‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 120 sur 136 · PREMIERS DEBATS DE LA CONVENTION NATIONALE · texte numérisé non relu

PREMIERS DEBATS DE LA CONVENTION NATIONALE

Dans la nuit du ao au ai septembre 1792, trois cent soixante et onze députés se réunirent dans l'une des salles du château des Tuileries. En moins de trois heures, leurs pouvoirs furent vérifiés, et Ton déclara que la nation française était représentée par une Convention.

Il s'éleva, sur les pouvoirs des députés de Paris, des murmures assez violents. On disait que les assemblées primaires de cette ville n'avaient joui d'aucune liberté ; que l'assemblée électorale , ouverte aux Jacobins le 2 septembre , s'était montrée digne de ce local et de cette époque. On exprimait avec énergie l'indignation des départements : le temps était venu de punir une faction couverte de sang et d'opprobres ; on était déterminé à venger les injures prodiguées à l'Assemblée législative ; on ne fléchirait pas coipme elle sous la domination d'une municipalité ou d'un club; on allait déployer contre les brigands d'une commune la toute-puissance de la représentation nationale.

Ces réclamations généreuses, répétées, applaudies, et non contredites, n'amenèrent aucun résultat. Les

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députés de Paris furent vérifiés et reconnus comme tous les autres. On observa que ce premier examen était purement provisoire ; on se promit de prononcer sous peu de jours , contre des élections si révoltantes , un anathème plus utile , parce qu'il serait plus solennel; et l'on se tint assuré de retrouvera volonté, par cet acte d'utilité publique, l'unanimité, le courage, la force qui venaient de se manifester. On ne voyait d'ailleurs prendre part à cette première discussion que des hommes encore obscurs. Les députés connus par des travaux antérieurs étaient absents ou gardaient un profond silence; et il manquait au moins , pour commander une résolution vigoureuse , l'autorité d'un nom célèbre.

On venait de se récrier contre les élections à voix haute : on se mit à élire à voix haute un président et des secrétaires, soit que déjà l'on cédât à l'ascendant de la faction démagogique , soit que l'on se plût à emprunter d'elle un procédé qui allait lui montrer plus à découvert le nombre et la hardiesse de ses ennemis. Presque tous les suffrages appelèi'ent Pétion à Ift présidence; Robespierre obtint six ou sept voix : il était présent, debout, isolé, muet, immobile : on dirigeait vers lui quelques gestes et beaucoup plus de regards, qu'il pouvait prendre pour d^ insultes.

Une seconde séance s'ouvrit le a r , dans le même local; elle était plus nombreuse. Quelqu'un proposa de voter des remercîments à l'Assemblée législative. €habot répondit que le salut de la France n'était dû qu'à la commune de Paris et aux jacobins. Lasoin^ce répliquait énergiquement ; il traçait le tableau des crimes qui avaient suivi la journée du f o août. Eten-

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ton l'interrompe f il déclare qu'mi est dans une étrange erreur, si l'on croit avoir le droit de pren*dre 9 dans une antichambre dn palais d'an tyran^ des délibérations clandestines : il proteste contre tout ce qui sera résolu ailleurs que sous les yeux du peuple. Une députation de l'Assemblée légishtive vint termi*ncr ces débats , en annonçant qu'elle avait clos sa session. François de Neufchâteau j qui portait la parole au nom de cette députation , parla des terribles orages que la main puissante de la Convention nationale allait dissiper. Pétion répondit qu'il ne s'agissait que du conflit passager de quelques prétentions misérables , que de petites passions, qui s'en allaient , disait-il, disparaître au premier instant.

On sortit des Tuileries, et l'on s'avança vers la salle du Manège, entre deux haies d'applaudisseurs. A mesure que les députés entraient deux à deux dans la salle, elle retentissait des acclamations d'une autre multitude rassemblée dans les tribunes publiques. Un seul fut applaudi avec plus de fracas que le» autres; ce fut ou le duc d'Orléans , ou le nommé d'Anmonville, qu'il tenait par le bras, et dont la tête était couverte d'un bonnet rouge. On commença par rejeter la proposition faite par Manuel, d'installer le président de la Convention aux Tuileries , et de l'environner d'un certain éclat. Un autre voulait que , pour exprimer le sentiment de sa toute- puissance, la Convention cassât à l'instant même toutes les autorités existantes , et les recréât aussitôt provisoirement. Chabot, ex-capucin, ne trouva, point cette mesure assez innocente; il demanda qu'au contraire on reconnût une autorité que rien ne pouvait plus

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abolir ni suspendre , celle qu'exerçait le peuple souverain j ou par lui-même dans ses assemblées primaires , ou par ses représentants immédiats dans les municipalités. «Je vous invite, ajouta-t-il, à ne jamais oublier que c'est par les sans^culottes que vous êtes envoyés ici. » Ce mot, fermement articulé dès la première discussion , applaudi avec transport par les assistants , écouté par l'assemblée avec douleur, mais sans murmure ; ce mot décida la question qui s'agitait, et prépara la décision de beaucoup d'autres.

Danton se présente, il se dévoue au peuple dont il avait été le ministre , dont il va être le mandataire. Il déclare qu'il faut que la loi soit terrible, aussi terrible que le peuple vient de l'être; et, à la suite de cette réflexion préliminaire, il invite Rassemblée à placer sous la sauvegarde de la nation les propriétés et les personnes. On ne demanda point quel était le sens , quelle serait l'efficacité d'un tel décret : on le rendit d'un air de triomphe; on était fier d'avoir si fortement garanti tous les droits individuels. Mais l'acte le plus célèbre de cette séance fut l'abolition de la royauté. Collot-d'Herbois , député de Paris, ancien comédien de province , en fit la proposition. Il se hâta de prévenir ceux auxquels il aurait convenu de la faire; il ne pouvait avoir de contradicteurs.

Les séances suivantes amenèrent de plus vifs débats; dès le 25 , Bebecqui et Barbaroux, deux dépistés de Marseille , accusent Robespierre; ils citent des écrits de Marat et des conversations de Panis, l'un des membres de la députation parisienne. Cambon, qui, dans l'Assemblée législative, s'était fort occupe de finances, se joint aux accusateurs ~: il a vu les fac-

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tieux s'introduire dans les établissements publics, enlever des effets précieux sans récépissé^ sans procèsverbaux ; il ne doute point du projet d'asservir les quatre-vingt-trois départements sous la tyrannie d'une commune ou du chef qu'elle se donnera. Vergniaud tient en main une circulaire queMarat^ Panis et d'autres ont signée : la municipalité de Paris s'y dé"clare investie de la plénitude de la confiance nationale ; elle informe ses frères des départements que les conspirateurs entassés dans les prisons viennent d'être mis à mort , a ce qui est, dit la lettre , nonseulement un acte de justice , que toutes les communes approuveront comme indispensable 9 mais un moyen utile qu'elles s'empresseront d'adopter. »

Ces faits et d'autres du même genre ne furent point démentis par les dénoncés. Danton mit au nombre des beaux jours celui qui amenait de tels débats; il les appela des explications fraternelles : d'ailleurs il revendiqua pour Paris la gloire de la révolution, et pria de ne jamais confondre avec l'acrimonieux Marat les hommes qui avaient fait dès choses fortes. Robespierre s^embarrassa dans un long récit des services qu'il avait, disait-il , rendus à son pays. On l'interpella de déclarer s'il aspirait à la dictature; il ne répondit qu'en recommençant l'histoire de sa vie politique. On le trouva faible, inhabile, et plus vain qu'ambitieux. Marat prit un autre ton. «c J'ai donc , dit-il , dans cette assemblée bien des ennemis personnels! — Tous! tous! s'écrièrent en se levant plus de six cents députés. — Eh bien ! reprit Marat , je vous rappelle à la pudeur et à la réflexion. C'est moi qui ai

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proposé un tribun du peuple , un dictateur ou des triumvirs , le nom n'y fait rien. Telles 3ont mes opinions, je les ai fait imprimer; et si vous n'êtes pas encore à ma hauteur, tant pis pour vou^ : les troubles ne sont pas finis. »

Un homme qui divulguait ainsi des idées que d'autres eussent tenues si secrètes, parut un fou peu dangereux. L'indignation devint moins vive; il s'en aperçut, et reparaissant à la tribune , il tira un pistolet, l'approcha de son front, et dit : » Si vous m'aviez" décrété d'accusation , je me serais brûlé la cervelle au milieu de vous, » L'assemblée s'émut, comme étonnée d'avoir couru un tel péril. Un hypocrite, nommé Couthon, dit qu'il fallait s'occuper de la chose publique, et non des personnes. Ce lieu commun termina le débat, et acheva de le rendre en effet inutile à la chose publique, qu'il intéressait si vivement. On décréta, comme résultat de tout ce qu'on venait d'entendre, l'indivisibilité de la république; de sorte que les dénonciations contre les anarchistes parurent n'aboutir qu'à la proscription du système fédéral, imputé aux dénonciateurs. On ordonna bien d'ailleurs l'impression de l^urs discours ; mais cet arrêté fut abrogé peu de jours après , dans une séance du soir, sur la demande de Panis.

Les. dénonciations contre les factieux furent renouvelées plusieurs fois avec aussi peu de fruit. Si Marat, accusé de provocations séditieuses, déclarait lui-même à la tribune qu'il fallait abattre encore a68 mille têtes, que c'était là son opinion politique; s'il soutenait toutes les insubordinations, même militaires, il suffi-

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sait que Danton vint desavouer avec solennité ce qu'il appelait le tempérament de Marat : l'on passait à l'ordre du jour. Si Louvet, homme d'un esprit délicat et d'un courage indompté, signalait les desseins homicides de Robespierre^ racontant ses crimes passés, prophétisant ses excès futurs; si des hommes de bien et des turbulents même, tels que Lacroix, confir* maient par les plus positifs témoignages les éloquents discours de Louvet, Robespierre préparait durant huit jours une défense que l'on ne trouvait qu'ennuyeuse, et l'on passait à l'ordre du jour. En vftin la municipalité de Paris était dénoncée de toutes parts^ tantôt par les tribunaux de Paris, qui 'se plaignaient des emprisonnements arbitraires qu'elle faisait exécuter^ tantôt par les citoyens de Lyon j de Bordeaux, et des autres communes oii ses commissaires (omen* taieut des troubles ; souvent par Barbaroux , par l'Ai*' sacien Rewbel, par Guadet et Gensonné, députés de la Gironde; plus souvent encore par Cambon, qui la représMitait comme détentrice de la millions extor** qués au trésor public ; elle répondait en demandant d'autres millions qu'elle obtenait, et en promettant des comptes qu'elle ne devait jamais rendre. Un homme qui ne pouvait devenir factieux que par lâcheté, Barrère , s'élevait aussi contre le conseil général de la commune; il provoquait, sinon la poursuite des municipaux criminels, du moins la réforme de l'intolérable organisation de la municipalité : ses conseils avaient beau être pusillanimes, ils étaient encore impuissants. Danton se vantait de la part qu'il avait prise à l'fmvoi des commissaires dans les départements;

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et ce n'était que par cet aveu et par l'exposé des dépenses du tribunal du 17 août qu'il satisfaisait à la demande souvent répétée des comptes de son ministère.

Le plus infatigable ennemi de l'anarchie était Roland, qui, quoique ministre de l'intérieur, n'avait guère d'autres moyens de la combattre que par ses fréquentes et énergiques dénonciations. Il venait faire à la Convention nationale le récit des crimes de chaque jour : taxation de comestibles, pillage de subsistances, arrestations de courriers, expulsion des fonctionnaires , publics^ vols, assassinats, exécutions populaires, actes de la municipalité de Paris contre les décrets des législateurs. Il provoquait des lois répressives, et obtenait d'inutiles renvois à des comités* Pour l'ordinaire, c'était lui-même qui se trouvait l'accusé, et son parti était trop heureux de parvenir à le faire absoudre. S'agissait-il, par exemple, d'adresses séditieuses envoyées par la municipalité aux départements et arrêtées à la poste par le ministre : la discussion s'établissait moins sur la provocation à la révolte que sur la violation du secret des lettres; c'étaient là comme deux crimes égaux, et le premier servait à peine d'excuse au second. Les infracteurs effrénés de toutes les lois naturelles et positives invoquaient sans pudeur ce qu'on appelle les principes , contre toute mesure destinée à réprimer leurs excès les plus manifestes. Enfin , lorsque chacun voyait tant de communes, Paris surtout, en proie au plus scandaleux brigandage, Bazire, qui, par quelques jours d'hypocrisie, avait capté les suffrages du parti modéré pour

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se faire placer dans le comité de sûreté générale; Bazire venait faire des rapports au nom de ce comité, sur rétat très-satisfaisant de la capitale , et sur la tranquillité dont jouirait la république entière quand son indivisibilité serait fortement garantie contre les manœuvres du fédéralisme....

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