CHAPITRE IV
mes et les procédés de cette tyrannie minutieuse. Ces stupides subalternes venaient insulter au liial-' heur et à la patience des victimes; ils Taisaient un gain sordide sur les souffrances et les privations qu'ils ordonnaient^ et pour compléter les jouissances de leur avarice et de leur barbarie , ils établissaient dans les foyers domestiques de plusieurs détenus des satellites dévorateurs qulls préposaient à la garde de scellés éternels et au tourment journalier des familles désolées. »
A cet énergique tableau des prisons de Robes* pierre , Daunou ajoutait le récit non moins élo* quent du régime de la terreur. Nous allons le transcrire :
<c Durant neuf mois, depuis le 2 juin jusqu'en germinal, Paris consterné avait vu tomber environ six cents victimes sous le glaive de l'anarchie ;. le comité de salut public, une fois investi du pouvoir suprême, en Ot égorger plus de deux mille en quatre mois. Un supplice, inventé pour abréger les souffrances , devint entre ses mains dictatoriales un moyen d'extermination rapide; on était tenté de regretter les anciennes tortures, parce qu'il semblait qu'elles eussent été moins dévorai>tes. Dans l'immensité de leurs fureurs, les décemvks ont promené leur glaive homicide sur tous tes âges, sur tous les sexes, sur toutes les fortunes , sur toutes les opinions ; ils l'ont dirigé de pré<iérence sur les talents distingués, sur les caractères énergiques ; ils ont moissonné, autant qu'ili» ont pu dans un temps si court , la fleur et l'es-: pérance de la nation. Ils ont immolé des vieiHai*ds
6o DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
révérés dont la vertu avait commandé en quelque sorte le respect de l'Europe entière, et qui avaient honoré leur pays par cinquante années de travaux et de bienfaisance. Ils ont égorgé des femmes vertueuses, parce qu'elles n'avaient pu voir qu'on assassinait leurs époux sans donner un essor généreux à l'indignation de leurs âmes tendres et déchirées. Les juges de septembre avaient été plus compatissants , plus scrupuleux , souvent même moins scandaleusement expéditifs. J'ai vu arracher d'auprès de moi des infortunés que Ton traduisait soudainement au tribunal, que Ton entraînait trois heures après à la mort , avec quarante COMPLICES qu'ils n'avaient jamais vus. On taxait à l'avance chaque prison à un certain nombre déterminé de victimes; le sang était mis en réquisition, et il suffisait aux juges d'avoir le temps , non d'interroger , mais d'insulter chacun des proscrits. Les débats, la condamnation , la traversée et le supplice se consommaient au milieu de sarcasmes stupidement inhumains. Les circonstances les plus affreuses de ces auto^da-fé avaient reçu des noms ironiques, que la tyrannie et le fanatisme répétaient dans leur bonne humeur, et dont les juges, les bourreaux et les assistants soudoyés fatiguaient l'agonie de leur proie quotidienne. Ce langage horrible était l'éducation de l'enfance ; les jeux de l'enfance consistaient à imiter ces épouvantables scènes. La barbarie a été semée dans des âmes délicates; qui sait si des générations féroces ne menacent pas la patrie , ne grandissent pas pour les mal-