INTRODUCTION
Louis XVI fut détrqaë le lo août 179a, et TAssemblé^ législative convoqua pour le 20 septembre une Copvention nationale. Le parti de la cour^ ou de la constitution de 1791 , se tint pour vaincu, et les vainqueurs se divisèrent. On distinguait parmi ces derniers deux espèces et pour ainsi dire deux races d'hommes , que des ennemis communs avaient à peine réunies dur$mt quelques mois , mais que la diversité de leurs opinions, de leurs affections, de leurs mœurs, destinait à des dissensions éclatantes.
Les uns n'avaient concouru ou consenti au renverse^ ment du trône qu'après avoir vainement offert à Louis XYI des conseils honorables : trop cultivés et trop polis pour rester longtemps populaires au milieu des troubles , ils se pressaient d'amortir celui qu'ils venaient de seconder, et tendaient d'autant plus à l'ordre qu'ils devaient y trouver aussi le pouvoir. Les autres y turbulents par nature, inutiles dans le calme, habiles et tout-puissants dans l'orage, prolongeaient les mouvements pour en jouir autant que pour en profiter. On remarquait, parmi les premiers^ Yergniaud, l'un des hommes les plus éloquents de son siècle; Condorcet, l'un des plus éclairés ; Brissot , l'un des plus versés dans les théories politiques. La faction des anarchistes ne possédait guère, au sein de l'Assemblée législative, que des personnages subalternes qui n'ont pu rester fameux ni en périssant , ni en survivant à leurs crimes : leurs chefs, qui, au 20 septembre, vinrent siéger dans la Convention nationale, les éclipsaient déjà avant d'y être.
Danton, l'un de ces chefs, fut fait, le la août, ministre de la justice. Condorcet, qui lui donna son suffrage, indiqua Monge pour le ministère de la marine. Monge était, de tous les géomètres, le moins propre à devenir un administrateur tolérable, et, de tous les amis de la liberté , le moins capable de les défendre avec quelque courage contre l'effrayante anarchie. Danton , qui ne savait rien y qui n'étudiait rien , osait tout dire et tout faire. Les quatre autres ministres furent mieux choisis ; c'étaient Lebrun pour les affaires étrangères, Servan pour la guerre,
Clavière pour les finances et Roland pour riqtérieur : Roland, magistrat probe, instruit, courageux, mais auquel on reprochait le pédantisme de toutes les vertus qu'il avait ; ferme et vigilant, mais aigre et maladroit; trop épineux dans les détails de son ad^ ministration pour conserver longtemps un assez grand nombre d'amis. Il était pourtant , hors de l'Assemblée législative, le meilleur soutien du parti modéré; car Pétion , maire de Paris , qui commençait à se dévouer à cette cause, homme faible en talent et en caractère, ne servait un peu qu'en occupant un poste où d'autres auraient nui beaucoup. Il était en train de perdre une grande popularité, et peu fait pour jouir d'une considération durable. Dumouriez, à tout prendre , était alors un allié plus important : son nom n'était point populaire , ni sa fidélité bien sûre ; mais comme personnage politique et comme militaire, il pouvait rendre d'éminents services; et, dans le besoin de s'attacher à l'un des deux partis auxquels seuls le 10 août avait laissé de l'activité, ses habitudes l'entraînaient vers le moins licencieux. Ministre quelques mois auparavant , il avait eu pour collègues Roland, Servan et Clavière, et il avait déterminé Louis XVI à les renvoyer : ces trois citoyens, rentrés au ministère après le 10 août, se vengèrent de Dumouriez en lui confiant le commandement des armées françaises. De fatales conjonctures venaient de rendre inutiles à la patrie le civisme et la bravoure de la Fayette. Rochambeau n'inspirait pas plus de confiance et en méritait beaucoup moins; Luckner enfin était jugé, et ses vieilles habitudes soldatesques ne passaient plus pour de
a^ DOCUMENTS BIOGRAPHlQU£S. .
grands talents militaires. La campagne de ces trois généraux n'avait pas été glorieuse : pour réparer leurs fautes ou leurs malheurs , et pour repousser le roi de Prusse, qui envahissait la Lorraine^ on fut heureux de trouver Dumouriez.
Ce général et quelques autres j par exemple Mi« randa et Custine, quatre des nouveaux ministres, les membres les plus distingués de TAssemblée législative, la plupart des administrateurs de département, un grand nombre de propriétaires et de citoyens éclairés ; tels étaient les chefs , les soutiens, les éléments du parti qui tendait à la fois à la liberté et à l'ordre. Les autres genres de puissance que comportait cette orageuse époque appartenaient aux agitateurs. Us avaient des correspondants, des émissaires dans tous les départements ; et ils disposaient, dans Paris, des clubs, des assemblées quotidiennes de section « du conseil général de la commune, même de la garde nationale commandée par le brasseur Santerre. On nommait, comme les chefs les plus apparents de cette faction formidable, Robespierre, Danton, Marat, et fort au-dessous d'eux, Philippe d'Orléans : Danton , ministre de l'anarchie , Robespierre son orateur , Marat son libelliste , d'Orléans son héritier présomptif; les trois premiers retenant à force d'audace, ou d'entêtement, ou d'effronterie» une vas.te popularité, faits à tous égards pour maîtriser le quatrième, et toujours sûrs, de l'éleyer ou dci l'écraser au besoin.
Il fut procédé, à diverses reprises, au renouvellement de la municipalité de Paris ; mais le résultat de ces renouvellements étranges consistait à y intro-