SS
Ire el de dominer tout ce qui a vieetmouvemenl ; u’est-ce pas le sacrifice de son esprit, de sa puissance intellecluelle et do sa lorce à l'œuvre divine qu’il doit accomplir, que üieu lui demande? Ce dévouement est si complet, si absolu, si pur, que Dieu n’y met aucune condition. C’est donc une grave erreur de dire que la peine du travail est une expiation de la chute. Cela est si faux, que Jésus-Christ en rendant à l’homme sa liberté aussi pure, 'aussi sainte qu’au principe, lui enseigne le vœu du travail divin dans sa prophétique prière.
11 faut remarquer ensuite que le Verbe, au principe, consacre cette mission du sacrifice de l’homme, en lui disant de travailler et de conserver la terre sacrée ; et que le Christ, Verbe incarné lui-même, a exprimé cette même mission par ces deux mots : faire et enseigner. N’y voudra-t-on pas reconnaître alors une seule et même loi donnée à l’acti- Tité humaine dans le trav*l spirituel et physique : celte action pénible, qui met eu dehors de l'homme un produit, une œuvre au profit de l'œuvre commune du genre
81 PHEMIKEB PARTIE.
humain, accomplissanl les desseins éternèls de Dieu?
N’y Irouvcra-t-on pas en même temps celle tendance constante de la parole du Verbe à spirilnaliser l’ancienne loi?
Lorsque le Verbe Dieu mettait l’homme dans la terre sacrée , pour qu’il la travaillât et la gardât, {ut operaretur et eusiodirel ) , il constituait l’activité religieuse de tous les siècles. En môme temps, en effet, que celte activité a augmenté et perfectionné par son travail spirituel, les connaissances qui devaient aider le travail physique à féconder le monde au profit des désirs et des besoins de i liomme et do la volonté de Dieu, elle a constitué une base de conservation qui maintenait l’ordre social dans la voie divine.
Mais ractinn matérielle de l’homme dans le but de peupler la terre, de propager la race et de s’acquérir des moyens puissants de domination par la force, usa à la tâche les générations chargées par Dieu de travailler et do garder la terre sacrée.
Le fait divin dê i'incarnalioii du Verbe
MORALË ËT CütTE, %%
é*accomplit alors pour Téducation progrès^ sive que Dieu prédestinait à rhomme ; et les mots : travailler et garder , furent changés en éeux que Jésus-Christ donnait à ses frères : faire et enseigner, C*était le sacrifice libre et spiritualisé par son affranchissement de tout but égoïste. C’était le travail de rintelligence humaine, inspirée par Tamour de Dieu et par la charité de son fils, qui se substituait à la force physique ; et c'est ce qui est arrivé de nos jours, jusque dans le travail matériel C’était la propagation de la parole de Jésus-Christ et de rimita*»
talion de son divin sacrifice.
C’était bien travailler et conserver, mais par le mobile du zèle an lieu de celui de la crainte ; par la charité au lieu de la violence; par le dévoûment au lieu de l'intérêt personnel; c*était faire et enseigner la volonté de Dieu par reconnaissance.
Dieu avait dit à Thomme de croître et l’homme marcha d’abord dans la voie du sacrifice obligé de l’expiation. Aujourd’hui tout vrai chrétien a en lui cet ardent désir du sacrifice libre et volontaire, qui tend à
imiter celui du divin Maître ; et l'homme marche maintenant vers la perleclion en amour et en charité , pour accomplir le premier et suprême commandement de la loi primitive de Dieu.
Le sacrifice est si bien le seul moyen de réaliser ce progrès; la loi du sacrifice est tellement la condilion morale de tout être humain faisant partie d'une société , que toutes Kîs lois religieuses et les cultes de tous les temps peuvent se réduire à deux termes: le sacrifice forcé et sanglant de l’expiation , et le sacrifice libre et eucharistique de l'activité spirituelle à sa mission divine.
Si cela est vrai, il suivra qu’il y a un • moyen simple (‘t certain de juger les doctrines moraltîs. Cn moyen, c’est la recherche de la loi qui appelle le plus grand nombre au dévouement libre , volontaire et solidaire , et qui enseigne l'abandon le plus entier de soi-méine dans un travail fructueux pour raccomplissement de la volonté de Dieu.
S’il est également vrai que le Christ a
MOR \t.E ET Cri.TE. JT
apporté du ciel sur hi terre , les deux mots: amour et charité; il sera vrai aussi que ces deux mots représentent le double sacrifice du Verbe incarné descendant du ciel en dons divins, et y remontant en sacrifices pour offrir le monde, transformé spirituellement, au père donnatcur gratuit. Il sera vrai enfin que l'imitation de ce sacrifice est le bien absolu.
Aussi le sacrifice de la divine Eucharistie est-il la base du dogme, du culte et delà pratique catholiques. Tel est le but spirituel de la Messe qui échange chaque jour entre le monde et Dieu les prières et les dons de la grâce. Tel est le lien des solennités de l’année dans la fête de la Résurrection, signe de la divinité de Jésus. Telle est l’inspiration des arts, qui lui apportent leurs splendeurs et leurs harmonies, pour élever avec elle, vers le ciel, les chœurs de la louange, et pour répandre, avec elle encore, sur la terre l'amour saint et pur qui féconde l’ame humaine.
Le plus beau poème qu’ait créé l’esprit humain sur les dons de Dieu, n’est-il pas
cet olTicc sacré de chaque jour doat diaque heure est un chant et dont la succession forme le cycle glorieux de l’année, où se dé* roule la vie terrestre et divine do Jésus- Christ au milieu du cortège de ses ang^ et de ses saints ?
La Messe ellc-méme n’est-elle pas le type spirituel et divin des sacrifices religieux de tous les temps que Jésus résumait en lui?
On y voit en efiet les trois termes de ces grands actes sacrés de l’antiquité : la consécration, dans l'introït, l’immolation dans le canon et la consommation dans la communion.
Ce sont en réalité les trois grandes périodes delà vie du Verbe incarné, son enseignement, son sacrifice et son union avec son Église. Ét comme le fidèle doit imiter cette vie, il s'unit au prêtre qui représente Jésus-Christ dans cette sainte cérémonie ; il se purifie par la pénitence et la prière; il se sanctifie par l’acte de foi et la glorification de Dieu, et il se consacre par la communion et l'action de grâce.
Les fidèles en effet s’associent en esprit
MORALE ET CULTE
de penilence avec Tofficiant, pour réciter le Confiteorei pour implorer la miséricorde divine dans léchant plaintif du Kyrie cleïson. Ils célèbrent les louanges de Dieu dans l’hymne du Gloria, avant de recevoir la parole desonFils dans l’Épitreet l’Évangile. Ils le remercient par les chœurs du graduel et des proses; et le chant grave du Credo conOrme leur foi dans sa sublime concision.
Enfln r/w(rof/se termine par l’offrande, dans laquelle l'officiant présente à Dieu les dons que les fidèles ont déposés sur l’autel.
La sainte action du cahon commence alors par un dialogue, où le prêtre et les fidèles s'excitent par des accents pleins d’onction à s'unir aux puissances du ciel, pour rendre * grâce à Dieu^ pour le louer et pour sanctifier son nom. Ce chant est celui de la Préfcbce qui se termine par le Sanclusy chœur des esprits célestes que saint Jean entendit . dans le ciel, paroles de bénédiction par les^ quelles Jésus fut accueilli à sou entrée à Jérusalem. Là les fidèles, muets devant le Dieu qui descend sur l’autel, se prosternent, et le prêtre lubmême ne murmure que des
prières siloncieusos, pour demander au Père de recevoir le sacrifice qui s’accomplit, de P irdonner aux morts et d’accorder aux fidèles la vie éternelle. Quand la sainte hostie elle vin mêlé d’eau ont été transubstantiésau corps et au sang du fils de Dieu, sous ses propres paroles : « Prenez et mangez,
» car ceci est mon corps : prenez et buvez,
» car ceci est mon sang; » le chœur chante ro salularishostia; le prêtre et les fidèles retrouvent leurs voix pour demander à leur Père céleste, au nom du divin sacrifice, la réalisation de la mission de Jésus-Christ, manifestée dans la prophétique prière du Pater Noster.
Dieu répond à l'instant par la voix du prêtre, qui transmet aux fidèles la paix du Seigneur, donnée par Jésus lui-même à ses disciples en leur annonçant sa mort et sa rédemption. C’est le commencement de la communion, cet acte de la charité du Fils de Dieu , <jui se donne comme nourriture spirituelle à tous les hommes de bonne volonté, demandant la force d’imiter son sacrifice et d’accomplir comme lui le doulou-
MORAUB ET CütTE, «
reux labeur qui mène à la réalisation du régne de Dieu. A l’approche de ce moment où la majesté du Dieu-hostie s'abaisse et s'offre elle-même pour relever l’ame humiliée sous sa propre faiblesse, le prêtre et le fidèle saisis de frayeur s'accusent d'être indignes de recevoir leur divin Maître, et frémissant à la réception du pain sacré ils supplient le Seigneur que son divin corps et son divin sang adhèrent à leurs entrailles, purifient leur cœur et sanctifient leur ame.
Enfin le saint office se termine pa r on chant sacré d'actions de grâces et par la confirmation du fidèle dans sa foi. Le prêtre récite, le plus ordinairement, le commencement de l’Évangile de saint Jean, où est annoncée la mission révélatrice do Verbe, existant de tonte éternité, s’incarnant pour . apporter la lumière au monde et faire des enfants de Dieu de tous ceux qui l’ont reçu et qui croient en lui.
Tout cet ensemble du sacrifice divin, tous ces détails d’un échange de dilection entre Dieu et les fidèles de son Fils, entre le ciel et la terre, sont si divinement simples et si grands
humainement) qu’il semble suffisant de les exposer, pour faire sentir toute la puissance que l’homme relire de celle communication céleste.
Que diretle plus surce sacrifice d’un Dieu, sur cette Cène où il se donne tout entier à nous, sinon que ce pain est réternel ferment qui transfigurera l’humanité en royaume de Dieu.
C’est dans ce calice que se conservent les inépuisables semences qui produiront les riches moissons de son avenir jusqu’à la consommation des siècles.
Sur ce candélabre brillent d’une lumière céleste les plus splendides promesses qui puissent satisfaire les âmes avides de zèle* de travail et de charité.
Aussi, sous combien de formes, avec quel luxe varié, dans quels chants harmonieux de louanges, de plaintes et d’accents l’année liturgique ne célèbre-t-elle pas ces.
sublimes mystères qui élèvent les hommes sur les marches du trône de Dieu ?
C’est que la vie de Jésus-Christ se déploie encore là dans U magnificence de
ApRÀlJB ET COLTE«‘
pet offîoe qui ne dure pas moins d'une année.
De TA vent au saint jour de Pâques, se célèbre la vie terrestre du Sauveur, avec ses alternatives d'humiliations et d'élévations, dans lesquelles l’enfer, la terre et le ciel s’associent pour le tourmenter ou le glorifier depuis sa naissance jusqu’à sa résurrection.
Sa toute puissance dans le ciel et sur la terre, qu’il vient lui-même annoncer à ses disciples après sa mort, se manifeste depuis la fête de Pâques jusqu’à celle du Saint-Sacrement: dans la solennité de l’Ascension, oà il remonte à son Père; dans celle de la Pentecôte, où il envoie l’Esprit Saint à ses apôtres; dans la glorification de la sainte Trinité, où il est uni à son Père et à l'Esprit Saint ; et dans cet office si tendre, si joyeux, si fleuri du Saint- Sacrement, où l’amour divin descend lui-même sur ses fidèles.
Enfin l’intercession entre le ciel et la terre se présente dans la troisième et dernière époque annuelle, comme conséquence de cette fête de Tamour médiateur qui la
Ù iTlonÉRE
commence. Elle se continue dans TAssomp-* lion de la bienheureuse Vierge, mèreduSauveur, adressant à son Fils la prière perpétuelle pour les pécheurs. Elle s’achève dans la célébration de tous les anges et de tous les saints, ces puissants protecteurs des .hommes, et se termine à la Commémoration des morts, pour lesquels tous les Cdèleseuxmèmes élevent leurs voix vers le Seigneur.
Le culte est donc toujours celte communication spirituelle et mystérieuse qui monte de la terre au trône de l’Élernel en prières, ' en offrandes, en louanges, en sacrifices, et qui en redescend sur les hommes en rayons de lumière, en dons de la grâce et en échanges de l’amour de Dieu.
Au milieu de celte activité sainte s’accomplit la sanctification du chrétien, lorsque, se purifiant , dans son esprit et dans son corps, s’immolant lui-même cl se translormanten union avec Jésus-Christ par l'Eucharislie, il sanctifie le nom de son père céleste, en lui donnant sa vie comme échange de son amour.
La coopération des merveilles de Tart est
MORAtE ET CELTE.
venue aussi augmenter l’eflet produit sur l’ame humaine par ces sublimes aspirations vers la plus sainte , la plus spirituelle , la plus noble activité : la vie du Christ. Il s'est fait alors dans cette partie si élevée de l'œuvre que I hommc accomplit sur la terre, la même transformation que Jésus fesait subir à tout ce qui constituait l'ancienne loi. Les arts se sont spiritualisés en recevant sous leurs formes antiques l'image complète et divine de l'église de Jésus-Christ ; ce type du règne de Dieu , inscrit dans l’avenir par la promesse révélée.
Ainsi fut-il du sacrifice; cet acte sacré, ce mystère divin et humain, qui réalise sur la terre le premier commandement donné par Dieu à l'homme, de sanctiflerla création, en la rendant conforme à sa volonté éternelle. Le sacrifice a dans tous les temps été la base primitive du culte par lequel l’homme offre à Dieu son activité terrestre.
Ses trois parties sont en effet la succession même des formes de cette activité. Dans la Consécration qui purifie la créature par l'application de la loi divine ; dans rimmo«
]«tion qui la sanctiOe en offrant son principe vital à Dieu ; et dans la Consommation qui la fait passer par l'esprit humain pour servir à la gloire de Dieu, se retrouve tout Tordre logique de Taclivité humaine depuis le désir qui veut un acte , en passant par la pensée qui le formule, pour arriver à la réalisation de Tœuvre de transformation .spirituelle.
Il est si vrai que ccs trois termes du sacrifice représentent les trois périodes de Taclivilé spirituelle, qiTils ont donné nonseulement la forme des demeures des Dieux avec leurs enceintes , différemment ornées, et leurs autels d'usage particulier, mais encore la forme des demeures humaines^ soit dans la famille, avec les lieux séparés propres à chacun de ses mystères, soit dans la société avec la cité et ses monuments, appropriés à la hiérarchie .
Dans tous les cultes antiques on retrouve les types trancliés do ces trois degrés du sacrifice, représenlanls actifs du dogme figuré par Tart. Ainsi la purification de la victime que Ton voulait consacrer avant de
MORAIÆ ET CULTE. »T
l’immoler, s'accomplissait dans la première partie du temple {prodomos, avant le temple, pronaos avant la nef), où la partie impure était séparée de la partie pure , sur le premier afltel {limen, seuil, janua, porte). Les pylônes Egyptiens et les pyramides indiennes qui accompagnent ou couronnent la porte d'entrée des temples, ne sont autre chose que ces autels puriücateur>, sur lesquels même sont représentés des sacrifices séparateurs. Les avenues , les enceintes de ce premier lieu sacré, servaient déjà, par les nombreuses images sculptées et peintes qui les ornaient, d'enseignement surl harmonie des mondes, surla cosmogonie et sur la doctrine morale.
Dans le lieu le plus retiré, le plus mystérieux, le plus sacré du temple, le sanctuaire [adylum, sacrarium, ce//«,) se faisait l'immolation sur l’autel {ara) devant la sliituc du Dieu, placée sur un siège [stele defubrim) ou dans une niche pour recevoir l'offrande que les prêlres lui présentaient.
Enfin dans la partie moyenne du temple (nao5, nef, templum) se consommait dans
PREJUËRE PARTIE.
le repas sacré (<?pu/a) la victime, distribuée suivant la hiérarchie des assistants, à qui il était permis de pénétrer dans cette seconde partie du monument religieux. Là par la place même de ce lieu , pai* ses colonnes, soutenant le plafond ou le dôme du ciel , et s’appuyant sur le carré de la terre ; par les détails de la sculpture, de la peinture et de l'art graphique ; pjr les danses et les chants dans toute la puissance de leur rythme et de leur accent; par l’enivrement des parfums, des breuvages fermentés, et des mets préparés, se créait un immense et mystérieux symbolisme qui pénétrait les sens et l'esprit de ces hommes d’une exaltation sublime, etles élevait à rimitalion des dieux qu’ils représentaient sur la terre.
Chez les peuples où les cultes avaient pris plusparliculièrementlaformede l’initiation, cette application des arts à l’expression symbolique du dogme avait acquis un degré de spiritualité très marqué. On mêlait intimement riiomme lui-même à toute la vie de ce monde, sur lequel il devait agir plus puissamment par son inleliigence, à mesure
HÔRALE ET CULTE. 4Ô
qu’îl S avançait dans les trois degrés de Viniliation : la puriGcation, la mort mystique et la théophanie. C’était l’expression spirituelle la plus avancée à laquelle l’erreur du paganisme pouvait faire arriver le sacrifice. Elle donnait à tout homme la puissance de connaître les mystères de la création par le sacrifice symbolique de soimôme.
Aussi lorsque le Verbe vinthabiter parmi nous, comme Dieu, pontife et victime, pour nous donner l’exemple do plus sublime et du plus absolu sacrifice, il revêtit cette triple forme du sacrifice antique, dans sa manifestation de la double mission de révélateur et de rédempteur.
Dans le sacrifice de la Cène, il accomplit les trois parties de ce divin mystère, en se consacrant d’abord comme victime, par son humilité à laver les pieds de ses apôtres, comme pontife et comme Dieu, en leur disant que s’il ne les purifie, ils n’auront point de part avec lui. Ensuite il se révèle comme pontife et victime à la fois, en immolant son propre corps dans la rupture du pain , et
en versant son propre sang avec le vin du calice; enfin il se montre comme victime, pontife et Dieu en distribuant son corps et son sang à scs apôtres ( S. Jean, xiii ; 3 à 10).
Le sacrifice de sa passion, de sa mort et de sa résurrection, ne présente pas une succession moins évidente de ces trois actes mystérieux. Dans sa consécration au mont des Oliviers, continuée par la passion de son jugement; dans son immolation sur la Croix, et dans la participation de sa puissance, communiquée à ses apôtres après sa résurrection , il se manifeste encore comme victime expiatoire, comme pontife rédempteur et comme Verbe créateur. Le sacrifice antique est accompli dans sa forme primitive, mais il est divinisé par le fils de Dieu lui-même.
Aussi la première basilique chrétienne qui put s'élever librement sous le ciel entr’ouvert, eut-elle la forme de ces trois temps du sacrifice divin; Le narthex, vestibule de l’Église, reçut les cathécumènes, enseignés Siu dogme par la parole et purifiés par l 'eau du
, .J uü 5
MORALE ET fTLTE. St
baptême avant qu’il leur fut permis de franchir la partie qui les isolait des Gclèlcs réunis dans la nef. Celte nef elle-même était encore séparée par un rideau du sanctuaire qui ne s’ouvrait que lorsque les prêtres, ayant accompli les mystères divins, apportaient aux fidèles le don ineffable de l’Eucharistie.
Mais bientôt ces barrières séparatrices tombèrent, et tous ceux qui croyaient au Sauveur, furent reçus dans cette croix, qui servait deplanaunouveau monument religieux. Là encore, ce signe sacré du divin mystère représenta les trois moaients du sacrement nouveau accordé à tous. La tête du Dieu crucifié, couronnée d’épines, reposa dans l’hémicycle du sanctuaire. Sa poitrine ouverte épancha l’eau et le sang sur l’autel du chœur, autour duquel siégeait le sacerdoce. Ses pieds et ses mains sacrés ouvrirent les portes de la purification corporelle et spirituelle h tous ceux qui voulaient entrer. Toutes les âmes des frères de Jésus unies dans son amour, montèrent alors vers le ciel, en faisceaux de calonnet-
M PREMIÈRE P.VRTIE.
tes, pour se diviser en nervures ogivales et se réunir encore au sommet de la voûte.
Tout l’édiflce s’élança en dehors, comme un grand autel placé sur la Croix et formé d'une multitude de petits autels, semblant porter à la pointe de leur pyramides les offrandes, les chants et les prières de chacun de ceux qui étaient prosternés dans la nef.
Du pied du cruciGé s'élevèrent des tours d’où sortaient les volées sonores qui appelaient tous les hommes au saint sacriGce.
En passant sous la porte, ils étaient frappés des terreurs et des espérances du jugement dernier, sculpté surle tympan du grand porta' I, et précédé des scènes de la création, de la hiérarchie dès saints et de celle des anges. Mais lorsqu’ils entraient dans l’immense vaisseau, dont les longues nefs chatoyaient dans une demi obscurité, des couleurs harmoniques et douces qui animaient leurs détails; lorsqu'ils pénétraient jusqu’au chœur, où le Grmament, présidé par Jésus-Christ et sa Mère, entourés de leur cour céleste, étincelait dans les verrières de l’hémicycle et semblait assister au saint sa<
MORALE ET CELTE
ks
criflce ; les âmes de tous, enveloppées de cette atmosphère divine, s'élevaient à l’espérance delà gloire, qui brillait au dessus d’eux et qui les appelait à elle.
Alors les longues processions de prêtres, ornés de riches vêtements, et portant des saints reliquaires; la pompe ponliQcale qui suivait l’ostensoir où brillait l’hostie plus que les splendides pierreries qui l’entouraient ; la bénédiction qui tombait abondante de ce trône de la victime divine, faisaient courber les fronts et ployer les genoux de cette foule mêlée de tous les rangs.
Enfln , Jorsque la plus riche poésie .
chantée dans le [rythme grave et solennel de l’Église ,] faisait résonner les voûtes; lorsque lesencensoires fumants répandaient leurs parfums; lorsque les diacres aux riches dalmatiques couvraient les marches de l’autel ; le peuple ému joignait sa voix vibrante à celle des prêtres et des chantres du sanctuaire , et cette imposante harmonie montait comme une splendide auréole autour du divin sacriflce, qui, en s’élevant audessus delà terre, attirait tout à lui.
54 PRESnÊRE PARTTE.
C’était l’unité vivante , l'unité aninlée,’ l’unité active: d'où sortent les plus purs sacrifices, les plus nobles dévoûmenls, les plus saintes actions : d'où vient tout ce qui s’est fait et se fera jamais de grand et de beau par la sainte communion des fidèles de Jésus-Christ.
PropliéUe do résne <lo Dieu.