‹ Doctrine de Saint Augustin sur la liberté et la providenceChapitre 7 sur 17 · DIEU AGIT-IL SUIVANT QUELQUE RÈGLE · texte numérisé non relu

DIEU AGIT-IL SUIVANT QUELQUE RÈGLE

« (i) Je ne veux pas qu'on me suive même alors que y je m'égare. Aussi 9 je compose en ce moment des » livres ou je retouche mes ouvrages anciens, pour » montrer que je ne me suis pas suivi moi-même de » tout point. La miséricorde de Dieu m'a permis de » me perfectionner, mais non de commencer par la » perfection, et je parlerais avec plus d'arrogance que » de vérité si je disais que je suis venu à mon âge sans » traverser aucune erreur. Mais, parmi les erreurs, » les unes sont plus ou moins profondes et sur des » sujets plus ou moins considérables ; et d'ailleurs , )» quelles que soient ces erreurs, il faut faire une » grande différence entre les hommes qui y renoncent » aisément et ceux qui les défendent avec opiniâtreté : » celui qui avance de jour en jour et se perfectionne » est un homme de bonne espérance et mérite moins » un châtiment que le couronnement de ses efforts. »

Nobles paroles où s'est bien peinte la grande âme de

(i) De don. penev.' XXI, 55.

saint Augustin. Pour nous, qui nous proposons d*examiner sa doctrine sur la liberté et la providence ; elles nous rassurent singulièrement : c'est saint Augustin lui-même qui encourage ses lecteurs à ne pas recevoir ses opinions sans un sérieux examen , et , soit qu'on le suive, soit qu'on l'abandonne, c'est toujours à son inspiration qu'on obéit. 11 nous arrivera de le suivre, il nous arrivera de l'abandonner aussi , car l'admiration des grands hommes ne doit pas paralyser l'esprit, mais le féconder. Peut-^tre, mesurant la grandeur de cette tâche , nous reprochera-t-on d'avoir plus d'audace que de force ; mais ont-ils à craindre un pareil reproche ceux qui s'effacent derrière une autorité considérable, subordonnent leurs inventions à uiie réglé supérieure, se résignent et mettent toute leur gloire à •être les interprètes de ce bon sens qtie Bossuet appelait si justement le maître de la vie humaine. Lor^ dohô que nous entreprenons d'apprécier saint Augustin, èA réalité ce n'est pas nous qui sommes en cause; nous lui suscitons un adversaire digne de lui : au génie, nôtià opposons la raison .

Nous allons d'abord traiter de Dieu , cbehcher s'il n'y a pas quelque régie qu'il suive invariablement dans fous ses actes. S'il en existait Une et que nous pussioàs Ja connaître , nous la consulterions souvent , et elte libus servirait de guide à travers les difficultés de notre •question.

Mais cette découverte est difficile et elle ne saurait Avoir d'auti^ valeur que la valeur même des procédés par lesquels nous y serons parvenus. Établissons donc,

a^anl toutes choses, notre méthode pour déterminer les attributs de Dieu. ^

SECTION I

Page 1