CHAPITRE
jeté dans les fonctions ecclésiastiques, il s'écriait: «Le plus cruel abus, c'est de forcer les eu&nts à des pactes, vœux ou mariages, auxquels leiirs pencbs^nts répugnent. Lorsqu'on examina sérieusement si celui que la dés^otionde son père ajait moiney est tenu à ne point quitter ce genre de vie, l'ignorance et la superstition avaient effacé tout^ idée d'ordre et de justice. »
Enfin il termine ainsi : « Quelles que soient les vues du législateur, que jamais ses lois n'éteignent dans le cœur des citoyens les plus purs sentimeots que la nature y grava. Heureux le gouvernement où les parents sentiront que leur pouvoir est fondé sur leurs obligations, et où les enfants, voyant dans leurs parents des bienfaiteurs, se croiront, tant qu'ils jouiront de leur présence, plus fortunés que le monarque qui n'est sur le Irône que parce qu'il a perdu son père ! ^
Cette première partie de la vie de Daunou s'écoulait au milieu d'études variées qui lui étaient chères. La théologie même S'offrait à lui sous un aspect qui n'avait rien de Taridilé qu'on lui suppose ordinairement. Un jour, en se promenant avec un de ses amis sous les beaux ombrages de la forêt de Montmorency, à celle époque où tous les cœurs étaient animés des plus pures espérances, il lui disait : ic Je n'ai que deux passions , la théologie et la liberté. » Nous croyons qu'il|fut bientôt et pour toujours infidèle à la première, et qu'il réserva son culte exclusif pour la seconde. Sans doute il aurait pu être cité comme un exemple de la justesse de cette pensée exprimée par M* de
12 DOCUMKITTS BIOGRAPHIQUES.
Talleyrand, que l'étude de la théologie donne de la force et en même temps de la souplesse de raisonnement'; pensée que nous avons entendu exprimer aussi à un autre grand esprit de notre temps 9 M. Cuvier. Mais il faut cotivenir que si M. Daunou devait quelque chose à la théologie , il était devenu bien ingrat envers elle, et qu'après sa sortie de l'Oratoire, il n'en parlait plus dans les mêmes termes.
M. Daunou s'essaya aussi alors à la poésie. Trois de ses essais nouis ont été conservés par le Journal encyclopédique et par V Esprit des journaux. Son Épitre à Flëchier n'est pas dénuée de tout mérite, quoiqu'elle ne révèle pas un grand talent poétique. Nous en citerons le commencement :
Je ne viens pas, Fléchier, t'ennuyer de ta gloire. Il suffit que la France adore ta mémoire :
Elle est juste envers toi, puisqu'elle te chérît^] Ton éloge en nos cœurs est assez bien écrit.
Naguère, de tes soins encor reconnaissante, Nîmes se retraçait l'bîstoire attendrissante Des bienfaitia^ qu'un hiver dans nos fastes fameux y Te vit verser jadis sur tant de malheureux.
D'un semblable fléau nous respirons à peine ; Mais on suit ton exemple, et la France est humaine. A ton amour, Fléchier, notre sièjile a des droits. Tes vertus sont ses mœurs. Le plus juste des rois, Comme toi, d'un Dieu bon ministre pacifique, Ennemi , comme toi , d'un zèle fanatique , Le père des Français vient , en plaignant l'erreur. Des lois qui l'opprimaient d'adoucir la rigueur....
M. Daunoiî continue de célébrer les réformes pacifiques qui se manifestaient en 1789, et qui
* Éloge de Reinhard.