‹ Doctrine religieuseChapitre 24 sur 28 · PAR LE VÉN. P. FR LOUIS DE GRENADE DE L'ORDRE DES FRÈRES-PRÊCHEURS · texte numérisé non relu

PAR LE VÉN. P. FR LOUIS DE GRENADE DE L'ORDRE DES FRÈRES-PRÊCHEURS

I. — Douze principales choses qui sont nécessaires à ceux * qui veulent servir Dieu.

Je sais que bien des personnes désirent avoir toujours présents à leur mémoire les points les plus importants de la vie spirituelle qu’elles veulent mener; je ferai donc en sorte de vous marquer dans ce chapitre et dans le suivant les choses les plus nécessaires et les plus essentielles que vous devez faire, ou que vous êtes obligés d'éviter. Je le ferai le plus brièvement que je pourrai, afin que vous n’ayez qu’un abrégé dans lequel, comme dans un tableau, vous puissiez voir en quelque sorte d’un seul regard vos obligations les plus indispensables et les plus nécessaires. Nous commencerons par les choses que vous devez faire.

La première qui se présente, c’est de faire tout votre possible pour marcher toujours en la présence de Dieu,

(1) Liv. IV, chap. vi et vu. (Traduction de M. l'abbé P, — Lyon, Guyot, 1831.)

car il est clair, d'après la doctrine des Saints, que l’homme ne saurait rien entreprendre d’agréable à Dieu , à moins que Dieu lui-même ne ly dispose et ne l'y excite le premier. Or si vous ne pouvez pas vous y entretenir continuellement, du moins, le jour et la nuit, élevez souvent votre esprit et votre cœur vers lui par quelques courtes prières remplies d’humilité et d'amour; demandez-lui son amour et sa grâce, bien persuadés que vous ne pouvez rien sans son secours.

La seconde chose que vous avez à faire, c’est d'imiter l’abeille : parmi les fleurs qu’elle parcourt, elle a soin de ne prendre que quelque suc qu’elle porte dans sa ruche; ainsi dans toutes les choses qui se présenteront devant vous, soit occupations, soit lectures, soit conversalions, vous tâcherez de recucillir quelques pieuses et dévotes considérations dont vous composerez le miel du divin amour. Travaillez donc de toutes vos forces à faire que, comme le feu vient à bout de consumer et de convertir en sa propre nature tout ce qu’on lui jette, même l’eau, qui est l'élément qui lui est opposé, même le fer, qui est le plus dur des métaux, de même, votre cœur soit tellement embrasé de l'amour de Dieu, que toutes les choses de ce monde, de quelque nature qu’elles soient, servent de matière pour augmenter en vous ses flammes et son ardeur.

La troisième, c’est, si vous avez le malheur de lomber dans quelques fautes, ou que vous sentiez vos forces diminuer et s’affaiblir, de ne pas vous laisser aller au

découragement; de ne point vous laisser vaincre par les tentations, mais de vous tourner aussitôt vers le Seigneur; de reconnaître humblement votre misère devant lui; d’implorer sa bonté et sa miséricorde; de faire de votre côté tous vos efforts pour rentrer dans votre premier état de ferveur, et de poursuivre avec un courage invincible ce que vous aviez commencé.

La quatrième chose qui vous est nécessaire, c’est d’avoir toujours, dans tout ce que vous ferez, la plus grande pureté d'intention; par conséquent, de peser et d’examiner scrupuleusement toutes vos paroles, toutes vos actions, toutes vos démarches el même toutes vos pensées; de bien connaître les vues, le but et l’intention que vous vous y proposez; de faire tout votre possible pour que votre intention soit pure et droite, qu’elle ait continuellement Dieu pour fin et pour terme; de rapporter à sa gloire tout ce qui partira de votre esprit, de votre corps et de votre volonté, et de vous offrir à sa majesté non-seulement une fois le jour, mais toutes les fois que vous commencerez quelque chose.

La cinquième, c'est, dans les temps heureux de la paix et de Ja tranquillité, de vous préparer et de vous tenir prêts à soutenir et à recevoir avec humilité et courage les orages et les tempêtes qui pourraient encore s’élever contre vous; de vous défier de la promptitude et de la colère; car il arrive rarement que ces affections de notre âme puissent nous être uliles et nous servir à quelque chose : il serait vraiment extraordi-

naire qu’elles produisissent quelque bien; elles laissent au contraire presque toujours la conscience dans le trouble et dans l'agitation, parce qu’il n’est pas aisé de connaître si elles nous ont portés ou non à quelque excès, Dès lors, puisque ces affections de l’âme nuisent plus qu’elles ne servent à notre avancement.spirituel, il est évident que, si vous travaillez à les soumettre au joug de la raison, vous vous procurerez un repos plus parfait.

La sixième chose à laquelle vous devez faire attention, c’est, si vous n'êtes ni père de famille ni supérieur, de détourner vos yeux des imperfections des autres, et de ne voir que vos propres défauts; car en examinant les défauts des autres, vous vous laisserez facilement et même ordinairement aller à des sentiments d’orgueil, à des mouvements de colère, à des jugements léméraires, à des actes d’un zèle imprudent et à diverses autres choses qui souillent et troublent la conscience; tandis qu’en ne considérant que vos misères, vous entrerez dans des sentiments d'humilité, vous aurez honte de vous-mêmes, votre cœur sera couvert d’une confusion salutaire, et se remplira de la crainte du Seigneur.

La septième, c’est de purifier votre cœur de toute affection pour les choses périssables de ce monde, non-seulement pour celles qui regardent l'esprit, mais encore pour celles qui sont nécessaires au corps, et de vous attacher entièrement et uniquement à Dieu. Et remarquez-le bien, plus vous ferez de progrès dans

cette heureuse disposition, moins vous parliciperez aux misères humaines, et plus vous deviendrez semblables à Dieu. En effet, les âmes qui s’affectionnent avec excès aux choses périssables sont inconstantes, et passent . comme les choses qu’elles aiment; tandis que les âmes qui ne s’affectionnent que pour Dieu et qui n’aiment que lui, participent, en leur manière, à la fermeté et à la stabilité de Dieu. Tâchez encore de vous retirer de la multitude des affaires; car, bien qu’elles ne soient pas mauvaises en elles-mêmes, si elles vous occupent trop ou qu’elles vous accablent par leur grand nombre, elles rempliroht votre cœur de trouble et de dissipation, et l’empècheront de trouver en Dieu une paix et un repos parfaits. à

La huitième chose indispensable pour vivre saintement, c’est d’avoir continuellement les yeux fixés sur la vie, sur les actions, sur la doctrine, sur la conversation, sur la Passion et sur la mort de Jésus-Christ, sur les divins exemples qu’il nous a donnés de toutes les vertus, sur son humilité profonde, sur sa charité ardente, sur sa miséricorde compatissante, sur son obéissance parfaite, sur son extrème pauvreté, sur son étonnante austérité, sur son mépris absolu du monde, et sur le désir violent et l'amour infini qu’il a eu de notre salut.

La neuvième, c’est de travailler avec un zèle constant et infatigable à vous procurer et à posséder l’abnégation de vous- mêmes; de vous consacrer et de vous

abandonner à Dieu d’une manière si parfaite, que vous puissiez donner la mort à votre propre volonté, et mériter que celle de Dieu règne uniquement sur toutes les puissances de votre âme et les affections de votre cœur, Ce sera par ce moyen qu’il règnera en nous et que nous règnerons en lui. Sachez donc que c’est ici la plus utile de toutes les résolutions qu’il vous soit possible de prendre dans les circonstances de cette vie, soit que, selon les desseins de Dieu, elles soient heureuses ou maiheureuses, tristes ou agréables, douces ou amères.

La dixième chose qui doit vous être de la plus grande utilité dans la pratique de la vertu, c’est dans toutes vos affaires, dans toutes vos inquiétudes et dans tous vos travaux, de recourir à Dieu avec humilité, soumission et confiance : il est votre Père; or fut-il jamais un père aussi puissant et aussi miséricordieux que lui? Adressez-vous donc à lui avec les sentiments d’un enfant véritable; confiez tout ce qui vous regarde entre les mains de sa Providence; tout ce qui vous arrive, recevez-le comme vous venant de sa tendresse toute paternelle; chassez loin de vous toute pensée fâcheuse et importune, et jetez-vous sans crainte dans les bras de sa miséricorde,

La onzième, c’est de vivre dans une perpétuelle reconnaissance des bienfaits que vous avez reçus de la libéralité du Seigaeur; de lui rendre sans cesse des actions de grâces pour les faveurs grandes et petites qu'il vous a faites; de ne pas tant considérer la qualité

des dons qu’il vous a accordés que votre indignité, la grandeur de Celui qui vous en favorise et l’amour qu'il a pour vous; car il ne nous donne pas les choses qui nous paraissent petites avec moins d’amour et de tendresse que celles qui nous semblent plus importantes.

Enfin la douzième chose qui vous est nécessaire, c’est de prendre une ferme et généreuse résolution de retrancher absolument et d'abandonner entièrement toutes les choses spirituelles et corporelles qui seraient le moins du monde capables d'apporter quelque obstacle à votre avancement dans la vertu, comme une trop grande amitié ‘pour certaines personnes, certaines études, certaines conversations, certaines familiarités, certains livres, etc., quoique toutes ces choses ne vous paraissent que spirituelles. Mais si vous vous apercevez que réellement vous avez trop d'affection à toutes ces choses, et qu’elles vous empêchent de faire des progrès dans la vertu, oh! alors il ne faudra pas balancer ni hésiter à en faire le sacrifice.

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