‹ Doctrine et traitement homoeopathique des maladies chroniques (volume 4)Chapitre 10 sur 211 · DOCTRINE TS · texte numérisé non relu

DOCTRINE TS

la thérapeutique du nombre infiniment plus considérable des maladies chroniques variées à l'infini qui tirent leur origine de la gale.

De la Sycose,

Il sera donc question en premier lieu de la sycose, comme étant le miasme qui engendre le moins de maladies chroniques, et celui qui n’a de suites que de temps en temps. Gétte maladie des fics a été fort répandue pendant Îes dernières guerres, depuis 1809 jusqu’à 1814; mais, à dater de cette dernière époque, elle est devenue toujours de plus en plus rare. Comme on la croyait de même nature que la maladie vénérienne chancreuse, on l’a presque toujours traitée sans succés, et d’une maniere capable seulement de nuire au malade, par des préparations mercurielles données à l'intérieur. Quant aux excroissances des parties génitales, endroit où la maladie a coutume de se manifester d’abord, excrois- . sances qui; plusieurs jours ou même plusieurs semaines après l'infection par le coit, surviennent accompagnées généralement, mais non toujours, de l'écoulement d'une sorte de gonorrhée par l’urètre, sont rarement sèches et en forme de verrues, plus souvent molles, spongieuses, imbibées d’un liquide fétide, saignantes à la moindre cause, et semblables à des crêtes de coq ou à des choufleurs, et pullulent, chez l’homme, sur le gland, ainsi qu'à la surface et au-dessous du prépuce, chez la femme, aux alentours dela vulve, puis à la vulve elle-même tuméfiée, souvent en trés-grand nombre; on ne les a jamais attaquées que par le traitement externe le plus violent,

ta la cautérisation, l’ustion, l’excision ou la liga- % sl

# hr #

ae Lau ” Le * . LEA *

ture. Le résultat immédiat et naturel de cette méthode était ordinairement qu’elles reparaissaient au bout de quelque temps, et qu’alors on les soumettait vainement à un nouveau traitement non moins cruel et douloureux, ou que, quand on parvenait ainsi à les détruire, la sycose, privée du symptôme local qui tenait lieu de l'affection interne, se manifestait d’une autre manière plus fâcheuse, par des maux secon- daires, les moyens de destruction extérieurs employés contre les excroissances et le mercure administré intérieurement contre une maladie à laquelle il n’était point approprié, n'étant point capables de diminuer en rien le miasme sycosique, dont l’organisme entier se trouvait comme imprégné. Non seulement le mercure, ici toujours nuisible, qu'on donnait en général à très-fortes doses et sous la forme des préparations les plus âcres, détériorait la santé générale, mais encore on voyait survenir ensuite tantôt des excroissances analogues sur d’autres points du corps, tantôt des élévations spongieuses, blanchâtres, sensibles et plates, dans la bouche, sur la langue, au palais, aux lèvres, tantôt de gros tubercules saillans et bruns dans les aisselles, au col, au cuir chevelu, etc. ; ou bien il se manifestait d’autres affections, parmi lesquelles je ne citerai ici que le raccourcissement des tendons des musclesfléchisseurs, notamment de ceux des doigts.

Mais la gonorrhée dépendante du miasme sycosique (1) et les excroissances dont il est la source,

sé éiiiiaienrent en à on mans ir

(1) Le miasme des autres gonorrhées ordinaires paraît ne point pénétrer l’organisme entier, et ne faire qu'irriter localement les

re on

194 DOCTRINE HOMOEOPATHIQUE,

c'est-à-dire la sycose entière, sont guéries de la manière la plus certaine et la plus radicale par l'usage intérieur du suc de thuya, homæopathique en pareil cas (1). Il suffit de donner ce suc à la dose de quelques globules de sucre gros comme des graines de pavot et imbibés d’une solution au décillionième, avec laquelle, au bout de vingt, trente ou quarante jours, on fait alterner une dose tout aussi faible d’acide nitrique étendu au billionième, qu'on doit laisser agir pendant un même laps de temps, pour obtenir la guérison parfaite de l'écoulement et des excrois-

sances, c’est-à-dire de la sycose entière, sans qu'il

soit nécessaire de rien appliquer à l'extérieur, sinon dans les cas les plus invétérés et les plus graves, où il convient de toucher une fois par jour les plus gros fics avec le suc entier des feuilles vertes de thuya, étendu de parties égales d’alcool.

Cependant si le malade était atteint simultanément d’autres affections chroniques, comme il arrive souvent après des méthodes curatives aussi violentes que celles auxquelles les médecins ordinaires ont recours

organes urinaires. Ces gonorrhées cèdent , soit à une dose d’une goutte de suc frais de persil, lorsque la fréquence des envies d’uriner en indique l’emploi, soit à une petite dose de baume de Copahu dissous dans l'alcool (qui ne dissout qu’une faible quantité de cette substance). On donne alors une goutte environ de la teinture , lorsque l’inflammation des organes urinaires n’est pas. considérable , ou qu’un autre traitement violent administré par des médecins n’a point fait développer la gale endormie dans le corps du malade, cas dans lequel, comme on le voit fréquemment, il reste une gonorrhée consécutive, souvent fort opiniâtre, qui ne peut étréiguérie que par un traitementantipsorique. (1) Voyez ma Matière médicale pure (en allemand) , t. v.

TRAITEMENT DES MALADIES CHRONIQUES. 139 contre les fics , on trouve souvent la sycose compliquée d'une gale développée (1), lorsque, ainsi qu’il arrive fréquemment, celte dernière existait déjà auparavant à l'état latent, ou bien même encore d’une syphilis, quand le malade a été préalablement mal traité d’une affection vénérienne chancreuse, En pareil cas il est nécessaire d'attaquer d’abord la maladie la plus fâcheuse, c’est-à-dire la gale, par les médicamens Mr ues spécifiques dont l’énumération sera donnée pl us bas, et ensuite de mettre en usage les moyens mer contre la sycose, avant reines la dose convenable de Ïa préparation mercurieHe qui, comme on le verra bientôt, convient Je mieux contre la syphilis. Après avoir agi ainsi, on recommence le même traitement, s'il est nécessaire, en faisant alterner les trois méthodes jusqu’à parfaite guérison. Seulement il faut laisser à chacune des trois sortes de médicamens le temps d accomplir son aCtion.

En ayant recours à cette méthode certaine contre la sycose, on n’a besoin d'appliquer aucun topique sur les excroissances ; on se contente de les couvrir avec de la charpie sèche, lorsqu'elles fournissent un suintement. |

(1) On ne la rencontre presque jamais à l’état développé, c’est-à-dire susceptible de se compliquer avec d’autres miasmes, chez les jeunes gens qui viennent d’être infectés de la sycose, sans avoir subi auparavant un traitement mercuriel ordinaire, qui ne peut jamais avoir lieu sans porter une atteinte graye à la constitution , et dont l'influence pernicieuse sur l’économie entière fait sortir . gale de son sommeil profond , lorsqu'elle existait déjà , comme il arrive souvent , dans l’intérieur du corps.

» | 136 | DOCTRINE HOMOEOPATHIQUE.

De la Syphilis.

Le second miasme chronique, bien plus répandu que la sycose, et qui depuis près de trois siècles et demi alimente beaucoup d’autres affections chroniques, est la r2aladie vénérienne proprement dite, ou la maladie chancreuse (syphilis). La guérison de cette affection n’offre cependant dedifficulté que dans le cas où elle est déjà compliquée avec une gale fort développée. On la trouve rarement compliquée avec la sycose, mais alors elle l'est ordinairement aussi avec la gale.

Dans Île traitement de la maladie vénérienne il faut distinguer trois états : 1° lorsque la maladie n'existe encore qu'avec son symptôme local propre, le chancre, ou, après la suppression de ce dernier, avec l’autre symptôme local tenant lieu de l'affection interne, le bubon ou poulain ; 20 quand elle est seule à la vérité, c'est-à-dire non encore compliquée avec un second ou troisième miasme chronique, mais privée de son symptôme local, le chancre ou le bubon; 3° quand elle est compliquée d’une gale développée, soit que le symptôme local existe encore, soit qu'il ait été détruit.

Le chancre survient ordinairement du septième au quatorzième jour après un coit impur, rarement plus tôt ou plus tard. Il apparaît la plupart du temps au membre qui a été infecté par le miasme. D'abord il se manifeste sous la forme d’une petite vésicule; celle-ci “dégénère en un ulcere sordide à bords élevés, causant des élancemens, et qui, lorsqu'on ne le guérit pas, reste pendant toute la vie fixé à la même place, s'accroissant seulement d'année en année, sans que

les symptômes secondaires de la maladie vénérienne, de Ja syphilis, puissent éclater. | Pour porter secours au malade, le médecin vul- . gaire détruit ce chancre par des applications mordicantes, cathérétiques, dessiccatives, parce qu’il le regarde, à tort, comme un ulcère produit d’une manière purement locale par l'infection locale ellemême, en un mot comme un simple symptôme local, s'imaginant, non moins à tort, qu’à l’époque de son apparition rien n'autorise encore à admettre l'existence d’une maladie vénérienne intérieure. Il conclut de ces prémisses fausses, qu’en détruisant localement le chancre , tout mal vénérien se trouve écarté du malade, et coupé en quelque sorte par la racine, pourvu qu'on ne laisse pas lulcère subsister trop .long-temps, et que les vaisseaux absorbans n'aient point le temps de charrier le poison dans l'intérieur de l’organisme, de produire ainsi une infection vénérienne générale. Il ignore que l'infection vénérienne du corps entier a commencé dès le premier moment du coit impur, et qu’elle était accomplie avant même apparition du chancre. Dans son aveuglement il anéantit localement le symptôme extérieur que la bonne nature destinaità réduire au silence la grande maladie vénérienne intérieure. Il oblige ainsi l'organisme à remplacer ce symptôme par un autre bien plus douloureux, par un bubon, qui marche rapidement vers la suppuration, et lorsque son art pernicieux réussit encore, comme c’est l'ordinaire, à faire * disparaitre ce nouvel accident, la nature n'a plus d'autre ressource que de déployer la maladie intérieure sous la forme d’affections secondaires bien au- trement ficheuses, que de faire éclater toute la syphi-

3 | 138 DOCTRINE HOMOEOPATHIQUE:

lis chronique; ce qu'elle fait avec lenteur, quelquefois seulement dans l’espace de plusieurs mois, mais d’une manière certaine et infaillible. Ainsi le médecin vulgaire nuit au malade, bien loin de le servir.

Jean Hunter dit qu'il n’y a pas un malade sur quinze qui échappe à la syphilis quand on ne détruit le chancre que d’une manière locale; et, dans un autre endroit de son livre, il assure que l'apparition de la syphilis est le résultat cozstant de la destruction locale du chancre, même lorsqu'elle a lieu aussi promptement que possible, et dès le jour même de l'apparition de lulcère.

Fabre assure, non moins positivement, que la syphilis succède constamment à Yanéantissement local du chancre. | 9}

Comment, après tous ces faits, après tous ces témoignages, les médecins peuvent-ils encore refuser de voir et d'entendre la vérité? Comment ont-ils pu ne pas reconnaitre que la maladie vénérienne entière (la syphilis) est déjà complètement développée dans l’intérieur du corps avant que le chancre puisse apparaitre , que c'est une faute impardonnable de s’exposer infailliblement à favoriser la manifestation de la syphilis déjà existante, en détruisant le chancre par des moyens externes, et de laisser échapper l’occasion de la guérir facilement et sûrement, tandis que lulcère existe encore, par l’emploi du spécifique intérieur? La maladie n'est point guérie tant que le chancre ne guérit pas de lui-même par l’action du remede interne, mais elle l'est complé- * tement dès que le remède seul, sans concours d’aucun pique a fait disparaitre le chancre et effacé jusqu'aux moindres traces de sa présence. PEN

Je n'ai jamais vu, dans ma longue pratique, la syphilis éclater le moins du monde lors même que le chancre, qui ne disparait jamais de lui-même, restait en place pendant plusieurs années, sans qu’on y touchât, et que, comme on le conçoit aisément, il avait fait des progres considérables, par suite de laccroissement de la maladie vénérienne interne, ainsi qu’il arrive à tout miasme chronique quelconque abandonné à lui-même:

Mais à quelque époque qu’on soit assez mal avisé pour détruire le symptôme local qui tient lieu de la maladie interne, l'organisme est prêt à faire éclater cette dernière sous la forme de syphilis, puisque la maladie vénérienne générale existe déjà dans l’intérieur du corps depuis le moment même de l'infection.

En effet, dés que par suite d'un coït impur le miasme syphilitique s’est trouvé imprégné dans la partie sur laquelle il a frotté, dès ce moment même il n’est plus local, et le système nerveux entier, tout le corps vivant a déjà perçu sa présence; le miasme est déjà devenu la propriété de l'organisme entier. On a beau s’essuyer et se laver même sur-le-champ, avec quelque liqueur que ce soit, et même, comme nous l'avons vu, on a beau exciser la partie, ilest trop tard, toutestinutile.Ilestvraiqu’alorsonneremarque, pendant les premiers jours, aucun changement morbide dans la partie qui a été infectée. Mais, à partir du premier moment de l'infection, le changement vénérien spécifique s'accomplit sans interruption dans l'intérieur du corps, jusqu'à ce que da syphilis se soit complètement développée dans l'organisme entier. Alors seulement, et point avant, la nature, chargée du mal interne, provoque le symptôme local

je:

140 DOCTRINE HOMOEOPATHIQUE.

propre à cette maladie, le chancre, et fait naître, ordinairement sur le point qui a été infecté d’abord, cet ulcère qu’elle destine à réduire laffection intérieure au silence.

Voilà pourquoi la guérison de la maladie vénérienne n’est jamais plus facile et plus prompte que quand le chancre ou le bubon n'a point été supprimé localement, que quand il existe encore sans changement, comme symptôme tenant lieu de la syphilis intérieure; car, dans cet état de choses, et surtout lorsqu'il n’y a point de complication avec la gale, on peut dire avec raison, et en s'appuyant sur une longue expérience, que r7ul miasme chronique, nul mal chronique provenant d’un miasme n’est plus curable et plus facile à guérir que celui-là.

Lorsque le chancre ou le bubon existe encore, et quil ny a, ce qui est ordinaire chez les personnes jeunes et d’un caractère gai, aucune complication de gale développée, aucune affection chronique saillante d’origine psorique, car la syphilis ne se complique pas plus que læ sycose avec la gale encore latente ; dans ce cas, dis-je, il suffit d’une seule petite dose de la meilleure préparation mercurielle pour guérir radicalement et à jamais, dans l’espace de quinze jours, la syphilis entière, avec son symptôme local; alors, quelques jours après la prise d’une semblable dose de mercure, le chancre, sans aucun topique, se convertit spontanément en un ulcère de bon caractère, qui fournit une petite quantité de pus louable, et guérit de lui-même. Cette circonstance prouve sans réplique que le mal vénérien a été éteint aussi dans l’intérieur du corps. La guérison du chancre a lieu sans qu’il reste la moindre ci-

Page 1