‹ Documents authentiques et inédits pour servir à l'histoire de la marine normande et du commerce rouennais pendant les XVIe et XVIIe siè cles [microforme]Chapitre 12 sur 24 · PAT 7 SE · texte numérisé non relu

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Grdce, après y avoir reçu son plein chargement et cingler droit à Portugalette, à la Rochelle, à Anvers : et revenir au quai de Rouen. — Le prix du fret est de 14 livres par tonneau et 50 livres pour les chausses du capitaine.

Thomas Leblond, maître de la nef La Louise, du port de 65 tonneaux, l’affrète à André de Malvende, pour faire voyage à Calix, Gibraltar, Carthagènes, Alicante, revenir à Calix et de là au Hdvre de Grâce ou Hävre neuf, pour de là revenir à Rouen.

Pierre Baïgnares, à son retour de Mailloque, vend un quart et un seizième lui appartenant dans le navire Le Jacques, flottant au Hdvre de Grdce.

François Legrin, demeurant à St Denis du chef de Caux, capitaine de {a Marie, du port de Françoise de Grâce, armée en guerre, a fait un voyage durant lequel il a pris en mer deux navires espagnols ; mais cette prise fut déclarée nulle parce que les navires capturés appartenaient à Jean de Quintanadoine, André de Malvende, Melchior de Mouchique et François Dangoule de Rieux, Espagnols naturalisés Français et demeurant à Rouen.

Raoulin Dehors, demeurant à Quillebeuf, maître du navire la Julienne, de 80 tonneaux, de présent au Hävre de Gräce, appareillé pour aller à Bordeaux se charger de vins et les rapporter à Rouen. (1) ;

Ces quelques notes présentent à peu près la liste de tous les navires qui de 1535 à 1543 apportèrent

(1) Tabellionage, 2 octobre 1535 ; 22 mai, 2, 8 juin, 11 décembre 1536; 22 avril 1539; 4 avril, 15 juin, 30 juillet 1541; 22 novembre 1542; 10 avril, 5 décembre 1543.

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des marchandises au port du Havre ot elles suffisent pour donner une idée du peu de commerce qui.s’y faisait jusque-là.

Mais en 1544 et 1545 les grands armements pour la guerre que François Ier rêvait imprimèrent, non seulement à la nouvelle ville Françoise de Grdce, mais aussi à celles de Rouen, d'Honfleur et de Dieppe, un mouvement extraordinaire. La Seine entre Rouen et le Havre, pendant ces deux années, fut littéralement presque toujours couverte de navires, petits et grands, dont le tonnage variait depuis 25, 80, 40 tonneaux jusqu’à 80, 100 et 120. Les actes de vente et d’affrètement de navires ne se comptent plus tant ils sont nombreux dans les Registres du Tabellionage, et l’on y voit que ces navires appartenaient en nombre à peu près égal aux ports de Rouen, du Havre et d'Honfleur.

Mais, disons-le, ce grand mouvement maritime nuisit beaucoup plus au développement du commerce qu'il ne le favorisa. Autant de navires enrôlés dans l’armée navale, autant de moins restaient disponibles pour le commerce, et, tant que dura cette malheureuse fièvre guerrière, on ne vit plus ni contrats d’affrètement, ni emprunts à la grosse, ni entreprise commerciale.

Quänt aux 150 navires de guerre et 26 galères que le Roi faisait construire, la ville de Rouen s’en ressentit fort peu. C’est pourquoi mes notes ne révèlent que des détails sans beaucoup de valeur sur quelquesunes de ces constructions. J’ai dit plus haut, en parlant de l’armateur Ango, la mission dont il avait été chargé en 1544 pour l’avitaillement de plusieurs de

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ces navires, mais je n'ai pas parlé des galères qui étaient alors en construction à Rouen et au Havre-de- Grâce. Voici le peu que je sais sur ce point : En 1544, le sieur Pierre dè Caulx (ou de Vaulx), était capitaine général des galères du Roi; c’est sous sa direction que six de ces galères furent construites, il en distribua l’entreprise entre trois chantiers, l’un à Rouen, l’autre au Havre, et le troisième au port des Damps, près Pont-de-l'Arche. L’entrepreneur fut un Italien, nommé Baptiste Auxilia.

Pour les deux galères de Rouen, Auxilia établit son chantier au Vieux-Palais, mais comme il ne pouvait seul mener à fin l’entreprise pour le temps fixé, {l sous-traita avec Jean Letailleur, maître avironnier, Charles Hébert et Gohorel, maîtres charpentiers à Rouen; on voit même que ces sous-traitants soustraitèrent encore avec d’autres gens du métier, car, suivant un marché du 28 mars 1544, Letailleur s’associaseptautres avironniers qui s’engagèrent à lui fournir tous les avirons nécessaires pour équiper nonseulement les deux galères en construction au Vieux- Palais, mais encore les deux autres qu'Auxilia avait entreprises au Havre. Ce marché fixe à quinze sols le prix de façon de chaque aviron, mais il y est stipulé que les sept avironniers, tout en paraissant toucher 15 sols, n’en recevront que 14, parce que le sol passant demeurera au profit dudit Letailleur (1).

La construction des galères paraît avoir été poussée avec une certaine activité, car, dès le 5 juin 1544, je trouve Baptiste Auxilia devant les tabellions de

(1) Tabellionage, 23 et 24 mars 1544.

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Rouen et signant un acte par lequel Jehan Bloquetot et Cardin Delavallée, maréchaux de blanche œuvre. à Rouen, s’obligent à lui fournir « quatre grappins « pesant chacun 500 livres et toute la féraille sans « exception, tant en clous de toute sorte que toutes « autres ferailles qui sont nécessaires pour achever « et paragréer les deux galères que ledit Auxilia a « entreprises à Rouen et qui sont commencées. En « ce compris les chaînes qui seront nécessaires pour atta- « cher les forçats. Blaquetot et Delavallée devront, en « outre, établir une forge auprès desdites galères « afin qu'Auxilia ait toujours sous la main les choses « nécessaires. Pour quoi il leur sera payé 14 deniers « la livre qui est 116 sols 8 deniers pour chaque cent « pesant. »

Dans les mois qui suivirent on s’occupa de l’avitaillement et de l'armement de ces galères,

Je vois, en effet, Pierre de Saint-Martin, lieutenant du baron Saint-Blancart, capitaine de trois des galères du Roi, charger Guillaume Leprevost, sieur de Boscle-Hard, d'acheter pour l’avitaillement de ces trois galères :

« 200 queues de cidre,

« 40 muids de blé,

€ 5 muids de fèves,

« 5 muids de pois blancs,

« Du lard'et autres chairs soit salées soit sur pied, « comme bœufs, moutons et pourceaux (1). »

Jean Blondel, brasseur à Saint-Martin-de-Canteleu, hameau de Croisset, vend, pour les mèmes galères, 50

(1) Tabellionage, 27 mars 1545.

tonneaux de bière, bonne et pouvant se garder trois mois, moyennant 450 livres ; Dieppedalle, brasseur au même lieu, vend également 50 tonneaux de bière pareille pour le même prix, et Jean Leprevôt en vend 80 tonneaux.

Le 2 mars 1545, Alexandre de Manille, capitaine des deux galères du Roi, étant surles quais de Rouen, reçoit du sieur Voisin, trésorier de la marine, 47925 livres « pour la solde et entretenement des deux « galères qu'il a soudoyées, qu'il entretient et sou- « doie à ses dépens pour le service du Roi, pendant « les mois de janvier, février et mars (1). »

Jean Paquet reçoit 145 livres et un écu pour avoir voituré de Compiègne à Rouen, par eau, cinq canons, six batardés, tous les affûts, rouages, palenneaux et leur équipage et 20,000 livres de poudre, le tout pesant 80,000 livres, à raison de 30 solz par mille.

L'une des galères dont il a été parlé plus haut, La Couronne , avait été construite au port des Damps, près Pont-de-l'Arche, et d'après quelques actes du tabellionage, cette galère parait avoir été décorée avec un certain luxe; on voit en effet noble homme Pierre de Caulx, capitaine général des galères du Roi, commander à Gautier Du Sailly, Robert Clerot, Jean Jollis, menuisiers huchers à Rouen, deux planchers en bois de noyer pour la galère quadrilaine nommée La Couronne, l’un pour la chambre, l'autre pour le cabinet, avec les revêtements des bancs et couches moyennant le prix de 260 écus d'or

soleil.

(1) Tabellionage, 2 mars 1545.

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Le même jour il fait marché avec Nicolas Quesnel, Guillaume Bony, Richard Lerebours et Guillaume Tranchelion, Tailleurs d'images à Rouen, par le prix de 150 écus d’or soleil, « pour tailler et agréer un compartiment de bois de noïer sec, tout à l'entour des tableaux qu'il convient mettre en la chambre ot cabinet de la galère L@ Couronne; lequel compartiment aura deux pouces et demi d'épaisseur, y compris la taille qui aura deux pouces de relief. Le tout sera fait conforme aux plan et devis ; mais les portraits ne seront pas plus chargés d'images que ceux du devis ; les quelles images seront différentes comme le peintre les figure et seront de 28 pouces de hauteur (1). »

D'après ces détails sur les sculptures qui garnissaient la chambre et le cabinet de La Couronne, on peut conjecturer que la décoration de cette galère avait été soignée d’une façon toute particulière, et il serait intéressant de retrouver quelque vestige de ces tableaux et de ces images hautes de 928 pouces ; mais qui les découvrira ? Peut-être dans l’un de nos ports militaires, parmi ces vieux débris dispersés que notre musée maritime conserve si précieusement, y aurait-il quelque chance de retrouver les tableaux de La Couronne? Rien ne dit que cette découverte soit impossible. ;

En 1545 la construction des principaux navires du Roi était terminée; on avait pourvu à leur armement

dans un paragraphe spécial au fameux Dieppe, la part qu'il avait prise à leur ile ont.

(1) Tabellionage, 12 janvier 1545.

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Il ne restait plus, pour terminer, qu’à faire la

toilette des navires, c’est-à-dire à faire confectionner les drapeaux et les orifiammes aux couleurs adoptées par François Ie’.

Voici, sur ce point, quelques notes qui ne me pa-

raissent pas dénuées d'intérêt :

Je trouve d'abord, à la date du 1e juin 1545, un

marché passé devant les notaires de Rouen, aux termes duquel « Isabeau Baïillehache, frangière et « marchande publique, épouse de M° Jacques Du-

four, notaire en la Cour ecclésiastique, s’oblige envers messire Charles de Moy, chevalier seigneur de La Mailleraye, vice amiral de France et commissaire pour le Roy en cette partie, à faire, fournir et livrer dans trois semaines toutes les franges de laine des couleurs du Roi et d’autres couleurs qui sont données en échantillon ; desquelles franges il en faudra pour les marmoutures et étendards des navires du Roy jusqu'à deux mille aunes, moyennant le prix de six deniers par aune de la petite frange de laine pour les étendards, et deux-solz par aune de la grande frange pour les marmoutures; s’est aussi obligée à fair les franges de soie des enseignes des navires des couleurs et des soies qui lui ont été baïllées par le seigneur de La Mailleraye du poids de onze livres et demie dont elle tiendra compte et rendra soit œuvrée soit en reste, Et lui sera payé cinquante solz par livre de soie mise en œuvre. »

Le 5 du mème mois de juin « Charles Baratte, peintre à Rouen, s’oblige envers le même Charles de Moy à peinüre 78 enscignes de tafetas des cou-

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