II. — Douze principaux défauts que l’on doit soigneusement
éviter.
Il est bien sûrement un grand nombre de défauts qui s'opposent à l'avancement qu’on ferait dans les voies de Dieu, et qui font que beaucoup de personnes, avec les meilleures intentions d'y faire des progrès, se trouvent après plusieurs années telles qu’elles étaient au commencement, Nous nous contenterons ici de vous en faire connaître douze principaux, afin qu’en vous regar-
dant comme dans un miroir, vous puissiez apercevoir les taches de votre conscience, reconnaître les causes qui empêchent vos progrès dans la vertu et y remédier convenablement,
Le premier défaut que nous avons à vous signaler, c’est un trop grand amour pour les affaires et pour les occupations extérieures. Or cet attachement excessif dissipe votre cœur et le prive des visites et des consolations intérieures de l’Esprit-Saint; car personne ne peut trouver hors de soi-même ce qu’il ne doit chercher qu'en soi.
Le second défaut, c’est de vous montrer d’un accès trop facile à tout le monde. Les personnes, en effet, qui sont nées avec cette disposition et qui s’y complaisent ne savent point, quand il le faudrait, se débarrasser des entretiens et des affaires qui gênent la piété. C'est ainsi que, pour ne pas manquer aux bienséances qu’on croit devoir à ses amis, on perd un temps précieux et l’on manque à d’excellents exercices de dévotion, et que, pour vouloir trop plaire aux créatures, on s'expose à déplaire et l’on déplaît en effet au Créateur.
Le troisième défaut, c’est de n’être pas assez rempli d’humilité devant Dieu et de se comporter avec trop de liberté en sa sainte présence ; c’est ainsi qu’on perd peu à peu celte retenue et cette modestie respectueuses qu’on lui doit, et qu’on oublie que ces deux vertus sont les filles chéries de l'humilité et les mères fécondes des progrès dans la verta.
Le quatrième défaut, c’est de s'appliquer avec une ardeur inconsidérée aux différentes choses qui occupent la vie présente, et de suivre plutôt l’impétuosité de l’esprit que les règles de la prudence et de la raison, Mais qu'arrive-t-il de à? Cette ardeur excessive fait perdre la paix et le repos du cœur ; elle est même nuisible aux affaires dont il s’agit, car elle empêche qu’on ne les considère assez attentivement et avec assez de maturité. Il n’y a donc rien de plus vrai et de plus sensé que l’avis que nous donne le Sage : Ceux, dit-il, qui ont les pieds trop légers ne manquent jamais de faire quelque chute (4). Tàchez donc en toutes choses de n’agir toujours qu'avec une raison saine et tranquille, qui est la compagne inséparable de la prudence.
Le cinquième défaut dans lequel on tombe, pour ainsi dire, sans s’en apercevoir, c’est de trop présumer de soi-même et des bonnes œuvres que l’on pratique : tel fut le vice du pharisien de l'Évangile ; la bonne opinion qu'il avait de ses mérites le portait à mépriser les autres (2) ; mais en se conduisant de la sorte il se priva du fondement de toutes les vertus, je veux dire de Phumilité.
Le sixième défaut consiste à juger mal du prochain, et à condamner avec une légèreté révollante ses actions et sa conluile, Or peut-on rien concevoir de plus capable de refroidir et mème d’éteindre la charité dans
(1) Pyov., XIX.
(2):Euc, xvur.
—"437 — les cœurs? En effet, le bien que nous souhaitons à nos frères n’a-t-il pas son fondement dans la bonne opinion que nous avons d’eux ?
Le sptième défaut vient de ce que la plus grande partie des affections de notre cœur est pour les choses et les affaires de ce monde : de là il arrive que l'amour de Dieu se retire de nous et finit quelquefois par nous abandonner ; du moins le Seigneur ne nous fait plus sentir avec la même libéralité les bénignes influences de son amour.
Le huitième défaut, c’est de se livrer avec dégoût au saint exercice de l’oraison. Oh ! combien en est-il qui commencent cet exercice sacré avec paresse, qui le continuent avec tiédeur, et qui le terminent sans fruil! Faut-il, d'après un tel état de choses, être étonné que ces pauvres personnes soient privées des consolations célestes, et n’aient qu’une dévotion faible et languissante ?
Le neuvième défaut vient de ce qu’on se pardonne trop facilement, qu’on use d’indulgence pour soi-même, et qu'on se relâche dans la mortification et la destruction du vieil homme. Il vivra difficilement pour Dieu celui qui vivra ainsi pour lui-même ; et comment pourrait-il être transformé en Dieu, le chrétien qui ne travaille pas tous les jours à mourir à lui-même ?
Le dixième défaut consiste à ne pas assez s’appliquer à vivre dans le recueillement et à s’habituer à la dissipation de l'esprit et du corps. Dans ce funeste état