‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 119 sur 136 · M£1^0IA£S · texte numérisé non relu

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duîre de nouveaux membres saus en exclure les anciens; fie lelle sorte qu'en y entassant de sots bourgeois, des artisans fanatiques, des aventuriers perfides, on en fit une assemblée redoutable par le nombre autant que par l'activité. Robespierre s'était placé dans cette foule pour la mouvoir, pour la diriger^ pour la soustraire à l'influence de ses ennemis per* sonnels. Tels étaient déjà le procureur de la commune Manuel, et le secrétaire général Tallien. Manuel « homme d'un esprit faux, mais cultivé, aspirait à une réputation littéraire : Tallien, qui, à vingt-quatre ans, eut voulu remplir un des premiers rôles politiques, n'avait guère d'autre talent que l'ardeur même de ses ambitieux désirs. L'influence de ces deux bommes^ désunis entr^eux^ se faisait moins sentir encore que celle de Pétion; et la municipalité ne recevait d'autre impulsion que celle de la démagogie la plus effrénée. Ou discutait, dans ses séances , non les afûiires de la ville de Paris, mais lès intérêts de l'État : on délibérait sur les hommes suspects , sur les conspirateurs , sur les dangers de la patrie. On mettait en pratique^ et l'on osait même établir en théorie ^ le système de la représentation de tout l'État par la capitale : il était surtout question d'éclairer les départements sur les élections qu'ils allaient faire, et de réparer même, par des épurations, les erreurs qu'ils pourraient comniettre. Quelques municipaux ^vouaient qu'ils ne concevaient pas pourquoi appeler de si loin et de tant de points un si grand nombre de députés à l'Assemblée nationale, lorsqu'on pouvait trouver dans Paris tant de patriotes si propres aux fonctions législatives. On parlait d'ailleurs de liberté,

mais d'égalité bien davantage; et ce nom si clier d'Égalité, on le décernait comme nom propre au duc d'Orléans.

11 se formait le soir dans chacune des. quarantehuit sections de Paris une assemblée qui se prolongeait quelquefois jusqu'au lendemain. T^, on rendait compte des séances du corps législatif et de celles du corps municipal. Les législateurs étaient des mandataires peu zélés, dont on accusait au moins la tiédeur ; et les représentants de la commune , car c'est ainsi qu'on les appelait, avaient chaque jour bien mérité de la nation. On dénonçait tantôt de simples bourgeois du quartier, tantôt les premiers fonctionnaires de l'empire, mais surtout Brissot et Roland. On parlait de subsistances, d'accaparements, de monopoles, et l'on applaudissait à des maximes subversives de toute société. C'était dans ces assemblées nocturnes de sections qli'en l'absence des citoyens éclairés et paisibles , les désorganisateurs endoctrinaient à leur aise l'ignorante multitude^ et que, l'enivrant d'espérances, ils la disposaient à commettre ou à absoudre tous les crimes.

Mais le plus brillant théâtre de la faction démagogique était le club des Jacobins : celui des Cordeliers, à la vérité, professait l'anarchie avec encore moins de réserve ; mais le premier, plus nombreux, plus fréquenté, plus connu, avait aussi plus d'influence. Son nom, pris du local qu'il occupait, était devenu le nom générique des patriotes effervescents. Formé dès 1 789 , ce club avait d'abord suivi , puis devancé le cours de la révolution : à chaque mouvement qu'il avait ou reçu ou imprimé, il s'était vu

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délaissé par plusieurs de ses premiers membres , et repeuplé par de plus ardents novateurs. On l'avait institué comme un auxiliaire des assemblées natio- ^ nales , mais sa destinée était de se porter au delà du but qu'elles indiquaient, et de se déclarer bientôt leur rival ou leur maître. Aux mois d'août et de septembre 1792, on n'eût retrouvé dans son sein qu'un très*petit nombre de ses fondateurs : les partisans de la royauté constitutionnelle l'avaient déserté depuis longtemps; et parmi les républicains modérés, les uns venaient de le quitter, les autres d'en être exclus : ils n'avaient su s'entendre ni pour le décréditer par une retraite simultanée, ni pour le gouverner oti le tempérer en s'y maintenant tous ensemble. Ainsi ^ à l'exception de quelques hommes timides dont la faiblesse y trouvait un abri, ce club n'était plus qu'un vil amas de fanatiques, d'intrigants et de brigands, dominés par un petit nombre d'ambitieux, mais surtout par Robespierre. Danton , plus puissant ailleurs, était à peine le second aux Jacobins : Robespierre y régnait, écouté comme un pontife, obéi comme un maître, et déjà redouté comme un tyran. C'est là que discourant à son 'gré, sans crainte de contradiction ni de murmures, il recueillait, il savourait les longs applaudissements d'un immense auditoire.

Quelle que fut l'énorme puissance de ce club , et des assemblées de section, et des assemblées municipales, les anarchistes ne négligeaient point les moyens secondaires, tels que les pamphlets, les placards, les libelles périodiques. Ils y représentaient leurs adversaires comme formant une faction nouvelle, qu'ils désignaient par les noms de Brissotius, de Girondins^

àe fédéralistes. La seconde de ces dénominations rappelait le département qui avait fourni à rassemblée législative Yergniaud , Guadet, Gensonné; lesquels, disait-on , machinaient avec Brissot et Roland le partage de la France en plusieurs États confédérés. Cette imputation et d'autres calomnies proclamées chaque jour par les colporteurs de journaux , servaient de matière à de Imbues diatribes, que débitaient au coin des mes et clans les promenades pui)tfqaes,ides orateurs populaires à tribunes portativ^. Quelquefois c'étaient deux interlocuteurs j hommes ou femmes , qui rataient au milieu des places Jes mêmes invectives dialoguées.

Tandis que le parti qui n'avait plus besoin de troubles se contentait presque de n'en plus exciter, tandis que j se, réservant pour la Convention et ne song/MLUt qu'à durer jusqu'au jour où «Ife devait s'ouvrir, il se bornait à publier quelques écrits [)eu lus'de ia multitude, et à influer par de timides correspondances sur les élections des départements , les anarchistes mettaient à profit tous les instants de ce précieux intervalle, ^et les remplissaient de crimes, lis essayattent sur la législature expirante les outrages qu'ils préparaient à ia Convention. Dès le m aoât, un jacobin conseille au peuple de Paris d'aller en force déclarer sa volonté suprême aux législateurs dont il a bien voulu prolonger de <piarante jours les fonctions et le salaire. Le 23, Robespierre est à la barre de TAssemblée nationale : il ordonne, au nom de la commune, ^abolition la plus prompte dti directoire de département, autorité jusqu'alors supérieure k la municipalité, ou du moins la transformation de cet

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importun directoire en une simple commission des contributions publiques ; on murmure, on s'indigne , et on obéit : l'insolent discours de Robespierre obtient un décret anarc^bique. Le 3i^ les municipaux reviennent ; Pétron est à leur tête, et Tallien porte ta parole. «Nous avons, dit Tallien, fait arrêter les pr^res perturbateurs , et sous peu de jours le sol de la liberté sera purgé de leur [îrésence. » Aucun éelaircksement n'est demandé sur ce qu'on a fait , sur ce qu'on va faire; et le silence des législateurs semble sanctionner tous 4es attentats dont on a voulu qu'ils fussent avertis. Il existait , depuis le fj août, un tribunal extraordinaire qui frappait >de mort les amis du trône, mais dont la marche, encore ralentie par l'habitude des formes judiciaires, irritait l'impatience ^ des ennemis de toute modération. Ce tribunal , que Robespierre avait refusé de présider^ n'était pas destiné à juger ces prêtres , ces nobles , ces victime^ de tout sexe et de toute classe qu'on venait d'entasser dans les prisons. Mais le a sept^nbre arrive; déjà le tocsin, le canon d'alarme, les proclamations ûe$ municipaux ont rassemblé à l'Hôtel de ville, puîs au Champ de Mars, enfin aux portes des maisons d'arrêt , une partie de la populace parisienne. Danton et ses anarchistes publièrent la prise de Yerdun par l'armée prussienne, et donnèrent le signal d'un massacre qui durait encore le 8. Chaque victime était amenée devant de prétendus juges populaires , qui prononçaient à l'improviste quelques^ absolutions «t des milliers d'arrêts de mort, qu'exécutaient à rinstant les juges mêmes ou d'autres bourreaux. Il ne circulait plus dans Paris que des bandes d'assas-

sins et des tombereaux chargés de cadavres. Ces horribles scènes se répétaient à Versailles et dans plusieurs autres villes; elles eussent dévasté la France entière y si Ton eût suivi partout Timpulsion donnée par Danton. On ne sut trop lequel de lui ou deMarat avait conçu le premier cette épouvantable idée; mais ou vit Danton en commander et en prolonger l'exécution. D'Orléans admirait tant d'audace, il applaudissait à la proscription de deux classes dont il n'espérait point la faveur. Quant à Robespierre , il cherchait en souriant, dans les listes des victimes, les noms de ses ennemis personnels.

Ces forfaits, qu'on ne croirait inspirés que par la fureur^ qui en paraissent même le délire, étaient considérés par les factieux comme un moyen d'accroître leur puissance , parce qu'ils prévoyaient que le parti ' contraire n'y opposerait qu'une résistance assez fai- ' ble; qu'il attendrait, pour faire éclater de l'indignation , que le désastre fût consommé, et pour en poursuivre les auteurs, des circonstances que l'on pouvait prévenir. Roland fit bien placarder quelques proclamations qu'on arrachait à l'instant même; Pétion s'éloigna de la municipalité, qui ne redoutait ni sa présence ni son absence; beaucoup de législateurs jetèrent dans les comités des cris plus impuissants que ceux des victimes. Mais à la tribune nationale, pas un mot, pas une plainte durant liuit jours de carnage. Chacun y comprimait dans son âme une opposition que provoquaient le devoir, le sentiment et l'intérêt, qui perdait des factieux sans retour si elle eûj été efficace, et qui n'avait besoin que d'être éclatante pour devenir honorable a jamais et presque populaire aii

moment même. Ëatre cette activité du crime, et cette lamentable inertie des prétendus amis de l'ordre; entre deux partis j dont l'un causait tant d'efTroi et l'autre si peu d'assurance , le public dut apprendre à craindre, les uns bien plus qu'à estimer les autres , et s'accdutumer à chercher des garanties ailleurs que dans ceux qui avaient besoin d'en donner.

Déjà si forts par le crime et par l'impunité , les factieux se fortifiaient encore par des actes utiles à la patrie. En même temps qu'ils se baignaient dans le sang de tant de victimes, ils recomposaient les armées françaises et poussaient aux froxftières des phalanges formidables. Soit terreur, soit enthousiasme, l'ébranlement fut uhiversel, et toute la France guerrière parut se lever à leur voix; car c'était véritablement de leurs assemblées de sections, de leurs municipalités, de leurs clubs ^ que partait cet élan sublime, bien plus que de l'Assemblée nationale ou du ministère. Les autorités publiques qu'ils employaient pour le produire, paraissaient n'être que des instruments dont ils s'emparaient, et qu'eux seuls rendaient efficaces. Au milieu des horreurs qui seront l'effroi des siècles , ils créaient ces armées de la république qui allaient obtenir tant d'hommages; et les crimes semblaient absorbés dans le vaste et généreux mouvement dont ils étaient contemporains.

Ce qui manquait le plus à cette audacieuse faction, et ce qui s'usait le plus vite entre ses mains, c'étaient les moyens pécuniaires. Les fonds circonscrits du ministère de Danton , et les pénibles largesses d'un prince abîmé de dettes , ne pouvaient longtemps lui suffire. Il fallait une plus riche dot pour la soutenir

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jusqu'au moment , encore éloigne, où le trésor public ' serait pl^netnent à sa disposition. On y pourvut par le vol <du Garâe-Meuble : vol à tel point scandaleux et impuni j qu'on vît quelques-uns des brigimds en étaler orgueilleusement les fruits sur leurs personnes. C'était pendant ce débordement de crimes , et lorsque, insultée chaque jour à sa barre par les orat^^rs .des sections etde la commune, spécialement par Robespierre , l'Assemblée législative terminait , au sein des humiliations, une session, sans gloire; c'était alors que dans Paris et dans toute la France, on procédait à la nomination des* députés à la Convention nationale.

A Paris, les assemblées primaires furent inabordables aux bons citoyens. T^s suffîmes s'y donnèrent a voix haute, et toute l'intrigue consista dans l'audace. Les électeurs ainsi nommés, élurent de même, dans la salle du club des Jacobins , vingt^uatre députés à la Convention nationale; choix horribles, a quelques-uns près. La nomination de Thomas, citoyen .estimable et peu connu, ne put être qu'une inadver^ tance; celie de Dusaulx, homme de lettres, d'un âge avancé et d'une probité naïve, parut destinée à couvrir et à recommander les autres; celle de Manuel enfin fut inévitable, il était encore trop populaire. Le reste des élus appartenait pleinement à la faction anarchique : on y apercevait bien quelques liommes d'un talent très-distingué, comme David, Camille Desmouiins, Fabrc d'Églantine; quelques autres, comme Legendre, plus passionnés que méoliants, plutôt ineultes qu'iueptes , atroces par fanatisme et bons par nature. Mais à. côté de ces noms, auxquels

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pouvaients'attacherau moins certains genres d^estime, combien de noms qui ne signifiaient que brigandage^ ambition, crapule et froide férocité! C'étaient Robespierre, Danton, Marat, d'Orléans, et leurs plus viles créatures. Robespierre, pour signaler hautement son influence personnelle, fit nommer jusqua son frère, personnage presque inconnu dans la province même qu'il habitait , et dont l'existeoce était a peine soupçonnée la veille par les électeurs parisiens dont il obtint les suffrages.

Les élections des départements furent en général dictées par un autre esprit : l'influence de Roland domina dans la plupart des assemblées électorales. Des liommes qui s'honoraient du nom de patriotes , qui s'accoutumaient à celiai de républicaiiis, mais qui repoussaient encore celui de révolutiouBaires : tel fut le plus grand nombre des élus. On remarquait parmi eux cent membres de l'Assemblée constituante, plus de deux cents de l'Assemblée législative; entre les premiers, Sieyès, Rabaud, Lanjuinais, et plusieurs autres, connus comme eux par des talents ou par des travaux utiles ; entre les seconds , Condorcet , les députés de la Gironde^ et presque tout leur parti. La liste des quatre cents autres offrait quelques négociants, quelques cultivateurs, mais bien plus d'hommes de lettres et encore plus d'hommes de loi , ayant exercé diverses fonctions publiques dans leurs départements; presque tous, dans ces différentes classes, propriétaires territoriaux ou vivant avec quelque aisance des fruits d'une industrie honorable. C'est trop peut-être que d'évaluer à un quart le nombre de ceux que leur ineptie, ou leur pénurie ) ou leurs vices , ou

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leurs crimes, dévouaient à l'avance au délire démagogique. C'est trop^ sans nul doute, si Ton ne tient pas compte des suppléants qui ne sont entrés que dans le cours de la session, et dont la nomination avait été l'ouvrage des seuls anarchistes, dans ces instants de lassitude ou de démembrement par lesquels les assemblées électorales ont coutume dé se terminer. Quoi qu'il en soit, plus des trois quarts pour un gouvernement régulier, mais non déterminé, moins d'un quart pour la prolongation des troubles, c'étaient encore deux partis égaux. La majorité pouvait compter sur quelques bataillons fédérés , extraits de la garde nationale des départements, sur la plupart des administrations locales, et sur les vœux secrets des citoyens paisibles. La minorité, faible en talents, forte en audace , avait pour elle ses crimes et ses complices. La majorité et ses moyens couraient le risque de décroître par le seul retard du triomphe; il suffisait presque à la minorité de n'être pas renversée aupremier choc. Des deux parts on arrivait plein de confiance; mais, dans la minorité, c'était la confiance qui entreprend, et dans la majorité, c'était beaucoup plus la confiance qui menace et se repose.

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