CHAPITRE I. l
aux questions de M. F. P***; puis un troisième, intitulé : Lettre de M. Daunou de l'Oratoire à M. B. M. Ces trois écrits ont le même but, savoir: de prouver que la constitution civile ne touchait point aux dogmes du catholicisme, mais seule* ment à la discipline, qui peut varier suivant les temps et les circonstances.
Cette conviction où était Daunou avec beaucoup de savants canonistes de cette, époque, se trouvait partagée par la majorité des membres de la congrégation de TOratoire. Cette congœgation s'était émue au spectacle des grands événements qui se passaient sous ses yeux. La plupart de ceux qui la composaient avaient senti le besoin d'apr porterdes réformes dans la constitution intérieure qui la régissait, et de se mettre en rapport avec le comité ecclésiastique de l'Assemblée constituante. Toutefois les supérieurs généraux de l'ordre et quelques vieillards, attachés aux formes anciennes, résistaient à ces innovations. Un comité de quinze membres fut nommé néanmoins pour représenter la congrégation auprès de l'Assemblée ; Daunou fut élu le premier; ses coofrères les plus distingués y entrèrent également. Ces plans de réforme, ces résistances de qdelques dissidents, donnèrent lieu à beaucoup de publications, parmi lesquelles il en était une qui paraissait périodiquement sous le titre de Bulletin des patriotes de VOratoire. La suppression de cette congrégation, qui partagea le sort de tous les autres ordres religieux, vînt seule mettre un terme à cette guerre intestine et rendre à la vie séculière ceux qui y étaient engagés.
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Si la grande majorité des oratoriens suivait avec sympathie les travaux politiques de TAssemblée constituante, on comprendra facilement que ceux de ces travaux qui touchaient à Féducation avaient un intérêt tout particulier pour ce célèbre corps enseignant. Dès 1789, Daunou avait publié dans le Journal encyclopédique quatre lettres sur l'éducation. Quoique bien jeune encore , puisqu'il n'avait que vingt-huit ans , il avait déjà acquis une longue expérience de l'enseignement public, et l'autorité qui s'attache à son nom doit faire désirer de connaître comment il envisageait dès cette époque les questions délicates qui touchent à l'organisation de l'éducation nationale.
«Il est pour toute éducation des bases invariables , disait-il. Observer et seconder les développements des facultés; quelquefois-, redresser les écarts de la nature, ne la contraindre jamais; donner les premiers soins au corps; adresser aux sens les premières instructions; mettre à profit la curiosité; enrichir la mémoire que la curiosité éveille ; égayer et régler l'imagination, ce résultat précieux des sensations et de la mémoire; présenter aux passions qui en naissent leurs véritables objets; exercer enfin cette faculté que toutes les autres concourent à produire et qui se perfectionne par elles, la raison : telle sera la marche de l'instituteur, s'il a étudié l'histoire des premiers
âges de l'homme »
Il distingue quatre éducations qui peuvent se succéder pour le même individu. Il y a d'abord celle de la première enfance : cette éducation est
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nécessairement domestique. La seconde peut être publique; il fixe en général son colnmencement à ' la sixième année de l'élève, et sa fin à la dixième. La troisième correspond à celle que Ton reçoit dans les collèges; et la dernière est celle qui nous prépare à quelque profession déterminée. La première période de l'éducation doit être en quelque sorte négative j comme l'a dit Rousseau; elle doit surtout consister à ne donner aux enfants aucune idée fausse^ à ne pas effrayer leur imagination par des récits fantastiques, à ne leur apprendre aucun de nos préjugés, à ne leur adresser aucune leçon directe, à ne les tromper jamais. Du reste, Tenfance a des droits particuliers au bonheur; l'expérieiice démontre que l'on devient plus aisément méchant à proportion que l'on se voit plus malheureux, et il y a nécessité d'entretenir, d'échauffer dans l'âme d'un enfant l'amour que la nature lui inspire pour les auteurs de ses jours, sans toutefois que cet amour puisse croître utilement 2IUX dépens du respect.
Dès qu'un enfant est parvenu à sa sixième année ou environ, on commence à s'apercevoir que déjà les progrès de ses facultés appellent l'histruction. Il faut alors éviter un double écueil , le danger d'une inaction qui deviendrait habitude , et l'exercice immodéré qui fatigue et qui énerve. Pour arriver à ce résultat, M. Daunou émet la pensée que les enfants , pendant la première année, ne soient assujettis qu'à deux heures d'étude par jour, une heure le matin et autant le soir. Cette preniière année serait surtout consacrée à
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apprendre à lire, et elle devrait suffire si Ton employait une méthode perfectionnée d'après les judicieux conseils de Dumarsais, de Duclos et des autres grammairiens philosophes.
Dans la seconde année y les enfants commenceraient à écrire et se perfectionneraient dans la lecture. Dans la troisième, on prolongerait d'une heure par jour le temps du travail. I..es élèves, en continuant de lire et d'écrire, recevraient aussi quelques leçons d'arithmétique. La quatrième année serait spécialement destinée à la ;grammaire française, à l'orthographe et à l'histoire naturelle.
Pour mettre ce plan d'études élémentaires à 'exécution, M. Daunou aurait voulu qu'on établit dans chaque centre de population une école qui pût contenir quatre classes correspondantes aux quatre années dont il vient de parler. Le même maître pourrait toujours tenir deux de ces classes à des heures différentes. Les trois premières seraient gratuites, et la quatrième, qui ne devrait point l'être, n'existerait pas dans les villages. Quant aux trois autres, elles pourraient y être modifiées de manière qu'elles fussent aisément gouvernées par un seul maître.
Arrivé à la troisième période de l'éducation, M. Daunou examine la question des collèges. « L'opinion publique est formée, dit-il ; cette éducation est jugée comme la gabelle, et peut-être néanmoins subsistera-t-elle longtemps encore, ainsi que tant d'autres abus également dévoilés* 9 Cette prophétie ne s'est que trop bien réalisée.
€HAPITRE I. I<)
L'une des objections les plus graves qu'il adresse à l'éducation des collèges, c'est'que les élèves sont trop nombreux dans chaque classe. Un institu* teur, enefTet, ne peut étendre ses soins sur tous les enfants qui suivent sa classe ; il se croit dès lors autorisé à négliger les sujets médiocres, qui ^forment le plus grand nombre, pour cultiver quelques talents distingués dont les succès lui paraissent liés à sa propre réputation. M. Daunou préférerait un arrangement selon lequel le nombre des élèves ne serait nulle part assez grand pour excéder la mesure d'attention dont un instituteur est capable, et nulle part assez borné pour exclure l'émulation. Un autre abus qu'il reproche aux collèges , c'est qu'avant d'y être admis dans la plus basse classe , il faille avoir étudié pendant un ou deux^ans les principes de la langue latine, comme si, dit-il, huit années de collège ne devaient pas suffire pour apprendre cette langue et d'autres choses plus importantes.
Ces huit années d'études , voici comment il voudrait qu'elles fussent réparties. Première année, la géographie, la langue française et la langue latine. Quant à cette dernière langue , on se bornerait, durant cette première année, aux décli<naisons et aux conjugaisons, mais de manière que les enfants n'eussent plus besoin d'y revenir. La seconde année serait employée à étudier la mythologie et les langues française , latine et grecque. C'est vers la fin de cette année que l'on coiiimencerait à faire faire des thèmes aux élèves ; exercice, du reste, dont il ne se montre pas très^
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zélé partisan , quoiqu'il reconnaisse cependant qu'il y ait nécessité de ne pas l'abandonner entièrement. Il désespère que l'on puisse jamais bien apprendre à écrire en latin : « Nos très-habiles professeurs, ajoute-t-11, dans leurs beaux discours//! génère démons trativo^ font des barbarismes et des solécismes que ni vous, ni eux , ni moi^ ne sommes capables de distinguer, mais qui eussent fait rire tout le sénat romain d'un rire inextinguible. » A l'égard de la langue grecque, l'on n'irait pas, durant cette année, au delà des déclinaisons et des conjugaisons.
Pendant la troisième année on continuerait les études des langues française, latine et grecque, en y ajoutant l'histoire grecque, ou plutôt celle des principales nations de l'antiquité, à l'exception des Romains. Les six premiers volumes de Y Histoire ancienne Ae Rollin pourraient servir de base à cette étude. Quant aux auteurs à expliquer, on les choisirait entre Justin, Quinte-Curce, Cor' nelius Nepos et l'excellent recueil connu sous le nom de Selectœ è profanis ^ etc. La syntaxe latine dont les élèves avaient dû se servir l'année précédente, serait, dans cette troisième année, remplacée par un traité de la quantité et de la versification latine. On pourrait joindre à ce dernier enseignement l'explication de quelques extraits des Métamorphoses d'Ovide et des Géorgiques de Virgile. M. Daunou repousse les Églogues de ce dernier poète, parce que les unes sont peu intéressantes, les autres dangereuses , et plusieurs 4rès-surchargées de difficultés de critique. La syn-