CHAPITRE Ilf
marques sur le pian proposé par le comité de salut public.
Le droit de propriété lui paraissait menacé; il en prit la. défense en oes termes : « Le droit civil de propriété est le seul lien possible entre vingtcinq millions d'individus , réunis en une indivisible république. Tout autre système provoquera l'anarchie 9 ou supposera au moins le délire du fédéralisme le plus extrême. Pour moi^ si je vou* lais effacer la propriété foncière du nombre de vos institutions sociales, je vous proposerais de diviser la France en vingt ou trente mille^ petits États, qui deviendraient, pour ainsi dire, autant de monastères. Hors de cette absurdité, la propriété demeure, pour être, au sein d'un vaste empire, le principe insuppléable de l'unité, de l'activité, de l'abondance et delà prospérité nationale. Qui peut ignorer d'ailleurs que l'inégalité des jouissances n'est pas une invention politique, mais une loi de la nature, et qu'il faut, ou que cette inégalité subsiste, ou que la nature des choses et des hommes soit violemment comprimée? Or, je dis qu'il n'importe aujourd'hui à personne, qu'il n'importe pas surtout à ceux qui sont pauvres, que l'émulation s'éteigne, que toute énergie s'affaiblisse, que les industries languissent^ que les produits décroissent, et que la richesse nationale soît condamnée à une décadence progressive. Non , nul Français n'est assez dénué des premières notions de l'art social, assez ennemi de l'ordre public, du bonheur des individus et de la prospérité commune, pour avoir conçu des pro-
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jets éversifs du droit de propriété, et pour donner, par les paroles désastreuses de nivellement ou de loi agraire, Thorrible signal qui bouleverse les empires et qui écrase les nations '. »
Après ces longues discussions, la constitutix>n fut adoptée le !;i4 j^^î"? 'ndis on sait qu'elle ne fut jamais mise à exécution.
Vers la même époque, c'est-à-dire aux mois d'avril et de mai 1793 9 M. Daunou écrivait le discours dont nous avons déjà parlé, qui obtint le prix à l'académie de Lyon. Ce discours nous montre mieux encore quelles étaient les idées de son auteur à la suite des effroyables événements qui venaient de se passer. Voici ce que nous y lisons:
a Ah I loin de nous, loin d'un peuple si digne en effet du bonheur, loin ces désastreuses et déshonorantes maximes, que la liberté s'établit par la violence, qu'il est des exceptions à l'immuable équité, et qu'il faut des interrègnes sanguinaires entre l'esclavage public et la restauration des lois nationales. Pour moi , je ne doute des succès du patriotisme que lorsqu'une révolution se revêt de caractères sauvages, et qu'un peuple, altérant sa morale et dénaturant ses habitudes , marche à la liberté sous d'autres drapeaux que ceux de la liberté elle-même. Je suis plein d'espérance quand ce sont les fauteurs de la tyrannie qui professent l'injustice et qui se livrent à de féroces excès : je craindrais tout s'ils étaient opprimés eux-mêmes, s'ils avaient à se plaindre en effet de la violation
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de leurs droits les plus naturels. La barbarie reconduit à la servitude, et c'e^t l'équité seule qui cimente avec solidité les mœurs des naissantes républiques. Il n'est point de vérités plus efOcaces pour l'affranchissement d'un peuple que celles qui lui enseignent la justice, et il n'est pas de sentiment plus révolutionnaire que la bienfaisance.» Puis , M. Daunou dépeignait en ces termes les devoirs de l'homme public et du député : « Le seul mot de mandataire a tout dit. Evidemment, l'autorité n'est point établie pour l'orgueil de celui qui commande, mais pour l'avantage de ceux qui sont gouvernés. Je serai coupable de trahison toutes les fois qu'agissant en qualité d'homme public", je me laisserai diriger par des affections particulières. Le bien général est l'unique but auquel il me soit permis d'aspirer, et je ne devrai négliger, pour l'atteindre, aucun des moyens que la nature et la patrie auront placés en ma puissance. Certes, s'il est un spectacle fait pour ennoblir les sociétés humaines, c'est celui du magistrat, courageusement fidèle, sacrifiant à ses devoirs son repos, sa sûreté et sa réputation elle-même, servant le peuple, avec zèle et avec respect, au sein même de la défaveur et de l'ingratitude populaire, traitant ses propres calomniateurs sans amertume et sans fierté; modeste enfin au milieu des honorables persécutions et des glorieux outrages qui doivent illustrer un jour sa vertu. Voilà l'homme public dont les peuples chériront la mémoire, lorsqu'ils auront oublié jusqu'au nom du séditieux flatteur de la multitude, qui, transportant la sou-
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veraiiieté nationale dans quelques centaines de citoyens épuras dont il s'entoure, va calomniant toutes les lois, avilissant tous les pouvoirs, empoisonnant tous les principes, déplaçant et bouleversant avec un désastreux délire tous les éléments de la société. »
Quel langage digne et noble en face des terribles événements qui s'accomplissaient alors! Quel tableau du véritable député! Avec quels traits sont dépeintes la tyrannie et les fureurs de Robespierre, qu'il serait difficile de ne pas reconnaître dans les lignes qui terminent ce passage!
Il ne faudrait pas juger du style habituel d^ Daunou par celui dans lequel sont écrits ses ouvrages de cette époque. Son âme alors était si violemment impressionnée, qu'on remarque dans tout ce qui émane de sa plume, au milieu des traits brillants d'une vive éloquence, une sorte d'enflure que, dans des circonstances plus calmes, son goût exquis aura peut-être réprouvée. Mais ce n'est pas l'excellent écrivain que nous apprécions eu ce moment. Nous suivons le citoyen dans les agitations delà vie politique; et si nous le trouvons constant ami de la liberté , nous le voyons révolté des excès qui se commettent en son nom.
Après l'adoption de la constitution, la Convention s'occupa de l'instruction publique. Robespierre lut, dans la séance du i3 juillet, un plan d'éducation nationale qui avait été préparé par Lepelletier, et duquel il résultait que les enfants, depuis cinq ans jusqu'à douze, sans exceptiorif devaient être élevés en commun aux dépens