CHAPITRE r. J
du Rosier dans sa périlleuse expédition. Il en avait écrit aux supérieurs de sa corporation et au ministre à Paris ^ et il en avait obtenu l'autorisation nécessaire ; mais son père refusa obstinément de donner son consentement , et Daunou se rendit encore à une volonté si fortement exprimée : cette fois elle lui fut salutaire , car on sait le triste résultat de cette ascension. Pilastre du Rosier et Romain, partis dans leur aérostat,. de Boulogne, le i5 juin 1785, à sept heures cinq minutes du matin , tombèrent de la hauteur de plus de cinq mille pieds, une demi-heure après leur départ, et furent tués sur la place. Des inscriptions en leur honneur furent placées à Wimille, près de Boulogne. Le goût si pur de Daunou ne fut pas satisfait de ces inscriptions , et sous le f)seudonyme àe James Humoriste il en proposa une autre, qui fut insérée dans le Jowial encyclopédique du mois d'octobre 1788.
A la rentrée de 1 785, Daunou fut appelé à la maison d'études de Montmorency, où il enseigna aussi la philosophie, puis plus tard la théologie, dont il occupait la chaire lorsqu'il fut ordonné prêtre ^ à lafin de 1 787. U comptait alors plusieurs élèves distingués , parmi lesquels nous ne mentionnerons que M. Chabrol de Crouzol , qui a été ministre des finances sous la restauration.
C'est dans cette première partie de la vie de Daunou que commença à se révéler son goût pour les lettres et pour la philosophie.
En 1785, l'académie de Nîmes avait pris pour sujet du concours cette question : Quelle a été
lO DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
douze lustres m'a donnée. Puissiez-vous en dire autant dans un demi-siècle^ et vous souvenir alors de mon vœu ! »
M. DauDou a pu, en efTet, se souvenir de ce vœu, car cinquante ans après, en i838, il écrivait son éloge de M. de Sacy, véritable chefd'œuvre de style et de raison, qui prouve qu'à l'exemple de Formey , il avait conservé toute la force de ses facultés intellectuelles dans un âge si avancé.
De même que le Discours sur Boileau , celui qui a pour objet \ autorité paternelle est remarquable par une éloquence grave et persuasive. Il com» menée ainsi :
tf Le premier qui calcula les droits de son père fut un fils ingrat. Le législateur qui fixa les obligations respectives des membres de chaque famille, trouva les hommes dépravés ou les rendit tels. Dès lors on chercha sur des pierres ce qu'on ne lisait plus dans son cœur; ce qui devait être sentiment devint étude. Le hasard, le caprice, les préjugés, furent, chez les divers peuples, des sources fécondes de constitutions disparates, et les lois de l'opinion furent tellement mêlées à celles de la nature, qu'il est aujourd'hui difficile de les discerner. les unes des autres. Voilà, Messieurs, comment les questions que vous proposez sont malheureusement des problèmes. »
L'auteur examine les limites de l'autorité paternelle, l'âge auquel cette autorité se modifie, les droits réciproques qui en découlent. Puis, comme si sa pensée se reportait sur l'influence qui l'avait