‹ Doctrine de Saint Augustin sur la liberté et la providenceChapitre 9 sur 17 · RÉSULTATS · texte numérisé non relu

RÉSULTATS

Notre méthode et l'esprit dans lequel nous remploie^ rons étant arrêtés , il nous reste à l'appliquer à la question spéciale de la liberté et de la providence , et à nous demander s'il n'existe pas quelque règle certaine à laquelle Dieu conforme sa conduite, et qui puisse nous en donner le secret.

Or, il est un moyen très-simple de le vérifier, c'est

d'examiner ce que deviennent nos diverses facultés, ce que devient la vie humaine si on y laisse dominer le caprice à la place de la raison; nous devrons ensuite conclure de la substance spirituelle imparfaite qui tombe sous notre observation , à la substance spirituelle parfaite que nous ne pouvons connaître qu'indirectement ; et nous nous garderons d'attribuer à Dieu toute qualité qui ne saurait se trouver dans l'hQmme sans le dégrader.

Et d'abord que devient notre intelligence lorsqu'elle est livrée à l'arbitraire? L*bomme de génie est-il celui qui crée 9 brise, renouvelle incessamment les rapports des choses^ ou bien est-ce celui qui se met à la recherche de la vérité, sachant iqu'il peut la trouver, mais non pas la faire; ce\m qui ne veut rien mettre du sien dans la science, satisfait seulement alors que sous le coup delà nécessité il ne peut que s incliner et se soumettre? Supposons un homme qui , pour connaître le monde des corps et des esprits, ne veut pas constater rigoureusement les réalités qui s'y trouvent, les phénomènes qui s'y passent, mais, laissant son imagination libre, place dans ce monde les êtres qu'elle crée, les phénomènes qu'elle invente ; puis , après avoir considéré quelque temps ce monde qui sort de son cerveau, s'en fatigue et le détruit; de la même manière crée encore une nature différente , également pleine d'existences et d'actions chimériques, jusqu'à ce qu'il se dégoûte de ce spectacle, et recommence un nouveau travail qui aura le même sort. A côté de cet homme, dont l'esprit n'a rien qui le gouverne, et qui, au lieu d'o-

béir à lai nature, veut lui commander, au lie» â'examiner ce qu'elle est ^ Veut la foire à sa façon, placez-en un autre dont Tintelligence est réglée; il se met en face de la nature pour la connaître , il l'interroge , il

écrit sous sa dictée, comme dit Bacon ^ il comprime son imagination et la surveille continuellement de peur qu'elle n'introdirise quelques traits fictife dans ce tableau ; plus d'êtres ,. plus de classes , plus de lois arbitraires; partout une observation longue, scrupuleuse, partout des règles sévères pour empêcher l'esprit de s'égarer. C'est pour observer et induire , ie tiovum oryontim de Bacon ; pour déduire, les analy tiquer d*Aristote. De ces. deux esprits quel est le plus grand? La réponse est facile, elle est faite depuis longues années. Cherchez quels sont les hommes que l'humanité vé^ nère et reconnaît comme ses chefs ; que sont dans la sciencedu monde intérieur, Platon, Aristote» Descartes,. Leibnitz, Kant , et dans la science du monde externe, Kepler, Newtcm, Guvier? Certes le savant véritable , l'homme de génie n'est pas l'esprit le plus fertile en. conceptions bizarres ; mais eelui qui est entré pli^ avant dans les conseils éternels de Dieu. Ainsi l'inteK ligence sans règle s'affaiblit ; soumise à la discipline , elle se fortifie et se relève.

De même ^ croyons-nous ennoblir notre sensibilité en repoussant les séductions naturelles des objets, en détachant notre amour de ce qui est beau et grand pour l'attacher capricieusement à ce qui est laid et méprisable? S'il en est ainsi, nous nous sommes dégradés, nous tous qui avons admiré et les spectacles de la na-

tare et les chefs-d'œuvre de Tesprit et les actions des héros, et Platon s'est trompé quand il a dit que Tamour de la beauté suprême et immuable fait éclore les ailes qui nous enlèvent au-dessus de ce inonde dans le séjour de Dieu. Oui, pour purifier notre sensibilité, il faut t'affranchir; mais Taffranchir ce n'est pas lui enlever toute règle, c'est la défendre de Tattrait des choses, passagères qui tendent à détourner son mouvement pn^re, à retenir et à enchaîner dans un monde de misères cet essor qui la porte vers les régions pures et se- 9ekoes où réside le bien qui ne change pas. Voici un homme qui ne veut se laisser captiver par aucun objet , et qui se transporte de l'un à l'autre, donnant successivement et retirant son amour pour se prouver à luimême qu'il dispose véritablement de lui } maintenant il s'attache avec enthousiasme à la beauté véritable; quelques instants encore, il la délaissera pour la beauté mensongère, et dans ce nouveau choix il apportera la même passion; aujourd'hui il cherche, il appelle la vérité de tous ses vœux ; bientôt il apportera dans la propagation de l'erreur ce même z.èle et cette même fougue. Eh bien! s'il est un autre homme qui reconmiisse les choses auxquelles Dieu lui commande de s'attacher, et s'y tienne invariablement, un Raphaël, un Racine, un Socrate, pour qui devra-t-on se prononcer? Est-ce fô caprice qui donne à nos instincts leur véritable grandeur ?

ftefin, affranchissona l'homme de la loi impérieuse du devoir, l'aurons-noi;^ émancipé? Devons-nous pren-^

dre pour modèle celui qui , dans ses déterminations,

ne suit aucune règle , ou bien celui qui ne se décide jamais sans consulter la raison ? Le premier, de peur de paraître dominé par une force supérieure, agit irrégulièrement; à peine entré dans une voie, il la quitte aussitôt, et il n'a la conscience de son indépendance que dans ces mouvements désordonnés qui accusent l'absence de toute loi. Le second, au contraire, tient invariablement la même ligne de conduite, il est constant dans ses desseins , tend toujours au même but , au but que lui indique et que lui ordonne d'atteindre la morale» Est-ce donc cette mobilité que ma volonté doit acquérir ? Mais quoi ! je me rappelle un temps où le joug de la raison m'était encore inconnu ; esl-ce à cette époque qu'il me faut revenir? est-ce là l'idéal qu'on me propose, et en quittant l'enfance n'ai^je fait qu'échanger ma liberté contre la raison? Tout au contraire, l'enfant est réduit à être le témoin de ce qui se passe en lui, et souvent sans lui , de la vie que lui font ses instincts et ses passions; enfin, apparaît la raison; de ce moment la vraie liberté est née, et toutes deux se suivent désormais dans leurs vitissitudes d'énergie et de défaillance. Prétendre qu'elles sont exclusives l'unedeFautre, c'est prétendre que la raison, mère de la liberté , ne l'a produite que pour l'étouffer. Ayons plus de confiance dans le créateur : nulle contradiction n'a pu sortir de ses mains ; la loi morale commande, mais ne contraint pas; la liberté obéit, mais n'est pas esclave. Toute notre grandeur est en abaissement volontaire. La dignité de la vie humaine s'évanouit dans le caprice et la folie ^ et son idéal est la

sainteté, état sublime où , dans le silence des passions, la Yoix de la raison se fait pleinement entendre, eloù notre \olotité, enfin disciplinée, ne connaît plus les pénibles combats, et les échecs que suit le repentir , et les victoires qui déchirent les entrailles. La fantaisie avec sa mobilité sans relâche, qui se prend à tout, qui se déploie dans tous les sens, ne constitue pas la personnalité humaine; loin de là, elle la détruit. L'être se dissipe dans cette expansion vague et indéfinie ; pour qu'il se détermine et prenne une forme, il faut qu'il se heurte contre un obstacle ; or, cet obstacle , il le trouve dans toutes les directigns où il se porte, car le vrai , le beau , |e bien , que sont-ils autre chose? Non ; connaître le vrai, aimer le beau, pratiquer le bien n'est point de l'esclavage, c'est l'élat le plus parfait d'un être qui, intelligent, sensible et libre, se met spontanément en harmonie avec la vérité absolue , la souveraine beauté et l'éternelle justice.

Voilà ce que sont nos facultés, selon qu'on y laisse dominer la raison ou l'arbitraire. Fidèle à notre méthode, je n'irai donc pas follement, après avoir banni le caprice de la vie humaine, le faire régner dans le ciel. Si dans une âme bien ordonnée la volonté cède à la raison, cet ordre ne saurait se changer dans l'intervalle qui nous sépare de Dieu. Dieu sans doute peut tout ce qu'il veut , mais il ne veut que le bien ; en lui, la puissance ne fait jamais défaut à la volonté, mais cette volonté suit toujours la raison. C'est donc la justice et non le bon plaisir qui régit ce monde, et dans le gouvernement des êtres il y a des règles que

prescrit la sagesse et que Dieu observe invariablement.

Mais ici une grave objection, se présente : esl-oe assez de démontrer que Dieu, dans sa conduite, seooa-^ forme à la raison , et qu'avons-nous gagné à établir unepareille assertion, si cette raison nous est inconnue?

Il est, il est vrai, des principes que nous appelons nécessaires et universels, que nous faisons résider de toute éternité dans F intelligence divine et déclarons inviolables pour Dieu comme pour nous; mais des philosophes nous contestent ce droit : selon eux, oes principes mêmes dépendent de la volonté de l'être souverain : par son libre choix , il les a imposés à rhutna^ nilé et peut les retirer; il lui est facile de briser un rapport qu'il a arbitrairement établi ; roi absolu eu monde il a décrété, dès le commencement, certaines vérités qui en seraient les lois; de même qu'il a été dans sa puissance de les porter, il est aussi dans sa puissance de les abroger un jour. Si tout ce qui commence commence par une cause, si la matière est incapable de penser, s'il existe des vérités géométriques^ c'est à la condition d'un fiai de l'être tout-puissant, il les a eréées comme il a créé la lumière; si cesvérités qui s'imposent à nous avec une autorité absolue s'imposaient également à lui , il serait inférieure quelque chose, il y aurait un obstacle contre lequel sa puissance échouerait , il serait imparfait , par conséquent, il ne mériterait plus le nom de Dieu.

Telle est l'opinion de Duns Scot^ d'aubres, comme saint Augustin, reconnaissent certains principes nécessaires et éternels, admettent que Dieu s'y confiorme,

mais îts nient que ces principes nous apparaiissent,, et établissent, comme noas l'avons vu, mie justice céleste supérieure et souvent contraire à la justice des hommes. Qu'on soit avec Duns Scot ou avec saint Augustin , on arrive toujours au même résultat , on ébranle également notre confiance daas les données de la raison humaine. Or, cette doctrine est, dans l'apparence, religieuse, et semble plaeer tràs^haut l'être suprême, mais il faut l'examiner plus profoodément etchercher si elle ne renfermerait pas des conséquences danger eiises.

Si les principes de la raison ne sont pas vraiment nécessaires et universels, s'ils ne le sont que par rapport à nous , s'ils ne tirent pas leur force d'euxmêmes , mais de notre faiiblesse , au moins iaut-il e^q^iquer cette erreur du genre humain qui s'obstine à leur donner un titre immérité. Un pUlosopbe peut^ sans que sa raison réclame trop vivement , placer ces principes sous la dépendance de Dieu : l'esprit de système séduit et éblouit; mais ces vérités ne sont pas du domaine de la pUiosophie : la philosophie, qui en recherche les caractères et la nature , les emprunte d'ailleurs, elle les puise à la source commune, d'où elles se répandent sur toute Thumanité. Or, le sens commun , malgré les décisions de quelques philosophes, persiste à croire que ces principes sont réellement nécessaires et universels ; il persiste à les regarder comme des émanations , des rayons de la raison divine, et, contre une puissance illimitée, il leur donne la sauve garde d'une sagesse également

infinie. Si telle est notre nature et s'il est impossible au genre humain, dans sa constitution présente, de supposer un seul de ces rapports altérés ou détruits, comment prétendre qu'ils ne sont pas invincibles à la toute-puissance, que leur nécessité est une pure illusion de notre intelligence bornée , et qu'arbitraires à leur origine, ils imitent, quand ils arrivent jusqu'à nous, la consistance et l'immutabilité? Il y aurait donc deux sagesses : l'une la sagesse humaine, quin'a pour elle que la confiance , l'autre la sagesse divine, qui se réserve la vérité. Mais si notre science est ainsi dérisoire , si notre nature corrompt la vérité, qui donc a fait cette nature et nous a condamnés à cette science menteuse? N'est-ce pas Dieu lui-même? Il a donc voulu que nous fussions trompés, que notre vie fût une déception continue et inévitable, car il en a placé la source dans notre constitution même, qu'il nous est impossible de dépouiller ; c'est lui qui est la véritable cause de notre erreur, non point accidentellement mais par des moyens sûrs, par une prévoyance infaillible. Or, quelle différence y a-t-il entre lui et ce malin génie , aussi rusé que trompeur, que Descartes évoquait pour consommer son doute? Estce là , je le demande , le Dieu que reconnaît et adore l'humanité?

Ce n'est pas seulement sa véracité qui est compromise 9 c'est sa sagesse même. Admettons que ces philosophes disent vrai ^ et qu'ils viennent détromper Le genre humain abusé, que faudra-t-il penser d'un Dieu qui, en nous trompant , n'a pas su nous cacher le

mensonge; qui , en plaçant dans notre nature ie foyer des illusions, n'a pas empêché qu'un homme se mit en dehors et au-dessus de cette nature, qu'ii découvrit et proclamât l'erreur , et que l'intelligence parvenant à ta vérité réelle pût la confronter ensuite avec les apparences ; que penser d'un Dieu qui a permis que l'homme devint le théâtre d'une lutte monstrueuse de la raison contre elle-même, du sens commun contre la réflexion , lutte interminable dont les principes sont dans le plus profond de notre être ; d'un Dieu qui permet, qui veut que TinteUigence découvre la vérité et proteste contre elle , affirme et nie en même temps et se dévore elle-même ?

Nouvelle contradiction : nous avons un instinct qui nous pousse à connaître, et cet instinct est ratifié et consacré par la loi morale. A l'exemple de Platon et de tous les grands philosophes ^ nous voulons négliger ce qui passe et remplir notre intelligence de vérités nécessaires, nous mettre en communication avec la raison divine par ces principes qui en découlent, nous préparer à connaître Dieu après notre mort, à soutenir le spectade de ses infinies perfections; l'homme peut se distraire et se complaire pour un temps dans l'observation des faits ; pour un temps aussi , il peut s'arrêter dans les lois générales du monde, mais, ni cette étude des faits, ni cette découverte des lois générales ti'q>uisent sa force et le mouvement qui le porte jusqu'à la science de l'absolu. C'est en considérant <^t instinct et ce devoir^ la misère des âmes qui s'occupent des choses et des intérêts d'un jour, et la

grafiicleor de ces âmes d'éltte qui poursuivent assidumeni les principes universels à travers les phénomènes du monde , et tendent de tous leurs efiforts vers Dieu , terme unique des aspirations de lew cœur et des m«) quiétudes de teur intelligence, que Spinosa, séduit par une erreur magnifique > a pu dire que notre exis« tence future esl dans nos^ mains » qu'il dépend de noua de donner à notre âme de ia durée, qu'il nous suffît de Ift remplir de principes éternels, et que ces principes lui communiqueront leur immorlalité. Hé bi^n ! A toute vérité , soi^isant éternelle , a eu un commencement, et peut avoir une fin » où donc Dieu aurait-il ménagé à l'esprit le repos qu'il lui promet ? Aj^èa^une longue route vers ces. objets qui auparavant noua sem-^ étaient fixes et immohiles , s'il iiaus eat donné un jour de les toudierH^ noms n'oserons nous j appuyer de peur qu'une volonté soudaine et irrésistible ne les déracina ^i ne left emporte :^Qsi nos instincts et notre raison nous, trômpeni, et Bieu est trouvé infidèle dans ses promesses.

C'est ici qu'on peut ju{^r aisément par ses résultats la valeur de cette doctrine; ils sont immédiats et indu^ bitables : annoncez aux hcmimes qu'il n'y a: pas de vé^ rites éternelles, immuables , en vain la loi morale leur commandera de reeberclier ces vérités , ils restaront dans l'inertie. Or, une doctrine qui tue l'activité bu* maine est)ugée : la vérité ne peut pas nous être enne^ •mie; précieux aliment de nos âmes^ elle ne saurait i t^e point les corrompre et attaquer dans sa source le principe qui les .meut et les^mi me.

Mais toici une eonséquence frapf^nte et qui met à nu la Ërttsseté de cette opinion. On veut que Dieu ait fait et puisse défaire à son gré les principes dont notre raison se compose : Y pense-t'K)n bien ? Ce Dieu à qui Ton donne une telle puissance , qui donc nous assure qu'il existe? Sûrqu^le autorité croyons-nous qu'il est, et avec le cortège de ses qualités infinies ? Au nom de quoi TappeloDs-nous l'être nécessaire, et déclarons^ nous qu'il est impossible de le supposer un seul instant anéanti? La r^[>onseest facile. Je crois à Dieu, créa-* leur de l'homnoe et de la nature, substance infinie, douée d'attributs parfaits , cause de ces effets finis et imparfaits que je contemple. Supposez que le principe de causalité me manque, que mon ent^idement ne floe fournisse pas cet axiome : tout ce qui commeoee connnence par une cause ; dés lors Thomme et le monde M mffisent à mes yeux ; et je n'irai rien chercher en 4ehcH% d'mix pour les expliquer. Supposez encore que je ne porte pas en moi cet autre principe : tout phéno* mène suppose une substance; en vain je serai forcé de recourir À une cause qui ait produit et l'esprit et les eorps; cette cause demeurera dans le va^ue , dépourvue de substance, c'est-à-dire de réalité. Supposez eneore que je ne possède pas cet autre principe : l'im*^ parfait suppose le partit; j'aurai beau trouver une <a^ttse substantielle de l'univers, cette cause sera toujours imparfaite, finie, et demandera^ pour l'expliquer, une cause nouvelle, qui aura besoin d'explieatioii à son tour, et ainsi de suite sans pouvoir s'arrêter. Eh bien! dans la doctrine proposée , on nous laisse, il est

vrai , la connaissance de ces principes-, mais on change leur nature ; ils ne sotit plus nécessaires et universels, et leur certitude est ébranlée. Or, td est le principe, telle «st la conséquence : d'un principe certain, par un raisonnement légitime, on tire une vérité certaine; mais d'un principe douteux, par un raisonnement légitime, on ne tirera jamais qu'une vérité douteuse comme lui. On détruit donc du même coup la nécessité de Dieu ; Tesprit poussé par la logique ne se contentera pas de dire que les vérités prétendues éter-* nelles dépendent de Dieu; voyant clairement que l'existence de Dieu dépend, à notre égard, de l'existence de ces vérités, il ira jusqu'au bout et déclarera que Dieu est également problématique,, qu'il n'tôt pas impossible, il est vrai, mais qu'une affirmation absolue de son existence nous est interdite à tout jamais. Ainsi voyez jusqu'où nous mène une erreur dans la détermination des attributs de Dieu, un défaut d'équilibre entre ses perfections : on croit être religieux en exaltant outre mesure la puissance divine , en soumettant à cette puissance , non-seulement l'homme variable et passager^ mais tout ce qui est dans l'homme, jusqu'à cette raison, qui n'est pas lui , mais apparaît seulement en lui : au premier abord cette assertion semble nous mettr'e à notre véritable place , infiniment loin au-dessous de Dieu ; mais avec de la réflexion, en poussant cette doctrine à ses vraies et dernières conséquences, elle donne précisément le contraire de ce qu'elle promettait : pour affermir la puissance de Dieu, elle ébranle son existence , la relègue au rang des hypo-

thèses, et justifie l'athéisme dans cet univers qui est plein de Dieu. Mais personne ne peut se tenir dans l'athéisme , ceux-là surtout qui ont péché en exagérant la puissance divine : si donc arrivés à ce point ils ne trouvent plus aucun être qui ait la force de détruire ces vérités , elles reparaissent avec leur caractère réel^ •et le ramènent aux pieds d'un Dieu tout-puissant encore, mais parfaitement sage, dans lequel la puissance «t la raison ne se combattent plus y mais marchent de front dans une harmonie complète et indestructible.

En résumé , les actions de Dieu sont toujours conformes à la raison , et cette raison qu'il observe est la même qui s'impose irrésistiblement à chacun de nous. Il est donc possible,- il est permis de découvrir quelque chose des desseins de Dieu : il n'a pas voulu seulement que nous fussiQUS soumis à sa Providence , il nous a donné encore les moyens de la pénétrer et de là juger.

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