‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 21 sur 136 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

« Les formes judiciaires n'étant pas suivies, ce n'est point par un jugement criminel que la Con** venlion a voulu prononcer : je ne lirai donc pas les pages sanglantes de notre oode j puisque vous avez écarté toutes celles où Thuiiçtanité avait tracé les formes protectrices de l'innocence; je ne prononce donc pas comme juge. Or, il n'est ps^s de la nature d'une inesure d'administration de s'étendre à la peine -capitale. Cett^ peine serait-elle utile? l'expérience des peuples qui ont fait mou* rirleur roi prouve le contraire. Je vote donc pour la déportation et la réclusion provisoire jusqu'à la paix '. »

.Nous avons relu avec soin toutes leç opinions qui ont été émises dans cette déplorable conjoncture , et no«s ne croyons pas qu'on puisse en citer une qui renferme plus de courage et de modération.

On sait que la Convention se composait alors de 'j^g membres; ^S étaient absents ou ne votèrent pas; il en restait 721 dontles votes devaient compter. Sur ce nombre, 387 se prononcèrent pour la peine de mort sans condition, et 334 pour la déportai ion , la détention, les fers ou la mort conditionnelle. La peine de mort fut donc prononcée contre Louis.

Les partisans de l'équitp et de la modératiî^yn tentèt^ent un djernier effort. Ils proposèrent de consiilter rassemblée pour savoir s'il- n'y avait pas lieu de surseoir 'à l'exécution du jugement. Un quatrième app^l nominal devait donc avoir lieu.

»Jlïb^fiMtt#'llu aô jaîiSrrer 1^93'.

4o OOCUMEIITS BIOGRAPHIQUES.

La séance dans laquelle on avait procédé à Fappel nominal sur l'application de la peine avait duré trente-six heures sans interruption. Ouverte le 16 janvier à dix heures du matin , elle n'avait été fermée que le 17 à dix heures du soir. La journée du 18 fut en grande partie employée à faire un réappel pour vérifier de nouveau les votes. Pendant cette opération les passions violentes s'étaient encore manifestées. On était ainsi arrivé à dix heures de la nuit. Thuriot, Couthon, Tallien^ impatients d'assurer l'exécution de l'inique arrêt qu'ils avaient rendu la veille, réclamaient qu'on procédât immédiatement au vote sur le sursis, dans l'espoir de profiter de la lassitude de l'assemblée pour le faire rejeter plus facilement.

Daunou s'élance à la tribune et prononce ces paroles :

« J'appuie la question préalable sur la proposition de Tallien. On vous a parlé d'humanité; mais on en a réclamé les droits d'une manière dérisoire.... Il ne faut pas décréter, en sommeillant, les plus chers intérêts delà patrie. Je déclare quece ne $era ni par la lassitude , ni par la terreur qu'on parviendra à entraîner la Convention nationale à statuer, dans la précipitation d'une délibération irréfléchie, sur une question à laquelle la vie d'un homme et le salut public sont également attachés. Vous avez appris le daager des délibérations soudaines; et certes , pour la question qui nous occppe , vous avez besoin d'être préparés par des méditations profondément suivies. I^ question qui vous reste à résoudre est une des plus impor*

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tantes que vous ayez à résoudre. Un de vos membres, Thomas Paine , a une opinion importante à vous communiquer. Peut-être ne sera-t-il pas inutiJe d'apprendre de. lui ce qu'en Angleterre... {des murmures s^élèvent). Je n'examine pas comment on peut flatter le peuple, en adulant en lui un sentiment qui n'est peut-être que celui d'une curiosité atroce. Les véritables amis du peuple sont, à nos yeux , ceux qui veulent prendre toutes les mesures nécessaires pour que le sang du peuple ne coule pas , que la source de ses larmes soit tarie, que son opinion soit ramenée aux véritables principes de la morale^ de la justice et de la raison. Je demande donc la question préalable sur la proposition de Tallien ; et que si cette proposition était mise aux voix , elle ne pût l'être que par l'appel nominal ^ »

Robespierre combat cette proposition; mais cette fois la Convention écoute la voix de Daiinou et renvoie la question du sursis au lendemain. Ceuxqui voulaient épargner la vie du roi espéraient que la réflexion porterait un plus grand nombt*e de députés à essayer ce moyen d'empêcher un grand attentat. Daunou, comme on peut le penser, ^se prononça pour le sursis. Mais cette mesure, qui, si elle eût été adoptée, pouvait encore sauver lé rôi:, fut rejetée à une majorité de 34 voix.

11 y avait d'autant plus de mérite à Dauùou de voter ainsi, qu'il était sincèrement républicain, et qu'un grand nombre de ses amis avaient suivi •

' Moniteur du aa janvier lygi.

4a DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.

une autre marche. Parmi ceux-ci se trouvait Fouché. Il était , comme on sait , oratorien et préfet des études au collège que celte congrégation pos* sédait à Nantes. Arrivé à la Convention, il s'y était naturellement lié avec son confrère M. Daunou , qui faisait comme lui partie du comité d'instruc* tion publique. Fouché se rangea d*abord dans la faction des feuillants, c'est-à-dire des monarchiens ; c'était en effet par l'influence de cette faction qu'il avait été élu à la Convention : aussi, durant les premiers mois, il y siégeait au côté droit. Lors du procès de Louis XVI, il dit à Daunou : oc Tg verras mon opinion lorsqu'elle sera imprimée , et tu seras étonné du courage que je 'déploierai contre ceux qui veulent la mort de Louis ^ » Cependant cette opinion fut assez longtemps à paraître, et lorsqu'elle fut distribuée , Daunou vit avec quelque surprise qu'elle ooramenaçait par cette phrase aussi mal écrite que sanguinaire :,<(Je* ne puis concevoir comment on peut hésiler on' montent à voter la mort d'un iyran^ . » - ^

Fouché, en effet, avait, comme tant d'autres>, changé de parti ; voyant que la majorité de la Convention se portait vers les révolutionnaires exagérés, il âe tourna aussi vers eux, et il quitta Ka place du coté droit pour en prendre une sur la Montagne.

/ Cet$p^ apeç^ote e«t racontée daDS uoe not^ de Tart. Fovcnà, au supplément de la Biographie universelle, M. Daunou n'y est indiqué que par Tinitiale de son nom, mais nous pouvons assurer que c'est lui qu'on a voulu désigtier.

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