‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 13 sur 136 · CHAPITRE I. ai · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. ai

taxe grecque serait accompagQee de l'explication des fables d'Ésope.

Dans la quatrième année on substituerait l'histoire romaine à l'histoire grecque, et l'on poursuivrait les autres études. On lirait donc les Révo» lutions romaines de Vertot, et l'on essayerait la lecture des Synonymes français de Girard. Les élèves composeraient quelques lettres dont ils choisiraient eux-mêmes les sujets ; ils traduiraient les plus beaux endroits de Tite-Livej une vingtaine de lettres de Cicéron, des extraits de ïérence et de Plante. Us étudieraient la versification grecque, qui est le modèle de celle des Latins,^ expliqueraient plusieurs morceaux d'Homère, une partie des histoires d'Hérodien, et réciteraient tous les jours quelques versets du texte grec de l'évangile selon saint Luc.

Dans la cinquième année on joindrait l'histoire de France aux autres études. C'est dans Y Enéide y dans les pensées de Cicéron recueillies par d'Oli* vet, dans Salluste, Homère et Plutarque, que l'on choisirait les textes des traductions. Les élèves essayeraient de temps en temps des narrations de divers genres, en prose française, quelquefois même en vers français. Enfin le Traité des Tropes de Dumarsais terminerait avantageusement les études de grammaire, et servirait d'introduction à la logique et à la rhétorique. De plus , pendant ces cinq années, on aurait inspiré, aux jeunes gens le goût de la lecture en dirigeant ce goût vers les livres les plus utilement appropriés à leur iige,àleurs progrès et aux études de chaque année.

22 JDOGUMEltTS BIOGRAPHIQUES.

Dans le plan tracé par M. Daunou, la sixième année devrait être destinée à la logique, à Ia métaphysique eX. à la morale. Il ne conçoit pas^ en effet, comment on donne de prétendues leçons d'élo* quence à des élèves qui n'ont étudié ni morale ni logique; car, dit-ii, la logique est le premier secret de l'éloquence, et la morale est proprement la science de l'orateur. L'enseignement publicqui, jusqu'ici, n'aurait étéque de quatre heures par jour^ serait de cinq pendant les trois dernières années. Deux professeurs seraient simultanément chargés de l'enseignement ; l'un pour la logique et la métaphysique, et l'autre pour la morale.

Du reste, il proscrit les questions puériles, les disputes que l'on appelle Màf^^ , et le jargon demilatin en usage dans les écoles. Il se demande pourquoi, lorsque la langue française est si propre aux matières philosophiques, on s'obstine à les revêtir de la plus insipide latinité. Il pense que, sans cet usage ridicule, on peut apprendre trèssolidement le langage de Gicéron et de Virgile, c'est-à-dire se mettre en état de lire couramment leurs ouvrages. Il ne croit pas que l'on puisse trouver une réponse à ces objections, dans la nécessité de disposer les jeunes gens aux études de jurisprudence, de médecine et de théologie qui se font en latin ; car il serait assurément bien plus sensé de les faire en français. Quant à l'enseignement de la logique, il le fait consister dans l'analyse des sensations, la grammaire générale^ les causes d'erreurs, les motifs de certitude, les règles de la critique, tout ce qui tient à la clarté

CflAFITR£ r. a 3

des idées, à Tëvidence des jugements , à renchaînement et à l'ordre des connaissances; voilà ^ dit-il/ la logique, puisque la logique est Fart de . penser. Il fait renaarquer que le destin des écoles a été de n'être jamais au niveau de leur siècle. Elles étaient péripatéticiennes sous Louis XIV; plusieurs sont cartésiennes aujourd'hui (i 789), enseignant les idées innées et d'autres systèmes de cette nature, comme s'il n'y avait point eu dans le monde de Locke ni de Condillac, ou plutôt, ajoute-t-il, c'est précisément depuis que la philosophie a renversé ces chimères qu'elles ont trouvé dans les collèges des protecteurs si zélés ; auparavant , toute doctrine de Descartes en était proscrite, et l'on y disait avec Aristote que nos premières connaissances sont toujours des sensations.

Le traité de logique étant composé d'après ce plan , on donnerait peu d'étendue à la métaphysique, d'où Ion retrancherait les notions surannées de l'ontologie.

Pour ne pas abandonner l'étude des langues , le professeur de logique et de métaphysique ferait traduire le Phédon ou le Timée de Platon , et le professeur de morale, de son coté, appliquerait au même usage les Offices de Cicéron^ Le devoir de ce dernier professeur, thomme essentiel du collège , serait d'enseigner les éléments complets de morale naturelle d'après Platon , Cicéron , Sénèque, Plutarque, Marc-Aurèle, Montaigne, Pascal, Nicole, Cumberland, la Bruyère, J. J. Rous* seau , etc.

La septième année serait consacrée à la classe

24 DOCUM£JilTS BfOGRA.PHIQUES.

des belles^ettres y dans laquelle on traduirait un ou plusieurs discours de Démosthène et de Cicéron, des extraits de saint Jean Chrysostome, et on lirait les chefs-'d'œuvre de nos littérateurs français. Les premières compositions seraient des analyses raisonnées de ce que l'on aurait lu ; ensuite les élèves en traiteraient eux-mêmes les sujets; enfin, on leur dicterait les plans de quelques discours. Pour la poésie 9 le livre élémentaire serait l'Art poétique de Boileau , auquel on pourrait joindre ceux d'Aristote et d'Horace, que les élèves traduiraient.

La huitième année embrasserait la physique et les mathématiques, et couronnerait ensuite l'en-^ . semble des études classiques.

Après avoir tracé ce plan d'éducation, M. Daunou examinait les questions relatives aux stimulants à employer pour faire travailler les élèves, à l'existence des maîtres, à l'organisation des corps enseignants , etc. 11 est inutile de dire qu'il répudie toute espèce de châtiment corporel. S'il se montre partisan de l'éducation publique , en ce sens que les jeunes gens doivent suivre des cours publics, il est beaucoup moins disposé à reconnaître les avantages des établissements appelés pensionnats. « Oh ! s'écrie-t-il, si tous ceux qui ont * passé dans des pensionnats les précieuses arfnées de leur jeunesse; si tous ceux qui ont été préposés à ces sinistres institutions , consentaient à nous faire un récit fidèle des désordres dont ils ont été les témoins, ou les auteurs, ou les victimes, moins de parents, n'en doutons pas, chercheraient

Page 1