CHAPITRE
Considérations sur le procès de Louis XVI ^ il continua d'invoquer les garanties qui pouvaient seules amener un jugement équitable dans cette déplorable cause. Il engageait surtout la Convention à ne pas se laisser entraîner par rentbousiasnie au«. quel beaucoup de ses membres s'abandonnaient sans réserve , dans leur zèle fanatique contre un roi détrôné. « Que l'enthousiasme soit quelquefois accusateur, disait^il, du moins ne faut-il jamais qu'il soit juge, et il est affreux (]u'il prononce des arrêts de mort. De tels arrêts outragent la nature: ils ne peuvent honorer que le crime lui-même qui les subirait. Je me défie de Tenthousiasme, lors même qu'il s'allie à des vertus douces, et qu'il provoque des actions généreuses ; mais l'enthousiasme qui condamne est toujours férocité, et ce n'est qu'à Téquité froide, à la raison tranquille et calculante qu'est réservé le droit de punir. Ces vérités paraîtront communes, mais elles sont à l'ordre du jour, et, parmi les grands intérêts auxquels je crois qu'elles se rattachent, il en est une qui méritera l'attention des législateurs , c'est qu'il ne faut pas dénaturer le caractère national ; il ne faut pas ensaui^agerles mœurs d'un peuple qui a été jusqu'ici doux, juste, humain, sensible, et qui, sous ce rapport, est sans doute fort bien comme il est. La sévérité d'un républicain n'est pas la barbarie d'un cannibale fanatique il ne faut point appeler hauteur de la révolution ce qui ne serait que la région des vautours; restons dans l'atmosphère de l'humanité et de la justice. Ce sont là les seuls éléments qui conviennent à un peuple libre; c'est
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là seutement qu'il croit et se fortifie; au delà sont les fléaux qui tuent la liberté publique; au delà sont les factioDS, Tanarcbie et les tyrans '. »
M. Daunou publia un troisième écrit dan» le procès du roi *, après le plaidoyer de Deseze, avec Tespoir. de ramener encore la Convenlion dans les voies de la justice. Persistant dans son opinion que cette assemblée était incompétente, mais cherchant à faire procéder avec le plus d'équité possible y dans l'application du déci*et par lequel elle avait décidé qu'elle jugerait elle-même, il disaii : « Citoyens , en vain vous vous êtes déclarés les juges de Louis; il doit être permis de vous dire que vous en avez quelquefois perdu l'attitude; que vos opinions, vos motions, vos débats, vos décrets peut-être , ont pu porter quelquefois l'empreinte du ressentiment qui accuse, plutôt que de l'impartialité qui se recueille pour juger. Citoyens, cette remarque est du moins un motif de plus pour nous conseiller, dans les opérations qui restent à faire, l'observation scrupuleuse des devoirs attachés aux fonctions déjuges.
a Et cependant, législateurs, tandis que dans toutes les causes criminelles le jury est interrogé successivement sur ces trois questions : Si tel délit a été commis , s'il a été commis par l'accusé , si laccusé l'a commis méchamment et sciemment; vous , si vous suivez ce qu'on vous propose, vous
« Considérations sur le procès de Louis XVI, par P. C. F. Daunou; imprimées par ordre de la Convention nationale, p. 5 et 6.
> Complément de l'opinion de P. G. F. Daunou sur Faffaire du ■ei«devant roi ; imprimé par ordre de la Convention nationale;