CHAPITRE XIII. ll^S
Je veux quMl me soit possible de combattre le pouvoir, sans être accusé d'un désordre que j'ai blâmé chez autrui, et surtout Tappuyer sans paraître obéir à un calcul et remplir une tâche.
ce Cette explication me dispense d'ajouter que je n'aurais, en aucun cas, voulu attenter au repos et à la sécurité de votre vieillesse. Ma vie a été si loin de donner à personne le droit de m'attribuer de telles indignités, que je suis convaincu que vous^ aurez été le premier à m'en défendre. Vous êtes de ces hommes qui, en jugeant des* autres par eux-mêmes, s'exposent à des mécomptes quelquefois, à des calomnies jamais.
«Recevez, Monsieur et très-honoré confrère, les assurances de ma haute considération.
« SALVANDT. »
Les honorables sentiments manifestés par M. de Salvandy dans cette lettre n'auraient probable* ment pas été partagés par d'autres personnes à qui la position de garde général des archives pouvait convenir. Heureusement que des hommes trèséminents détournèrent le pouvoir, à l'insu de M. Daunou, de frapper un tel coup, et il lui fut -^ donné de mourir dans l'exercice de ses fonctions. Sans doute des contrariétés de la nature de celles que nous venons de faire connaître ne peuvent être considérées comme la cause réelle de la mort de M. Daunou, car il avait assez de force d'âme pour les surmonter; mais il n'est que trop vrai qu'elles ont coïncidé avec les premiers et dou-
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loureux symptômes de la maladie de vessie à laquelle il a succoml)éy et dont il fut atteint dans la nuit du 17 avril i84o.
Malgré des souffrances aiguës, M. Daunou continua de travailler, et il conserva la plénitude de ses facultés intellectuelles jusqu'au dernier moment. Entouré de tous les soins que peut prodiguer Tamitié la plus longue et la plus vive ; assisté des secours que la science des médecins, jointe au dévouement le plus sincère % peut apporter à la douleur, il ne se faisait néanmoins aucune illusion > et voyait sa fin approcher, avec le calme et la dignité d'une conscience pure. M. INatalis de Wailly, chef de la section administrative des archives, pour lequel il avait conçu beaucoup d'attachement, et à qui il délégua ses fonctions lorsqu'il vit qu'il ne pouvait plus s'y livrer sans danger; M. Félix Lajard, qui le remplaçait comme secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions depuis qu'il ne pouvait plus assister aux séances de cette académie; M. Victor Leclerc, son collaborateur à ï Histoire littéraire; M. Bouchené-Lefer, maître des requêtes au Conseil d'État, et l'auteur de cette notice, auquel il a donné une si grande preuve de sa confiance et de son amitié, étaient à peu près les seules personnes qui le vissent pendant sa maladie. Tous ont été
X C'est un devoir pour noos de signaler à la reconnaissance des amis de M. Daunou les soins que lui a prodigués M. le docteur Garteaux, qui fut, lorsque la maladie eut pris plus de gravité, secondé par M. le docteur LigneroUes. M. Ségalas a été aussi plusieurs fois appelé en consultation .