‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 35 sur 136 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

pei^sécutions qu'il avait eues à subir ^ fut nommé l'un des secrétaires de la Convention , presque immédiatement après sa rentrée dans cette assemblée (i**" nivôse an m — 21 décembre 1794)- H se chargea de rédiger les comptes rendus des séances de la Convention pour les Annales pa^ triotiques et littéraires, que son collègue Mercier venait de fonder; il faisait suivre ses articles de son initiale, en y ajoutant : rédacteur du seul article Convention; montrant assez par là qu'il n'entendait assumer sur lifi que la responsabilité de ces comptes rendus ^

Daunou reprit en même temps sa place au comité d'instruction publique. Le 1 3 germinal (2 avril 1795), il fit, au nom de ce comité, à la Convention, la proposition d'imprimer un ouvrage inédit de l'illustre et infortuné Condorcet : c'était VEs- (juisse d/un tableau historique des progrès de Fes^ prit humain^ écrit par Condorcet depuis sa proscription. La Convention décréta que cet ouvrage serait imprimé à trois mille exemplaires. Â la même époque, il fit un autre Rapport sur les réclama^ tions des artistes transférés du théâtre de la rue de la Loi (rue de Richelieu) à celui du faubourg Saint- Germain (l'Odéon ) .

Un bien autre encouragement fut accordé aux

■ A cette époque, où la sténographie était peu connue, c'étaient des membres des assemblées qui rendaient un compte sommaire des séances, dans les journaux. C'est ainsi que Garât rédigea les comptes rendus des séances de l* Assemblée constituante dans le Journal de Paris ; Condorcet, des séances de TAssemblée législative dans le même journal, etc.

sciences et aux arts par la Convetition « délivrée des tyrans qui Toppriinaient. Elle décréta» les 27 vendémiaire et 27 germinal an m (18 octobre 1794 et 16 avril 1795), qu'une somme annuelle de 360,000 fr. serait distribuée aux savants et aux artistes qui honoraient le plus la patrie par leurs travaux. C'étaient les bommes les plus célèbres dans les sciences, les lettres et les arts, qu'il s'agissait de récompenser, et qui allaient recevoir de la représentation nationale une juste rémunération de l'éclat que leurs œuvres répandaient sur la France. Daunou fut chaîné de faire le rapport sur le second de ces décrets. Ce rapport commençait ainsi : «Représentants du peuple, la terreur avait condamné les arts à la plus rapide décadence, la tradition des connaissances commençait à s'interrompre, la morale était corrompue, et le goût s'altérait avec les mœurs. La médiocrité s'agitait, soudoyée par la tyrannie; et le taleht, proscrit ou suspect, se paralysait dans l'inaction, dans la dé* tresse ou dans les fers. Le génie était le plus grand des crimes; ses travaux , ses titres de gloire, semblaient des actes solennels d'accusation. Parmi les hommes les plus justement célèbres dans les sciences, les lettres et les arts, les ûPs périssaient sur les échafauds du décemvirat ; les autres languissaient dans les bastilles; et ceux qui échappaient au glaive et aux chaînes se consumaient au moins en secret, sans activité, sans espoir, sans aucune autre consolation que celle qu'ils trouvaient dans leurs souvenirs, dans leurs conceptions et dans leurs consciences. »

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Par suite de ce rapport, des pensions furent accordées à Barthélémy (auteur du Voyage dAnachanis) , Brunck , Deparcieux , Dotteville , Moite, Naigeon, Partoentier, Pré ville, Sedaine, Vincent, Vien, de Wailly, Gail, Millin, Silvestre de Sacy, etc.

Mais une plus grande mission devait être conférée à Daunou. lia Convention, voulant mettre un terme à la déplorable confusion qui résultait de rétablissement du gouvernement révolutionnaire, nomma, dans sa séance du 4 floréal {*ii avril), une commission de onze membres, chargée de reviser les lois organiques de 1 793.

Ces onze membres étaient Baudin ( des àrdennes), Berlier, Boissy d'Anglas,Creuzé-Latouche, Daunou , Durand de Maillane, Lanjuinais, Lesage (d'Eure-et-Loir), Louvet, la Révellière-Lépaux et Thibaudeau.

Les noms de plusieurs de ces membres faisaient bien augurer de la nouvelle constitution. <c Boissy d'Ànglas, Daunou et Lanjuinais, noms qu'on retrouve toujours quand un rayon de liberté luit sur la France , étaient membres du comité de constitution , » a dit avec vérité madame de Staël'.

Un autre historien éclairé et impartial de la révolution, M. Mignet, a parlé en ces termes de la commission des onze et de la tâche qui lui était confiée : « Les membres de la commission

1 Considérations sur la révolulion française, t. II, p. i5i de redit. în-ia. ^

^3 DOCUMENTS BIOGRAPHIQIJES.

des onze^qtiîy avant les journées de prairial, n'avaient pas d'autre mission que de préparer les lois organiques de la constitution de gS, et qui, après ces journées, firent ceiles de Fan m, étaient à la tête du parti conventionilel. Ce parti n'était ni l'ancienne Gironde ni l'ancienne Montagne. Neu* ire jusqu'au 3i mai, assujetti jusqu'au 9 thermidor, il était entré en possession du pouvoir depuis cette époque, parce que la double défaite des girondins et des montagnards l'avait laissé le plus fort. C'est à lui que s'étaient réunis les hommes des côtés extrêmes qui avaient commencé la fu** sion. Merlin ( de Douai) représentait la partie de cette masse qui avait cédé aux circonstances, Thibaudeau la partie demeurée inactive, et Dau<nou la partie courageuse. Ce dernier s'était déclaré contre tous les coups d'Etat depuis l'ouverture de l'assemblée, et contre le 21 janvier, et contre le 3i mai, parce qu'il voulait le régime de la Convention, sans les violences et les mesures des partis. Après le 9 thermidor, il blâma l'acharnement déployé contre les chefs du gouvernement révolutionnaire dont il avait été la victime comme l'un des soixante-treize. Il avait obtenu beaucoup d'ascendant à mesure qu'on avançait vers le régime légal. Son attachement éclairé pour la révolution , sa noble indépendance , la sûreté et l'étendue de ses idées , et son imperturbable constance^ le rendirent l'un des acteurs les plus influents de cette époque. Il fut le principal auteur de la constitution de l'an m, et la Convention le chargea ,avec quelques autres de ses mem-

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