CHAPITRE Xlll
fléchi ; mats ensuite il ne revenait pas. On a pu croire que son caractère était ombrageux; il est vrai qu'il sentait profondément l'injure qu'il pensait qu on avait voulu lui faire; il concentrait la douleur qu'il en éprouvait. Mais ce n'était que dans des circonstances graves, et lorsque réellement il y avait lieu de se plaindre, qu'il se laissait aller à l'humeur qu'il en recevait. Du reste, plein de bonté pour tout le monde, jamais il rie fit sentir sa supériorité à ceux sur lesquls il eut autorite, et il les recevait toujoui's avec une politesse sans affectation, qui ajoutait beaucoup de charme aux rapports que l'on avait avec lui.
M. Daunou ne rechercha pas plus les honneurs littéraires qu'il n'avait cherché à en obtenir dans la carrière politique ou administrative. Tous ceux dont il fut investi lui arrivèrent sans la moindre démarche de sa part. Membre de l'Institut depuis sa création , et attaché aux Académies des inscriptions et belles-lettres et des sciences morales et politiques, plusieurs membres éminents de l'Académie française firent, à diverses reprises, des instances auprès de lui pour l'engager à accepter une candidature qui lui aurait immanquablement ouvert les portes de cette académie ; il s'y refusa toujours, car il n'était pas partisan du cumul des fauteuils académiques dans le sein de l'Institut. 11 n'appartenait à deux académies que parce. que celle des sciences morales et politiques, ayant d'abord été supprimée, fut ensuile rétablie, et qu'il y fut naturellement réintégré. D'autres sociétés littéraires et scientifiques s'empressèrent de
a8a BOcuMEifTS biographiques.
l'iDscrire sur leurs listes. Des avant 1789, il était membre de la société de physique expérimentale de Bruxelles. Il fut aussi membre honoraire de la société d'agriculture et des arts de Boulc^ne-sur- Mer, de la société d'agriculture , de commerce et des arts de Calais, de la société d'agriculture de Duiikerque, de l'académie royale du Gard, de la société des antiquaires de Normandie, et membre correspondant de l'institut historique et géographique du Brésil , de l'académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, etc.
Tel a été M. Daunou. En lui s'est éteint le dernier grand représentant des opinions du dixhuitième siècle. Cette vie solitaire, laborieuse, modeste, avait quelque chose de pur et d'admirable, que nous ne pouvons plus connaître que par tradition.
Il est permis de dire que la France a perdu en lui un grand citoyen , un habile écrivain , un savant illustre. De semblables pertes se sentent d'autant plus profondément qu'elles ne se réparent pas.