‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 34 sur 136 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

geux. Pour moi, une année de tourments a dû m'apprendre à mourir. C'est parce qu'on se fait une idée exagérée du malheur, c'est parce que l'on nourrit en soi-même une crainte insensée du trépas, qu'il y a des tyrans sur la terre.... »

Pârniiies prisonniers que Daunou eut la douleur de voir arriver à Port-Libre pendant qu'il y languissait, se trouva l'oppresseur de son département, le trop fameux Joseph Lebon, qui fut ainsi confondu avec des dépulés dont la conduire avait été si différente de la sienne. Collègue de députation de Daunou, ancien oratorien comme lui, Lebon voulut chercher à le fréquenter : il lui empruntait des livres; Daunou les lui prêtait, mais ne dissimulait pas la peine que lui faisait éprotiver une pareille compagnie.

Enfin le jour de la justice arriva. D'abord, la Convention autorisa, le 3 brumaire an m (^^ octobre 1794)? Jcs députés détenus dans les maisons d'arrêt , à se retirer dans leurs domiciles jjour j rétablir leur santé ; puis, le 18 frimaire (8 décembre), elle décréta leur rappel dans son sein. Ce décret fut mis immédiatement à exécution. « Ce fut, dit un* témoin* oculaire, un beau jour que celui où les soixante-treize furent rendus à leurs fonctions. On les accueillit avec sensibilité et enthousiasme. Lorsqu'ils reprirent leurs places, Lesage (d'Eure-et-Loir), l'un d'eux, dit en leur nom : Qu'ils feraient à la patrie le sacrifice des maux qu'ils avaient soufferts, et qu'ils combattraient également le royalisme et le terrorisme '.»

^Thibaudeau, Mémoires sur la Convenlion, t. I, p. 107.

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Ce vœu honorable était sans doute dans le cœur de tous les députés proscrits appelés à reprendre leurs fonctions ; mais le déchaînement des partis ne tarda pas à en empêcher la réalisation. Le^ thermidoriens se rapprochèrent des royalistes, et ils trouvèrent alors dans les victimes des terroristes une forte opposition à leurs projets. Daunou était du nombre de ceux qui entendaient faire obstacle à cette coalition de partis d'origine si diverse : aussi devint-il Fobjet d'indignes calomnies. On le fit passer pour l'un de ces ambitieux qui voulaient créer un nouveau gouvernement et un nouveau tribunal révolutionnaire. Peu s'en fallut même qu'on ne le représentât comme un homme sanguinaire qui voulait relever les échafauds de la terreur. Quelques esprits crédules furent pris à un piège si grossier. Parmi ces derniers figurait l'un des soixante-treize, nommé Serre, qui, pendant tout le temps de leur longue réclusion, avait vécu avec Daunou, et s'était intimement attaché à lui. Un jour, il lui demande un rendez-vous. En y arrivant, il se jette dans ses bras et le conjure, par tout de qu'il y a de plus sacré, de lui déclarer franchement s'il embrasse encore un ami dont il a partagé le sort, ou s'il presse contre son sein un traître prêt à y enfoncer le poignard. Daunou ne comprenait pas un semblable langage, et il fallut que Serre lui fît connaître les bruits qui couraient sur son compte, pour qu'il sut qu'il avait pu inspirer de telles craintes.

Quoi qu'il en soit, Daunou, dont le patriotisme et les talents avaient reçu un éclat plus vif des

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