‹ Doctrine politique du christianismeChapitre 29 sur 32 · SS · texte numérisé non relu

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ment étincellent autour du trône divin.

Quant la France se transformait ainsi spirituellement, par l'action pénétrante et divine des sacrements et du culte , son sol se couvrait de traces monumentales qu’y élevait la hiérarchie religieuse, nobiliaire et civile.

On trouve, surtout dans la Flandre', la Picardie, la Normandie, l’Ilede France, l’Alsace, la Bretagne, l’Auvergne, les bords du Rhône, de la Saône, de la Seine, de la Loire, des restes magniûques de ces dernières.

Depuis le palais des Papes, celte grande demeure du chef de la chrétienté, qui se voit encore puissante au-dessus de la ville d’Avignon, on arrive jusqu’au vieux Louvre, séjour des rois, à travers celle forêt de tours et de châteaux ruinés, qui dominaient et protégeaient les vallées fertiles. Depuis les beffrois, les maisons, les contmunes, les hôlels-de-villes ; si élégants, si ornés, de Louvain, de Saint-Quentin, de Rouen, de Tournay, de Compiègne, de Paris, et lan| de cloîtres, de couvents, qu’on trouve en?

core h Arles, au Puy et dans plusieurs

^ÛOÈrTtS MDDBRNB8. St»

autres pFovinees, tout bro4és de riches sculptures; et ces abbayes dont de si beaux types sont encore debout à Caen; on vient enfin à ces innombrables maisons sculptées en bois ou en pierre, que les bourgeois élevaient dans leurs ejlés pour leurs demeures ou leurs fonctions civiles.

‘ La France est couverte des Pyrénées an Ithin d’upe telle elllorescence des arts ; elle a créé de si beaux types de ses œuvres religieuses et sociales, si richement ciselés, si noblement relevés de figures expressives des plus généreux sentiments, si éclairés, si diaprés de peintures, d'émaux et de verrières étincelantes, que l’on admire la variété infinie de ces productions entre elles et en même temps la puissante influence que les arts ont pu avoir dans la vie intime de ce peuple, qui s’est transformé en défenseur et en réalisateur du christianisme.

On s’étonne alors de la fécondité d’une na?

tion tellement animée par le sentiment de sa mission qu’elle a pu accomplir ce pro-r digieux travail spirituel sur elle-même, en même temps qu’elle jetait en dehors

liO SECONDE PABTIE.

de son sol sa population dans la lutte pcP' pëtuelle qu'elle a soutenue contre les hérésies qui attentaient au dogme catholique.

Lorsque l'on a constaté tous ces effets puissants de l’unité de l’art, se servant de la diversité de ses moyens pour en créer une harmonie universelle et intime qui mène les nations à la réalisation du but national, dans la perfection progressive qui veut la volonté de Dieu sur la terre ; on est épouvanté de ce qui arrive lorsque les arts se sont isolés pour vivre d’eux -mômes. En abandonnant la foi qui leur avait donné la vie et l'unité active qui l’entretenait , ils se dépravent et se dégradent jusqu’à flatter tous les vices et toutes les mauvaises passions, afin de leur vendre leurs œuvres honteuses.

Cela est arrivé du théâtre, qui a bien vite épuisé les sujets qui excitaient la curiosité publique; cela est venu pour la musique , pour la peinture, pour la sculpture, pour la littérature, qui ont inondé la société de produits informes ou immondes, ou plus coupables encore par l'excitation au crime, et qui

SOCIÉTÉS MODERNES. ait

sont sortis de mains ignorantes et cupides , tendues à l'aumône du passant à travers les vitres souillées des marchands de scandale.

Cette grande unité de l’art) si féconde pour le bien quand la vérité et l’amour religieux font sa puissance, n’a plus trouvé que quelques rares talents dont l’élévation d'ame sentit la sainte inspiration.

Mais puisqu’il y a tant de jeunes gens qui se croyent appelés aujourd’hui à pratiquer les mystères de l’art; puisque leurs œuvres pénètrent dans les familles, et sous les plus humbles toits, comme dans les palais; qu’ils sentent donc que leur sainte mission est d’entretenir le feu sacré dans tous les cœurs où doit brûler l’encens de la foi, et d’où doit s’élever le chant de la prière qui attire la grâce de Dieu sur les travaux du monde.

Ah I puisse Dieu , dans sa bonté infinie, envoyer cette grâce dans tous les cœurs qui battent encore pour de généreux séntiments. Puissent tous ceux qui dans toutes les voies de l’éducation spirituelle des sociétés, tiennent dans leur pensée et dans

læCKMitOI-: PARTIE.

leun mains raveoir des aatioiis : les prêtres, les parents, les maîtres de la jeunesse, les artistes qui pénètrent dans les profondeurs de l’ame humaine, dès la plus tendre enfance jusqu'à la mort ; puissent-ils disposer tout l’être à la foi et le maintenir dans l’acitivité qui réalise cette foi. Puissen(41s ouvrir toutes les portes de leur intelligence à celte grâce qui leur fera entrevoir l’avenir lumineux des peuples chrétiens et de tous ceux qui s'associeront à leur oeuvre divine.

Ils connaîtront alors la fin pratique de l'enseignement qu’ils auront donné à tous.

Ils verront à travers le prisme prophétique de la vision spirituelle , la France dans une auréole lumineuse , étendant chez tous les peuples de la terre son drapeau pacifique couronné d’une croix , et où seront écrites ces paroles divines qui ont ouvert les portes du règne de Dieu à la liberté spirituelle , dans ce chant des anges à la naissance du Sauveur : gloire à Dieu au plus haut des deux , et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté-

SOaÉTÉS MODERNES.

QE L’|COROM(f: POLITIQUE.

VéçoQomie politique est à la fois l'ex-^ presûon du sentiment de charité fratemellQ qui vit dans l'Évangile ; la base de toutes les sociétés: la ^direction imposée à la pratique de tout travail social dans le but d'activité nationale.

C’est elle, en elTet, qui étudie sans cesse les besoins et les désirs de la société, EUq recherche toutes les douleurs, toutes les soufTrances, tontes les oppressions de Iq liberté. Elle consulte toutes les espérances des cœurs nobles; toutes les pensées intelligentes de l’avenir : tous les perfectionnements que lu science, sous toutes ses formes, peut apporter à la pratique sociale.

C’est elle qui formule les projets de lois qui doivent affranchir la bonne volonté dans sa liberté, lorsqu'elle demande de travailler dans la voie du but social, C'est elle qui conseille l’organisation du travail spirituel et matériel ; la distribution des moyens intellectuels et pratiques de ce travail ; la ré-

su

SECONDE PARTIE

munération de la bonne volonté et du caractère de Tœuvre dans l'ordre de la hiérarchie.

C’est elle qui juge quel travail est à faire pour le progrès spirituel de la nation, ou à rempécher parce qu’il serait un obstacle au bien public. C’est elle par conséquent qui, dans sa sagesse, est chargée de diriger l’activité de toute la société vers le but imposé à la nation par la volonté souveraine.

Elle est enfin la providence humaine qui veille sans cesse sur cet innombrable peuple, formant plus des trois-quarts des populations, produisant tout ce qui sert à la conservation des sociétés et à leur activité divine. C est ce peuple qui reste honnête et patient ; qui garde à lui seul le dévouement chrétien î qui souffre avec résignation la misère pour lui et pour sa famille. C’est lui qui endure sans se plaindre la peine du travail, et toutes les douleurs qui naissent de la pauvreté et de la pénurie, afin de ne pas troubler la jouissance oisive de l’aristocratie delà richesse, de l'aristocratie de la naissance et de toutes les classes d’exploitants qui lui volent son salaire même équi-

SOCIÉTÉS MODERNES. ti5

table, et le tuent quand il réclame du pain.

Malheureusement la mission que nous venons de reconnaître comme étant celle de réconomie politique est loin aujourd'hui d’étre en voie d’accomplissement.

Une cupidité honteuse, une concurrence sans limites dans son hostilité désolent l’industrie et le commerce. La vénalité de toutes les probités, de toutes les opinions, la course à la fortune par tous les moyens subrepteursdela conûance publique, avilissent la nation. L’égoïsme riche et oisif étale son cynisme effronté dans l’indifférence pour tout ce qui n’a pas pour but sa jouissance sensuelle, et dans sa rapacité à ronger la plus pure substance du pauvre.

L'avenir est cependant bien menaçant.

La constitution chrétienne des sociétés est là prête à descendre sur le monde. Depuis dix-huit cents ans que le christianisme, dans sa marche vers le progrès spirituel, ruine l’hérédité delà fonction sociale, l’intérêt des capitaux et de la terre, la puissance de la richesse et de la naissance ; ces vieux res-

Ut SECONDE PÀBTIB.

tes de la société du passé, ne vont-ils pas s’écrouler de toutes parts?

La bourgeoisie, cette aristocratie de l’argent, qui croit avoir détréné la noblesse en lui volant l’hérédité de sa puissance, ne voit-elle pas le flot populaire qui monte vers elle. Il vient lui réclamer son droit chrétien de liberté spirituelle dans le travail à l’œuvre commune ; son droit chrétien d’égalité de naissance qui assure son élévation spirituelle ; son droit chrétien de fraternité universelle, qui lui donne son activité solidaire, soutenue par la charité, et associée dans l’unité sociale pour accomplir sa mission divine.

Cette bourgeoisie ne doit-elle pas sa puissance actuelle à ces principes de droit et de devoir copiés dans l’évangile, inscrits sur le drapeau de la révolution française qui les a semés sur le monde ?

Si elle a profité du droit, accomplit-elle le devoir? Est-ce son indifférence religieuse son opposition à tout progrès social, son oisiveté cupide et sensuelle : toutes choses qu’elle communique par héritage à

SOCIÉTÉS HODE&NES. t»T

SM enfante ; qu'elle regarde comme son de- Yolr?

C’est bien au contraire la lutte du mal contre le bien; et quand la noblesse est tombée parce que sa grande épée, qui avait défendu la foi et protégé la cité qui s’organisait au pied de son château, s'est tournée contre la foi et contre le peuple ; la bourgeoisie se croit-oUe dans son droit plus qu’elle, en se servant du sa puissance législative contre la foi chrétienne qui l’a faite ce qu’elle est; en se servant de la balle et de la baïonnette contre le peuple qui lui procure toutes ses jouissances, et ne veut pas mourir de faim?

Mais ces hommes que la richesse aveugle et rend sourds n’aiment pas même leurs enfants ; car ils leur préparent , dans leur imprévoyance des maux pires que ceux que les oppresseurs de la liberté humaine ont jamais soufferts.

n faut donc les avertir et leur répéter qu’il est en leur pouvoir de prévenir par des institutions, les désordres effrayante de la lutte de la pauvreté contre la richesse.

SECONDE PARTIE

fi8

L’aumône, qu’on préconise tant aujourd’hui, et que tant de personnes pratiquent solitairement ou dans des associations de charité, n'est pas un remède au mal ; ce n'est qu'un palliatif qui n'assure rien pour l’avenir.

Le vrai moyen de prévoyance est dans la direction et l'organisation du travail qui féconde la terre, et qui produit tous les ob> jets de conservation des sociétés dans leur vie active.

Ainsi la constitution d'une loi qui ordonnerait le défrichement de la moitié de la France qui est inculte , et l'emploi des nouveaux moyens trouvés pour féconder le sol stérile par l’engrais, auraient pour résultat de faire baisser le prix des denrées nourricières de première nécessité, et d'améliorer par là le mauvais état des pauvres.

L’envoi de colonies, formées d’ouvriers librement associés , choisissant celui d'entre eux qui serait plus apte à les diriger, à les instruire dans l'emploi des instruments de travail, aurait pour résultat nonseulement d'employer les bras inertes qui

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ne trouvent pas d'emploi (et ils sont nombreux) , mais encore d’exciter la torpeur des paysans, d’éclairer l'incurie des communes, d’enseigner l’ignorance des propriétaires qui dans toutes les contrées de la France possèdent des terrains vagues.

Certes, le sol qui produit des ajoncs, des bruyères, des'fougères, et autres plantes vigoureuses , mais parasytes et stériles , pourrait produire des plantes fécondes en nourriture ou en utilité.

5 La quantité de ces terrains incultes est considérable dans toutes les provinces de France 5 et pour n’en citer que quelquesunes, en Bretagne, en Limousin, dans la Sologne, dans les Cévennes, dans les Landes, dans le Berry, d’immenses étendues de terres sont couvertes de plantes sans usage.

La science de l’agriculture est très avancée aujourd’hui. Pourquoi l’administration • unitaire qui rayonne sur la France de notre temps n’enverrait-elle pas des colonies civiliser les populations arriérées qui refusent la fécondité de leurs terres et que l’exemple entraînerait? . 1

SBCONDE PARTDS.

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En même temps , par là , l’administra-* tien publique donnerait le modèle de toutes les associations d'ouvriers , qui doivent les affranchir do l’exploitation qui les dévore, et elle donnerait au sol toute la fécondité qu’il doit avoir pour l’amélioration de la condition des classes pauvres. Nous n’avons pas la prétention de faire ici un traité d’économie politique ; mais nous croyons devoir indiquer le caractère moral des associations que les ouvriers intelligents proposent eux -mêmes à leurs frères. L’administration publique organiserait ces colonies sur le droit de responsabilité et de solidarité de tous dans l'œuvre commune , et sur la rétribution proportionnelle du travail d’après la bonne volonté de chacun. Dans le prix de vente de l’œuvre serait réservé un fonds pour payer les avances de l’administration publique pour acquérir le sol et les instruments de travail conflés par elle, et pour subvenir aux besoins de tous.

Le repos du dimanche serait consacré h l’instruction sur le devoir et le droit qu’ioi-

SOOÉTÉS MODERNES. 151

posent et que donnent la loi religieuse et la loi sociale, dans la mission divine et temporelle que tous doivent accomplir.

Les enfants seraient élevés par ces nobles religieux des écoles chrétiennes qui sont la providence de la jeunesse populaire. Ils seraient dirigés par eux vers les écoles gratuites, où leur intelligence les appellerait, pour rapporter le fruit de la science qu’ils auraient acquise au sein de leur colonie malernelle.

Ces associations protégées, soutenues, dirigées par la clairvoyance de l'administration publique, se propageraient et se formeraient alors dans toutes les voies de l’industrie, de la fabrique et du commerce- Alors le progrès spirituel et social libérerait les travailleurs de l’exploitation des marchands d'argent de toute espèce. Les héritiers oisifs des familles riches ; les capitalistes, ces prêteurs avides de leurs richesses ; les banquiers, Ces loueurs d’argent -, les entrepreneurs, ces loueurs de travail ; les fabricants, ces loueurs de la matière et des instruments du travail; les propriétaires

t}l SECONDE PARTIE.

terriens, ces loueurs de la lécondilé du sol nourricier de la nation; les commerçants, les concurrents acharnés, ces vendeurs des produits du travail à prix toujours plus bas; tous prélèvent de scandaleux bénéfices sur le salaire de l’ouvrier, et ils sont les obstacles les plus volontairement obstinés contre l’amélioration du sort des classes pauvres.

Cette juste rétribution et cet honneur rendus au travail libre montreraient à tous l’impiété de la richesse oisive qui lui refuse ses droits de chrétien dans la hiérarchie

et duns la considération sociale. Alors le travail et la bonne volonté, le travail intellectue et physique accomplissant l’œU' yre du progrès spirituel et pratique qui doit répandre sur le monde la féconde rosée de la charité chrétienne , serait seul en honneur. Il serait seul le droit public , le dr<st religieux; le droit et le devoir de tout être humain libéré de la fatalité du mal et de la fatalité des suites de la chute par le sang de Jésus-Christ, et qui , se reconnaissant missionnaire pur de Dieu, pourrait

SOCIÉTÉS MODERNÉS. *S»

prétendre, par l'œuvre la plus élevée dans le progrès chrétien , au concours de la puissance sociale.

Alors, dans tous les degrés de la hiérarchie, depuis le balayeur de la rue qui peut se dire accomplissant une fonction de salubrité publique, jusqu'à celui qui occupe le point le plus haut du pouvoir et qui étend sa charité et sa justice sur tous; il n’y aurait pas un seul de ces enfants de Dieu qui ne sentit battre son cœur au saint nom de cette France, qu’il honorerait et qu’il glorifierait, par son noble concours à l’œuvre commune.

DU POUVOIR TCMPOREI..

Les souverains des nations antiques, possesseurs de la terre comme descendants d’une race née d'unDieu, possédaient nécessairement aussi les hommes coupables de la chute, qui travaillaient dominés fatalement par la loi de l’expiation. Les produits de la terre, fécondée par la peine des

1S4 8SC0NDE PARTIE.

hpromes coupables, devaient donc remonter pour expier la faute primitive, transmise, vers ces demi-dieux descendants d’une race divine; afin que leur médiation s'offrit au Dieu irrité, que leur force les défendit du mal, c’est-à-dire, de l’ennemi, et que leur intellige.ice les dirigeât et les jugeât aveç juce suivant la manière dont ils avaient accompli le devoir imposé de l’expiation.

Il arriva que ces pouvoirs temporels, suivant le dogme qui dominait l:\ société et la place qu’il leur assignait, étant égaux, supérieurs, ou inférieursau sacerdoce, mais étant possesseurs, par droit de race, d’un peuple primiUr, rendu esclave par la loi d'expiation , le gouvernèrent par la terreur de leur toute-puissance en le soumettant par la violence de leur force et la rigueur des cliâtimenls. Les sacrifices sanglants et la guerre destructive furent leur moyen de conservation entre ce peuple mutilé, et ces nombreux pouvoirs concurrents et guerriers, tous préoccupés du rétablissement de la puissance absolue, militaire et universelle que leur assurait leur raçç de demi-

Digiti-

SOCOÊlTIÈâ MODEANES.

diew. De leur côté lèii peuples se révoltée rentconlre la férocité de leurs chefs. Ce fut celte lutte qui amena toujours les désoridres de rbumanité : mais aussi ce fut la mission des grands conquérants* rois on réformateurs t et des peuples souverains ou sacrés, constitués en nations, qui préparèrent le champ du rachat. Us conservèrent en effet, la tradition de l’unité universelle du monde et celle du pouvoir humaiii universel aussi. Ces grands empires disparurent, quand le Verbe incar/ié, sauveur et prophète, vint annoncer le règne de Dieu sur la terre, en donnant h tout homme la liberté par la délivrance de la chute dont son sacriûce divin • l’absolvait , et en lui rendant sa mission spirituelle, dans Tamour de Dieu, dans Tamour des frères, dans l’amour du devoir^

Le peuple, en eiïct, cette communion des fidèles chrétiens, est devenu souverain* Tous libres, responsables et solidaires, peuvent atteindre à tous les rangs de la hiérarchie , jusqu’au suprême degré de la puissance, suivant le mérite de perfection

’iS6 SEC0^7)E PARTIE.

spirituelle de celui qui choisit et accomplit une mission de sacrifice à laquelle Dieu et la souveraineté de la terre rappellent.

Cest là Tavenir, le but parfait ou tend la doctrine politique du christianisme.

Il faut l'avouer, le gouvernement représentatif et l’administration unitaire de la France, sont d'excellents moyens d'arriver à ce but.

Ces formes sont en effet le produit des diverses phases de la révolution française, et nous ne saurions trop répéter cette profonde conviction qui est en nous: que la doctrine politique de cette révolution est complètement chrétienne et catholique. Ce résultat vient de la nature française, dont l’organisme a été transformé parles sacrements qui y ont incarné le dogme et la force de le réaliser par la pratique.

L'intelligence de cet organisme, exaltée par l’effervescence de l’insurrection populaire, a, dans son activité logique, déduit spontanément et directement, tous les principes de moralité chrétienne qui lui avaient été inculqués. Elle a aboli les derniers restes

SOCIÉTÉS MODERNES. « >7

de lachate et elle a constitué, toute nouvelle et de toutes pièces, une société tendant à la perfection chrétienne.

La France s’est manifestée alors clans sa toute-puissance. Elle a jeté sur le moiule la semence de sa nouvelle loi et de son nouveau pouvoir fondé sur le sacriflce spirituel et libre.

Le pouvoir politicjue ne doit être en effet dévolu, chez les peuples chrétiens, qu’à celui qui renonce à toute possession de richesse personnelle, à tout intérêt de famille naturelle, à tout héritage du sol. Celui-là seul qui se sacrifie le plus absolument à la direction de la nation vers le but social ; qui se donne dans son infinie charité au bien de tous; qui puise dans la foi qui est incarnée en lui, et dans l’inspiration religieuse, la détermination de tous ses actes; celui-là seul est digne de commander aux nations chrétiennes.

C’est à lui que peut remonter la confiance des peuples. C'est à lui que doivent arriver toutes les recherches que font les cœurs sympathiques sur les souffrances,

158 «ÉCONDE PARTIE.

les misères (jue les classes pauvres endürent avec tant de patience et de résignation.

C’est lui qui doit appeler à son aide toutes les intelligences animées comme la sienne des ardentes sympathies pour la libération des pauvres, dans la communion spirituelle où ils doivent être appelés à se développer dans leur mission divine d’ent'ants de Dieu.

C’est lui qui , dans la prévision du but de perfection de l’avenir, doit combiner avec ces intelligences élevées la loi barmoniquc de la paix du monde, afin de transformer spi^ rituellement les institutions et les mœurs so-* ciales. Il dirige alors la hiérarchie dans foutes ses missions d’autorité par l’éducation, par la distribution des fonctions, et par la réaln sation de l’œuvre qui doit transfigurer le eosme pour l’offrir à Dieu digne de loi.

11 devient le dominateur souverain de tout ce qui agit pour la continuation de la création terrestre, commencée par Dieu.

H est enfin le juge de chacun, en le rétribuant pour sa bonne foi et sa bonne vo* lonté ; en le punissant pour son orgueil et son égoïsme ; ou en le graciant pour le a»*

SOCIÉTÉS MOSEBNIM. aSf

cHflce libre et repentant qui répare sa faute.

Ce César est donc le représentant de la puissance d’une nation duos ses rapports arec les autres nations, dans ses rapports avec Dieu, dans ses rapports avec ses propres membres. Dépositaire de la tradi-* tion d'un peuple, de sa richesse publique, de ses moyens d'activité, spirituelle et physique, il doit, dans son humilité, rechercher la consécration divine. Elle peut seule lui donner la force de supporter le lourd fardeau de cette responsabilité, Cl d’accomplir ce sacrifice absolu qui se donne tout entier, dans la plus complète abnégfalion de soi-même, à la conduite d'un peuple vers le but que Dieu lui a marqué.

Malheureusement, aujourdbui, en vain chercherait-on parmi les nations modernei un seul de ces hommes exerçant le pouvoir sur les peuples , qui marche dans cette voie, en se donnant ce but à atteindre. Les ministres , qu’ils choisissent datM les hommes politiques, pour en faire des exécuteurs de leur volonté, semblent prendre à tache d'outrepasser leurs maîtres

SECONDE PARTIE

et de les conflrmer dans leur aveuglement sur les destinées à venir des nations qu'ils gouvernent.

Enûn les hommes mêmes qui représentent le peuple souverain, dans le gouvernement qui se nomme représentatif, paraissent plutôt être en contradiction avec le peuple dont ils sont chargés de soutenir les intérêts par des propositions de lois organiques qui calmeraient les douleurs du pauvre , et lui donneraient la liberté à laquelle il a son droit de chrétien.

Mais c'est que ces hommes, faussement nommés représentants du peuple, ont des intérêts complètement contraires aux siens.

Ils ne pensent, en effet, qu’à conserver leurs prétendus droits de détenteurs de la fortune publique. Ils se font gloire d'être possesseurs de la richesse, de la terre, des instruments de travail, des moyens de commerce, du droit de naissance qui leur donne 1 héritage de toutes ces possessions, dont on peut jouir dans l’oisiveté. Enfin ils se présentent comme éducateurs et directeurs de la nation, et ils faussent l’intelligence de leurs enfants par

SOCTÉTES MODERNES.

l'éducation de la famille et par celle qu’on achète en leur laissant enseigner les moyens les plus adroits de satisfaire la cupidité, qui prélève la meilleure part du salaire dû au travail, au moyen du loyer de toutes ces richesses.

On voit par là quel cercle vicieux de mal un gouvernement inintelligent peut entretenir dans la vie d’une nation, en favorisant un obstacle qui se perpétue dans sa haine contre le bien et qui peut arrêter les peuples dans la perfection sociale du christianisme.

L’influence mauvaise de l’erreur du protestantisme et de la philosophie ricaneuse du dix-huitième siècle ont amené cette indifférence religieuse et nationale qui, lorsqu’elle descend des hautes classes dans le peuple, engendre tous les crimes de la dépravation.

En disant cela, nous n’avons pas l’intention d'accuser le peuple des désordres de l’immoralité qui désolent notre société. C’est un principe trop avéré aujourd'hui et trop bien reconnu de tous les hommes intelligents. que le peuple n’est jamais coupable,

•n 6EC0NDK PAHTn.

maie ceux qui l’enseignent et qui le gouvernent, par la hiérarebie. les écoles, les arts, le jugement. Ceux-là seuls , en effet, ont été coupables et le sont encore.

Oui, nous le disons dans toute la vérité de notre conscience, le peuple seul reste honnête et patient au milieu de tout ce désordre. Il garde à lui seul la probité de nos pères, la francbisp, celte noble vertu, dont le nom vient do notre nom de français; il a seul le sentiment profond de la nationalité française, dans la foi calboliquet il pratique seul ce dévouement cbrélicnqui souffre avec résignation la misère, ta douleur, et la peine du travail nialérieb il donne enfin à tous rexempledecbarilé chrétienne, car, dans su détresse, il ne trouble pas ceux qui l’exploitent dans la jouissance de l’œuvre qu’il a produite à la sueur de son front et aux pleurs de ses yeux voyant sa famille manquer de tout.

Disons encore que ce peuple est la partie la plus nombreuse de la société, et qu’il forme les trois quarts de la nation; que ce peuple produit do ses mains tout ce qui

SOCIÉTÉS MODERNES. tfti

sert comme nourriture, vêtement, habitation, ^ la conservation des classes aisées qui le renient. Disons qu'il donne à la richesse oisive qui Teiploile, tous les moyenj^le sa-^ tisfaire ses désirs de jouissances sensuelles et dépravées; qu’il apporte toutes ses œuvres à la folie du luxe, arrivée à son excès et débordant sur toutes les classes, qui laissent l'ouvrier mourir de . misère et .de faim.

Disons enÛD qu’il fournit le paiement de toutes les fonctions de l’administration publique, qui le punit sévèrement ou le tue à coups de fusil, quand il cherche à s’associer dans la charité chrétienne pour parer un peu plus facilement aux nécessités de sa vie.

Si ceux qui font les lois et qui sont sensés représenter le peuple dans le gouvernement représentatif, avaient quelque peu de cette charité chrétienne qu'on n’ose pas renier et qui vit dan.B le peuple, ils y trouveraient la voie où leur intelligence pourrait développer tout une loi organique de la société, protectrice pour tous, directrice et pratique pour chacun. Les premiers articles seraient ainsi :

SECONDE PARTIE

Ui

Celui qui travaille a le droit de conservation de la part de la société pour laquelle il a produit une œuvre. Il a le droit de conservation‘de sa vieillesse et de sa famillej il a le droit d’éducation de ses enfants.

Celui qui travaille dans sa bonne volonté, ayant dans le cœur la foi pour le but national, l’espérance de la perfection, la charité fraternelle, et qui est resté volontairement pauvre, a le droit politique.

Celui qui travaille (ainsi queje dit Saint- Paul dans la plupart de ses épîlres en parlant des disciples de Jésus Christ), soit par la prière qui appelle la grâce de Dieu sur ses frères ; soit par l’enseignement intellectuel et pratique de la parole divine; soit par la méditation qui pénètre les secrets des Mystères et permet de prophétiser; soit enfin qu’il travaille de ses mains pour donner à ses frères la liberté spirituelle ; celui-là accomplit et enseigne \dcpdito\Q de Jésus-Christ lorsqu’il impose à tous ses disciples le devoir de faire et d enseigner. Celui-là donc reçoit, pour ce devoir supérieur qu'il s’impose lui-mème dans un but élevé, le droit de re-

BocdrrÉs hooernu. mi

présenter ses frères, et il doit occuper la place que sa puissance active et dévouée lui donne dans la hiérarchie du travail social.

Si cette activité sainte et sacrée, révélée deux fois par le Verbe même de Dieu, est la mission divine donnée aux hommes pour l’éternité; s’ils sont enfants spirituels de Dieu qui les a comblés de ses dons dans sa munificence paternelle, en les créant de sa main à son image, en incarnant son Verbe en eux, en les inspirant de son Esprit saint; c’est la vérité immuable qui impose un devoir à toutes les nations.

C’est cette vérité de tous les temps : que l'homme accomplit une œuvre divine sur la terre, dans l’unité éternelle de la pensée de son Père céleste, et dans sa propre liberté, dans sa propre responsabilité, dans sa commune solidarité. ‘

C’est cette vérité de la mission donnée à tous, parle Verbe incarné, de marcher dans leur propre perfection à la réalisation de la volonté de leur père sur la terre. Cette volonté éternelle est, que les hommes ren-

IM 0BCOIfDS PAATn«

dent parfaite) par leur travail spirituel e| physique, la terre et la masse humainoi pour en faire une œuvre divine, oontinuant la création progressive en spiritualité que.

Pieu a commencée. C'est donc bien là l’œuvra conüée à Tbomme dans sa mission de médiateur entre Dieu dont il est l’image, et le monde qu'il représente dans tous les éléments divers de son unité.

Avoir sans cesse en vue la fraternité universelle pour en déduire les conséquences logiques de la solidarité entre les chrétiens, de la charité entre les membres d’une même société, et de la paix entre les hommes de bonne volonté j n’estce pas alors la fonction actuelle des pouvoirs représentants de ce peuple souverain appelé nation, patrie, pays, ou communion de fidèles? Cette association de frères, qui travaillent, dans l’abnégation d eux-mômes, avec patience et résignation, à l’œuvre marquée par le but national et le but divin qui ne sont et ne peuvent jamais être qu’un, sous la triple forme de la vérité, de la jus-^ tice et du bien accompli , n’a-t-elle, pas tou-

SOCIÉTÉS MommifEs.

jours sou droit primitif de représenter Thumaoité tout entière f N’a-t-elie pas toujours condanca à ces hautes inteUigences, à ces grands dévouements, à ces puissances] inspirées qui dirigent un peuple, le protègent et le glorifient?

Et si le pouvoir qu’elle a reconnu et accepté se trompe de voie et se dégrade luimême . ne le soumet^elle pas à sa souveraineté pour le rcjetter et proclamçr ellemême le droit, le devoir et la justice?

L’histoire de toutes les nations chrétiennes, orthodoxes ou hérétiques n’est-elle pas toujours la même? Le peuple qui travaille et meurt à la peine, ne réclame-t-il pas perpétuellement son droit de liberté chrétienne? et ne trouve-b-il pas toujours l’obstacle ti son droit dans l'institution païenne du passé, c<ODsacrant le droit de la race ?

Cepeudant il faut le reconnaître; cet obstacle est encore aujourd’hui le plus obstiné dans les nations protestantes ou schismatiques ; tandis que les nations catholiques sont bien plus avancées, sous le rapport du droit que doit acquérir le travail populaire.

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SECONDE PARTIE

Certes, TAngleterre, qui est restée à Torganisalion de son arrogante et rusée aristocratie, est la plus opposée à l’émancipation du peuple. L’Allemagne un peu plus sympathique aux idées françaises, et plus ébranlée dans sa hiérarchie aristocratique, est plus près d’entrer dans cette voie. Quant à la Russie, avec son empereur Prêtre et Roi tout à la fois comme conséquence du schisme grec, elle est classée comme la plus arriérée des nations topographiquement et politiquement. En effet, le peuple y subit le servage encore en pleine vigueur, et la férocité de la force est toute la puissance de son gouvernement. La Suède et le Danemarck , perdus dans les glaces de la mer du nord ne sont guères plus avancés que la Russie, et bien qu'ils soient seulement protestants, ils n'ont pas plus qu’elle l’intelligence de la pratique politique du christianisme.

En remontant aux nations catholiques, on trouve une progression ascendante vers la tendance à la réalisation chrétienne.

Elles sont toutes posées comme des gar-

SOaÉTÉS MODERNES. 26*

diens fidèles ou des missionnaires vigilants, vers l’ancien monde à l’orient et au midi, et vers le nouveau à l’occident.

L'Autriche , endormie dans sa gloire de l’empire de Charlemagne que son empereur croit représenter, semble une barrière établie pour dél'endre le catholicisme contre l’union du schisme grec de la Russie et du mahométisme de Constantinople, ou contre la guerre conquérante qui rendrait l’un ou l’autre plus puissant. Aussi l’Autriche ne pense-t-ellc pas à marcher en avant, elle est tournée vers le passé.

L’Espagne,cecôlé méridional del'Europe qui regarde l’Afrique, a usé sa force à lutter contre les Maures et n’en a plus trouvé pour se réformer elle-mème chrétiennement. Elle a pris le mauvais côté des révolutions : la violence et la versatilité.

L'Italie a voulu lutter contre l’oppression, mais n’ayant pensé qu’à s’affranchir du joug allemand , elle a échoué ; et sans doute cette terre, si riche en œuvres spirituelles des arts chrétiens, attend un nouvel avenir dans cette noble voie.

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