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‘A environ trente lieues de Valence, « par fortune, tourmente et impétuosité du temps, le navire fut contraint de chercher un refuge dans un häâvre ou port nommé Armeric. Auquel lieu arriva bientôt un navire portugais, armé et équipé en guerre sous les ordres du nommé Loupsaute, capitaine pour le roi de Portugal... Icelui Loupsaute, commettant un crime de trahison et fausseté, par fraude et très griefve malice, feignit et simula être marchand et dit que son navire était chargé de plusieurs sortes de marchandises qu'il portait aussi à Valence : et afin de dissimuler sa trahison, il avait envoyé dans une barque quelques compagnons de son navire à bord de {a Magdeleine, et en avait ramené quelques matelots à son bord; il eut soin de leur montrer une certaine quantité de marchandises qui étaient entassées sur le pont.
« Cependant Loupsaute avait fait cacher dans la soulte grand nombre de pirates et gens de guerre qui faisaient partie de son équipage et n’avait montré qu'un petit nombre de mariniers nécessaires pour conduire son navire; jurant et affirmant par foi ct serment qu'il tiendrait bonne paix et alliance avec le navire de Rouen. Mais bientôt, changeant de ton et d’attitude, le dit Loupsaute, à certain jour après, subitement assaillit le navire de Rouen, le prit et fit invader par force et mit dans la soulte, au fond du dit navire, tous les facteurs, maîtres, mariniers et compagnons de la Hagdeleine, et les y laissa pendant trois jours et trois nuits sans lumière, à petit de boire et de manger; au bout du quel temps avait dressé les voiles des deux navires et avait cinglé
vers la fin des parties d’Espagne, et là, au bas d’un hoc, loin de toutes habitations, avait faict atteindre lesdits facteurs, maîtres, mariniers et compagnons du navire de Rouen, et les avait fait dépouiller nuds, en chemise, sans chausses, souliers ne bonnets et en icelui état, sans leur baïller vivres, or ne argent, les avait faict descendre sur la terre et les y avait abandonnés en enmenant leur navire, les biens et marchandises y étant, prétendant à ce moyen, lesdits pirates faire mourir les dits facteurs, maîtres, mariniers et compagnons, et que jamais on ne peust avoir connaissance de la dite déprédation; à raison de quoi plusieurs mariniers étaient décédés sur le chemin; d’autres avaient été obligés pendant long espace de temps de mendier leur vie et avaient été en grand danger de leur personne. « À joindre que le navire dudit Loupsaute était appareillé à la manière des navires du Roi de Portugal, qu’ii avait ses armoiries mises et apposées en plusieurs lieux et qu'enfin, en faisant ladite déprédation, Loupsaute avait déclaré qu'il agissait par le commandement du Roi de Portugal (1). » On pense bien que les bourgeois marchands de Rouen, propriétaires de la Madeleine et comptables des marchandises, ne s’en tinrent pas là. Ils avaient confié le commandement de leur navire à un nommé Nicolas Famelin dit Le Grec, capitaine de mer au service du Roi de France ; mais Famelin dit Le Grec, tout en faisant les affaires de Lepelletier, Lavieille et consorts, s'était en même temps chargé d’une forte
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(1) Arrèt de l'Erhiquier, 30 mars 1518.
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société de marchands bretons représentés par un -
nommé Thevenin Angot.
En outre, Famelin était epcore, par l'ordonnance du Roi de France, occupé en guerre contre les Turcs et infidèles. Sous ce prétexte, il parcourait les mers, armé en guerre, et ne se faisait pas faute de faire un peu de piraterie pour son compte. Ainsi, le 14 novembre 1499, ayant rencontré le navire génois nommé Sainte-Marie-de-Gadelope, dite la Marianne, appartenant à Rodigo Darriga, qui le conduisait à Londres, chargé de marchandises, il l’attaqua, s’en rendit maître et le
confisqua à son profit avec tout son contenu (1).
‘Par suite de ces complications, Famelin dit Le Grec se trouva bientôt obligé de répondre à trois ou quatre procès ; en 1508 seulement (2), ils furent terminés : Le Grec fut condamné à restituer au génois Rodigo Darriga, son navire et ses marchandises ; mais il en fut autrement pour le fait de Loupsaute; l'Echiquier condamna le Roi de Portugal à payer à Lepelletier et à ses consorts, 2,700 livres, valeur du navire la Hagdeleine et 4,000 ns , valeur des marchandises déprédées.
Notons en passant que le Roi de Portugal avait affaire à forte partie, car le plus fort actionnaire du navire la Magdeleine n’était autre que Jacques Lepelletier, ce riche négociant, qui, plus solvable, aux yeux des Vénitiens, que le Roi Charles VIII, cautionna, par sa seule signature, le Roi de France et lui facilita la conquête de l'Italie, en 1497.
(1) Arrèt de l'Echiquier, 16 juillet 150t et 7 mars 1501 (1502). (2) Echiquier, 30 mars 1508 (1509).
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En 1503, le capitaine Binet Paulmier, de Gonneville, partit de Harfleur pour une expédition d’aventures aux Indes-Orientales. On a longtemps discuté pour savoir le point précis de son débarquement. Il paraît certain aujourd’hui qu’il aborda le Brésil en la partie australe.
L'histoire de presque tous ces voyages a été racontée avec détails, ou le sera bientôt, et je n'ai ni qualité, ni aptitude pour en parler davantage; mais j'ai cru, qu'avant de passer à l'analyse de mes autres notes sur le xvr° siècle, je ne pouvais me dispenser de jeter ce rapide coup-d'œil sur l’époque antérieure.