être posé comme limité, que le sentant est le moi et que le moi est sentant. S’il n’était limité ( par quelque chose à lui opposé) la sensation ne pourrait être attribuée au moi.

- Le moi se limite dans la sensation , comme nous l’avons vu dans le § précédent. 11 exclut quelque chose de soi, comme lui étant hétérogène; il se pose par

Digili;

3io

conséquent en de certaines bornes au-delà desquelles doit se trouver quelque chose qui lui est opposé. Il est maintenant limité pour toute intelligence hors de lui.

Maintenant la sensation elle-même doit être posée, c’est-à-dire, d’abord à l’égard du terme qui vient d’en être indiqué, l’exclusion (elle est rapportée à la sensation , mais il ne s’agit pas de cela ) le moi doit être posé comme limité. Il doit être limité non-seulement pour une intelligence hors de lui , mais pour soi-même.

En tant qu’il est limité, le moi ne va que jusqu’à la limite ; en tant qu’il se pose comme limité , il va nécessairement au-delà ; il se dirige sur la limite ellemême, comme limite, et une limite n’étant rien sans deux termes opposés , — sur ce qui est au-delà d’elle.

Le moi comme tel, est posé limité, c’est-à-dire en tant qu’il se trouve en-deçà de la limite; il est opposé à un moi non limité à cet égard , et par cette limite déterminée. Ce moi illimité doit donc être posé pour l’oppasition demandée.

Le moi est illimité et absolument inimitable en tant que son activité ne dépend que de lui et n’est fondée qu’en lui, en tant, par conséquent, qu’elle est idéale suivant l’expression dont nous nous sommes toujours servis. Cette activité uniquement idéale est posée et posée comme allant au-delà de la limitation. ( Notre synthèse actuelle se lie comme elle le doit avec celle qui a été établie dans le § précédent. Là aussi l’activité arrêtée devait être posée par le sentant comme activité, * comme quelque chose qui devait être activité ; si la résistance du non-moi tombait et que le moi ne dépendit que de lui-même, par conséquent comme activité dans une relation idéale. Ici, toutefois, elle est posée comme

DOUTKl^E

activité, mais médiatement et seulement non comme activité unique, mais en commun avec l’activité qui se trouve avant le point du choc (comme cela est nécessaire pour que notre discussion avance et gagne du terrain ).

A cette activité fst opposée l’activité limitée, qui par conséquent, en tant qu’elle doit être limitée, n’est pas idéale, dont la série dépend non du moi, mais du non-moi qui lui est opposé, et que nous nommerons . activité se dirigeant sur le réel.

* Il est clair que par là l’activité du moi , non en tant qu'elle est ou non arrêtée, naais en tant qu'elle est en action, est opposée à elle-même et considérée comme se dirigeant sur l’idéal ou sur le réel. L’activité du moi qui va au-delà du point de limite que nous nommons C, n’est qu’idéale et non réelle ; l’activité réelle ne le dépasse pas. Celle qui se trouve en-deçà de la limite de A jusqu'à C est en même temps idéale et réelle : idéale, en tant que comme force du iH>ser précédent elle n’est fondée que dans le moi ; réelle, en tant qu’elle est posée comme limitée.

11 est montré que toute cette distinction procède de l’opposition : si l’activité réelle ne devait pas être posée, une activité idéale ne serait pas posée comme idéale ; car on ne saurait la distinguer. Si une activité idéale n’était pas posée, une activité réelle ne léserait pas. L’une et l’autre se trouvent en rapport de détermination réciproque, et nous avons ici seulement, par l’application, quelque chose de plus clair, la proposition : L’idéalité et la réalité sont unies synthétiquement. Pas d’idéal, pas de réel, et réciproquement.

Maintenant il est aisé de démontrer comment a lieu

ce qui doit arriver ensuite > savoir, que les opposés

soient réunis synthétiquement et mis en relation avec

• le moi.

C’est ractiviié qui se trouve entre A et C qui, rapportée au moi, doit lui être attribuée. Elle ne serait pas capable d’être rapportée comme limitée, car le moi n’est pas limité par lui-même. Mais elle est aussi une force idéale, uniquement fondée dans le moi, force du système de l’activité idéale déjà indiquée ; et celte activité (liberté, spontanéité, comme elle sera montrée en son temps), est le fondement de relation. Ælle n’est fondée qu’en tant qu’elle dépend du non-moi , qui est exclu et considéré comme quelque chose d’hétérogène. Pourtant , observation dont la raison a été présentée dans le § précédent, — elle est attribuée au moi non comme idéale, mais expressément comme activité réelle' et limitée.

Cette activité mise en relation^ en tant qu’elle est limitée et exclut de soi quelque chose d’hétérogène ( car jusqu’à présent il n’a été question que de 'cela, mais non comment elle le reçoit en soi ), est évidemment la sensation déduite plus haut ; et ce qui était demandé est arrivé en partie.

D’après les lois assez connues du procédé synthétique , on ne réussira pas dans la tentative de confondre' en réciprocité ce qui est mis en relation dans l’action déduite, avec le principe qui met en relation. Caractérisons ce dernier, autant que cela est possible et nécessaire.

Il va évidemment avec son activité au-delà de la limite, et ne prend pas garde au non-moi, mais plutôt l’exclut; cette activité n’est par conséquent qu’idéale :

mais ce avec quoi n’est mis en relation que l'activité idéale, est précisément cette activité idéale du moi. Donc, ce qui met en relation et ce avec quoi il est mis • en relation ne peuvent être distingués. Bien qu'il doive être posé et que quelque chose doive être mis en relation avec lui, le moi ne se présente pourtant pas dans cette relation pour la réflexion. Le moi agit : nous le voyons sur le terrain de la réflexion scientifique on nous nous trouvons, et comme le verrait une intelligence qui observerait le moi ; mais le moi ne le voit pas de son point de vue actuel (il pourra le voir dans l’avenir d’un autre point de vue). Dans l’objet de son activité, le moi s’oublie donc lui-méme, et nous avons une activité qui n’apparait que comme passivité , comme nous la cherchions. Cette action se nomme une intuition, contemplation muette, sans conscience, qui se perd dans l’objet. L’objet de l’intuition est le moi en tant qu’il sent. L’agent de l’intuition est également le moi, mais qui ne réfléchit pas sur son intuition. Et en eflet , en tant qu’il a intuition, il ne peut pas y réfléchir.

Ici s’introduit dans la conscience un substract pour le moi , cette pure activité qui est posée comme existant lors même qu’il n’y aurait pas d’influence étrangère, mais qui est posée à la suite d’une antithèse, par conséquent, par détermination réciproque. Son existence est indépendante de toute influence étrangère , mais il dépend d’une influence de cette nature qu’elle soit posée.

La sensation doit être posée; c’est le postulat de * ce §. Mais la sensation n’est possible qu’en tant que le sentant sc dirige sur quelque chose de senti et le pose * dans le moi; par conséquent, parla notion intermédiaire de la limitation, le senti doit être mis en relation avec le moi.

11 a déjà été mis en relation avec le moi dans la sensation ; mais ici la sensation doit être posée. Elle vient d’être posée par une intuition , mais dans laquelle le senti a été exclu. Évidemment cela ne suffit pas r elle doit être (x>sée en tant qu’elle se l’approprie.

Cette appropriation de la relation doit avoir lieu par ^ la notion intermédiaire delà limitation. Si la limitation n'est pas posée, la relation demandée n’est pas possible ; elle n’est possible que par la limitation.

Par cela même que quelque chose est exclu et posé dans la sensation comme le limitant, ce quelque chose est limité par le moi, comme n’appartenant pas au moi ; mais précisément comme objet de cette action de la limitation , il est vu dans le moi d’un point de vue plus élevé. Le moi le limite ; il doit à cause de cela être contenu en lui.

Nous devons nous placer ici à ce point de vue élevé pour poser cette limitation du moi comme action par laquelle le limité (le senti) vient nécessairement dans son cercle d’action — et par là , nous posons alors, d’après le postulat, le sentant — non il est vrai pré-

cisément dans le moi, comme cela avait lieu tantôt, — mais nous le posons comme sentant, nous déterminons sa manière d’agir, nous la caractérisons, nous faisons qu’elle peut être distinguée de tous les modes d’activité du moi qui ne sont pas une sensation.

Pour connaître d’une manière précise cette limitation par laquelle le moi s’approprie le senti, rappelonsnous ce qui a été dit sur ce point dans la déduction de la sensation. Le senti était mis en relation avec le moi par cela seul qu'une activité opposée au moi était posée, seulement comme conditionnelle, c’est-à-dire comme quelque chose qui pouvait être et n'étre pas posé. Dans ce poser o\x non-poser, le posant comme toujours est le moi. Par conséquent pour cette relation, quelque chose était attribué non-seulement au non-moi, mais médiatement au moi, savoir la faculté de poser ou non quelque chose. Ce qu’il faut bien remarquer, ce n’est pas la faculté de poser ou la faculté de ne pas poser ; mais c’est la faculté de poser et de ne pas poser qui de- . vaitètre attribuée au moi. En lui, par conséquent, le poser de quelque chose de déterminé , et le non-poser de ce quelque chose de déterminé, se présentent réunis en même temps et synthétiquement. Us doivent se présenter et se présentent dans tous les cas où quelque chose est posé comme condition accidentelle. Ceux dont les connaissances philosophiques ne dépassent pas une sèche logique, se plaignent beaucoup de l’impossibilité logique qui les empêche de comprendre lorsqu'une notion de cette nature s’offre à eux, notion qui doit être produite par l’imagination .sans laquelle il n’y aurait pas de logique et pas de possibilité logique.

DE LA SCIEECE.

Voici la marche de la synthèse : Il y a sensation. Cela n’est possible qu’à la condition que le non-moi soit posé comme condition purement accidentelle de ce qui est senti. Comment a lieu ce poser? Nous n’ayons pas à nous en occuper ici. Mais cela n’est pas possible à moins que le moi ne pose et en même temps ne pose pas ; une action semblable se présente donc nécessairement dans la sensation , comme terme intermédiaire entre les autres termes indiqués. Nous avons à montrer comment la sensation a lieu. Nous avons donc à montrer comment arrivent simultanément un poser et un non-poser.

Dans ce poser et non-poser, l’activité , quant à sa forme , est évidemment une activité idéale. Elle va audelà du point de limite, et par conséquent n’est pas arrêtée par lui. Le principe d’où nous l’avons déduite, et avec elle toute la sensation, est que le moi doit poser en soi ce qui doit être en lui : elle est par conséquent fondée uniquement dans le moi. Si elle n’est que cela et rien de plus, elle est un simple non-poser et non un poser, elle est seulement activité pure.

Mais elle doit être un poser et elle l’est, parce qu’elle ne supprime ni n’amoindrit l’activité du non-moi comme telle ; elle la laisse telle qu’elle est. Elle la pose seulement en dehors de la sphère du moi. Mais d’un autre côté un non-moi ne se trouve jamais en dehors de la sphère du moi aussi certainement qu’il est un nonmoi. Il lui est opposé ou il n’est pas. Elle pose donc un non-moi. Seulement ellè le pose librement en dehors. Le moi est limité , car un non-moi e^t posé en général par lui ; mais il est aussi non limité ; car il le pose en dehors de lui par l’activité idéale aussi loin

UOCTRinS

qu’il veut. ( Soit G, le point de limite déterminé. L’activité du moi que l’on étudie ici le pose comme point de limite ; mais elle ne le laisse pas à la place que le non-moi lui déterminait : elle le repousse plus loin dans l’illimité. Elle pose donc ( au moi ) une limite en général ; mais elle ne s’en pose aucune à elle-même, en tant qu’elle est précisément cette activité du moi; car elle ne pose cette limite dans aucun lieu déterminé ; parmi tous les lieux possibles, il n’en est aucun d’où la limite ne pourrait et ne devrait pas être repoussée plus loin au dehors, puisqu’une activité idéale qui a en soimême le fondement de la limitation se dirige sur cette limite : mais il n’y a pas dans le moi le fondement de se limiter soi-même, en tant que cette activité agit, il n’y aurait plus pour elle aucune limite, si elle ne cessait jamais d’agir, on verra en son temps à quelle condition cela arrive ; le même non-moi demeurerait toujours avec la même activité ni limitée ni amoindrie)'. L’action indiquée du moi est donc une limitation par l’activité idéale (libre et non limitée).

Nous voudrions la caractériser préliminairement pour ne pas laisser subsister long-temps ce qu’il y a d’inconcevable dans ce qui a été indiqué. D’après la loi de la méthode synthétique, nous aurions dû la déterminer sur-le-champ par opposition. Faisons-le maintenant et rendons-nous ainsi parfaitement intelligibles.

Au pojgr et non-poser, il faut, pour la synthèse actuelle, opposer quelque chose qui soit en même temps posé et non-posé, et il faut déterminer les deux termes par cette opposition. D’après l’investigation précédente , telle était déjà l’activité du non-moi. Elle est en

UB L.\ SCIENCE. . 323

même temps non posée, c’est-à-dire, en tant

que le moi po^^au dehors la limite, il pousse en même temps an (dehors l’activité réelle du moi ; il la pose, mais idéalement par sa propre activité; car s’il n’y avait pas à poser une activité semblable du non-moi et si elle n’était posée, il ne serait pas posé de limite; mais elle est posée précisément et par cela seul qu’elle est poussée au dehors ; et le non-moi transporte en même temps au dehors la limite comme le moi la transporte. Dans toute l’étendue que nous pouvons nous imaginer, le moi et le non-moi posent en même temps partout la limite, seulement chacun d’une manière dilTérente, et c’est en cela qu’ils sont opposés ; et pour déterminer leur opposition, nous devons opposer la limite à elle-même.

Elle est idéale ou réelle : en tant qu’elle est idéale, elle est posée par le moi ; en tant qu’elle est réelle, elle est posée par le non-moi.

Mais tout en étant opposée à elle-même , elle demetre néanmoins une et identique, et ses déterminations opposées sont réunies en elle synthétiquement. Elle est réelle, seulement en tant qu’elle est posée par le moi, et que, par conséquent, elle est aussi idéale. Elle est idéale ; elle ne peut être poussée au dehors par l’activité du moi qu’en tant qu’elle est posée par le non-moi, et que, par conséquent, elle est réelle.

L’activité du moi qui va au-delà du point solide de limite G est donc en même temps réelle et idéale. Elle est réelle, en tant qu’elle se dirige sur quelque chose de posé par quelque chose de réel. Elle est idéale en tant qu’elle s’y dirige par sa propre impulsion.

Ainsi donc, ce qui est senti peut être rapporté au

324 UOCTRISE

moi. L’activité du non-moi est exclue^ demeure ; car celui-ci est repoussé avec la limite dans l'infini, autant que nous en jugeons jusqu’à présent. Mais, pouvant être mise en relation avec le moi , la limitation dans le moi est un produit de cette activité, comme condition de son activité idéale, maintenant indiquée. Ce avec quoi, comme avec le moi , dans cette relation , le produit du non-moi devait être mis en relation , est l’action idéale qui tend à cette relation : ce qui devait être le sujet de cette relation est cette même action idéale ; et il n’y a par conséquent pas de différence entre le sujet de la relation, qui d’après la méthode synthétique ne devait pas être posé ici, et l’objet de la relation qui devait être posé d’après elle. Il n’y a pas de relation avec le moi ; et l’action déduite est une intuition dans laquelle le moi se perd dans l’objet de son activité. L’objet de l’intuition est un produit du non-moi perçu idéalement, qui est étendu par l’intuition dans l'inconditionnel, et ici nous obtenons par conséquent, pour la première fois, un substract pour le non-moi. L’a^nt de l'intuition est, comme il a été dit, le moi, mais le moi qui ne réfléchit pas sur soi.

Avant de passer au point le plus important de notre recherche actuelle, ajoutons quelques mots de préparation, et jetons un coup-d’œil sur l’ensemble.

Il s'en faut de beaucoup qu’il soit arrivé ce qui devait arriver. Le sentant est posé par intuition. Ce qui est

UE I,A MJIEKCE.

senli est posé par là. Mais si, suivant le |K>stulat, la sensation doit être posée, l’un et l’autre ne doivent pas être séparés ; ils doivent être posés dans une union synthétique. Gela ne pourrait avoir lieu que de termes extrêmes non réunis encore. On en trouve réellement dans la recherche précédente , bien que nous n’ayons pas appelé expressément l’attention sur eux.

Nous avions besoin d’abord, pour poser le moi comme limité et lui attribuer la limite, d’une activité idéale, opposée au moi limité, illimitée et autant que nous pouvons en juger inimitable ; pour que la relation demandée soit possible, cette activité doit être déterminée par une autre en opposition avec elle (la limitée), elle doit exister dans le moi. 11 faut encore répondre à la question : Comment et à quelle occasion le moi arrivet-il à une action de cette sorte? Pour embrasser par le moi le senti qui devait se trouver au dehors de la limite déterminée, nous admettions une activité qui poussait au dehors la limite — dans l’illimité; — autant que nous pouvons en juger, il est démontré que cette action se présente parce que, sans elle, la relation demandée ne serait pas possible. Mais il reste toujours à répondre à la question : Pourquoi doit se présenter celte relation et avec elle cette action comme en étant la condition? En supposant qu’il arrivât dans la suite que ces deux activités ne fussent qu’une seule et même' activité, il s’ensuivrait que, pour pouvoir se limiter, le moi doit pouvoir pousser au dehors la limite, et pour pouvoir pousser au dehors la limite, doit se limiter; et ainsi la sensation et l’intuition, et, dans la sensation, l’intuition intérieure (celle du sentant) et l’intuition extérieure ( celle du senti ) seraient étroitement

DOCTRIRE

unies, et Tune ne serait pas possible sans l’autre. U Sans nous attacher à^la forme rigoureuse suivie jusqu’à présent , et qui a été caractérisée avec assez de précision pour que chacun puisse, d’après elle, mettre le raisonnement à l’épreuve, tâchons d’introduire de la clarté dans cette investigation importante et décisive, mais embarrassée. Cherchons à répondre aux questions proposées et qui se pénètrent mutuellement , et attendons du résultat ce qui ne pourrait s’entreprendre autrement.

A. -= D’où vient l’activité idéale et illimitée qui doit être opposée à l’activité réelle et limitée ? Ou bien , si nous ne devons pas encore porter notre examen sur ce point, caractérisons-la par quelques traits.

L’activité limitée devait être déterminée par son contraire et partant mise en rapport avec lui. Mais on ne peut rien opposer à ce qui > n’est pas posé ; par conséquent, pour que la relation demandée soit possible, non-seulement l’activité limitée, mais, pour ce que nous avons à faire ici, l’activité idéale illimitée est supposée. Elle est la condition de la relation ; mais celle-ci, du moins en la considérant du présent point de vue, n’est pas la condition de celle-là. Pour que la relation soit possible, l’activité idéale doit exister déjà dans le moi ; on n’examine pas d’où elle vient ni quelle est la circonstance qui la détermine. Il est suffisamment évident que C n’est pas pour elle un point de limite, qu’elle ne se dirige pas vers lui, sur lui, mais qu’entièrement libre et indépendante, elle s’étend dans l’illimité.

Elle doit être posée expressément comme illimitée par opposition à la limitée ; ce qui signifie, rien n’étant

UE LA SCIENCE

limité sans avoir de limite déterminée, et l'activité limitée devant donc nécessairement être posée dans le point déterminé C, qu’elle doit être posée comme non limitée en C ; ( peut-elle être limitée au-delà de C dans un autre point possible? cela demeure et doit demeurer tout-à-fait indéterminé ).

C'est ainsi que dans la relation, le point de limite déterminé G est mis en relation avec cetté activité. Comme elle doit précéder la relation, ce point de limite doit donc se trouver en elle. Elle est nécessairement en contact avec ce point, s’il doit lui être rapporté, sans néanmoins être dirigée originairement sur lui.

Dans la relation, le point C est posé en elle, là où il tombe, sans la moindre liberté. Le point d’incidence est déterminé. Ce n’est que son poser spécial comme point d’incidence qui est l’activité de la relation. Dans la relation, cette activité idéale est posée comme allant au-delà de ce point. Cela n'est pas possible , sans qu’il soit posé partout en elle, en tant qu’elle doit le dépasser, comme un point au-delà duquel elle est. 11 est, par conséquent, transporté en elle quant à toute son étendue ; il est posé partout, ou il est réfléchi sur elle, seulement pour essai et idéalement, un point de limite pour mesurer la distance par laquelle elle s’éloigne du premier point solide et immuable. Mais cette activité devant aller constamment au-delà et n’être limitée nulle part, ce second point idéal ne peut nullement se fixer, mais il flotte etde telle manière, que, dans toute l’étendue, aucun point (idéal) ne peut être posé qu’il ne le touche. S’il est donc certain que cette activité idéale doit aller au-delà du point de limite, il est d’une égale certitude

Digilized by GoogU:

DOCTRIHE

qu’il est transporté dans l'infini (jusqu’à ce que noiis puissions arriver à une nouvelle limite).

Far quelle activité est-il transporté? Par l’idéale supposée ou par celle de la relation ? Avant la relation non évidemment, puisqu’alors il n’y a pas pour elle de point de limite, mais la relation suppose elle-même ce transport comme fondement de distinction et de relation. Dans et par la relation, le point de limite et le transport de ce point sont posés en elle synthétiquement ; et même on pourrait dire par l’activité idéale ; car, nous le savons , toute relation n’a son fondement que dans le moi; seulement c’est par une autre activité idéale.

Nous trouvons ici trois actions dans le moi ; nous allons les énumérer à cause de ce qui suit. — Une première, qui a pour objet l’activité idéale ; — une seconde, qui a pour objet l’activité réelle et limitée. Toutes deux doivent exister ensemble dans le moi, et être, par conséquent, une seule et même activité ,’ bien que nous n’apercevions pas encore comment cela est possible ; — une troisième qui transporte le point de limite de l’activité réelle dans l’activité idéale et le suit dans celle-ci. Par elle on peut distinguer quelque chose dans l’activité idéale en tant qu’elle va jusqu’à G et est entièrement pure ; et en tant qu’elle va au-delà de G, et doit, par conséquent transporter la limite. Gette remarque sera importante dans la suite. Nous négligeons de caractériser davantage ici ces actions particulières ; car nous pourrons les caractériser complètement dans la suite.

Pour éviter toute confusion , désignons les activités

Jà

DE LA 8CIEHCE.

déterminées par des lettres, — on oppose et on met en relation l’activité idéale qui de A s’épand dans l’illimité . au-delà de C, et la réelle qui va de A jusqu’au point de limite G.

B. — Le moi , comme nous venons de le voir, ne peut pas se poser comme limité, sans s’épandre en même temps au>delà du point de limite et l’éloigner de soi. Néanmoins, en allant sur cette limite, il doit se poser limité par elle; ce qui se contredit. Il a été dit, il est vrai, qu’il est limité et illimité dans un rapport tout-à-fait opposé, et suivant des modes d’activité entièrement contraires ; qu’il est limité en tant que l’activité est réelle, illimité en tant qu’elle est idéale. Or, nous avons opposé l’une à l’autre ces deux sortes d’activité, mais par aucun autre caractère que celui de la limitabilité ou de l’illimitabilité ; notre explication tourne donc dans un cercle. Le moi pose l’activité réelle comme la limitée et l’idéale comme l’illimitée. C’est bien, mais qui donc la pose comme limitée? l’activité réelle. Qui la pose comme l’idéale ? l’illimitée. Si nous ne pouvons sortir de ce cercle et indiquer un principe de distinction tout-à-fait indépendant, de la limitabilité pour l’activité réelle et idéale, la distinction et la relation demandées sont impossibles. Nous trouverons ce principe de distinction et c’est vers cela que va se diriger actuellement notre recherche.

Énonçons préalablement la proposition dont la vérité sera bientôt démontrée : Le moi ne peut pas se poser pour soi- sans se limiter, et par suite sans sortir de soi.

Le moi est primitivement posé par soi-même, c’est-

DOCTBIHB

à-dire , il est ce qu’il est pour toute intelligeucæ, hors , de lui. Son être a en lui son principe : c’est ainsi qu’il devait être conçu. Nous pouvons ensuite, par des raisons exposées dans les principes fondamentaux de la science pratique , lui attribuer un effort à remplir l’infini aussi bien qu'une tendance à l’embrasser, c’està-dire à réfléchir sur soi-même comme étant infini. Deux caractères qui lui appartiennent aussi certainement qu’il est un moi (pag. 225). Mais de cette simple tendance ne nait et ne peut naître aucune action du moi.

Supposons que, dans cet effort, il aille jusqu’à C, et qu’en C , son effort à remplir l’infini soit arrêté et interrompu, bien entendu pour une intelligence qui peut être placée hors de lui, qui l’observe et a posé dans sa propre conscience cet effort du moi. Que naitra-t-il en lui par cela ? Il s’eflbrçait en même temps de réfléchir sur soi-même, mais il ne le pouvait pas, parce que tout objet de réflexion est limité , et que le moi était illimité.

Il est limité en C ; donc , en C , avec la limitation se produit en même temps la réflexion du moi sur soimême. 11 revient en soi, il se trouve, il se sent, mais évidemment il ne sent rien encore hors de soi.

Cette réflexion du moi sur soi-même est comme nous le voyons du point où nous nous trouvons, et comme le verrait également toute intelligence possible hors du moi, une action du moi fondée dans une tendance nécessaire et dans une condition qui se présentera plus tard. Mais qu’est-elle pour le moi? Dans cette réflexion, il se découvre pour la première fois d'abord ; il naît pour soi. Il ne peut admettre en soi le fondement de

DK LA 8CIEHCE.

quelque chose avant d’être soi-même. Pour le moi, par conséquent, ce sentiment de soi>même est une simple passivité; il ne réfléchit pas pour soi; mais il est réfléchi par quelque chose hors de soi. Nous le voyons agir ; mais avec nécessité d’un côté à l’égard de l’action, suivant les lois de son être; d'un autre côté, à l’égard du point déterminé, en vertu d’une condition hors de lui. Le moi lui-même ne se voit pas agir ; il est simplement passif.

Le moi existe maintenant pour soi-même, et il existe parce que et en tant qu’il est limité. Il doit, aussi certainement qu’il doit être un moi et être limité , se poser comme limité, c’est-à-dire, il doit s’opposer un limitant. Cela arrive nécessairement par une activité qui va audelà de la limite C, et qui perçoit ce qui doit se trouver au-delà comme quelque chose qui est opposé à l’effort du moi. Qu’est cette activité d’abord pour l’observateur et ensuite pour le moi?

Elle n’est fondée que dans le moi quant à la forme et au contenu. Le moi pose un limitant, parce qu’il est limité, et parce qu’il doit poser tout ce qui doit être en lui. 11 le pose comme un limitant , par conséquent, comme quelque chose d’opposé et comme un non-moi, parce qu’il doit expliquer une limitabilité en lui-même. Qu’on ne pense pas un instant d’après cela qu’une voie est ouverte ici au moi pour pénétrer dans la chose en soi (c’est-à-dire sans relation à un moi). Le moi est limité; nous partons de cette supposition. Cette limitation a-t-elle un fondement en soi, c’est-à-dire, sans relation à une intelligence possible? De quelle qualité est ce fondement? Comment puis-je le connaître? Comment puis-je répondre avec raison, lorsqu’il m’est im-

DOCTBIHB

posé de faire abstraction de toute raison Pour le moi, c’est-à-dire pour toute raison , elle n’a pas de fondement, car pour lui, toute limitation suppose un limitant; et ce fondement se trouve également pour le moi, non dans le moi lui-méme; car il y aurait alors en lui des principes contradictoires et il ne serait pas ; mais dans un opposé, opposé qui est posé comme tel par le moi, d’après ces lois de la raison, et qui est son produit.

Nous argumentons ainsi : Le moi est limité (il doit nécessairement être limité, pour être un moi ), il doit, d’après les lois de son être, poser cette limitation et son fondement dans un limitant, et par conséquent celuici est son produit. Un philosophe qui serait si étroitement enlacé dans le dogmatisme transcendant qu’il ne pourrait en sortir, raisonnerait sans doute contre nous de la manière suivante : J’accorde ces conclusions du moi , comme la manière de l’expliquer ; mais par là ne s’élève dans le moi que la représentation de la chose : Cette représentation est son produit, mais non la chose elle-même ; je mets en question non le mode d’explication, mais la chose elle-même et en soi. Le moi, dites-vous , doit être limité. Considérée en soi et en faisant abstraction de la réflexion que le moi dirige sur elle, cette limitation doit pourtant avoir un fondement, et ce fondement est précisément la chose en soi. — A cela nous répondons, qu’il explique précisément comment le moi sur lequel nous réfléchissons, aussi certainement qu’il existe, se dirige avec la même certitude dans la déduction d'après les lois de la raison , et qu’il n’a qu’à réfléchir à cette circonstance pour s’apercevoir qu’il se trouvait toujours, mais à son insu, dans le même cercle où nous nous trouvions nous-mêmes, mais en

HE L\ 8CIENCF.. 333

le sachant. S’il ne peut, dans son explication, se dëga- • * ger des lois de sa pensée, de son esprit, il ne franchira jamais la circonférence que nous avons tracée autour de lui. Mais s’il s’en dégage, ses objections ne nous seront pas dangereuses. D’où vient son obstination à vouloir une chose en soi, après avoir accordé que nous n’en avons en nous que la représentation? Nous le verrons parfaitement dans ce §.

Qu’est l’action indiquée pour le moi ? Elle n’est pas pour lui ce qu’elle est pour l’observateur, parce que les principes qui guident le jugement de l'observateur n’èxistent pas pour le moi. Pour celui-ci, cette action n’était que dans le moi, aussi bien quant au contenu que quant à la forme ; parce que le moi devait réfléchir, en ‘conséquence de son être à lui connu comme purement actif et actif spécialement par la réflexion. Pour soimême, le moi n’est pas encore posé comme réfléchissant, comme actif | mais en vertu de ce qui a été dit ci-dessus, il n’est que passif. Il n’a donc pas conscience de son action et ne peut l’avoir; le produit de cette action, s’il pouvait lui apparaître, lui paraîtrait exister sans sa participation.

Ce qui a été déduit ici, qu’il faut observer d’abord dans la conscience, et ensuite dans son origine, est impossible en même temps, parce que en réfléchissant sur sa propre manière d’agir, l’esprit doit se trouver sur un degré beaucoup plus haut de la réflexion. Mais nous pouvons apercevoir quelque chose de semblable dans ce qu’on pourrait appeler le lien d’une nouvelle série dans la conscience, comme dans le réveil d’un sommeil profond ou d’un évanouissement en un lieu qui nous serait inconnu. C’e.st avec le moi que commence

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334 DOCTRIKB

notre conscience. Nous cherchons et nous trouvons d’abord nous-mêmes, et nous dirigeons notre attention sur les choses autour de nous, pour nous orienter par elles. Nous nous demandons, Où suis-je ? Comment suis-je venu où je suis? Que s’est-il passé à mon égard? aCn de rattacher la série actuelle des représentations à une autre série écoulée.

C. =>=■ Pour l’observateur, le moi est allé maintenant au-delà du point de limite C, avec la tendance constante et permanente de réfléchir sur soi. Comme il ne peut réfléchir sans être limité , ni se limiter soi-même, il est clair que la réflexion demandée ne serait pas possible, s’il n’était limité au-delà du point C dans le point possible D. Mais l’indication et la détermination de cette nouvelle limite nous conduiraient trop loin, et à* des choses qui n'appartiennent pas au présent § : Nous devons donc nous contenter de formuler, comme nous en avons le droit, le postulat suivant : Si l’élément expansif est un moi , il doit poser son expansion ou réfléchir sur elle ; sans vouloir toutefois nous dégager de l’obligation d’indiquer, en lieu opportun, à quelle condition cette réflexion est possible.

Le moi, par la simple action d’aller au-delà, produisait pour l’observateur possible un non-moi sans aucune conscience. Maintenant, il réfléchit sur son produit, et le pose dans cette réflexion comme non-moi, et cela absolument, sans aucune autre détermination, et sans aucune conscience, parce qu’il n’est pas encore réfléchi sur le moi. Ne demeurons pas plus long-temps à ces actions du moi, parce qu’ici elles sont absolument inconcevables ; nous y reviendrons en temps voulu par la voie opposée. Seulement, nous prenons ici, en pas-

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DE LA SCIEECE.

saat, un aperçu des points sur lesquels doit porter encore notre recherche.

Le moi doit réfléchir de nouveau sur le produit de cette seconde action, un non-moi posé comme tel ; non toutefois sans une limitation nouvelle que nous indiquerons en son temps. Le moi est posé passif dans le sentiment, le non- moi lui est opposé; il doit donc être posé actif.

Il est réfléchi sur le non-moi posé actif, à la condition signalée plus haut, et nous entrons maintenant sur le domaine de notre recherche actuelle. Nous nous plaçons , comme nous l’avons toujours fait jusqu’à présent, et comme il est trés-avantageux de le faire, dans de telles recherches qui dépassent le cercle habituel de la vue, qui paraissent ‘transcendantes au penseur non exercé ; nous nous plaçons , dis-je, au point de vue d’un observateur possible, parce que nous ne pouvons rien voir encore du point de vue du moi dans cette partie de notre investigation. Far le moi et dans le moi (mais comme on l’a rappelé sou vent), sans conscience, est posé un non-moi actif. Sur ce non-moi se dirige une nouvelle activité du moi, ou en d’autres termes il est réfléchi. La réflexion ne peut atteindre que ce qui est limité. Donc, l’activité du non-moi est nécessairement limitée et même comme activité, parce que et en tant qu’elle est posée en action , mais non quant au cercle de son influence ; de sorte, par exemple, qu’elle ne s’avance pas plus loin que E ou F, comme on peut aisément s’en convaincre. D’où devons-nous recevoir cette circonférence, puisqu’il n'y a pas d’espace ? Le non-moi ne demeure pas actif ; mais il est au repos. La manifestation de sa force est arrêtée , il ne reste de

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DOGTRlIfE

là force qu’un simple substract, ce qui a été dit pour nous faire comprendre, mais ce qui sera déduit à fond dans la suite.

De notre point de vue nous pouvons admettre que l’activité du non-moi est arrêtée seulement par l’activité réfléchissante du moi , dans et par la réflexion , et nous placerons plus tard le moi au point de vue où il admet la même chose. Mais le moi n’ayant conscience ici de cette activité, ni immédiatement, ni médiatement ( par induction ), il ne peut pas expliquer par elle cet arrêt. Mais il le dérivera d’une force opposée, d’un autre non-moi, comme nous le verrons en son temps.

£n réfléchissant, le moi ne réfléchit pas sur cette réflexion elle-même ; il ne peut en même temps agir sur l’ohjet et agir sur cette action ; il n’a donc pas conscience de l’activité indiquée, mais il s’ouhlie et se perd entièrement dans l’ohjet de cette activité, et nous avons encore ici par conséquent l’intuition primitive extérieure (mais qui n’est pas encore posée comme extérieure) que nous avons décrite plus haut, mais qui ne donne naissance à aucune conscience, non-seulement à aucune conscience de soi-méme, ce qui se comprend assez par ce qui précède , mais même à aucune conscience de l’ohjet.

Du point de vue actuel, ce que nous avons dit plus haut en décrivant la sensation de la lutte des activités opposées du moi et du non-moi qui doivent s’anéantir mutuellement, est complètement évident. Aucune activité du moi ne pourrait être anéantie, si le moi n’était pas d’ahord sorti de ce que nous pouvons nous figurer comme sa sphère primitive (qui, dans notre exposition^ se trouve depuis A jusqu’à C) pour entrer dans le

cercle d’influence du non-moi qui va depuis C jusque . dans l'infini. De plus, il n’y aurait ni non-moi, ni activité du non-moi, si le moi ne les avait posés tons deux comme ses produits; l’aclivilé du non-moi est anéantie en tant que l’on réfléchit qu’elle était posée auparavant et qu’elle est supprimée maintenant par la réflexion ; et pour qu’elle soit possible, celle du moi, si l’on considère qu’il ne réfléchit pas sur sa réflexion, dans laquelle il est actif néanmoins ; mais qu’il se perd en elle et se transforme en non-moi, ce qui s’établira davantage dans la suite. En un mot, nous nous trouvons précisément ici sur le point d'où nous sommes partis dans le § précédent et dans toute la science de la connaissance théorique particulière, dans la lutte qui doit exister dans le moi pour l’observateur possible, mais sur laquelle le moi n’a pas encore réfléchi, et qui, à cause de cela , n’est pas encore pour le moi dans le moi ; par conséquent la conscience, quoique nous en ayons toutes les conditions possibles, ne peut être déduite le moins du 'monde de ce qui précède.

Le moi est maintenant pour soi-méme, en pouvant réfléchir sur soi-même, ce qu’il était au commencement do notre recherche pour un observateur étranger qui aurait pu l’examiner. Celui-ci se trouvait d’abord en présence d’un moi, comme devant quelque chose de percevable, il voyait opposé à un moi comme être pensant, un non moi, également percevable comme quelque chose, et un point de contact entre les deux.

DOCTnl^E

Mais cela seul iie lui donnait aucune représentation de la limitabilité du moi, s’il ne réfléchissait pas sur les deux : il devait réfléchir, car il n’était un observateur qu’à cette condition, et il a considéré successivement toutes les actions qui devaient nécessairement découler de l'essence du moi.

Par ces actions, le moi est lui-même arrivé au point où l’observateur se trouvait dans le principe. En luiméme, dans le cercle d’action posé pour l’observateur, et comme produit du moi lui-méme, il y a un moi posé comme quelque chose de percevable; ce moi étant limitéj il y a aussi un non-moi et un point de contact entre les deux. Le moi n’a qu’à réfléchir pour découvrir ce que ne pouvait trouver d’abord que l’obserteur.

Au début de toute son activité, le moi a déjà réfléchi originairement sur soi-même, et il a réfléchi par nécessité comme nous l’avons vu plus haut. — Il y avait en lui tendance générale à réfléchir; par la limitation, vint s’y joindre la êondition à laquelle la réflexion* est possible, et il réfléchit nécessairement. De là naquit un sentiment, et par ce sentiment tout ce que nous avons déduit ensuite. La tendance à la réflexion dure indéfiniment, par conséquent elle continue toujours à exister dans le moi; et le moi peut réfléchir sur sa première réflexion elle-même, et sur tout ce qui s’en est suivi, puisque la condition de la réflexion existe, savoir, une limitation par quelque chose que l’on peut regarder comme un non-moi.

Il ne doit pas réfléchir, comme nous l’avons accordé dans la première réflexion, car la condition par laquelle il peut maintenant réfléchir, n’est pas incondi-

tionnellement un non-moi; mais on peut la regarder comme contenue dans le moi. — Ce par quoi il est borné est le non-moi produit par le moi. On pourrait dire 'au contraire, puisqu’il doit être limité par son propre produit, qu’il doit se limiter lui-méme. Cela a été expliqué et répété plusieurs fois pour'échapper à la contradiction la plus grossière, et toute notre argumentation jusqu’à présent a pour fondement la nécessité d’éviter cette contradiction. D’un côté, cela n’est pas entièrement et absolument son propre produit, mais n’a été posé que sous la condition d’une limitation par un non-moi. De l’autre côté , pour la même raison, il ne tient pas la même chose pour son propre ptoduijfi) en tant qu’il se pose comme limité par elle ; et en la reconnaissant pour son propre produit, il ne se pose donc pas comme limité.

Mais si ce que nous avons posé dans le moi, ne doit

■ réellement exister que dans le moi, il doit réfléchir.

Nous demandons en conséquence cette réflexion et

nous avons le droit de la demander. — Plusieurs im- . • ^

pressions diverses pourraient nous arrivé!^ si l’on permet un moment d’exprimer une pensée transcendante pour nous faire comprendre : si notis n’y réfléchissons pas, nous l’ignorons, et par conséquent, dans le sens transcendantal, nous n’avons éprouvé aucune impression en tant que moi.

Les fondements de la réflexion demandée sont donnés avec la spontanéité absolue : le moi réfléchit absolument parce qu'il réfléchit. Non - seulement la tendance à la réflexion, mais l'action de réfléchir ellemême est basée dans le moi ; elle a , il est vrai, pour condition quelque chose hors du moi, par l'impression

IK)CTRh1B

qui a eu lieu; mais elle n’est pas nc'cessitée par cela»

Nous pouvons considérer deux choses dans cette réflexion : le moi réfléchi par elle, et le moi qui réfléchit en elle. Notre recherche se divise donc en deux parties, qui pourraient hien en amener une troisième, comme on doit s’y attendre, conformément à la méthode synthétique.

A. — Au moi jusqu’à présent rien n’a pu être attribué que le sentiment; il sent et n’est rien de plus. Le moi réfléchi est limité, ce qui signifie qu’il se sent limité, ou qu’il y a en lui un sentiment de limitabilité, d'impuissance, de contrainte. Nous verrons clairement plus tard comment cela est possible.

Ën tant qu’il su pose limité, le moi va au-delà des limites : il pose donc nécessairement en même temps le non-moi, mais sans conscience de son action. Ace sentiment de contrainte se joint une intuition du nonmoi, mais une simple intuition, dans laquelle le moi s’oublie soi même.

Tous deux, le non-moi aperçu intuitivement et le moi senti et se sentant doivent être unis synthétiquement, ce qui a lieu au moyen de la limite. Le moi se sent limité et jîose le non-moi aperçu intuitivement comme ce par quoi il est limité : en langage ordinaire, je vois quelque chose, et il y a en moi en même temps le sen timent d’une contrainte que je ne puis expliquer immédiatement. Mais elle ne peut être expliquée. Je rapporte donc les deux faits l’un à l’autre et je dis : ce que je vois est le fondement de la contrainte sentie.

La question suivante pourrait faire encore difficulté : Comment arrive-t-il que je me sente contraint? Moi, je m’explique franchement le sentiment du non-moi

DE LA SCIEHCE.

(aperçu intuitivement) ; mais je ne puis avoir intuition si je ne sens déjà. Ce sentiment doit donc être expliqué indépendamment de l’intuition. Comment cela a-t-il lieu? Or, c’est précisément cette düTicnlté qui nous obligera à rattacher à une autre synthèse la synthèse actuelle, comme incomplète, et impossible en soi, à renverser le raisonnement et à dire : Je ne peux pas davantage sentir une contrainte sans avoir intuition. Les deux termes sont donc unis synthétiquement. L’un n’est pas le fondement de l’autre : Mais iis sont tous deux l’un à l’autre leur fondement mutuel. Toutefois, pour faciliter cet éclaircissement et voir le véritable état des choses, engageons-nous tout de suite dans la question qui vient d’étre posée.

Le moi tend originairement à déterminer l’élat des choses par soi-mème ; il lui faut absolument une causalité. En tant qu’il s’agit de réalité et qu’il peut y avoir par conséquent activité réelle, ce besoin est combattu, et ainsi est satisfaite une autre tendance fondée primi* tivement dans le moi, celle qui le porte à réfléchir sur soi-même, et s’élève ensuite une réflexion sur une réalité donnée comme déterminée , qui, en tant qu’elle est déjà déterminée, ne peut être perçue que par l’activité idéale du moi, que par la faculté de représenter, de reproduire l’image. Or, les deux activités, aussi bien celle qui se dirige sur l'état des choses , que celle qui reproduit l’image de cet état déterminé sans la participation du moi , sont posées comme moi , (ce qui a lieu par spontanéité absolue). Le moi réel est posé limité par l’activité aperçue intuitivement, qui est sienne pourvu qu’elle soit posée par l’état opposé de la chose, et le moi ainsi uni synthétiquement tout entier

se senl limité ou contraint. — Le sentiment est l’action réciproque primitive du moi avec soi-même avant que — dans le moi et pour le moi , bien entendu, — ne se présente un non-moi ; ear pour l’explication du sentiment il doit être posé. Le moi fait des efforts pour entrer dans l’infini ; le moi réfléchit sur soi et se limite par là ; cela est déduit plus haut et de là un observateur possible pourrait suivre un sentiment du moi ; mais il ne s’élève pas encore de sentiment propre. Le moi limité et le moi limitant sont tous deux unis synthétiquement et posés, comme le moi lui- même, par la spontanéité absolue ; cela est déduit ici, et ainsi s’élève pour le moi un sentiment, un sentiment propre, une union intime de l’actif et du passif dans un état).

B. “ Il doit être réfléchi ensuite sur le moi qui réfléchit dans cette action. Cette réflexion aussi a lieu nécessairement avec une spontanéité absolue; mais comme cela sera montré dans la suite, elle n’est pas seulement demandée, elle est amenée par nécessité synthétique , comme condition de la possibilité de la réflexion demandée avant. Nous avons moins à nous occuper ici de cettte réflexion elle-même que de son objet.

Le moi réfléchissant dans cette action , agissait avec spontanéité absolue, et son activité était fondée simplement dans le moi : c’était une activité idéale. 11 doit, par conséquent, être réfléchi sur cette activité comme activité idéale, et elle doit être posée comme franchissant les limites — dans l’infini , si elle n’est bornée dans l’avenir jwr une autre réflexion. Mais en conséquence de la loi de la réflexion, il ne peut être réfléchi sur rien qui, par cela même, purement et uniquement par la réflexion, ne soit limité. Donc, cette action de la

DE LA SULKCE.

réflexion est limitée, aussi certainement qu’il est réfléchi sur elle. On peut apercevoir sur-le-champ ce que sera cette limitabilité dans l'illimilabilité qui doit rester. — L’activité ne peut pas être réfléchie, en tant qu’activité (le moi n’a jamais conscience immédiate de son activité, on le sait déjà), mais comme substract; par conséquent comme produit d’une activité absolue du moi.

Il est évident que le moi posant ce produit s’oublie soi-méme dans le poser de ce produit , de sorte que ce produit est aperçu par intuition, sans conscience de l’intuition.

En tant donc que le moi réfléchit de nouveau sur la spontanéité absolue de sa réflexion dans la première action, un produit illimité de l'activité du moi est posé comme tel. — Nous connaîtrons plus exactement ce produit dans la suite.

Ce produit doit être posé comme produit du moi ; il doit donc nécessairement être rapporté au moi; ce produit ne peut pas être rapporté au moi ayant intuition ; car celui-ci , conformément à ce qui précède, n’est pas encore posé. Le moi n’est pas encore posé comme se sentant posé. Il devrait, par conséquent, être rapporté à celui-ci.

Mais le moi qui se sent limité est opposé à celui qui produit quelque chose par liberté, et quelque chose d’illimité. Le moi sentant n'est pas libre mais contraint; le moi produisant n’est pas contraint, il produit avec liberté.

il doit en être ainsi, pour que la relation et l’union synthétique soient possibles et nécessaires ; nous n'a-

DOCiniMt

vons après cela qu’à indiquer le principe de relalion pour la relation demandée.

Ce principe devait être une activité avec liberté ou une activité absolue. Cette activité n’appartient pas au moi limité. On ne voit donc pas comment l’union de ces deux termes est possible.

Nous n’avons à faire qu’un pas pour découvrir le résultat le plus étonnant qui termine les plus anciennes erreurs, et emprisonne pour toujours la raison dans sa spbére légitime. Le moi doit être l’agent de la relation ( le mettant en relation). 11 naît donc, nécessairement, absolument par soi-mème, sans aucun fondement et contre le fondement manifesté de la limitation, il s’approprie par là le produit par la liberté. — Le principe et l’agent de la relation sont la même chose.

Le moi n’a jamais conscience de cette action ; il ne peut jamais en avoir conscience. Son essence consiste dans la spontanéité absolue, etaussitôt qu’il est réfléchi sur celle-ci , elle cesse d’étre spontanéité. Le moi n’est libre qu’en agissant; à mesure qu'il réfléchit sur celte action, elle cesse d’être libre et d’être action en général, et devient produit.

De l’impossibilité de la conscience d’une action libre, nait toute la différencequi sépare l’idéalité de la réalité, la représentation de la chose, comme nous le verrons bientôt de plus prés.

La liberté, ou ce qui est la même chose, l’activité immédiate du moi, comme telle, est le point d’union de l’idéalité et de la réalité. Le moi est libre, en tant et parce qu’il se pose libre, qu’il s’affranchit ; et il se pose libre ou s'affranchit, en étant libre. La détermination et

DE L\ science! 345

l’être sont une seule et même chose. Même en se déterminant à agir, Je moi agit dans cette détermination ; et en agissant, il se détermine.

Le moi ne peut pas se poser par la réflexion comme libre, c’est une contradiction, et sur cette voie, nous ne pourrions jamais arriver à admettre que nous sommes libres ; mais il s’approprie quelque chose, comme produit de sa propre activité libre, et, à cet égard, il se pose au moins médiatement comme libre.

C.-“Le moi est limité en se sentant, et il se pose limité à cet égard d'après la première synthèse. Le moi est libre et il se pose médiatement du moins comme libre, en posant quelque chose comme produit de son activité libre, d’après la seconde synthèse. Les deux déterminations du moi, celle de la limitation dans le sentiment, et celle de la liberté dans la production sont complètement opposées. Or, sous certains points de vue entièrement opposés, le moi pourrait se poser comme libre ou comme déterminé , de sorte que par là l’identité du moi ne serait pas supprimée. Mais il a été expressément demandé dans les Jeux synthèses qu’il dut se poser comme limité, parce que et en tant qu’il se pose comme libre , et comme libre , parce que et en tant qu’il se pose comme limité. 11 doit donc être libre et limité à un seul et même égard ; contradiction manifeste et qu’il faut faire disparaître. Pénétrons auparavant plus profondément le sens des propositions exposées comme contradictions. .

1 . ■=- Le moi doit se poser comme limité, parce que et en tant qu’il se pose comme libre. — Le moi est libre, seulement en tant qu’il agit, nous aurions en conséquence à répondre préalablement à la question : Que

DOCTlilKE

faut-il entendre par agir ? Quel fondement de distinction y a-t-il entre agir et ne pas agir? Toute action suppose une force; il est agi absolument, cela signifie : .La force n’est déterminée, c’est-à-dire ne reçoit sa direction que de soi-même et en soi-même. Elle n’avait donc auparavant aucune direction; elle n'était pas mise en action , mais elle était une force en repos, un pur effort à l’application delà force. Donc, aussi certainement que le moi doit se poser comme agissant absolument, aussi certainement il doit dans la réflexion se poser d'abord comme non agissant. Une détermination à l’action suppose le repos. Ensuite, la force se donne absolument une direction , c’est-à-dire, elle se donne un objet sur lequel elle va. La force elle-même se donne l’objetà elle-même; mais ce qu'elle doit se donner, elle doit aussi l’avoir déjà, en tant qu’elle le donne ; oette chose donnée, à l’égard de laquelle elle s’était comportée comme passive, devait donc lui être donnée. Donc, la détermination de soi-même à l’action suppose nécessairement une passivité, — et nous nous trouvons engagés en de nouvelles difficultés, mais du sein desquelles la plus brillante lumière rejaillira sur toute notre recherche.

2. Le moi doit se poser comme libre, parce que et en tant qu’il se pose comme limité. — Le moi se pose limité, c’est-à-dire, il pose à son activité une limite ( il ne produit pas cette limitation, mais il la pose seulement comme posée par une force contraire ). Le moi doit donc pour être limité avoir déjà agi, sa force doit avoir reçu une direction et même une direction par la détermination de soi-méme, toute limitation suppose l’activité libre.

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Applicjuoiis ces principes au cas présent.

Le moi est toujours pour soi-même contraint, obligé, limité en tant qu’il dépasse la limite, qu’il pose un non-moi et qu’il en a intuition, sans avoir conscience de soi-même dans celte intuition. Or, ce non-moi, comme nous le savons du point de vue supérieur où nous nous sommes placés, est son produit, et il doit y réfléchir comme sur son produit. Cette réflexion arrive nécessairement par l’activité absolue du moi.

Le moi, le seul et même moi avec la seule et même activité, ne peut pas produire en même temps un nonmoi, et y réfléchir comme sur son produit. 11 doit donc limiter, briser sa première activité , aussi certainement que la seconde activité demandée doit lui appartenir, et cette interruption de sa première activité se fait également par spontanéité absolue , toute action arrivant par là. La spontanéité absolue n’est possible qu’à cette seule condition. Le moi doit se déterminer par elle. Mais rien n’appartient au moi que l’activité. 11 devait donc limiter une de ses actions, et, comme rien ne lui appartient que cette activité, la limiter par une autre action opposée à la première.

Le moi doit ensuite limiter son produit, le non-moi opposé, limitant, comme son produit. Même par cette action par laquelle, comme il a été dit, il brise sa production, il la pose comme telle, il s’élève à un degré plus élevé de la réflexion. Cette action , premier domaine de la réflexion, est brisée par là, et nous n’avons maintenant à nous occuper pour le passage de l’une à l'autre que du point d’union. Mais le moi, comme on sait, n'a jamais conscience immédiatement de son action ; il ne peut donc poser ce qui est de-

UOCTBINE

mandé comme son produit que médiatement par une nouvelle réflexion.

Il doit être posé par celle-ci , comme produit de la liberté absolue , et le caractère d’un tel produit est qu’il puisse être autre qu’il n’est , et qu’il puisse être posé comme étant autre. La faculté intuitive flotte entre différentes déterminations, entre toutes les déterminations possibles , elle n’en pose qu’une , et le produit acquiert par là le caractère particulier de l’image.

— Pour nous faire comprendre : prenons pour exemple un objet avec divers caractères, quoiqu’il ne puisse être question jusqu’à présent d’un objet semblable. Dans la première intuition, dans l’intuition produisante, je suis perdu dans l’objet. Je réfléchis ensuite sur moi-même, je me découvre et je distingue l’objet de moi. Mais tout est confus encore dans l’objet, il n’y a pas autre chose qu’un objet. Je réfléchis maintenant aux caractères particuliers de cet objet, par exemple : à sa figure, à sa grandeur, à sa couleur, etc., et je les pose dans ma conscience. Sur chacun de ces caractères particuliers, je suis d’abord dans le doute, j’hésite; je place au fond de mon observation un schéma arbitraire , d'une figure , d’une grandeur, d’une couleur qui s'approchent de celles de l’objet. J’observe plus rigoureusement, etje détermine d’abord mon schéma de la figure ; c’est à peu prés un cube, qui a à peu près le- volume d’un poing, dont la couleur est d’un vert sombre. Par ce passage d’un produit indéterminé de l’imagination libre à la détermination complète dans un seul et même acte, ce qui se présente dans ma conscience devient une image et est posé comme une image. Il devient mon produit, parce que je dois

DE LA SCIEnCE.

le poser comme déterminé par l'activilé absolue de moi-même. —

En tant que le moi pose cette image comme produit de son activité, il lui oppose nécessairement quelque chose qui n’en est pas un produit ; qui n’est pas davantage déterminable, mais qui est complètement déterminé , et est déterminé, sans aucune participation du mpi, par soi-même. C’est la chose réelle d’après laquelle ll^inoi se dirige en ébauchant son image, et qui doit nécessairement être devant ses yeux, tandis qu’il forme l'image. C’est le produit de sa première activité maintenant brisée, mais qu’il est absolument impossible, dans ce rapport, de poser comme tel.

Le moi esquisse des images d’après la chose ; elle doit donc être contenue dans le moi, être accessible à son activité ; en d’autres termes , entre la chose et l’image de la chose qui sont opposées l’une à l’autre, on doit pouvoir indiquer un principe de relation. Ce principe de relation est une intuition complètement déterminée , mais inconsciente de la chose. Pour elle et en elle sont complètement déterminés tous les caractères de l’objet, et à cet égard elle peut être rapportée à la chose, et en elle le moi est passif. Elle est une action du moi, et à cet égard elle peut être rapportée au moi agissant dans la formation des images. Celui-ci a accès en elle; il détermine son image d’après la détermination qu’il trouve en elle ; (ou , si l’on aime mieux, car cela revient au même , il parcourt avec liberté les déterminations qui se trouvent en lui , les énumère et s’en empreint).

Cette intuition intermédiaire est extrêmement im-

DOCTBINK

portante ; bien que nous devions y revenir encore, faisons sur elle en passant une observation.

Cette intuition est demandée ici par une synthèse comme terme intermédiaire- qui doit nécessairement exister pour qu’il y ait image des objets. Mais il y a toujours la question : D’où vient-elle ? — Comme nous nous trouvons ici au milieu des actions de l'être doué de raison qui sont toutes liées l’une à l’autre comme les anneaux d’une chaîne , ne peut-elle pas être déduite d’ailleurs? Elle le peut. — Le moi produit originairement l’objet. 11 est interrompu dans cette production pour que la réflexion sur le produit ait lieu ; et elle a lieu par cette rupture de l’action brisée. Cette action est-elle entièrement anéantie, détruite? Cela est impossible. Sinon cette interruption couperait le fil tout entier de la conscience , et il ne pourrait jamais être déduit de conscience ; il a été demandé ensuite qu’il fût réfléchi sur son produit, ce qui ne serait pas possible si elle était entièrement supprimée ; mais elle demeure impossible comme action, car le résultat d’une action n’est pas une action. Mais son produit, l’objet doit demeurer, et l’action par laquelle l’interruption s’opère aboutit par conséquent à l’objet ; elle en fait ainsi quelque chose d’assuré, de fixé, et c’est en ayant ce résultat qu’elle brise la première action.

Ensuite cette action de l’interruption que nous savons maintenant aboutir à l’objet , dure-t-elle ou non comme action ?

Le moi, par sa propre activité, a interrompu sa production pour réfléchir sur le produit, donc, pour poser une nouvelle action à la place de la première, et parti-

RK LA SCIENCE.

culiérement au point où nous nous trouvons maintenant, pour poser ce produit comme le sien. Le moi ne peut pas agir en même temps dans des relations différentes ; donc, celte action dirigée sur l’objet , en tant qu’elle est formée est interrompue ; elle n’existe que comme produit, c’est-à-dire, après tout, elle est une intuition immédiate dirigée sur l’objet et posée comme telle, — elle est donc précisément l’intuition que nous avons ituliquée plus haut comme terme intermédiaire et qui est montrée telle sous un autre aspect.

Cette intuition est inconsciente, précisément pour la même raison par laquelle elle existe, parce que le moi ne peut se dédoubler dans l’action, par conséquent, ne peut pas réfléchir en même temps sur deux objets. Dans la liaison présente, il est considéré comme posant son produit comme tel, ou comme formant; il ne peut pas, en conséquence, se poser en même temps comme apercevant la chose par intuition immédiate.

Cette intuition est le fondement de toute l’harmonie que nous admettons entre nos représentations et les choses. D’après nos propres paroles, nous esquissons une image, et on peut bien expliquer et justiBer comment nous pouvons la considérer comme notre produit et la poser en nous. Mais à cette image doit correspondre quelque chose qui se trouve hors de nous, nullement produit ou déterminé par l'image, mais existant indépendamment de l’image par sa propre loi ; et ici, non-seulement on ne voit nullement de quel droit nous soutenons l’existence de quelque chose, mais même comanot nous pouvons arriver à cette assertion, si nous n’avons pas en même temps une intuition immédiate de la chose. Si nous nous persuadons seulement

la nécessité de cette intuition immédiate, nous ne pouvons pas long-temps conserver la conviction que la chose doit en conséquence se trouver en nous , puisque nous ne pouvons agir immédiatement sur rien. —

En esquissant l'image, le moi est complètement libre comme nous venons de le voir. L'image est déterminée d’une certaine manière, parce que le moi la détermine ainsi et non autrement, comme il le pourrait toutefois ; et c’est par cette liberté dans la détermination que l’image peut être mise en relation avec le moi et peut être posée en lui et comme son produit.

Mais cette image ne doit pas être vide, quelque chose doit lui correspondre hors du moi : elle doit donc être rapportée à la chose. Il vient d’être dit comment la chose devient accessible au moi pour que cette relation soit possible, savoir par un'e intuition immédiate à supposer de la chose. En tant que l’image est rapportée à la chose, elle est complètement déterminée ; elle doit être précisément ainsi et ne peut être autrement ; car la chose est complètement déterminée, et l’image doit lui correspondre. La détermination parfaite est le fondement de relation entre l’image et la chose , et l’image n’est alors nullement différente de l’intuition immédiate de la chose.

Évidemment cela contredit ce qui précède, car ce qui est nécessairement ce qu’il est, et ne peut être autrement, n’est pas un produit du moi et ne peut se poser en lui ou s’y rapporter. ( En outre, ainsi qu’on l’a plusieurs fois rappelé, dans l’esquisse de l'image, le moi n’a jamais immédiatement conscience de sa liberté; mais qu’en tant qu’il pose l’image avec d’autres déterminations possibles, il la pose comme son produit, cela est

démontré et ne peut être repoussé par aucune opération future de la raison. Mais entièrement, en tant qu’il rapporte cette image à la chose, il ne la pose plus alors comme son produit; l’état précédent du moi est alors passé, et il n’y a entre cet état et l’état présent aucune connexion que celle que pose un observateur possible, par cela seul qu’il considère le moi qui agit dans les deux états comme un seul et même moi. Maintenant seulement est chose ce qui auparavant n’était qu’imagé. Mais il doit être aisé au moi de se replacer au moment précédent de la réflexion ; mais par là ne naît aucune liaison, et ce qui n’était précédemment que chose, devient alors de nouveau image; si en cela, l’esprit rationnel ne procédait pas d’après une loi que nous avons à rechercher ici , cela entretiendrait un doute continu sur la question de savoir s’il n’y a que des choses et pas de représentations, ou s’il n’y a que des représentations et pas de choses qui y correspondent, et nous tiendrions ce qui existe en nous, tantôt pour un simple produit de notre imagination , tantôt pour une chose qui nous affecterait sans aucun consentement de notre part. Cette flottante incertitude s’élève réellement dans l’esprit de celui qui n’a {«s l’habitude de semblables recherches, si on le contraint à nous accorder que la représentation de la chose ne peut se trouver qu’en lui. Il l’accorde ; mais, dit-il, la chose est néanmoins hors de moi, et il trouve également peut-être qu’elle est en lui jusqu’à ce qu’il soit poussé^ au dehors. Il ne peut pas sortir de cette difficulté ; car bien qu’il ait suivi jusqu’à présent dans tout son procédé théorique les lois de la raison, il ne la connaît |)as scientifiquement et ne peut compter sur elle. —

nocTniHE

Voici quelle serait l’idée de la loi à rechercher : une image ne serait nullement possible sans une chose; et une chose, du moins dans le cas dont il est ici question, c’est-à-dire pour le moi, ne devrait pas être possible sans une image. Ainsi, toutes deux, l'image et la chose se trouveraient unies synthétiquement, et l'une ne pourrait être posée sans que l’autre ne le fût aussi.

Le moi doit mettre l’image en relation avec la chose. Il faut montrer que cette relation n’est pas possible sans la supposition de l'image, comme telle, c’est-à-dire comme d’un libre produit du moi. Si la chose devient possible par la relation demandée, il est démontré, par l’afHrmation de la dernière relation, que la chose n’est pas possible sans l’image. — Réciproquement le moi doit esquisser l’image avec liberté. 11 faudrait montrer que cela n’est pas possible sans la supposition de la chose; et il serait conclu par là qu’aucune image n’est possible sans une chose ( une chose pour le moi, bien entendu).

Parlons d’abord de la relation de l’image parfaitement déterminée à la chose. Elle a lieu par le moi ; mais cette action du moi n’arrive pas immédiatement à la conscience. Et l’on ne voit pas bien de là, comment l’image peut être distinguée de la chose. Le moi devrait donc se présenter au moins médiatement dans la conscience, et ainsi il serait possible de distinguer l’image de la chose.

Le moi se présente médiatement dans la conscience, c’est-à-dire l’objet de son activité ( le produit de l’activité seulement dans la conscience) est posé comme produit par la liberté, comme pouvant être autrement, comme accidentel.

DE LA SCtERCE. 355

Ainsi, la chose-est posée, en tant que l’image parfaitement délermiséè est mise en rapport avec elle. 11 y a une imagp. jpafrfaitement déterminée, c’est-à-dire une propriété; par exemple : la couleur rouge. II doit y avoir ensuite, pour que le rapport demandé soit possible', une chose. Toutes deux doivent être unies synthétiquement par une action absolue du moi ; la dernière doit être déterminée par la première. Par conséquent elle ne doit pas être déterminée avant l’action, et partant indépendamment de l'action. Elle doit être posée comme telle qu’il puisse lui survenir ou non cette propriété, et ce n’est que parce qu’une action est posée que l’état accidentel de la chose est posée pour le moi. Contingente quant à sa qualité, la chose apparaît ainsi comme un produit supposé du moi, auquel rien n’appartient que l’étre. La libre action et la nécessité qu’une libre action semblable se présente, est l’unique fondement du passage d’une action indéterminée à une action déterminée et réciproquement.

— Cherchons à rendre plus clair encore ce point important. Dans le jugement, A est rouge, il y a d’abord un A. 11 est posé; en tant qu’il doit être A, la proposition A -= A a de la valeur pour lui. Il est comme A, parfaitement déterminé par soi-même; quanta sa figure, son volume, sa position dans l’espace, etc., comme on peut le concevoir dans le cas présent ; néanmoins, il faut bien l’observer, la chose dont nous parlions plus haut, étant encore complètement indéterminée, n’a d’autre propriété que d’être une chose, c’est-à-dire d’être. — 11 y a dans ce jugement l’idée de rouge, elle est parfaitement déterminée, c’est-à-dire, elle est posée comme excluant toutes les autres cou-

1H)CTII1AE

leurs ( précisément comme plus haut, et nou*s avons un exemple ici de ce que signifie la détermination parfaite de la propriété, ou, comme nous l’avons nommée, de l’image). Comment A est-il à l’égard de la couleur rouge avant le jugement? Évidemment indéterminé. Toutes les couleurs pouvaient lui appartenir, et parmi ces couleurs, le rouge. Par le jugement, c’est-à-dire par l’action synthétique du sujet qui juge au moyen de l’imagination, action qui est exprimée par la copule est, l’indéterminé est déterminé ; toutes les couleurs qui pouvaient lui appartenir, lui sont refusées par le transport du prédicat non-jaune , non-bleu, etc. — rouge. — A est indéterminé, il est certainement jugé ainsi. (S’il était déjà déterminé, il n’y aurait pas de jugement, il ne serait pas agi ).

Comme résultat de notre rechesche, nous avons la proposition : Si la réalité de la chose (comme substance) est supposée, sa qualité est posée comme accidentelle, par conséquent médiatement comme produit du moi; nous avons donc ici dans la chose la qualité à laquelle nous pouvons attacher le moi.

Pour que l’aperçu soit plus rapide, rappelons le schéma systématique d’après lequel nous avons à nous diriger dans la solution finale de notre question, et dont la valeur fondamentale a été démontrée dans la discussion de l’action réciproque. — Le moi se pose comme totalité, ou il se détermine; celi n’est possible qu’à la condition qu’il exclqe quelque chose de soi, par quoi il est limité; si A est totalité , B est exclu. — Mais B est posé par cela même qu’il est exclu ; il doit être posé par le moi, qui ne peut être posé qu’à la condition que A soit la totalité. Le moi doit donc le considérer comme

UE LA SCLEMCB. ->>>/

posé. Mais alors A n’est plus la totalité : il est exclu de la totalité par cela seul que l’autre est posé, comme nous l’avons exprimé dans le principe, et il est donc posé A -f- B. Il doit être de nouveau réfléchi sur ces termes dans cette réunion, car autrement ils ne seraient pas réunis; mais par cette réflexion cette réunion est de nouveau limitée, par conséquent posée comme totalité, et d’après la règle de ci-dessus il doit lui être opposé quelque chose. — En tant que parla réflexion avancée,

A -1- B est posé comme totalité, il est posé égal à TA absolu, posé comme totalité (ici le moi) , posé et admis dans le moi, dans la signification bien connue de nous; par conséquent B lui est opposé à cet égard, et comme B est contenu ici dans A + B, B est opposé à soi-même, en tant qu’il est réuni en partie avec A (contenu dans le moi), en partie opposé à A (au moi). A -f B, d après la forme indiquée et démontrée plus haut, est déterminé par B. — Il doit être réfléchi sur A -f B déterminé par B comme tel, c’est-à-dire en tant que A-j-B est déterminé par B. — Mais aloi’S, puisque A doit être déterminé par B, l’A réuni synthétiquement avec lui est déterminé par l’A ; et comme B et B doivent être . réunis synthétiquement, l’A réuni avec le premier B doit être réuni synthétiquement. Cela contredit la première contradiction d’après laquelle A et B doivent être absolument opposés, cette contradiction ne peut pas être résolue autrement qu’en opposant A à lui-même; A -|- B sera déterminé par A, comme il était demandé dans la discussion de la notion de l’action réciproque : mais A ne peut pas être opposé à lui-même, si les synthèses demandées doivent être possibles. Il doit donc être en même temps égal et opposé à soi-même, c est-

DOCTRIJII!

J-dire, il doit y avoir une action de la faculté absolue du moi, de I imagination, par laquelle il sera réuni absolument. Passons après ce schéma à Tinvestigation.

Si A est totalité et est posé comme tel, B est exclu; le moi se pose médiatement comme moi et se limite en tant qu’il esquisse l’image avec une liberté absolue, et flotte entre plusieurs déterminations de l’image. L’image n’est pas encore, mais sera déterminée; le moi est compris dans 1 action de la détermination, c’est 1 état parfaitement décrit plus haut auquel nous nous rapportons ici. Il est nommé A (intuition interne du moi dans la libre formation de l’image).

En tant que le moi agit ainsi , il oppose à cette image qui flotte librement, et médiatement il op{>ose soimême, à celui qui forme l’image, la propriété parfaitement déterminée, que nous avons indiquée plus baut, de sorte que cette propriété est comprise par le moi, au moyen de 1 intuition immédiate de la chose, dans laquelle le moi u a pas conscience de soi-mème (de son intuition). Cette propriété déterminée n’est pas posée comme moi, mais elle est opposée au moi ; elle est donc exclue. Je la nomme B.

B est posé et par conséquent A est exclu de la tota- Le moi posait la propriété comme déterminée, et, en aucune façon, il ne pouvait, comme il le devait, se poser comme libre dans la formation sans quelle ne fut posée ainsi. Par conséquent, aussi certainement qu’il doit se |X)ser |K)sant librement, le moi doit réfléchir sur cette détermination de la propriété; (il ne s agit pas ici de l’union syntliétique de plusieurs caractères dans un substract, ni davantage de l'union synthétique du caractère avec le substract; mais de la

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I>K L\ 8CIEMCE.

détermination parfaite du moi re|)résentant, dans la perception d’un caractère, dont on peut prendre, pour exemple, la figure d’un corps dans l’espace). Le moi est exclu par là de la totalité, c’est-à-dire, il ne se suffit plus à soi-même, il n’est plus déterminé par soi-même, il est déterminé par quelque chose qui lui est entièrement opposé; son état, c’est-à-dire l’existence de l’image en lui, ne peut plus s’expliquer seulement de lui-même, mais uniquement par quelque chose qui est hors de lui, et il est par conséquent posé comme totalité A -j- B ou A déterminé par B (pure intuition externe et déterminée). En général dans les distinctions présentes, et en particulier dans celle dont il s’agit, il faut remarquer que quelque chose qui leur correspond uniquement ne peut pas se présenter dans la conscience. Les actions décrites de l’esprit humain ne se présentent pas séparées dans l’àme, et ne sont pas données pour séparées; mais tout ce que nous établissons maintenant arrive en réunion synthétique, puisque nous poursuivons constamment la marche synthétique, et que de l existence d’un terme nous concluons l’existence de l autre; un exemple de l’intuition déduite serait l’intuition de toute pure figure géométrique, par exemple, celle d’un cube. Mais cette intuition n’est pas possible. On ne peut s’imaginer aucun cube sans s’imaginer en même temps l’espace dans lequel il doit llotler, et sans décrire ensuite sa limite; et on voit ici démontré par l’expérience des sens la proposition que le moi ne peut poser aucune limite sans poser en même temps un principe limitant exclu par les limites.

Il doit être réfléchi sur A + B, c’est-à-dire sur la qualité comme qualité déterminée. Sinon elle ne serait

pas dans le moi ; sinon la conscience demandée de cette

qualité ne serait pas possiblcé Nous serons repoussés

par conséquent du point où nous nous trouvons et par un fondement qui se trouve en lui (et de même le moi, sujet de notre recherche); et c'est précisément l’essence de la synthèse; ici. est cette X qui découvre le caractère ^ incomplet dont il a été souvent question. Cette réflexion a lieu comme toute réflexion, par spontanéité absolue; le moi réfléchit absolument parcequ’il est moi. Dans'cette^ action, il n’a pas conscience de sa spontanéité, pour la raison souvent indiquée. Mais l’objet de sa réflexion, en tant qu’il est tel, est produit ainsi de cette spontanéité, et il doit lui survenir le caractère d’un produit de la libre action du moi , la contingence. Or, il né peut être accidentel, en tant qu’il est posé comme déterminé, et il esl^réfléehi sur lui comme tel, par conséquent, sous un ‘ autre rapport qui sera montré tantôt. Par la contingence qui lui survient, il ^esf produit du moi et reçu dans le moi ; donc le moi se déter-

mine, ce qui n’est pas possible sans qu’il ^s’oppose quelque chose et partant un non-moi. ‘ " *

Ici se place une observation générale qui a été souvent préparée, mais qui ne peut être présentée avec clarté qu’ici. Le moi réfléchit avec liberté; action de la détermination, qui précisément par là est déterminée : mais il ne peut pas réfléchir, poser des limites sans pro* duire en même temps quelque chose d’absolu comme limitant. Donc, déterminer et produire, sont toujours ensemble et c'est en quoi consiste l'identité de la conscience.

Cet opposé est nécessairement en relation avec la propriété déterminée, et celle-ci est en relation avec

cet accidentel. Celui-ci est ensuite, de même précisément que la propriété, opposé au moi et de là comme elle, non-moi, mais un non-moi nécessaire.

Mais la propriété, comme quelque chose de déterminé et en tant qu’elle est déterminée, par conséquent en tant qu’elle est quelque chose à l’égard de quoi le moi se comporte purement passivement, doit être exclue du moi , d’après les argumentations précédentes ; et le moi, lorsque et en tant qu’il la considère comme déterminée, ainsi qu’il arrive ici, doit l’exclure de soi. Dans la réflexion présente, le moi exclut encore de soi un autre non-moi comme déterminé nécessaire. Par conséquent ces deux non-moi doivent être mis en relation l’un avec l’autre et être réunis synthétiquement. Le principe de réunion est que les deux nonmoi étant en relation avec le moi, sont par conséquent une seule et même chose, le principe de distinction que la propriété est accidentelle pourrait être autrement, mais que le substract comme tel est nécessairement en relation avec elle. Ils sont tous deux réunis, c’est-à-dire, ils sont en relation nécessairement et accidentellement l’un avec l’autre. La propriété doit avoir un substract; mais telle propriété n’appartient pas au substract. Ce rapport de l’accidentel au nécessaire dans l’unité synthétique est nommé le rapport de substantialité. — (B opposé à B. Le dernier B n’est pas dans le moi. — A -|- B déterminé par B. L’image, parfaitement déterminée en soi, et reçue dans le moi, peut toujours être déterminée pour le moi. La propriété qui y est exprimée est accidentelle à la chose. Elle pouvait ne pas lui appartenir).

Cioogle

DCH/rniKE

11 doit être réfléchi sur le B, exclu daus le cas précédent, que nous connaissons comme non-moi nécessaire, contrairement à l’accidentel contenu dans le moi. Il résulte de cette réflexion que A -f B, posé précédemment comme totalité , n’est plus totalité, c’est-àdire, qu’il ne contient plus ce qui est uniquement dans le moi, et à cet égard il peut être accidentel. Il doit être déterminé par le nécessaire. En premier lieu , la propriété, ou le caractère', l’image, comme on voudra la nommer, doit être déterminée par cela. Elle était posée comme accidentelle à la chose, celle-ci étant nécessaire. Elles sont, par conséquent, entièrement opposées. Maintenant, si le moi doit réfléchir sur toutes deux , elles doivent être réunies dans ce seul et même moi. Cela arrive pnr la spontanéité absolue du moi. La réunion n’est que le produit du moi ; elle est posée, c’est-à-dire, un produit est posé par le moi.

Mais le moi n’a jamais conscience immédiatement de son activité, il n’en a conscience que dans le produit et au moyen du produit. La réunion des deux doit donc être posée comme accidentelle ; et comme tout ce qui est accidentel est posé comme enfanté par l’activité, elle doit être posée comme produite par l’activité. Mais ce qui est accidentel dans son être et dépendant d’un autre, ne peut être posé comme agissant ; ce ne peut donc être que ce qui est nécessaire dans la réflexion ; ainsi est transportée sur le nécessaire la notion de l’activité qui ne se trouve proprement que dans le sujet réfléchissant ; l’accidentel est posé comme son produit, comme l’expression de sa libre activité. Ce rapport synthétique est nommé le

rapport de causalité, et la chose considérée dans cette union synthétique du nécessaire et de l’accidentel en elle, est la chose réelle.

Faisons quelques observations sur ce point trèsimportant.

1 . — L’action du moi qui vient d’être indiquée, est évidemment une action par l’imagination dans l’intuition; car d’un côté le moi réunit quelque chose d’entièrement opposé, ce qui est le propre de l’imagination; d’un autre côté' il s’oublie dans- cette action et transporte ce qui est en lui sur l’objet de son action, ce qui caractérise l’intuition.

2. — Ce qu’on nomme catégorie de la caiisalité, apparaît donc ici comme n’ayant pris naissance que dans l’imagination , de sorte que rien ne peut venir dans l’entendement que par l’imagination. Quel changement recevra l’entendement de ce produit de l'imagination? on peut le prévoir ici. Nous avons posé la chose comme agissant librement et sans aucune loi, (comme elle est réellement posée, tant que l’entendement n’embrasse pas en soi sa manière d’agir, avec toutes ses modifications possibles, comme fatale), parce que l’imagination transporte sur elle sa propre activité libre. La conformité à la loi est absente. Si l’entendement se dirige sur la chose, elle agira comme luimême d’après une loi.

3. ~Kant, qui fait naître primitivement les catégories des formes de la pensée , et qui , de son point de vue, a parfaitement raison en cela, a besoin de schémas, esquissés par l’imagination , pour en rendre possible l’application aux objets ; par conséquent , aussi bien

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DOCTEINE

que nous, il les fait mettre en œuvre par l’imagination et les lui rend accessibles. — Dans la science de la connaissance, elles naissent en même temps que les objets et pour les rendre possibles, sur le domaine de l'imagination elle-même.

4. — Maimon dit de la catégorie de la causalité ce qu’en dit la science de la connaissance. Seulement, il appelle une illusion ce procédé de l’esprit humain. Nous avons vu, au contraire, qu’on ne doit pas nommer illusion ce qui est conforme auxjoisde l’être doué de raison , ce qui , d’après ces lois, est absolument nécessaire et ne peut pas être évité, si nous ne voulons cesser d’être des êtres doués de raison. Mais voici le point capital : u Vous pouvez toujours, disait Maimon, avoir à priori les lois de la pensée comme je vous les accorde démontrées. » ( Ce qui est toutefois accorder beaucoup. Car comment peut-il exister dans l’esprit humain une simple loi sans application, une simple forme sans matière ? ) « Mais vous ne pouvez les appliquer aux objets que par le moyen de l’imagination ; par conséquent la loi et l’objet doivent être une seule chose. La loi n’étant appliquée à l’objet que par l’imagination, comment arrive-t-elle à l’objet? » La seule réponse possible à cette question est qu’elle doit le produire, ainsi qu’il a été démontré dans la science de la connaissance, par d’autres principes entièrement indépendants de la question actuelle. L’erreur consacrée par la lettre de Kant, mais entièrement contraire à son esprit, consiste donc en ce que l’objet doit être autre chose qu’un produit de l'imagination. Soutenir cela, c’est être dogmatique transcendant, et s’éloigner complètement de la philosophie critique.

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DE LA SCIBECE. 365

5. Maimoo n’a mis en doute que la quettion de savoir si la loi delà causalité est applicable. D’après ses principes, il aurait dû mettre en doute l’application de toutes les lois à/>rrb/-/, de même que Hume. « C’est vous, disait-il , qui avez en vous la notion de la causalité, ei qyî la'transportez aux choses. Votre connaissance n’a donc aucune valehr objective. » Kant convient de la proposition précédente, non-seulement pour la notion de la causalité , mais pour toutes les notions à priori ; mais il détourne sa conclusion en démontrant qu’un objet ne peut exister que pour un sujet possible. Dans cette discussion on ne prenait pas garde à'ia factdté du sujet par laquelle ce qui se trouve dans le sujet est transporté à l’objet. Ce n’est que par l’imagination que vous appliquez la loi de la causalité aux objets, démontre Maimon; par conséquent votre connaissance n’a pas de valeur objective, et l’application des lois de votre pensée aux objets est une pure illusion. La science de la connaissance lui accorde la proposition précédente non-seulement pour la loi de la causalité, mais pour tontes les lois à priori, maiseHe montre par une détermination plus rigoureuse de l’objet, qui se trouve déjà dans la détermination de Kant, que notre connaissance a précisément à cause de cela une valeur objective, et ne peut l’avoir qu’à cette condition. C’est ainsi que le scepticisme et le criticisme poursuivent une route uni Forme et se demeurent toujours fidèles. Ce n’est que très-improprement que l’on peut dire que le criticisme réfute le scepticisme. 11 accorde ce que le scepticisme lui demande et même plus qu’il ne lui demande, et limite seulement les objections que la plupart du temps il se fait précisément comme le dog-

;yCoonli

DOCTBIRE

matisme sur une connaissance de la chose en soi , en montrant que ces objections sont sans fondement.

■ Ce que' nous connaissons maintenant comme l’expression de l'activité de la chose, et ce qui est parfaitement déterminé d’ailleurs par l’activité libre du moi, est posé dans le moi; et est déterminé pour le moi, comme nous l'avons vu plus haut. Par conséquent, si le moi est déterminé médiatement par là , il cesse d’étre moi , et devient produit de la chose, parce que ce qui le remplit et lui est substitué est le produit de la chose. La chose agit au moyen de la manifestation sur le moi, et le moi n’est plus le moi, ce qui est posé par soimême, il est dans cette détermination posé par la chose. ( L’influence de la chose sur le moi , ou l’influence physique des disciples de Locke et des nouveaux éclectiques, qui font un ensemble indigeste de parties hétérogènes du système de Leibnitz et de celui de Locke, est entièrement fondée du point de vue actuel , mais exclusivement de ce point de vue ) ; ce qui vient d’étre établi a lieu si l’on réfléchit sur A -f- B déterminé par B.

Cela ne peut pas être; de là A -|- B déterminé par B doit de nouveau être posé dans le moi , ou d’après la formule être posé par A.

En premier lieu. A, c’est-à-dire l’influence, devant être produite dans le moi par la chose, est posé à l’égard du moi comme accidentel. Par conséquent, à cette action dans le moi, et au moi lui-même en tant qu’il est déterminé par elle, est opposé un moi nécessaire qui est en soi-même et par soi-même, le moi en soi. De même

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précisément que plus haut, à ce qui était accidentel dans le non-moi , était opposé le nécessaire ou la chose en soi , de même ici , à l’accidentel dans le moi, est opposé le nécessaire ou le moi en soi, précisément comme le produit précédent du moi. Le nécessaire est le moisubstance , le contingent, ce qu’il y a en lui d’accidentel. Tous deux, le contingent et le nécessaire, doivent être posés , unis synthétiquement comme uu seul et même moi. Mais ils sont absolument opposés, par conséquent, ils ne peuvent être réunis que par l’activité absolue du moi, dont comme ci-dessus le moi n’a pas conscience immédiatement; il la transporte sur les objets de la réflexion, et par conséquent jiose entr’eux le rapport de causalité. Le contingent est le résultat de l’action du moi absolu dans la réflexion, une manifestation du moi ; et, à cet égard, quelque chose de réel pour lui. Qu’il dût recevoir une influence du non-moi, il en est fait entièrement abstraction dans cette réflexion, car il ne peut recevoir en ^me temps l’action du moi et celle de son opposé, le non-moi. Ainsi est exclue du moi la chose avec sa manifestation, et elle lui est entièrement opposée. Tous deux, le moi et le non-moi existent en soi nécessairement, tous deux, entièrement indépendants l’un de l’autre ; tous deux se manifestent dans cette indépendance, chacun par sa propre activité et sa force, que nous n’avons pas soumises encore à des lois, qui sont toujours, par conséquent, entièrement libres.

11 est déduit maintenant comment nous arrivons à opposer un moi agissant, et un non-moi agissant, et à les considérer tous deux comme entièrement indépendants l’un de l’autre. Le non-moi existe à cet égard, et

est déterminé par soi-méme; mais qu'il soit représenté par le moi, cela lui est accidentel. De même, le moi existe et agit par soi-méme ; mais qu’il représente le noD'moi, cela lui est accidentel. La maniFestation de la chose dans le phénomène, est le produit de la chose; ce phénomène, en tant qu’il existe pour le moi, et qu’il est perçu par lui est le produit du moi.

Le moi ne peut agir sans avoir un objet; donc, par b causalité du moi est poséei celle du non-moi : Le non-moi peut agir, mais non pour le moi , sans que le moi agisse aussi ; par cela même qu’une causalité du non-moi est posée pour le moi , la causalité du moi est entièrement posée. Les manifestations des deux forces sont ainsi unies synthétiquement, et le principe de leur réunion (ce que nous avons nommé plus haut leur harmonie) doit être montré.

Cette réunion a lieu par spontanéité absolue, comme toutes les conciliations que nous avons indiquées jusqu’à présent. Ce qui est posé la liberté a le caractère de la contingence , par conséquent, la présente unité synthétique doit avoir ce caractère. Plus haut, l’activité a été transportée; elle est déjà posée, par conséquent, et ne peut plus l’être. 11 reste à poser l’unité accidentelle de l’activité, c’est-à-dire, la rencontre de la causalité du moi et de celle du non-moi dans un troisième terme, qui n’est et ne peut être rien de plus que ce en quoi ils se rencontrent, et que nous nommerons un point.

I>E LA SLIEKCE.

§4. — L’intuition est déterminée dans le temps et l’objet de l’intuition dans l’espace.

L’intuition doit être dans le moi un accident du moi, d’après le § précédent ; le moi doit, par conséquent, se poser comme l’agent de l'intuition ( intuens ) j il doit déterminer l’intuition à l’égard de soi-même : Proposition qui, dans la partie théorique de la science de la connaissance, est exigée en vertu de la proposition fon. damentale : Rien n’arrive au moi que ce qu’il pose en soi-méme.

Procédons ici dans l’investigation, suivant le même plan que dans le § précédent, seulement avec la différence que, dans ce §, il s’agissait de quelque chose, d’une intuition , mais qu’il ne s’agit ici que d’un rapport, d’une réunion synthétique d’intuitions opposées; par conséquent, où tout-à-l’heure il était réfléchi sur un terme. Usera réfléchi ici sur deux termes opposés dans leur union ; par conséquent ce qui était simple là , sera triple ici.

L’intuition, telle qu’elle a été déGnie plus haut, c’està-dire, la réunion synthétique de la causalité du moi et du non- moi par leur rencontre accidentelj.e en un seul point , est posée et admise dans le moi , ou , d’aprés la signiGcation suffisamment connue, elle est posée comme contingente. H est bien à remarquer que de ce qui est une fois Gni en elle, rien ne peut être changé, mais tout doit être soigneusement conservé. L’intuition est seulement déterminée davantage ; mais toutes les déterminations une fois posées demeurent.

L’intuition X est posée comme contingente, c’est-àdire, il lui est opposé, — non un autre objet, une autre détermination, etc., — mais une autre intuition — Y, parfaitement déterminée comme elle, qui est nécessairement en opposition avec la première , et avec laquelle la première est accidentellement en opposition. Y est à cet égard tout-à-fait exclu du moi qui a intuition dans X.

Comme intuition, X tombe nécessairement en un point, Y également comme intuition ^ mais dans une intuition opposée à la première, et par conséquent toutà-fait différente. L’une n’est pas ce que l’autre est.

On demande seulement, qu’est donc la nécessité attribuée à l’intuition Y, par rapport à X, et la contingence attribuée à l’intuition X par rapport à Y? le voici : L’intuition Y est nécessairement unie synthétiquement avec son point , si X doit être unie avec

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DE LA SCIEEICE.

le sien ; la possibilité de l’union synthétique X avec son point , suppose la réunion de l’intuition Y avec son point; mais la réciproque n’a pas lieu. Dans le point où X est posée, on peut, — ainsi fait le moi, — poser une autre intuition ; mais dans celui où Y est posé, il ne peut absolument en être posée aucune autre que Y, pour que X puisse être posée comme intuition du moi.

Ce n’est qu’en tant que cette contingence de la synthèse est posée que X doit être posée comme intuition du moi , et qu’en tant qu’à cette contingence est opposée la nécessité de la même synthèse qu’elle doit être posée.

11 reste encore à répondre à une question qui est de beaucoup la plus difficile : Par quoi le point X peut-il être encore déterminé autrement, soit par l’intuition X et le point Y, soit par l’intuition Y? Jusqu’à présent ce point n’est rien de plus que ce en quoi se rencontrent une causalité du moi et une causalité du non-moi, une synthèse par laquelle l’intuition est possible, et qui n’est possible que par l’intuition, ainsi qu’il a été établi dans le § précédent. Or, il est clair que lorsque le point X doit être posé comme celui dans lequel une autre intuition peut être posée, mais le point Y, au contraire, comme celui dans lequel aucune autre ne peut être posée, tous deux se séparent de leur intuition et doivent pouvoir en être distingués, indépendants l’un de l’autre. On ne voit pas encore ici comment cela est possible ; mais on voit bien'que cela doit l’être pour qu’une intuition puisse être attribuée au moi.

Si A est posé comme totalité, B est exclu; A désignant l'image qui doit être déterminée avec liberté, B désigne la propriété déterminée sans la participation du moi. Dans l’intuition X, en tant qu’elle doit être une intuition, un objet déterminé X, d’après le § précédent, est exclu : De même aussi dans l’intuition Y qui lui est opposée. Les deux objets sont déterminés comme tels, c’est-à-dire, l’esprit est forcé, dans l’intuition qu’il a d’eux, de les poser comme il les pose. Cette détermination doit demeurer, et il n'est pas question de la changer.

Mais le rapj^iort qui existe entre les intuitions, doit exister nécessairement aussi entre les objets. Par conséquent l’objet X devrait être contingent en relation avec Y, mais celui-ci en relation avec celui-là, nécessaire. La détermination de X suppose nécessairement celle d’Y, mais la réciproque n’a pas lieu.

Or, les deux objets comme objets de l’intuition en général sont parfaitement déterminés, et le rapport demandé entr’eux doit se rapporter non à cette détermination , mais à une autre entièrement inconnue encore; à une détermination par laquelle quelque chose est non un objet en général , mais seulement l’objet d’une intuition à distinguer d’une autre intuition. La détermination demandée n’appartient pas aux déterminations intérieures de l’objet ( en tant que la proposition A A a de la valeur pour lui ); mais elle en est une détermination extérieure. Or, sans la dislinclion

demandée, comme il est impossible qu'une intuition soit posée dans le moi, si cette détermination est la condition de la distinction demandée, l'objet n'est qu'à la condition de cette détermination, objet de l’intuition, et elle est la condition exclusive. de toute intuition. Nous nommons l'inconnu par lequel l'objet doit être déterminé O, z la manière par laquelle Y est déterminé, et v, celle d'après laquelle X est. déterminée.

Voici. le rapport mutuel : X doit être posée comme s'unissant synthétiquement ou non avec v \ donc v, comme s'unissant synthétiquement avec X ou avec tout autre objet : Y, au contraire, est uni nécessairement avec 2. par une synthèse, si X doit être uni avec v. Tandis que v est posé comme s’unissant avec X ou non, Y est posé nécessairement comme uni avec 2, et de là résulte en même temps ce qui suit ; Tout objet possible doit être uni avec. v; excepté seulement Y, car il est déjà indissolublement uni. De même X doit être uni avec tout O possible excepté avec z ; car Y est indissolublement- uni avec z; il est donc absolument exclu de z,

X et Y sont entièrement exclus du moi, le moi s’oublie et se perd tout-à-fait dans leur intuition. Leur rapport, dont il est ici question, ne peut donc absolument pas être déduit du moi, mais il doit être attribué aux choses. — Il apparaît au moi comme ne dépendant pas de sa liberté, mais comme déterminé par les choses. Voici quel était le rapport : z étant uni avec Y, X en est absolument exclue. Transporté aux choses, cela doit être exprimé ainsi. Y exclut X de 2 , il la détermine négativement. Si Y va jusqu’au point dy X est

UOCTRINE

exclue jusqu’à ce point; s’il va jusqu’à c, X est exclue jusque là, etc. Mais comme il n’y a pas d’autre fondement pour lequel X ne peut pas être unie avec z, si ce n’est qu’elle en est exclue par Y; et comme évidemment ce qui est fondé n’a pas plus de valeur que le fondement, X commence à être déterminée là où Y cesse de l’exclure, ou bien là où Y finit; et ils sont ainsi en continuité.

Cette exclusion, cette continuité n’est pas possible si X et Y ne sont pas tous deux dans une sphère commune (que nous ne connaissons pas encore ici) et dans laquelle ils se rencontrent en un même point. Leur union synthétique consiste dans le poser de cette sphère, suivant le rapport demandé. Cette sphère commune est donc produite par la spontanéité absolue de l’imagination.

S’il est réfléchi sur le B exclu , Â est exclu par là de la totalité ( du moi). Mais B étant admis dans le moi par la réflexion, est donc posé uni avec A comme totalité ( comme contingent) ; un autre B, à l’égard duquel il soit contingent, doit donc être exclu et lui être opposé comme nécessaire. Appliquons cette proposition générale au cas présent.

En vertu de notre démonstration, Y est déterminé maintenant à l’égard de son union synthétique avec un O entièrement inconnu encore , et X est en relation avec lui , négativement du moins et également en vertu de notre démonstration. Elle ne peut pas être

DE LA SCIESCE.

déterminée de la manière dont Y l’est par O, mais seulement d’une manière opposée; elle est exclue de la détermination de Y.

Tous deux, en tant qu’ils doivent, comme cela a lieu ici, être unis avec A ou reçus dans le moi, doivent à cet égard être posés comme contingents. Cela signifie que, d’après le procédé déduit dans le § précédent, il leur est opposé un terme X et Y nécessaires, relativement auxquels ils sont accidentels, — savoir, les substances auxquels ils appartiennent tous deux comme accidents.

Sans nous arrêter plus long-temps à ce point de l’investigation, passons à l’unité synthétique qui a été déduite plus haut , du terme posé maintenant comme contingent avec le terme nécessaire qui lui est opposé; car r Y compris dans le moi, et à cet égard contingent, est phénomène, — reçoit une influence, est une manifestation de la force nécessaire Y qu’il faut supposer ; de même pour X ; tous deux manifestations de forces libres.

Le rapport qui existe entre X et Y comme phénomènes doit être le même entre les forces qui se manifestent par eux. La manifestation de la force Y a lieu, par conséquent tout-à-fait indépendante de la manifestation de la force X, mais au contraire celle-ci, dans sa manifestation, dépend de la manifestation de la première et l’a pour condition.

Pour condition, dis-je ; c’est-à-dire que la manifestion de Y détermine la manifestation X , non positivement, assertion qui n’aurait pas le moindre fondement dans ce qui a été déduit jusqu’à présent; donc la manifestation Y ne contient pas le fondement que la mani-

UOi.TRINE

festation X soit précisément ainsi et non autrement; mais elle la détermine négativement, c’est-à-dire, elle contient le fondement que X ne peut pas se manifester d’une certaine manière entre toutes les manières possibles.

Cela parait contredire ce qui précède. Il est posé expressément que X aussi bien qu'Y doit se manifester par une causalité libre absolument sans limites. Or, comme nous venons de le voir, la manifestation de X doit avoir pour condition celle de Y. Pour le linoment, nous ne pouvons expliquer cela que négativement. X agit avec causalité aussi bien qu’Y, absolument parce qu'elle agit avec causalité ; la causalité de Y n’est donc pas la condition de la causalité de X en général et quant à sa forme; la proposition ne doit pas être entendue comme si Y affectait X, agissait sur elle, la pressait, la poussait à se produire. Déplus, X est entièrement libre dans la modalité de sa manifestation, de même que Y. Donc, celui-ci ne peut pas plus déterminer comme condition le mode de causalité de celle-là ni sa matière. C’est donc une question importante de savoir quelle relation il peut y avoir encore dans laquelle une causalité peut être la condition d’une autre causalité.

Y et X doivent être tous deux dans un rapport syntbétique avec un O tout-à-fait inconnu ; car tous deux, en vertu de notre démonstration, aussi certainement qu'une intuition doit être attribuée au moi, se trouvent nécessairement l’un à l’égard de l’autre en un certain rapport à l’égard seulement de leur relation avec O. Us doivent donc tous deux, et indépendamment l'un de l’autre, être en rapport avec 0. ( Conséquence tirée , dans l’ignorance où je suis que A et B aient une gran-

deur déterminée; mais si je savais que A est plus grand que B, je pourrais en conclure avec sûreté qu’ils doivent avoir tous deux une grandeur déterminée ).

O doit être quelque chose qui ne trouble pas la liberté des deux termes dans leur causalité; car iis doivent tous deux, comme il a été expressément demandé, agir librement avec causalité, et dans celte causalité, sans préjudice à la causalité elle-même, être unis synthétiquement avec O. Tout ce sur quoi se dirige la causalité d’une force (ce qui en est l’objet, le seul mode d’union synthétique que nous connaissions jusqu’à présent), limite nécessairement par sa résistance cette causalité. O ne peut donc avoir aucune force, aucune activité, aucune intensité; il ne peut rien causer. Il n’a donc pas de réalité et n’est rien ; ce qu’il pourrait être au fond, nous le verrons vraisemblablement dans la suite. Le rapport désigné plus haut était : Y et 2 sont unis synthétiquement, et par là X est exclue de Z. Comme nous venons de le voir, cette union synthétique d’Y avec z a eu lieu par une causalité propre, libre, non troublée, de la force intérieure Y ; z cependant n'est nullement un produit de cette causalité, elle n’est unie que nécessairement avec elle; elle doit donc pouvoir en être distinguée. En outre, par cette union, la causalité de X et son produit sont exclus de z, par conséquent z est la sphère de la causalité de Y — z, et d’après ce qui précède, rien que cette sphère ; il n’est rien en soi , il n’a pas de réalité et on ne peut lui appliquer aucun prédicat que celui qui vient d’être déduit. De plus z est la sphère de la causalité purement et siinplemeiu de Y ; car, par cela même qu’elle est posée

DOCTRIHE

comme telle, X et tout objet possible en sont exclus. La sphère de la causalité de Y ou z signifient une seule et même chose, et ont tout-à-fait la même valeur ; z n’est rien de plus que cette sphère et celte sphère n’est rien autre chose que z. z n’est rien , si Y n'agit pas avec causalité , et Y n'agit pas si z n’est pas. La causalité de Y remplit z, c'est-à-dire en exclut tout ce qui n’est pas la causalité de Y (il ne faut pas encore songer à une étendue, car elle n’est point démontrée encore et ne peut être saisie par cette manifestation ).

Si z va jusqu’au point c, d, e, etc., la causalité de X est excluejusqu’à c, d, e, etc. Mais comme cette causalité ne peut pas être unie avec z, précisément parce qu’elle en est exclue par Y, il y a nécessairement continuité entre les sphères de causalité de X et d’Y, et elles se rencontrent en un point. L’imagination réunit l’une et l’autre et pose z et — z ou comme nous le déterminions plus haut, v — 0.

Mais la causalité de X doit être exclue de z sans préjudice à sa liberté. Cette exclusion n’a pas lieu sans préjudice à sa liberté, si par cela seul que z est rempli par Y, quelque chose est supprimé dans X, si une manifestation de force, possible en soi , lui est rendue impossible. L’occupation dez par la causalité Y ne doit donc pas être une manifestation possible de l’X ; il ne doit y avoir en elle aucune tendance à cela, z, par un principe intérieur qui se trouve en X, n’est pas dans sa sphère d’action, ou plutôt il n’y a pas en X de fondement, pour que z puisse être sa sphère d’action : sinon X serait limitée et ne serait pas libre.

Par conséquent Y et X se rencontrent tous deux accidentellement en un point, dans l’unité synthétique

absolue de l’opposition absolue sans aucune influence réciproque, sans aucune pénétration mutuelle.

A -|- 6 doit être déterminé par B. Jusqu’à présent B seul a été déterminé par B ; mais A le sera aussi médiatement. Cela signifiait plus haut ce qui est dans le moi , et comme il n’y a rien de plus dans le moi que l'intuition, — le moi est déterminé par le non-moi , et ce qui est en lui , en est médiatement un produit : appliquons cela au cas présent.

X est produit du non-moi, et est déterminée dans le moi, quant à sa sphère d’action ; Y également, tous deux déterminés par soi-méme dans leur liberté absolue ; tous deux par leur rencontre contingente déterminent aussi le point de leur rencontre , et le moi est dans ce rapport purement passif.

11 ne doit et ne peut en être ainsi. Aussi certainement qu’il est moi, le moi doit tracer la détermination avec liberté. Nous avons résolu cette difliculté plus haut de la manière suivante : Toute réflexion sur quelque chose comme substance, — sur ce qui dure et agit causalement , — qui posé ainsi , se trouve dans une connexion nécessaire et synthétique avec son produit, et ne peut pas en être séparé, — dépend de la liberté absolue du moi, et la difliculté est résolue ainsi : Il dépend de la liberté absolue du moi de réfléchir ou de ne pas réfléchir sur Y et X comme sur quelque chose de L

permanent, de simple. S’il y réfléchit, il doit, d’après

UüCrUME

celle loi, poser libremenl Y remplissanl la sphère d'aclion 2 , el poser en C le poiul de limileenlre le cercle d’action des deux ; or, il ne pourrailpas rélléchir ainsi ; mais à la place de Y el de X, il pourrail poser loule chose possible comme subslaiice, avec libellé absolue.

Pour rendre cela parfailemenl clair, que l’on conçoive la sphère z el la sphère v, comme en connexion , au poinl C, ainsi qu’elles onl ëlé réellemenl posées. Dans la sphères, le moi, au lieu de Y peul poser un a el un b, faire de z leur cercle d’action el le partager au poinl g. J’appelle h ce qui esl mainlenanl le cercle d’aclion de a. Mais il n’esl pas plus forcé de posera en h comme subslance indivisible ; à la place de a il pourrail poser e et d, et par conséquent diviser h au point e en /et en / el ainsi de suite à l’inlini. Mais s’il a posé une fois un a et un b il doit leur marquer des cercles d’acliou qui se rencontrent en un seul cl unique point, d’après la loi plus haut déduite.

Il doit poser réellement pour le moi celte contingence de l’Y et même de son cercle d’action, par l’imagination, en vertu du principe souvent exposé.

Donc, O est posé comme étendue ayant de la cohésion el divisible à l’inQni, c’est l’espace.

1 . En posant, comme elle le doit, la possibilité de toute autre substance et de tout autre cercle d’aclion dans l’espace z, l’imagination sépare l’espace de la chose qui le remplit réellement et esquisse un espace vide, mais seulement pour essai, et passagèrement; car elle le remplit aussitôt de substances à volonté, qui ont des cercles d’action à volonté. Par conséquent, il n’y a pas d’espace vide, puisqu’il n’y en a que dans le passage de l'imagination du rempJissement de l’espace par a au

rempUssement du même espace par b, c, d, etc., à volonté.

2. = La partie la plus infiniment petite de l’espace est toujours un espace , quelque chose qui a de la continuité, mais non un simple point ou la limite entre des positions déterminées dans l’espace, et il en est ainsi, parce que, en tant qu’il est lui-même posé, U peut être posé et il est réellement posé en lui par l’imagination une force qui se manifeste nécessairement et qui ne peut pas être po.sée sans être posée comme se manifestant, en vertu de la synthèse de la libre causalité entreprise dans le § précédent ; mais elle ne peut se manifester sans avoir une synthèse de sa manifestation qui n’est rien de plus qu’une sphère semblable, en vertu de la synthèse entreprise dans ce §.

3. -= Par conséquent l’intensité et l’étendue sont nécessairement unies synthétiquement, et on ne saurait déduire l’une sans l’autre. Toute force (non par soi-même , car sans manifestation elle n’est pas dans l’espace, elle n’est en soi absolument rien), mais par son produit nécessaire, qui est le principe synthétique de l’union de l’intensité et de l’étendue, remplit nécessairement une place dans l’espace; et l’espace n’est rien de plus que ce qui est rempli ou doit être rempli par ces produits.

4. =■ Hormis par leurs déterminations intérieures, mais qui n’ont relation qu’au sentiment ( du plus ou moins de plaisir ou de déplaisir) et qui ne sont pas accessibles à la faculté théorique du moi, par exemple, qu’elles sont amères ou douces , rudes ou polies, pesantes ou légères, rouges ou blanches, etc., et 'dont on doit, par conséquent, faire ici entièrement "ah-

DOCTBIHE

stractioQ , les choses ne peuvent être distinguées par rien, sinon par l’espace dans lequel elles se trouvent. Donc, ce qui appartient aux choses de telle manière qu’il ne puisse être attribué qu’à elles , et nullement au moi, mais qui n’appartient pas néanmoins à leur essence intérieure , est l’espace qu’elles occupent.

5. = Mais tout espace est identique, et il n’y a donc par lui aucune distinction ni détermination p>ossible , sinon la condition qu’une chose Y est posée dans un certain espace , lequel est déterminé et caractérisé par là, et qu’il est dit de X : elle est dans un autre espace, — (bien entendu comme Y). Toute détermination d’espace suppose un espace rempli et déterminé, parce qu’il est rempli.

Si l’on pose A dans l’espace vide et infini, il demeure autant indéterminé qu’il l’était et vous ne pouvez pas répondre à ma question , où est-il ? Car vous n’avez aucun point déterminé d’après lequel vous puissiez le mesurer, duquel vous puissiez vous orienter. La place qu’il occupe n'est déterminée par rien que par A, et A n’est déterminé par rien que par sa position , par conséquent, il n’y a là aucune détermination que parce que, et en tant que vous en posez une. C’est une synthèse par spontanéité absolue.

Pour l’exprimer sensiblement : A pourrait être pour une intelligence qui pourrait se mouvoir incessamment, dans l'espace, d’un point à un point qu’elle aurait en vue , sans que vous le remarquiez , parce qu’il n’y a pas pour vous de point semblable, parce que vous n’avez que l’espace vide sans limites ; pour vous il demeure toujours dans sa position , tant qu’il reste dans l’espace, car il est en lui absolument , parce que vous

le posez en lui. Posez B auprès, celui-ci est déterminé ; et si je TOUS demande où il est, vous me répondez auprès de A , et je suis satisfait , si je ne demande pas davantage. Mais dirai-je alors, où est A? posez auprès de B, C, D, £, etc., dans l’inconditionnel , vous avez pour tous ces objets une détermination de lieu relative; mais remplissez l’espace aussi loin que vous voudrez, cet espace rempli est toujours un espace fini qui ne peut avoir avec l’infini, aucun rapport, et à l’égard duquel il est constamment dans la même situation qu’avec A. 11 est déterminé seulement, parce que vous l’avez déterminé en vertu de votre synthèse absolue. Remarque facile à concevoir, il me semble, de laquelle on aurait du être conduit depuis long-temps à l'idéalité de l’espace.

6. — L’objet de l’intuition présente est comme tel désigné par cela seul que nous le posons par l’imagination, dans un espace comme espace vide; mais, comme on l’a démontré, cela n’est pas possible, si on ne suppose un espace déjà rempli. Succession dépendante du remplis sement de l’espace ; mais dans laquelle on peut toujours retourner par des fondements qui se montreront plus bas.

La liberté du moi devait par là être rétablie et le non-moi ( la détermination d’ Y et d’X dans l’espace ), être posé comme contingent, de manière que le moi fût posé comme libre de lier avec z , Y ou a, A, c, etc., et

DOCTRINK

de manière que, en tant que cette liberté serait posée, 0 apparaîtrait comme espace. Ce mode de contingence est découvert et subsiste; mais c’est une question de savoir, si par là la düTicuIté est résolue d’une manière satisfaisante.

Le moi est libre, il est vrai , de poser dans l’espace Y, X ou a, b, c, etc. Mais, s’il doit réfléchir sur X comme substance, supposition de laquelle nous sommes partis, il doit nécessairement, en vertu de la loi énoncée plus haut, poser Y^ comme substance déterminée, et X comme déterminée par l’espace z. Il n’est donc pas libre dans cette condition. Il est déterminé ensuite à l'égard de la détermination de lieu de X, et non libre, il doit la poser auprès de Y. Dans la supposition faite au commencement du § , le moi demeure donc déterminé et contraint. Mais il doit être libre, et la contradiction qui dure encore doit être résolue. Elle ne peut l’ètre que de la manière suivante. Y et X doivent tous deux être déterminés et opposés encore d’une autre manière , autrement que par leur détermination dans l’espace, car ils ont été séparés plus haut de leur espace, posés par conséquent comme quelque chose d’existant pour soi , et différent pour soi d’autre chose. Ils doivent avoir encore un autre caractère en vertu duquel la proposition A = A ait pour eux delà valeur. Par exemple X est rouge, Y jaune, etc.; or, la loi de la détermination de lieu n’a pas de rapport à ce caractère, et il n’est pas dit que Y, comme jaune, doive être déterminé dans l’espace, et X comme rouge, déterminable dans l’espace d'après celui-là ; mais elle s’applique à Y comme sur un déterminé et à aucun autre égard ; àX comme surun déterminable età aucun autre égard;

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DE LA SOIBHCE.

elle dit que l’objet de l’intuition à poser doit nécessairement être déterminable, et ne peut pas être déterminé, et qu’un déterminé doit lui être opposé , qui, à cet égard, n’est pas indéterminable. Si X doit être déterminée par ses caractères intérieurs, ou Y déterminé par les siens, — déterminé ou déterminable dans l’espace, — cela demeure par là entièrement indécis. Ici la libreté a donc son jeu ; elle doit opposer un déterminé et un déterminable; mais elle rendra déterminé ou déterminable celui des opposés qu’elle voudra ; il ne dépend que de la spontanéité que X soit déterminée par Y ou Y par X.

Peu importe la série que l’on décrive dans l’espace , que ce soit de A à B ou au contraire ; que l’on pose B à côté de A, ou A à côté de B, car les choses s’excluent mutuellement dans l’espace.

Le moi peut rendre déterminé ou déterminable ce qu’il veut, et par l’imagination il pose sa liberté de la manière indiquée plus haut. Mais aussi certainement qu’il y a une intuition et qu’un objet de l'intuition doit exister, en vertu de la loi dont nous sommes partis , le moi doit faire des deux une même chose, le déterminé en soi est déterminable dans l'espace.

Pourquoi pose-t-il X, ou Y, ou tout autre objet possible, comme déterminable ? On ne peut en donner aucune raison , et il ne saurait y en avoir ; car il est agi par spontanéité absolue. Cela se montre par la contingence. Il faut bien remarquer seulement en quoi se trouve proprement cette contingence.

DOCTBIKE

Par ia liberté a été posé un déterminable, dont la déterminabilité comme telle est nécessaire d'après la loi, et qui, comme objet de l’intuition, doit être un déterminable ; dans Vétre posé ou l’existence du déterminable se trouve, par conséquent, la contingence. Le poser du déterminable est un aoddent du moi, lequel par opposition est posé comme substance d’après 1a règle apportée dans le S précédent.

De même précisément que dans le § précédent, dans le point actuel de notre procédé synthétique le moi et le non-moi sont entièrement opposés et indépendants l’un de l'autre. Les forces intérieures dans le non-moi agissent causalement avec liberté absolue, remplissent sa sphère d’action, se rencontrent accidentellement en un même point , s’excluent mutuellement par là , sans préjudice à leur liberté respective, de leurs sphères d’action, ou, comme nous le savons maintenant, de leurs espaces.

Le mot pose comme substance ce qu’il veut, partage également l’espace aux substances, comme il veut; détermine avec liberté absolue ce qu’il veut rendre déterminé dans l’espace , et en lui ce qu’il veut rendre déterminable ; ou choisit avec liberté la direction suivant laquelle il veut parcourir l’espace. Toute connexion entre le moi et le non-moi est supprimée par là ; ils ne sont plus en connexion comme à travers l’es-

.espace vide, lequel étant tout-à-fait vide et ne devant rien être de plus que la sphère où le non-moi pose librement realüer sra produits, comme produits d’un non-moi id^iter nè limite aucun des deux et ne les rattache pas Vun à l’autre. L’opposition et cette existence indépendante du moi et du non-moi sont expliquées, mais non l’harmonie demandée entre les deux. On nomme avec raison l'espace forme, c’est-à-dire, condition subjective de la possibilité de l’intuition extérieure. S’il n’y a pas encore une autre forme de l’intuition, l’harmonie demandée entre la représentation et la chose , la condition de l’une et de l’autre, et par conséquent aussi leur opposition pour le moi, demeurent impossibles. Poursuivons notre route et nous découvrirons sans doute cette forme.

1 . — Dans leurs rapports dans l’espace, et dans tous leurs rapports possibles , Y et X sont tous deux des produits de la libre causalité du non-moi entièrement indépendants du moi ; ils existent, et cela non pour le moi, sans une causalité particulière du moi.

2. — Ces deux causalités du moi et du non-moi doivent être en réciprocité d’action, c’est-à-dire, leurs manifestations doivent se rencontrer en un même point; synthèse absolue des deux causalités par l’imagination, le point de réunion existe par la £iiculté absolue du moi, elle le pose comme accidentel, ce qui signifie que la rencontre des deux causalités opposas est accidentelle en vertu du § précédent.

3. — L’un des deux , X ou Y devant être posé, ce point doit être posé. Il est posé objet, c’est-à-dire, elles sont réunies synthétiquement avec un tel point et par son moyen avec une causalité du moi.

4. — A l’égard de la détermination ou de l’indétermination d’Y ou de X , le moi flotte librement entre des directions opposées, c’est-à-dire : il ne dépend que de la causalité du moi que X ou Y soit réuni synthétiquement avec le point.

5. — Cette liberté ainsi définie du moi doit être posée par l’imagination ; la simple possibilité d'une synthèse du point avec une causalité du non-moi doit être posée. Cela n’est possible qu’à condition que le point puisse être posé séparé de la causalité du nonmoi.

6. -= Mais ainsi séparé, ce point n'est rien ; car une synthèse des causalités du moi et du non-moi, et par conséquent toute causalité du non-moi, ne peut en être séparée sans qu’il s’évanouisse entièrement. L’X déterminée en est donc seule séparée, et, au contraire, un produit indéterminé qui peut être a, b, c, etc., un non-moi en général, peut être réuni synthétiquement avec lui ; et cela , en même temps qu'il conserve son caractère déterminé comme point synthétique. ( Les principes énoncés plus haut rendent évident qu’il en doit être ainsi). La rencontre de l’X avec la causalité du moi , autant qu’avec le point maintenant à rechercher, doit être accidentelle et être posée comme telle, cela signifie qu’elle doit être posée comme devant être réunie avec ce point , ou non, et dans ce dernier cas comme devant être réuni à sa place tout non-moi possible.

DE LA SCIEffCE.

7. Le moi doit, en vertu de toute notre hypothèse, réunir réellement synthétiquement le point avec X ; car il doit y avoir une intuition de X, qui, comme telle, comme simple intuition, ne soit pas possible sans cette synthèse, en vertu du § précédent. Or, comme nous l’avons démontré plus haut , cette synthèse a lieu avec spontanéité absolue, sans aucun principe de détermination. Mais, par cela même que X est unie avec le point, tout le reste en est exclu ; car il est le point de réunion du moi avec une force posée dans le non-moi comme substance , existant par elle-mémc, simple et agissant librement; par là donc plusieurs forces possibles sont exclues.

8. ■= Cette juxta-position doit donc être réellement une juxta-position et être posée comme telle , c’est-àdire, elle doit être produite par la spontanéité absolue du moi, et son caractère, la contingence, n’arrive réellement dans aucune des considérations présentées cidessus; mais la synthèse ayant lieu réellement, et tout le reste étant exclu , les caractères qu’il porte en soi, sont réellement posés avec ce caractère. Cela n’est possible que par le caractère d’une autre synthèse nécessaire, d’un Y déterminé avec un point, non celui de X, car, par cette synthèse, toute autre chose est exclue de ce point, mais avec un autre point opposé. Nommonsle C, et celui avec lequel X est unie D.

9. — Ce point C est ce qu’est le point D, le point synthétique de réunion des, causalités du moi et du non-moi. Mais il est opposé au point D. Avec celui-ci, la réunion est considérée comme dépendant delà liberté ; comme pouvant donc exister autrement ; mais en C la réunion sera considérée comme nécessaire; elle ne

DOCTRIHE

peut être posée comme pouvant avoir lieu autrement. (L'action synthétique est fermée, entièrement terminée; elle ne se trouve plus en mon pouvoir. )

10. — La contingence de l’union synthétique avec D doit être posée, par conséquent la nécessité de l’union avec C doit être posée aussi. Toutes deux doivent donc être posées sous ce rapport, comme nécessaires et contingentes à l’égard l’une de l’autre. Si l’union synthétique avec D doit être posée, celle avec G doit être posée comme ayant eu lieu ; mais la réciproque n’est pas vraie. Si l’union avec C est posée, celle avec D n’esi pas posée comme ayant eu lieu.

11. — Or, la synthèse avec D doit avoir lieu en vertu du postulat; si elle est posée comme telle, elle est nécessairement posée comme dépendante, comme conditionnelle de la synthèse avec C. Mais C n’est pas réciproquement conditionnel à D.

1 2. — Mais, en outre, la synthèse avec C doit être précisément ce qu’est celle avec D, une synthèse contingente et laissée au libre arbitre; si elle est posée comme telle, il doit lui être opposé comme nécessaire une autre synthèse avec B , dont elle est dépendante et qui soit sa condition, mais sans que celle-ci lui soit conditionnelle. B est d’ailleurs, de même que C et D, une synthèse contingente, et en tant qu’elle est posée comme telle, il lui est opposé une autre synthèse nécessaire — A, à laquelle elle se rapporte précisément de la même manière que C à elle-même et D à C, et ainsi de suite à l’infini. Nous obtenons ainsi une série de points comme points synthétiques de réunion des causalités du moi et du non-moi dans l’intuition, où chaque point dépend d’un point déterminé, qui n’en

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DE LA SCISnCE.

dépend pas réciproquement, et chacun a un auü'e point déterminé qui dépend de lui sans que lui-méme dé> pende de celui-ci. Nous obtenons en un mot une série de temps.

1 3. — D’après l’argumentation ci-dessus, le moi se posait comme complètement libre de n’unir avec le point que ce qu’il voulait, d'y unir par conséquent tout le non -moi infini. Ainsi considéré, le point n’est que contingent, il n’est pas nécessaire; il n’est que dépendant sans qu’un autre dépende de lui : et on l’appelle le présent.

1 4. — Par conséquent, si l’on t’ait abstraction de la

réunion synthétique d’un point déterminé avec l’objet, par conséquent de toute la causalité du moi, qui n’est réunie que par ce point avec le non-moi, les choses considérées en elles-mêmes et comme indépendantes du moi sont en même temps (c’est-à-dire, peuvent être réunies synthétiquement avec un seul et même point) dans l’espace; mais elles ne peuvent être perçues dans le temps que l’une après l’autre, dans une série successive dont chaque terme dépend d’un autre sans que le premier dépende du second. * ' *

Faisons en passant les remarques suivantes :

a. — Il n’y a pour nous de passé qu’autant qu’il est conçu dans le présent. (Pour s’exprimer d’une manière transcendante, ce qui était hier n’est pas. Gela n’est qu’autant que je pense dans le moment présent qu’il était hier. La question : N’y a-t-il donc pas réellement un temps passé? équivaut à celle-ci : Y a-t-il, oui ou non, une chose en soi? 11 y a bien un temps passé si vous en posez un comme passé : vous rejetez cette question : Posez un temps passé ; si vous ne le posez

pas, ne rejetez pas cette question et alors il n’y a pas pour vous de temps passé. Remarque facile à saisir et qui aurait dû conduire depuis long-temps à des représentations exactes touchant l’idéalité du temps.

b. — Mais il y a pour nous nécessairement un passé, car ce n’est qu’à sa condition qu’il y a un présent et ce n’est qu’à la condition d’un présent que la conscience est possible. Répétons en peu de mots la démonstration de la conscience qui devait être donnée dans ce §. — La conscience n’est possible qu’à condition que le moi s’oppose un non-moi; cet acte ne peut se concevoir qu'à condition que le moi dirige son activité idéale sur le non-moi. Cette activité est la sienne et non celle du non-moi, seulement en tant qu’elle est libre, seulement donc en tant qu’elle peut se diriger sur tout autre objet que celui qu’elle choisit. C’est ainsi quelle doit être posée pour qu’une conscience soit possible, et c’est le caractère du moment présent que toute autre perception que celle qui s’y présente puisse y avoir lieu . Cela n’est possible qu’à la condition d’un autre moment dans lequel il ne puisse être posé aucune autre perception que celle qui y est posée, tel est le caractère du moment passé. La conscience est donc nécessairement conscience de la liberté et de l’identité ; de l’identité, parce que tout moment aussi certainement qu’il est un moment, doit se rattacher à un autre. La perception B n’est pas une perception, si une autre perception A du même sujet n’est pas supposée. A peut s’évanouir; mais si maintenant le moi doit passer à la perception C, B doit du moins en être posé comme la condition; et ainsi de suite à rinfini. l)e cette loi dépend l’identité de la conscience pour laquelle nécessairement nous n’a-

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DE LA SCIEIVCE.

vons jamais besoin d'un second moment. Il n’y a pas de premier moment de la conscience, il n’en existe qu’un second.

c. Toutefois, le moment passé et tout moment passé possible peut être élevé à la conscience, représenté, rendu comme chose présente, posé comme s’étant présenté dans le même sujet, si l’on réfléchit qu’en ce moment une autre perception aurait pu avoir lieu. Alors il lui est opposé un autre moment passé à son égard, dans lequel, si une perception déterminée doit être posée dans le dernier, aucune autre ne pouvait avoir lieu que celle qui s’y est présentée. De là vient que nous pouvons toujours retourner aussi loin que nous le voulons, même dans l’inconditionnel et dans l’infini.

d. — Une quantité déterminée d’espace est toujours coexistante au même moment : une quantité de temps est toujours successive; c’est pourquoi nous ne pouvons mesurer l’un que par l’autre : l’espace par le temps que l'on emploie à le parcourir ; le temps par l’espace qu’un corps quelconque se mouvant régulièrement (le soleil, l’aiguille d’une horloge, le pendule) peut parcourir en une certaine quantité de temps.

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