‹ Doctrine de Saint Augustin sur la liberté et la providenceChapitre 6 sur 17 · SAINT ACGOSTIN A-T-IL CONCILIÉ LA LIBERTÉ AVEC LA · texte numérisé non relu

SAINT ACGOSTIN A-T-IL CONCILIÉ LA LIBERTÉ AVEC LA

Saint Augustin ne se dissimule pas les difficultés de la question (i) : on risque y il le sait, en défendant la providence , de paraître supprimer le libre arbitre , et, en défendant le libre arbitre , de méconnaître , par une impiété orgueilleuse, la providence de Dieu ; pour lui, avant d'aborder la question, il est déterminé à ne sacrifier ni la liberté à la providence, ni la providence à la liberté.

(2) Les saintes Écritures , dit-il , nous apprennent que nous sommes libres. C'est qu'en effet , si nous ne Tétions pas, il ne nous servirait de rien d'accomplir les préceptes de Dieu^ et nous ne pourrions prétendre à aucune récompense.

(3) Mais il est à craindre que les témoignages des livres saints en faveur du libre arbitre , et , en dehors des Écritures , le$ autorités nombreuses qui confir-

(1) De grat. et lib. arb. 1,1.

(2) Ibid. II , 2 , 4.

(3) Ibid. IV , 6.

ment cette vérité, soient interprétés tellement que notre volonté semble pouvoir d'elle-même s'adonner à la piété et à la justice, et gagner le ciel sans qu'il reste aucune place pour l'action de Dieu ; et que l'homme, cet être misérable, quand il vit et agit bien , ou plutôt quand il se persuade bien vivre et bien agir, se glorifie en lui^-même , et non en Dieu ; qu'il place en lui-même sa confiance, et n'encoure la malédiction du prophète : (1 ) « Maudit soit l'homme qui se confie en l'homme et qui s'appuie sur la chair, et dont le cœur se retire de l'Éternel.» Aussi l'Écriture ne se se borne pas à le maudire, elle lui indique où il trou* vera cette force qui n'est point en lui. (2) « Aide-moi, ne m'abandonne pas , ne me méprise pas , ô Dieu qui es mon salut.

(3) Ainsi , pour prêcher la providence, nous ne détruisons pas le libre arbitre ; le secours divin, en effet, ne sert qu'à celui qui veut, mais qui veut humblement, et ne s'attribue pas sa justification.

(4) Pour nous aider , Dieu ne fait pas toute notre action, la liberté a sa part. Il n'agit pas en nous comme dans les pierres , comme dans les êtres dépourvus de raison et de volonté; il coopère avec nous à notre salut.

(5) Loin de nier le libre arbitre en annonçant le secours divin, au contraire nous raffermissons, car,

(1) Jerem. XVII 5.

(2) Psalm. XXVn,d.

(3) De nat. et gr. XXXII , 30.

(A) De pecc. mer. 2, V, 6.

(5) De sp. et litt. XXX , 52.

de même que la loi est soutenue par la foi| de même le libre arbitre est soutenu par ce secours. La loi n'est accomplie que par le libre arbitre; mais, par la loi, nous connaissons le péché, par la foi, nous obtenons le secours nécessaire pour le combattre ; et par ce secours Tâme est guérie de la faiblesse que le péché lui com- , munique. Cette santé de Tâme fait donc la santé et la force du libre arbitre.

(i) Il faut, dit saint Augustin, distinguer deux choses, le vouloir et le pouvoir. Celui qui veut ne peut pas toujours, celui qui peut n'a pas toujours la volonté; pour que la puissance agisse, il faut que la volonté précède , et si le pouvoir manque quelquefois , la volonté dépend toujours de nous. (2) Est-il possible de croire si on ne le veut pas, ou de ne pas croire si on le veut ? Et si ces deux propositions sont absurdes , que sera-K^ donc que croire , sinon avouer que ce qu'on nous dit est vrai? Or cet aveu dépend toujours de la volonté. La foi est-elle donc en notre puis$ance?Non,(3) c il n'y a pas de puissance qui ne vienne de Dieu. » C'est donc de lui que nous recevons la foi ; car il ne suffit pas de vouloir la posséder. Mais on ne lit nulle part dans les Écritures : toute volonté vient de Dieu; et l'Écriture a eu raison sur ce point, car autrement Dieu serait l'auteur des péchés qui consistent dans la volonté perverse, indépendamment de son effet, secondée ou non par la puissance. Cette puissance , il l'accorde

(1) De sp. et lut. XXXI, 53.

(3) Ibid. XXXI , 54.

(3) Rom. XHI,i.

soiivenià notre volonté corrompue, il l'accorde comme ' une punition, pour que nous éprouvions plus tard les suites de nos mauvaises œuvres; mais, en donnant la puissance , il n'impose pas la nécessité. Ainsi donc s'il le veut, rkomme croit, et s'il croit , il croit librement.

Yoilà dans quel esprit saint Augustin aborde la conciliation de la liberté et de la providence; lui aussi , il se propose de tenir fortement les deux bouts de la chaîne; mais a-t-il persévéré dans cette sagesse, et malgré ses intentions et ce premier dessein, si bien arrêté, n Vt-il pas fait à Tune de ces deu^; pui^fsanoes une trop large part? harcelé par ses adversaires, a-t-il résisté à l'esprit de réaction, à l'entraînenaent de la controverse? c'est ce que nous devons rechercher. .

(i) Oui, continue-t-il , les uns veulent croire et les autres ne le veulent pas ; mais si les uns veulent, c'est qu'ils y sont disposés par le Seigneur; si les autres jo^ veulent pas, c'est qu'il n'a point ouvert leurs yeux; (2) ceux qui croient entendent au dedans d'eux-mêmes le père qui les enseigne et les persuade; ceux qui. ne croient pas n'entendent pas cette voix et cet enseigne^ ment intérieur , il n'y a pour eux qu'un bruit extérieur qui frappe leurs oreilles.

(3) S'agit-il non plus de croire mais d'accomplir le bien, il intervient encore. Il tourne les volontés qui lui sont contraires, il prépare tellement les cœurs des hommes, qu'ils ne cèdent à aucun obstacle, et sortent

(1) Deprœd. VI,11.

(2) Ibid. Vm , 15.

(3) De don. pers. IX, 22.

totùourd vainqueurs des tentations, (i) Rien n'arrive qu'il fie fasse où qu'il ne permette : notre volonté estelle inclinée au mal, il la redresse et la met dans la voie qu'il lui platt.

(2) Lorsqu'il veut donner un roi à un peuple, il incline dans ce sens les volontés différentes des hommes. Quoi ! pour donner un royaume terrestre à un Saûl , à un David , il pourrait fléchir les volontés humaines, et, pour peupler son] royaume céleste, il ne pourrait pas fléchir les volontés qu'il lui plairait J

(3) Il ne fait pas, comme les hommes qui enseignent, exhortent, menacent, promettent; il agit intérieurement, il opère le vouloir même selon ses conseils insondables. (4) Sans aucun ordre extérieur, par une impulsion seôrète, il prépare, il excite les volontés des hommes à accomplir ce qu'il lui plaît. (5) C'est ainsi, poui* que la promesse faite à Abraham fût accomplie, que la volonté des Gentils a été travaillée par Dieu : il a fliit qu'ils voulussent ce qu'ils auraient pu ne pas vouloir. (6) Il n'est même pas besoiiii qu'il se propose un si grand objet; veut-il simplement donner du bonheur à quelques hommes, infliger à d'autres un châtiment? il incline nos volontés comme il lui convient , du côté qu'il lui plaît, comme il lui platt. (7) Le premier homme n'a pas reçu un tel secours

(1) De don. pers. VI ,12. ^

(3) De prced. XX, 62.

(J) Op. imp. 2 , GLVn.

(A) Ibid. 3,,CLVI.

(5) Ibid. 2 , CLV.

(6) De gr. et lib. arb. XX , Al.

(1) De corrept. et grat. XI , 29.

qui l'empêchât de vouloir jamais le mal ; avec celui qu'il possédait, il pouvait, à la vérité, ne jamais pécher^ mais il fallait qu'il voulût le conserver; sans lui, muni de son libre arbitre , il était impuissant à faire lebien , mais, par ce libre arbitre, il pouvait s'en dépouiller. Ainsi, cet être que Dieu abandonnait à son libre arbitre n'était point cependant dépourvu de secours, car la liberté suffit pour le mal , mais elle est trop faible pour accomplir le bien, si elle n*est secourue par le bien suprême. Yoilà le premier secours qui a été donné au premier homme ; mais l'autre secours , qui à été donné au second homme, est plus puisisant que celui-là. (1) Avec le premier, l'homme est en état de pratiquer la justice s'il le veut, avec le second il veut pratiquer la justice, il veut avec assez de force, il s'aU tache au bien avec assez d'ardeur pour vaincre, par l'autorité de l'esprit, la révolte de la chair. Muni de ce premier secours , il devait être récompensé s'il y persistait, puni s'il tombait; or, il est tombé et il l'a perdu. Désormais, l'action de Dieu devra pénétrer plus avant; elle ne nous donnera pas seulement de pouvoir ce que nous voulons, mais de vouloir ce que nous pouvons... Il y a une grande différence entre pouvoir ne pas pécher et ne pas pouvoir pécher, pouvoir ne pas mourir et ne pas pouvoir mourir , pouvoir ne pas abandonner le bien et ne pas pouvoir l'abandonner ; il y a toute la différence du premier état de l'homme avec le second. (2) Il faut bien distinguer encore entre un secours

(1) De corr. et gr. XI , 32.

(2) Ibid. Xn, 34.

sans lequel une chose ne peut se faire et un secours par le moyen duquel une chose se fait. Ainsi , sans aliments nous ne pouvons vivre, mais les aliments ne font pas vivre celui qui doit mourir. De même, le premier homme a eu cette espèce de secours sans lequel il est impossible de persévérer, mais non ce secours qui fait persévérer effectivement, (i) Eh! ne faut-il pas une plus puissante liberté {tnajot libertas) au milieu dotant et de si grandes tentations qui n'existaient point d'abord? Ne faut-il pas que notre force soit accrue pour vaincre ce monde avec toutes ses séductions, toutes ses erreurs et toutes ses terreurs ?

(2) L'homme était donc né sans péché ; il n'était point travaillé par les mauvais désirs , et alors Dieu pouvait livrer à elle-même une volonté à qui la droiture était si naturelle et si facile; il se bornait à prévoir la faute où cet être devait tomber, sans l'y pousser; de même il prévoyait les bonnes actions qu'il devait accomplir, sans l'y contraindre ; mais maintenant qu'en punition de notre faute nous avons perdu cette liberté considérable, notre faiblesse exige un plus puissant soutien. Dieu a voulu éteindre notre orgueil, et par conséquent il nous a enlevé nos mérites; désormais, c'est lui seul qui opère le bien ,, aûn qu'aucun homme ne se glorifie qu'en lui. S'il eût laissé aux hommes le pouvoir d'accomplir le bien , s'il ne faisait pas en eux jusqu'à leur volonté, cette volonté succomberait au milieu des tentatîons : ou ils n'auraient pas la force de vouloir, oa "^

(1) Decorr. etgr. XII, 35.

(2) Ibkl. XII , 37«

leur volonté n'aurait pas assez de force. II est donc venu à l'aide de notre faiblesse, et il opère en nous par une action inévitable et insurmontable (indedinabUiier ei insuperabiliter).

Cette doctrine n'est-elle pas dangereuse et ne peut* elle pas troubler quelques âme$ ? Saint Augustin s'effraye peu de cette considération.

(i) Disons la vérité^ surtout quand la questioq Texige,, et que ceux qui pourront comprendre comprenneat; autrement, sî nous la cachions à cause de ceux qui sottt incapables de la saisir, ceux qui en sont capables serraient privés d'abord d'une vérité^ et ensuite exposés à une erreur. Il est facile, il est utile même de taire quelquefois une vérité en considération des esprits tardifs, c'est ce que signiliait le Seigneur lorsqu'il disait : « (2) J'ai encore beaucoup de choses àvouadîre^ » mais elles sont trop fortes pour vous ; » c'est aussi la pensée de l'apôtre dans ces paroles : « (3) Aussi , oo^ » frères , je n'ai pu vous parler comme h des homioies » spirituels , mais comme à des personnes qui ^ont » encore charnelles et comme à des enfants en J.-G. } Je ne vous ai nourris que de lait et non de viandes » solides, parce que vous n'en étiez, pas alors capa* » blés, et à présent même vous ne Tètes pas, pairce » que vous êtes encore charnels. »

T Toutefois , on peut dire en quelque façon qu une

même vérité est le lait des Êiibles et la nourriture des forts ; eelle-ci par exemple : « Au commencement était

(1) De don. pers. XV, HO,

(2) Joh.XVI, 12.

(3) iCor.m, 1, 2.

le Verbe , et \e Verbe était en Dieu , et le Verbe était Dieu. » Quel chrétien peut l'ignorer? quel chrétien aussi peut la comprendre? Quelle vérité plus grande que celle-là? Cependant, on la donne aux forts et aux faibles. Mais autre chose est d'avoir dés raisons pour cach^ la vérité ou d'être forcé de la dire. Ces raisons sont nombreuses ; il serait long de les diercher et deles examiner; en voici une pourtant : craignoAs de rendre pires ceux qui ne comprennent pas^ lorsque nous voulons rendre plus savants ceux qui comprennent , si ces derniers doivent, par notre silence , gagner un peu moins de science sans rien perdre de leur foi. Mais si nous avançons iine vérité qui porte tort aux hotaqies inintelligents et quef notre silence porte tort au]i hommes capables de nous comprendre , que faut-il faire? Ne faut-il pas dire plutôt la vérité, afin que celui qui peut comprendre comprenne? En la taisant, n'exposons*nous pas à la fois et celui qui peut et celui qui ne peut pas la saisir? Si tel homme intelligent l'entendait et la saisissait^ il la communiquerait à d'autres: plus il a de dispositions pour apprendre, plus \\ en a pour enseigner. Quoi ! nous craindrions, Ai parlant , de nuire aux esprits faribleâ , et nous ne craindrioiis pas^ eii nous taisant, d^exposer les esprits vigoureux à la séduction de l'erreur !

La doctrine de saint Augustin soulève sans doute des difficultés, lui-même les a parfaitement reconnues ; mai» quand il est incapable de les résoudre, iMnvoque invariablement quelqu'un des principes qui suivei^:

L'intelligence de Dieu est infinie et la nôtre est ^r-

hl

— sellée ; renonçons à pénétrer les abîmes insondables (le sa sagesse.

Puis, que sommes-nous devant Dieu pour oser l'interroger? et de quel droit allons-nous lui demander compte de sa conduite ? N'est-ce pas lui qui vient de nous tirer du néant; lui qui à tout moment nous empêche d'y retomber ? Et si nous ne vivons que par sa permission , n'est-il pas libre de nous placer dans ce inonde où il l'entend, et de disposer de nous suivant des desseins qui nous ont précédés et doivent nous survivre ?

(1) EnlÏD , on a raison de vouloir sauver la justice de Dieu; si on lui enlevait cet attribut, on lui enlèverait sa divinité même; mais il faut bien comprendre cette justice. (2) Autre est celle qu'il pratique, autre celle qu'il impose aux hommes; et ta véritable, c'est celle qu'il se réserve, cari! est sans aucun doute plus juste que sa créature. (3) Autant sa puissance est au-dessus de noire puissance, autant sa justice est au-dessus de notre justice, autant elle en diffère. Pensoos-y et n'allons pas comparer les jugements de Dieu aux jugements des hommes , car Dieu est sans contredit juste, même alors qu'il fait ce qui paraltinjuste aux hommes, même alors qu'un homme en le faisant serait injuste.

Résumons cette exposition tout entière. L'action

de Dieu n'a pas toujours été ce qu'elle est, parce que

l'Iiummu n'a pas été toujours ce que nous le voyons

(i; Op. imp. 3, u.

(D ibia. 3. xn, XXII.

(3) IbJd. 3, XXIV.

aujourd'hui. Dans la première époque l'hôrame possédait uoe pleine liberté, il avait réellement le choix du bien et du mal; muni de la puissance nécessaire pour accomplir la justice, il dépendait de lui de s'en écarter. Les bonnçs œuvres lui coûtaient peu alors : son corps et son esprit formaient un tout harmonieux ; le corps, esclave docile, ne tentait jamais un mouvement sans l'ordre de l'esprit, les mauvais désirs n'étaient pas nés encore, la volonté n'avait pas d'ennemis à combattre ; que devait faire Dieu pour un pareil être? à quoi eût servi son assistance? Je ne vois nulle puissance à dompter, tout vit dans une paix profonde.

Mais survient la tentation, l'orgueil s'éveille, l'homme tombe, et de ce moment l'union régulière de son corps et de son esprit se dissout, notre être se dédouble pour ainsi dire ; désormais notre âme n'aura plus un esclave , mais un compagnon ; le corps est émancipé , il aura ses lois propres , il se mouvra sans attendre le commandement de l'esprit , il résistera même à ce commandement; bien plus, devenu indépendant, il prétendra à son tour asservir son ancien maître : il va le troubler, le harceler, le contraindre d'abdiquer; pour lui, il n'est jamais complètement soumis : réduit en apparence , il trahit sa force par des retours inattendus, et, chaque fois qu'il succombe, il fait pajfer cher sa défaite, et ne laisse à l'esprit qu'un triomphe douloureux.

Dieu restera-t-il donc simple spectateur de ce

combat, contemplant, sans les préparer, ses chances

t-ii la suite des événemenlA et

Tordre de TunUers à notre caprice? Hais en aban* donnant à l'homme cette part considérable dans les aflairM du inonde, lui-même en disparaît. Or^ s'il pouvait 9 sans danger, livrer à elle-même une volonté sage y maintenant qu'elle a perdu son frein et. sa légle , il doit prévenir les désordres que ses excès causeraient kifailliblement. Il commence par frapper; el paralyser la liberté rebelle ; en punition de sa falute , iT lui enlève le pouvoir de faire le bien et ne lui laisse d'efficaciié que pour l'injustice, il lui impose iiji# dure nécessité de pécher.

Mais il s'est proposé ^és le commencement des temps un plan quMl veut réaliser : le monde doit lui fournir ses saints, et leuf nombre est déterminé invar iableffiient; comment doàc s'y prendra-t-il pour atteindre ce but? S'il laissew^l'homme sous le coup de son châtiment, incapable du bien, comment se f(Nrmera cette élite des saints qu'il attend ; et sll le relève de sa condamnation, s'il lui restitue sa liberté ravie,, n'est-il pas à craindre qu'au milieu de tentations phi» fortes et plus nombreuses qu'autrefois, elle ne suecombe encore, et fasse échouer les conseils de la providence ? La difficulté est considérable, et ne pouvait échapper à un esprit comme celui de saint Augustin. Il la tranche hardiment : Dieu, quand il lui plaît, et selon les vues de sa sagesse impénétrable, rend à la volonté l'efficace pour bien agir; mais au Inoment où il lui communique ce pouvoir duj[)ien, il lui enlève le pouvoir du mal, et s'assureifainsi que son intervention ne sera pas vaine.

et qu'il ne sera pas contrarié dans ses desseins.

C'est de cette façon qu'il sauve la providence, mais, il faut le dire, aux dépens de la liberté. Tantôt notre volonté est invinciblement portée au mal, tantôt elle est invinciblement portée au bien ; elle échange servitude contre servitude; elle est également esclave lorsqu'elle est inclinée en haut, et lorsqu'elle est penchée en bas, puisque le poids qui la presse est insurmontable ; et pour lui rendre sa réalité , il faut que par sa propre vertu elle puisse à son gré ou monter ou descendre.

Telle est l'opinion que nous a laissée la lecture de saint Augustin. Peut-être si nous eussions consulté ses interprètes, les nombreux et profonds commentateurs qu'il a suscités, cette opinion se fût-elle modifiée, mais renfermé dans des limitée nécessaires, nous présentons simplement ici le résultat de quelques lectures et de quelques réflexions. Toutefois, on le sait , nous ne sommes pas les premiers qui ayons cru voir dajis saint Augustin la Uberté sacrifiée, et nous ne trouvons dans ses ouvrages que ce qu'y ont déjà trouvé les protestants et les jésuites. Si c'est une erreur, du moins en considérant le nombre et la diversité des hommes qui l'ont commise, on conviendra qu'il isst facile d'y tomber.

Page 1