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ment et soutinrent que ces derniers n'avaient pas le droit d'innover Mais l'intérêt public devant toujours primer l'intérêt particulier, le Parlement ordonna une enquête sur cette question: quel est le plus avantageux pour le commerce que les bonnets soient foulés à la main et au pied, ou au moulin ?
L'enquête dura trois ans et après beaucoup d'incidents un arrêt du 30 mai 1544 décida que les bonnetiers pourront donner à la foulerie du moulin tous les bonnets à fond simple, mais qu'ils devront donner tous les autres bonnets à fouler à la main et au pied. Ils placeront au fond de chaque bonnet une marque pour indiquer ceux qui ont été foulés au moulin et ceux qui ont été foulés à la main et au pied.
Il ordonna aux uns et aux autres de s’en retourner en leurs maisons et leur défendit de plus s’injurier ni quereller sous peine d'amende et de prison.
La question ainsi tranchée entre les bonnetiers et les foulonniers devait renaître, mais beaucoup plus tard, entre les. drapiers de Rouen et de Darnétal, et les foulonniers au moulin, les foulonniers à la main et les foulonniers au pied; ce fut à l’occasion des draps et des serges.
A l’imitation des bonnetiers, les drapiers avaient fini par donner presque tous leurs draps à fouler au moulin, en sorte que les pauvres foulonniers à la main et au pied, qui étaient alors fort nombreux, se trouvèrent insensiblement privés de travail et tombèrent dans une profonde misère. Dans leur détresse, ils invoquèrent l'appui du Parlement, mais cette cour, par un arrèt du 8 juillet 1599, décida qu'il
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G'était assurément la ruine des fouleurs au pied ou à la main, carla fabrique trouvant plus d'économie à faire fouler au moulin devait naturellement préférer ce système à l'ancien et c'est ce qui arriva.
Cela dura jusqu’à l'année 1636 ; mais alors la con. currence anglaise était devenue si redoutable que fabricants et ouvriers étaient menacés de ruine. Les ouvriers surtout, au nombre de plus de sepf mille, rien que dans la ville, faisaient entendre des cris de menace et se révoltaient. De leur côté les faulonniers au pied et à la main assiégeaient le Parlement et le pressaient par leurs doléances.
En ces pénibles circonstanees, la cour, à la date du 24 avril 1636, après avoir entendu les fabricants drapiers de Rouen et ceux de Darnétal, mue par un sentiment d'humanité, rendit entre les parties un arrêt de règlement aux termes duquel les fabricants de draps étaient tenus à faire foulerau pied la sigième padce de draps de leur fabrication.
Aucune des parties en cause ne fut satisfaite de cette décision, les fabricants moins encore que les ouvriers fouleurs au pied; cependant on l’exécuta tout d'abord; mais au bout de cinq à six ans les fabricants s’y refusèrent tout à fait, Le moulin à fouler, disaient-ils, n'existe pas seulement à Rouen, ilest à présent en tous lieux; d’ailleurs, le drap ainsi foulé est mieux dégraissé, mieux préparé pour la
teinture, il a plus de lustre, il rend davantage et coûte bien moins cher ; il est vrai néanmoins que celui foulé au pied est meilleur, mais la concurrence est telle que nous ne pouvons continuer à fabriquer dans les conditions imposées par l’arrêt de 1636 et si l’on persiste à nous obliger à les subir, nous quitterons la ville et nous irons nous établir ailleurs. Le Parlement, à qui ces réclamations étaient adressées le 15 septembi:e 1642, ne voulut rien changer au règlement de 1636 et se borna à ordonner pour la forme une nouvelle enquête. Mais c’en était fait désormais des foulonniers à la main et au pied ; des perfectionnements avaient été apportés au moulin et tout autre système était désormais impossible. Cependant il restait encore en l’année 1654 environ cinq à six cents foulonniers à la main; de temps à autreon leur donnait encore quelques pièces à fouler, mais si peu, qu'il leur était impossible de vivre avec le produit, c'est du moins ce qu'ils vinrent exposer au Parlement qui s'était assemblé exprès pour les entendre, le 18 mars 1654. Les maîtres drapiers, dûment convoqués, étaient présents; ils répondirent que si les fouleurs au pied, au lieu de ne travailler qu'une heure par jour et d'aller ensuite passer le reste du temps à la taverne et y dépenser ce qu'ils ont gagné, tandis que leurs femmes et leurs enfants sont obligés d’aller mendier pour vivre, si au lieu de cela ils avaient voulu travailler, on n'aurait pas été forcé d’avoir recours aux moulins qui ont élevé le prix de leurs salaires jusqu’à 35 et 40 solz par jour. Ils n’ont donc qu’à s’en prendre à eux-mêmes sileur sort est devenu si misérable. Ce fut, je crois, le der-
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On voit par cet exemple combien il était difficile alors de sortir de la routine, même quand il s’agissait d’une amélioration ou d’un progrès incontestable ; car il est évident que le foulage des draps au moulin offrait à l'industrie drapière le double avantage de la célérité et de l’économie. Et cependant, avant d'arriver à quelque chose d'à peu près définitif, les fabricants durent plaider contre les fouleurs à la main pendant plus de einquante-cing ans! C'est que chaque moulin avait sa maîtrise et trouvait dans ses statuts une sorte de privilège sur certains travaux que nul autre métier n'avait le droit de lui enlever.
Par exemple, il existait sur la paroisse Saint-Gervais de Rouen, deux fortes corporations, celle des tapissiers et celle des toiliers. Les tapissiers tissaient des tapis de table et de pied en laine et fil. Les toiliers, ayant prétendu trouver dans leurs règlements le droit de tisser aussi des tapis en laine. se mirent à en fabriquer. De là surgit tout naturellement un gros procès. Les toiliers exhibaient une charte du 16 octobre 1398 ; mais le Parlement, n’y ayant point vu ce que les toiliers prétendaient y voir, leur permit de faire des tapisseries en pur fil et leur défendit de tisser en laine Deux arrêts du 7 juillet 1556 et 8 murs 1857 mirent fin à la lutte.
Cependant, dès 1571, la concurrence étrangère commençait à troubler la quiétude des fabricants rouennais ; c’est pourquoi, dans l'espoir de la combattre, ils avaient songé à lui en opposer une par la contrefaçon de ses produits. Le 1®7 février de cette
mème année, le Parlement ordonna une enquête sur les moyens et la commodité de faire les serges et les escots façon de Florence. Mais c'était sur les draps que la concurrence devenait redoutable ; les Anglais en apportaient à Rouen des quantités considérables qu'ils vendaient pendant les foires à bas prix. Ainsi, tandis que les marchands drapiers de Rouen vendaient leurs draps à raison de 9 à 10 livres l’aune, les Anglais vendaient les leurs au prix de 50 à 60 sols.
La lutte était donc difficile dans de telles conditions et il ne restait à nos fabricants qu’à demander au Parlement d'interdire les foires et les halles aux Anglais; mais cette cour n’accueillit point leur demande, et, par un arrêt du 1° février 1601, elle décida que très humbles remontrances seraient faites au Roi sur ce point, et que, néanmoins, il serait permis aux Anglais d'exposer et vendre pendant un mois leurs marchandises, sauf à confisquer les draps qui seraient trouvés vicieux.
Cet arrêt blessait profondément les intérêts rouennais, déjà si compromis depuis quelques années; la draperie était alors dans un état de décadence telle que, dans un procès entre les drapiers et les tapissiers, M. Duviquet, avocat général, prononça ces paroles : «Le métier de draperie était si bon autrefois que l'on vendait l’aune d'écarlate quarante et cinquante livres, tandis qu'aujourd'hui elle ne se vend plus que 17 à 18 livres, bien qu'elle soit plus belle et d'une main plus déliée » (arrêt du 8 mai 1612).
Cependant, nos fabricants, si rudement atteints par l’arrèt de 1601, ne se découragèrent pas ; la lutte éveilla même chez eux une vive émulation.
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L'un d'eux, Paul Pinchon, entrepreneur de manufacture, teinture et apprèts des futaines, façon d'An: gleterre (1), et qui, indépendamment de sa maison de Rouen, avait des établissements à Tours et à Paris, fit venir du comté de Suffolk un habile ouvrier, nommé Charles Morice et se l'attacha par un engagement de deux ans, aux termes duquel Morice s’obligeait à le bien et fidèlement servir et s’employer à travailler des grandes forces et autres outils, pour lainer et friser les futaines à la façon d'Angleterre (1), sans que ledit Morice pùt montrer ledit art et science d'apprèter ainsi lesdites futaines à personne, sous peine de 800 livres d'amende ; ses gages furent fixés à cent livres par an, la nourriture et le logement ; c'était énorme pour l'époque, comparativement aux salaires que l’on donnait habituellement aux meilleurs ouvriers engagés dans des circonstances analogues, L'établissement de Pinchon réussit à merveille et prit un rapide développement ; il fit venir de nombreux ouvriers d'Angleterre et se mit à teindre, fricer et apprêter non-seulement les futaines, mais aussi les basins ; puis, quand il se fut assuré que l'appui du commerce rouennais ne lui ferait point défaut, il s’adressa au Roi qui, par lettres patentes, enregistrées au Parlement le 19 janvier 1609, lui accorda un privilège de 10 ans, avec permission d'établir, tant à Rouen qu’à Paris, Tours et Troyes, ses ateliers pour: teindre, friser et apprêter les futaines et les basins à la façon d'Angleterre. Il eut
(1) Tabellionage, 29 mars 1807.
bien à soutenir quelques procès contre les tondeurs, mais il s’en inquiéta peu.
À l'exemple de Pinchon, les drapiers voulurent sortir de l’ornière ; le discrédit du drap les fit ajouter à leur fabrication celle des serges ; ils inventèrent les serges à poil, contrefirent les serges de Beauvais et de Florence et se mirent également à fabriquer des frocs. Bientôt les drapiers de Bolbec, Gruchet, Bacqueville, Grainville etd’autres pays circonvoisins les imitèrent.
Les frocs devaient avoir 3/4 d'aune de large et les froquets uno demi-aune. A l’étalage pour être vendus les froquets devaient être présentés déployés et en rouleaux et les frocs ployés et « festez» (arrêt du 24 mai 1635).
Depuis 1601, l’industrie de la draperie, de la tapisserie et du tissage était en progrès ; l’établissement Pinchon par la perfection de ses apprêts y contribua largement. À côté de cet établissement, mais au faubourg St Sever, s’en était élevé un autre pour tissage des toiles. Il fut consacré par lettres patentes et définitivement constitué par divers contrats qui furent homologués au Parlement le jour même de l’enregistrement des lettres patentes, c’est à-dire le 30 janvier 1606.
Les fondateurs étaient les s® Wolf et Lambert. Leur entreprise, dont les contrats et les lettres patentes expliquent le but et les moyens, était d'une importance des plus considérables; ils firent d'abord construire d'immenses bâtiments destinés à contenir 350 métiers à tisser; plus deux curanderies. dans chacune desquelles 50 personnes devaient prendre
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place. L'établissement fut désigné sous le nom de La grande tissanderie ; il fut monté d'abord au moyen des ressources des deux fondateurs Wolf et Lambert auxquelles vint s'ajouter un prêt de cent cinquante mille livres! constaté par les actes dont il vient d'être parlé. La grande tissanderie était garnie complètement « de toutes choses convenables pour y « manufacturer et fournir toute sorte de toiles fines « étrangères, soit de Hollande ou autres, des quelles « aucune manufacture nese fait à présent en France, tant «a pour vêtir, que pour serviettes, nappes et autres ou- « vrages ouvrés, damassés, figurés ou rayés d'or et « d'argent ou de soie, de toute couleur ou façon. » 150 métiers furent d’abord installés et l’année suivante 200 autres. Les ouvriers pouvaient être pris à l'étranger pour moitié seulementet le reste devait être composé de Français. (Parlement, 80 janvier 1606.)
Telle fut, je crois, l’entreprise la plus hardie du xvIIe siècle à Rouen; que devint-elle par la suite ? que devint celle de Paul Pinchon? Comme la verrerie construite en 1597 sur la paroisse St Vincent, comme la fabrique de soie et la plantation des muriers tentées par Henri IV en l’année 1604, ne jetèrent-elles tant d'éclat à leur naissance que pour disparaître bientôt dans quelque catastrophe ? C’est ce que je ne saurais dire.
Mais en m'étendant si longuement sur ces détails je n’ai eu en vue que de montrer les courageux efforts tentés alors par l’industrie rouennaise pour lutter contre la concurrence étrangère, sans m’imposer la tâche de rechercher si les résultats obtenus furent de longue ou.de courte durée.