CHAPITRE XIII
témoins de l'admirable sérénité avec laquelle il attendait la mort.
Le 19 juin , dans la nuit, il me fit appeler, et avec la résignation la plus parfaite et une rare lucidité d'esprit, il me fit connaître ses dernières volontés. Moins de onze heures après il n'existait plus. Il est mort en effet en présence des personnes que je viens de nommer plus haut, le samedi 20 juin 1840, entre dix heures et demie et onze heures moins un quart du matin. Sa mort ressemblait à un sommeil paisible, et c'était un touchant spectacle de voir cette vaste et puis* santé intelligence s'éteindre tout à coup.
Conformément à ses dernières prescriptions , aucune invitation ne fut envoyée à ses collègues et à ses amis pour ses funérailles. Il voulut, en effet, être conduit sans aucune cérémonie, le matin , à la sépulture qu'il s'était fait préparer au cimetière du P. Lachaise. Quoique ses obsèques n'eussent point été annoncées, M. Cousin, ministre de l'instruction publique, MM. les présidents des Académies des inscriptions et belles-lettres , et des sciences morales et politiques, M. le secrétaire perpétuel de cette dernière académie, beaucoup de membres de l'Institut, tous les employés des archives , et un grand nombre de personnes distinguées et d'amis du défunt se réunirent pour lui rendre les derniers devoirs. Conformément encore à ses dernières volontés , aucun discours ne fut prononcé; car il est mort comme il a vécu, avec une modestie qui lui faisait redouter les éloges même au delà du tombeau.
C'est auprès des dépouilles mortelles de ses anciens collègues et amis , Foy, Labbey de Pompières, Stanislas de Girardin, Dulohg, que re-> pose la cendre de Daunou. Le bloc de granit qui la recouvre est l'emblème de la fermeté de ses principes ; le médaillon en bronze qui y est incrusté 9 du à l'habile ciseau de son célèbre confrère à l'Institut, le statuaire David , est destiné à montrer à ceux qui ne l'ont pas connu, sa fi* gure grave et douce tout à la fois, et à rappeler à ses amis ses traits vénérés.
Nous devons exposer maintenant les opinions politiques, religieuses et littéraires de M. Daunou, et faire connaître de notre mieux l'un dès plus beaux caractères de notre époque.
En politique comme en philosophie , Daunou appartenait à la grande école du xviii^ siècle. Ses opinions étaient celles d'un républicain sincère et probe ; il l'étaità la manière de Washington^ de Franklin , de la Fayette. Il aurait voulu voir son pays suffisamment éclairé pour recevoir sans danger cette forme de gouvernement; mais il eût déploré qu'elle lui fût imposée par la violence des factions. Plus il fut républicain consciencieux, plus il dut combattre les excès auxquels donnèrent lieu les essais informes de république qui pesèrent sur la France de 179^ à i8o4-Il reconnaissait loyalement que les esprits n'étaient pas suffisamment préparés au gouvernement républicain, et que les opinions démagogiques, qui s'agitent parfois à la surface de la société, ne peuvent que porter un coup funeste au triom-