POLITIQUE CHRÉTIENNE
gardent une femme avec concupiscence, ont déjà commis l’adultère avec elle dans leur cœur.
Il a été dit aussi : Quiconque renverra son épouse lui donnera un contrat de répudiation.
Mais moi , je vous dis que tout homme qui renverra son épouse, excepté pour cause d’adultère, la rendra adultère; car celui qui sera joint à l’épouse renvoyée aura commis l’adultère.
Vous avez aussi entendu qu’il a été dit aux anciens : Ne vous parjurez pas, car vous rendrez compte à î)ieu de tous vos serments.
Et moi, je vous dit ; Ne jurez par rien :
ni par le ciel qui est le trône de Dieu ; ni par la terre qui est l’escabeau de ses pieds; ni par Jérusalem qui est ia ville du grand Roi; ni par votre tète, car vous ne pouvez faire un seul de vos cheveux blanc ou noir.
Dites seulement : cela est; cela est; ou non , non. Tout ce qui est de plus vient du mal.
Vous avez entendu qu’il a été dit : Œil
SECONDE PARTIE
pour œil et dent pour dent. — Et moi , je TOUS dis de ne pas résister au mal qu'on TOUS fait, et si quelqu'un tous a frappé la joue droite , livrez-lui aussi Taulre.
Je TOUS dis que si Totre justice n’est plus abondanle que celle des Scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux.
Soyez donc parfaits, vous autres, comme votre père céleste est parfait,
Rien ne manque donc à cet enseignement de la pratique chrétienne nécessaire à tous pour se rendre capables , par leur domination sur eux-mêmes, d’accomplir le devoir et d’exercer le droit, que leur donne la mission divine et sociale qu’ils sont chargés d’accomplir.
Rapports avec Dieu et avec les hommes; rapports avec les femmes ; rapports avec l’ami et l’ennemi ; avec la frère et le méchant; avec la société et avec le monde; partout s’étend cette charité, qui se donne tout entière, avec patience, résignation, abnégation de soi-mème , avec liberté, responsabilité et solidarité, pour faire et
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enseigner la parole du Verbe incarné.
Mais voici plus: c'est ce lumineux résumé de tous les sentiments et de toutes les vertus, dont Jésus pénètre les cœurs dans son sermon sur la montage :
« Bienheureux ceux qui sont pauvres par l’esprit, parce que le royaume des deux est à eux.
« Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu’ils posséderont la terre eux-mêmes.
« Bienheureux ceux qui pleurent , parce qu’ils seront cojsolés.
• Bienheureux ceux qui ont faim etsoifde justice; parce qu'ils seront rassasiés.
«Bienheureux ceux qui sont miséricordieux, parce qu’il s’en suivra miséricorde pour eux-mêmes.
«Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu eux-mêmes.
«Bienheureux ceux quiseront paciGques, parce qu’ils seront appelés fils de Dieu.
» Bienheureux serez-vous, quand on vous maudira . qu’on vous persécutera, et qu’on dira en mentant toute espèce de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous et
SECONDE PARTIE
élevez-vous, parce que voire récompense sera abond :nlc dans le» doux. »
Chaque rang de la société humaine trouve là réellement le conseil spirituel qui doit diriger ses actes.
Au riche heureux et puissant; h l’esprit élevé qui veut dominer les autres esprits pour les diriger dans la voie du bien , s’adresse le vœu de pauvreté volontaire ; ce premier acte d abnégation de so!-môme; de dévoûment à tous; de charité divine; premier précepte de Jésus , dont sa vie' donne l’exemple.
Le second va droit à ces possesseurs de .
la terre qui gouvernent avec une autorité reconnue. C est le vœu de douceur, de bonté , de domination sur soi-même , pour mériter de dominer les autres.
A ceux qui souffrent, vient l’espérance de voir du haut des cieux leurs flls plus heureux qu’eux.
A ceux qui jugent et qui tiennent la vie et riionneur des hommes entre leurs mains; le vœu de justice, qui est le plus austère de tous les dévoâments au salut de la société.
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POLITIQtlE CHRÊTISHNE. I«S
A tous : le vœu de miséricorde va donner la pitié, la patience, l’excuse et le pardon. Le vœu de pureté va inspirer la cliastcté du cort>8 , de l’esprit et de la conscience. Le vœu de paix va calmer la vie et répandre la paix autour d’eux. Enfin le vœu de résignation dans les misères de la vie , dans les outrages , dans les injustices , dans les malédictions , doit donner i; le plus ^ grand des mérites en^imitaot le sacrifice dWln.n.>:
Jésus, on le voit, dans ce sublime enseignement, appelle toutes les conditions de l’activité sociale , à exercer chacune sa mission dans la spiritualité la plus élevée, qui accomplit toujours plus parfaitement le sacrifice du travail dans cette infinie charité qui se domine elle-même pour mieux communiquer son esprit à tous ceux sur lesquels elle agit, et au monde que Dieu a créé pour que l’homme sanctifiât son nom.
C’était en efiet ce que Jésus montrait , dans sa transfiguration lumineuse sur le Thabor entre Moïse et Elie, le plus grand des législateurs et le plus puissant des pro-
SEOONÜK PARTIE.
ISi
phèles de l'aotiquilé, à ses trois disciples Pierre, Jean et Jacques qu’il constituait pouvoirs daos'la société qu’il fondait. Dieu lui-méme les confirmait dans leur mission spirituelle en leur disant: — Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui je me suis complu; , écoutez-le.
niais après cette loi morale et politique posée pour toute société chrétienne . pour toute nation croyant au dogme catholique, et voulant marcher dans la voie de la perfection divine , voici encore les moyens pour chaque homme de se rendre propre à concourir à cette œuvre de réalisation. Ce sont les sacrements et l’ordre du travail :
lois de la consécration et de l’activité humaines qui ont animé les sociétés de tous les temps et que le christianisme a spiritualisées.
Le sacrement du baptême , dont le Sauveur donne l’exemple et le précepte, est celui par lequel il rachète tout être humain en le lavant de la faute primitive qui lui était transmise et en l'affranchissant de l’expiation fatale et personnelle qui le ponrsui-
POUTIQrE CHRÉTIENNE. 185
vail dans toute sa vie. C’est le but du sacrifice du Verbe Dieu incarné , se donnant volontairement à toutes les douleurs et les humiliations de la mort pour sauver ceux qu’il nomme ses frères.
Le sacrement de la pénitence , imité de la solitude, du jeûne et de la prière de Jésus dans le désert , donne à l’homme la bonne volonté de se purifier de ses propres fautes et son repentir écarte la tentation par son aveu.
Un nouveau don de liberté lui est fait , par le seigneur , dans ce tribunal de sa propre conscience , où il est à la fois son accusateur , son juge et l’exécuteur de son châtiment. Il reçoit alors au nom de Dieu l'absolution de ses fautes.
Le sacrement de l’Eucharistie, après cette double purification de l’homme , lui rend alors la puissance et la pureté de sa mission primitive, en incarnant en lui le corps et le sang du Fils de Dieu , pour lui donner la force spirituelle et physique de l'imiter dans ses sentiments , ses paroles et ses actes.
Enfin* l’ame humaine est confirmée dans
8BC6KDE PARTIE.
sa foi et dans sa pureté, par l'attouchement des sens que lui impose le sacrement de Conflrmation. C'est ainsi que Jésus-Christ ressuscite Lazare en levant la main sur lui.
L’homme , ainsi consacré dans son ame et dans son corps , reçoit alors une mission dans la société qui doit réaliser la volonté divine sur la terre.
Le sacrement de l'Ordre lui est conféré avec le devoir de répandre la parole de Jésus-Christ, la fol au dogme et l’administration des sacrements à tous les frères du Fils de Dieu.
Ou bien le sacrement de mariage indissoluble lui est imposé avec le devoir d’élever les enfants dans la foi, et de donner à la pratique de leur vie le but de concourir à l’œuvre sociale qu’accomplit la nation-
Ou encore le sacrement du célibat chaste et pur, et du vœu de pauvreté , qui sanctifient les actes de la charité , lui est donné dans sa bonne volonté.
Enfin , le sacrement d'Extrème-Onction ferme la vie de l'homme, comme agent libre
MUTIQrE CHRÉTIENNE. 187
et responsable de Dieu pour être soumis au jugement, sous le sceau de I huile sainte de la foi. C’est ainsi, en effet, que les saintes femmes ensevelirent le corps du Sauveur, en l’oignant de parfums et en le couvrant d’un linceul blanc, signe de sa pureté.
Après avoir donné à l’homme la connaisflance du dogme , celle de l’unité traditionnelle de la loi divine, et celle delà loi politique et morale des nations dont il constitue les pouvoirs , il lui fait don des sacrements qui les consacrent dans leur œuvre divine , il achève son enseignement social en indiquant dans toutes ses paraboles le mode d’organisation du travail. C’est ce travail , en effet, qui doit progressivement transformer spirituellement le monde et l’amener à la perfection qui le rende digne d’être offert à son Créateur. C’est l’économie politique de l’Évangile, qui distribue les instruments et les moyens du travail à la bonne volonté de tous les frères de Jésus-Christ , en leur promettant qu’ils seront rétribués suivant la tendance féconde de leurs œuvres vers la perfection divine des hommes et vers la Cons-
SECONDE PARTIE
titution des sociél(^s dans la charité entre frères.
Ainsi se présentent les paraboles suivantes, sous le caractère de leur fécondité progressive, hiérarchique et spirituelle.
La parabole du semeur , dont une partie des grains est rendue stérile par différentes circonstances, etdontl’autrepartie, féconde, rend trois proportions des grains toujours croissantes. (S. Matth., viii.)
La parabole de Tivraie et du bon grain , qui croissent dans le champ du maître. Ce maître défend à ses serviteurs d’arracher rivraie en herbe, de peur d’arracher aussi le bon grain; mais il veut qu’on attende la moisson pour distinguer le bon du mauvais, et qu’on mette Tivraie en tas pour la brûler, tandis qu’on mettra le blé dans le grenier pour le conserver. (S. Matth., vi.)
La parabole du grain de senevé, la plus petite de toutes les semences, et qui devient si élevée au-dessus de toutes les herbes dont on peut se nourrir, que sur ses branches les oiseaux du ciel viennent se reposer.
La parabole de la femme qui met du le-
POtrriQÜE CÏIRÉTTENNE. 18d
vain dans Irois mesures de farine, et qui attend que toute la pâle soit levée.
La parabole du pécheur, qui prend dans son filet de bons et de mauvais poissons, qui garde les premiers et rejette les derniers,
La parabole des vierges sages et des vierges folles, qui, allant au-devant de deux nouveaux mariés, ont mis les unes de l’huile dans leur lampe , et les autres n’en ont pas mis.
La parabole des talents , où le maître donne à trois de scs serviteurs un nombre de celte monnaie, partagé entre eux et proportionné à leur capacité , pour lui garder son bien. Quand il revient, il récompense les deux serviteurs qui ont fait fructifier l’argent de leur maître , et renvoie , pour être puni , celui qui n’a pas fait valoir les moyens qu’il avait entre les mains.
(S. Matth., XXV.)
Nous ne citons que ces exemples , quoiqu'il y en ait beaucoup d’autres, parce que ceux-ci ont un caractère économique incontestable.
Ainsi parait la division du travail, dansla
tM SECONDE PABTIE.
comparaison du semeur, qui reconnaît que trois grains seulement lui ont donné des produits alimentaires féconds dans une progression ascendante.
Mais vient aussitôt la distinction entre la bonne et la mauvaise œuvre. L’ivraie est amassée pour être brûlée , et le blé pour être moulu en farine nourricière. C'est la séparation du bien et du mal.
Enûn arrive l’unité dans le grain de sene- Té , qui s'élève comme intermédiaire entre le ciel et la terre, entre Dieu et ses frères.
Plus loin naît une autre série : c'est la distribution des instruments de travail suivant la capacité. En effet , 1e maître donne à ses trois serviteurs trois parts de plus en plus «
fortes de son bien, pour les lui garder, suivant leur capacité.
Puis parait encore le juge du bien et du mal. C'est le pécheur qui sépare les bons des mauvais poissons.
Mais il y a plus, il faut que la liberté humainesoit prévoyante, qu’elle cherche, choisisse et se procure elle-même les meilleurs et les plus puissants moyens pour accomplir
Digitiicd !
POUnQVB CHBtoBirNE. m
son œuîre* Ce sont les vierges sages qui apportent assez d'huile # et les vierges qui n'en ont pas assez.
£o6n« Tuiiité reparaît encore sur sa base
multiple^ avee la femme qui# dans trois me^
sures# met un levain qui va transformer, par
la fermentation , le grain en pain. C'est la
perfection de l’œuvre où l'hoinme met son
esprit# pour imiter Dieu dans sa création, en
suivant la loi de transformation spirituelle qvCfl J a mise.
C’est *donc bien la loi du travs^il : c’est la conséquence du dogme de la hiérarchie ternaire# base de toute œuvre spirituelle et principe de toute activité) c'est rapplicatkm de la loi morale du bien et du mal# ee signe divin de la liberté humaine; c'est l’unité toute puissante du devoir imposé à tous, de se soumettre à ceux qui sont élevés dans la hiérarchie sociale et qui montrent le but divin et national# c’est le droit donné à chacun de choisir librement sa mission et de recevoir les moyens d’accomplir le travail particulier qu’il a choisi dans l’œuvre commune # et qui lui a été con-
SRCONDE PARTIE.
férée par la^consécration da pouvoir social.
Depuis la famille patriarcale jusqu’aux plus puissants empires, depuis le commeucement des sociétés humaines, jusqu’à nous, tout groupe humain organisé moralement et logiquement, a toujours eu cette même hiérarchie.
Le sacerdoce et le pouvoir temporel :
puis la famille qui élève l’individu pour qu’il contribue par son travail à l'œuvre commune : telle a toujours été et telle sera toujours la .nature des sociétés, parce qu elles représentent la nature humaine : l’ame spirituelle qui inspire le corps , actif sur le monde ; et le produit moral de l’activité de l'a me avec le corps, qui réalise la mission humaine.
SECONDE PARTIE
B^alUrntlon de la mission Immafne.