CHAPITRE XIII. a^g
Théologie 9 philosophie , histoire^ littérature de toutes lès contrées , rien ne lui avait échappé.
Depuis sa plus tendre jeunesse jusqu'à sa mort, M. Daunou ne cessa d'obéir à la règle de l'Oratoire, qui voulait qu'on fût levé à quatre heures du matin ; il devançait même souvent cette heure. Lorsqu'il demeurait, sous la Restauration, dans sa maison de la rue de Ménilmontant, il était environné de jardins cultivés par des maraîchers; ceux-ci, voyant la lampe de la chanïbre de M. Daunou allumée, disaient : « Il est quatre heures; voici le moment de nous mettre à l'ouvrage. » C'est ainsi qu'il a pu trouver le temps de faire les vastes travaux auxquels il s'est livré. 11 lisait et écrivait sans cesse; en un mot , il semble qu'il ait peint le tableau de sa vie dans celui qu'il nous a laissé de l'emploi des journées de son illustre confrère, M. de Sacy. Il ri! en a passé aucune , a-t-il dit , sans tracer an sillon dans le vaste champ qu'il a fertilisé; il exigeait de chaque heure y de chaque moment^ un tribut strictement déter-^ miné^ qui il ne laissait pas arriérer. On ne pourrait se faire une idée de sa patience et de la force de sa volonté dans son application continue à l'étude. Doué d'un goût exquis, il est devenu, sans contredit., l'un des meilleurs écrivains de notre langue. Même , dans un âge très-avancé, il faisait des progrès dans l'art du style. Ses notices sur MM. Silvestre de Sacy , Vanderbourg et Van- Praêt, écrites à l'âge de soixante et dix-huit ans, sont des morcealix achevés. Ce n'était pas, sans doute, par le sentiment poétique, par la force de
a8o DOGUMEUTS BIOGRAPHIQUES.
l'imagination que son style brillait, mais par une parfaite justesse d'expression qui sentait l'école de Port -Royal, et par une ironie fine et piquante, qui le rapprochait de celle de Voltaire. Lorsqu'il traitait des sujets d'histoire , à une exacte connaissance des faits, il joignait un esprit de critique qu'il est rare de trouver réuni à l'érudition.
M. Daunou , sous un aspect sévère', cachait la plus douce bienveillance. Il était doué des qualités les plus précieuses du cœur et de l'âme. Sa timidité, ou plutôt sa réserve était extrême; mais lorsqu'il était à son aise ; sa conversation s'animait, et il en jaillissait une foule de traits spirituels. Jamais il n'eut la moindre fierté; on peut même dire que sa modestie était poussée à l'excès. Sans cesse il chercha à s'effacer; jamais il n'a demande une fonction ou un honneur. Par son talent, par son caractère, il est arrivé aux plus hautes positions de l'État; mais c'était en quelque sorte malgré lui; car il fuyait toutes les occasionsde se produire, et pour rien au monde il n'aurait sacrifié le moindre de ses piîncipes. Sa volonté était de fer; il n'adoptait un avis qu'après avoir mûrement ré-
* La Biographie pittoresque des députés y publiée en 1820, offre le portrait suivant de M. Daunou, qui est assez ressemblant : « Sa tête a les proportions que les physiologistes ont toujours remarquées chez les hommes doués d'un grand sens. Son nez est le trait le plus prononcé de son visage. Une perruque à la Titus couvre sa tête et l'orné de cheveux longs; sa taille est un peu voûtée; sa démarche discrète et réfléchie rappelle celle des oratoriens, dont il a fait partie. Il est fort calme et fort silencieux. » Nous plaçons, en tête de ce volume, un portrait de lui qui est ressemblant, et que nous devons à la bienveillance de^ éditeurs de l'Illustration,