‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 101 sur 136 · CHAPITRE XF. 'll^l · texte numérisé non relu

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lûmes in-8^ ' , est un véritable trésor de science, de goût et de critique. La morale la plus sévère inspire toujours M. Daunou, et il cherche à faire naître dans le cœur et dans l'esprit de ses auditeurs les plus nobles sentiments. On y voit le vieil ami de la liberté, calmant l'effervescence de la jeunesse, sans jamais abandonner ses principes. Il la respecte trop pour l'égarer. «Je réclame, au nom des élèves qui doivent m'écouter, disait-il dans son Discours d'ouverture, la liberté de ne les tromper jamais : leur dire la vérité pure et enlière est un respect dû à leur âge, un devoir et un droit du mien.» Cette sage maxime, il s'est appliqué à la mettre en pratique durant ses onze années de professorat. Nous en donnerons quelques exemples.

Si le professeur parle de Coriolan, il saisit l'occasion de flétrir avec éloquence ceux qui portent les armes contre leur patrie.

« Nous avons rendu hommage à. la fermeté courageuse de l'accusé, dit-il, au caractère noble que les historiens donnent à sa défense. Ce n'est plus là, quoi qu'en dise Vertot, une fierté reprochable à un républicain, c'est la dignité d'un homme libre, injustement poursuivi. La sentence de bannissement perpétuel est une de ces iniquités révoltantes qui sont mille fois plus funestes à la liberté d'un peuple que tous les revers qu'il peut essuyer au dehors, et peut-être même qu'une tyrannie éphémère au dedans; car il eslencore plus

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dangereux pour une nalion d'exercer le pouvoir arbitraire que de le subir; il lui est plus facile de s'atTranchir d'un joug imposé par l'artifice ou par la force que de se guérir d'habitudes vicieuses. Mais le délire démagogique dont Coriolan se voyait la victinae excuse-t-il son alliance avec les enoe* mis de Rome , la guerre impie qu'il osa faire à ses concitoyens? Non, Messieurs : un grand homme ne vient pas ravager la terre sacrée où il est né ^ il ne menace pas sa patrie; il ne l'accable point de ses triomphes; il n'a point de colère contre elle, pas plus que contre une mère. S'il peut lui reprocher quelque injustice, il ne s'en venge que par des services nouveaux; il désire même qu'elle soit assez heureuse pour n'en avoir pas besoin. Aristide, exilé, sort d'Athènes en priant les dieux que jauiais cette cité ne soit réduite à le regretter. Socrate, avant de boire la ciguë, retrace tous les bienfaits qu'il a, depuis son enfance, reçus de la république au nom de laquelle on vient d'ondonner sa mort. Epaminondas s'interdit tout murmure contre les Thébains qui ont oublié ce qu'il a fait pour eux, méconnu ce qu'il peut faire encore. En général, l'antiquité avait une idée juste du saint respect et du dévouement inviolable que l'on doit à sa patrie, alors même qu'on a sujet de se plaindre d'elle. Pourquoi faut-il que les historiens de* Coriolan , à force d'exagérer ses succès et de mêler des circonstances romanesques à ses dernières aventures, aient affaibli l'horreur que doit inspirer son crimePIl y a des fables qui ne nuisent (|ue parte qu'elles égarent Timagination et accou-

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