CHAPITRE II
déciderez^ par une délibération unique, que lecidéliant roi^est coupable; laissant ainsi et votre procédé judiciaire et les délits dont vous déclare* rez l'existence, dans une égale et vaste indétermination.
« Et cependant encore , tandis que dans toutes les causes criminelles les scrutins sont recueillis en silence, et les consciences qui les déposent abandonnées à la liberté la plus intacte; vous, ^ vous adoptez le plan qu'on vous indique, vous voterez par appel nominal ; la destinée de Louis tournant ainsi contre cet accusé toutes les chances de la terreur, de la faiblesse et de l'entraînement.
« Et cependant enfin , tandis que dans toutes les causes criminelles ^ la loi détermine en faveur de l'accusé une proportion de suffrages destinée à écarter ou à tempérer la condamnation ; vous, si vous n'ajoutez rien au projet que l'on vous présente , vous n'exigerez , pour condamner Louis XVI, que la simple majorité; privant ainsi de tous les bienfaits de la loi, de toutes les ressources de la clémence publique, un accusé que vous dépouillez encore de tout droit de récusation. »
Puis, entrevoyant l'avenir, il prophétisait à ses collègues le jugement que la postérité à son tour porterait sur cette grande catastrophe. « Il faut , ajoutait-t-il, repousser toutes les leçons de l'histoire et de la morale, toutes les théories des révolutions et tous les enseignements de l'expérience ; il faut méconnaître et notre situation intérieure et l'état présent de nos relations externes ; il faut se transporter loin de toute pensée publique,
pour De pas voir, pour ne pas sentir l'imminent péril auquel ce jugement vous expose. Et quand je dis vous 9 citoyens, je parle de la république } car vous n'auriez à craindre pour vous-mêmes que lorsque vous n'auriez plus rien à espérer pour elle; ses malheurs précéderaient les vôtres , et vous n'êtes exposés qu'au jour où périrait la patrie. » Puis, faisant allusion à ces clubs révolutionnaires qui influaient d'une manière si terrible sur l'esprit des législateurs, il disait : « Quant aux agrégations partielles qui agitent, qui divisent, qui assassinent, et que l'on s'obstine à nommer le peuple^ elles ne sont pas plus le peuple que les marais ne sont la nature , et que les reptiles ne sont l'univers. »
Dauiiou concluait en émettant la pensée que la Convention pouvait seulement prendre des mesures de sûreté générale à l'égard de Louis; ce système excluait la peine de mort et celle de la détention à perpétuité ; il devait avoir pour conséquence la réclusion jusqu'à la paix, et ensuite le bannissement. C'est ainsi, en effet, qu'il a pro* nonce à la tribune de la Convention son vote dans ce mémorable procès; vote que nous rapporterons textuellement tout à l'heure.
Les sages conseils qu'il donnait furent loin d'être suivis. Dans la séance du i4 janvier, il soumit à rassemblée une série de questions à décider, dans le but évident d'essayer de sauver Louis XVL Mais cette proposition ne fut pas adoptée, et la Convention décréta que les trois questions suivantes seraient soumises à chacun de ses mem-