CHAPITRE V
Sans contester le zèle louable que ce conventionnel développa alors dans Tintérét des sciences et des arts, nous dirons qu'il ne faisait pas partie de la commission des onze qui introduisit la création de l'Institut dans la constitution, et nous ajouterons que Daunou fut le principal auteur de la loi du 3 brumaire an iv, sur l'instruction publique, par laquelle l'organisation de l'Institut fut complétée. Nous pouvons, au surplus, invoquer un témoignage contemporain fort grave sur (fette question : c'est celui delà Révellière-Lépaux , dans ses Mémoires inédits, où nous lisons : ce Le travail de la constitution achevé, Daunou présenta à la commission des onze le projet d'un Institut natio"nal. Cette belle conception, dont il fut r auteur, et dont il nous traça lui-même les détails, fut adoptée avec empressement par la commission, et ensuite par l'assemblée. »
S'il fallait ^joindre un autre témoignage contemporain à celui de la Révellière et aux actes législatifs que nous venons de citer, nous invoquerions celui dç,M. Sarrette, qui a pris, à cette époquq, une si grande part à la création du Conservatoire de musique, qu'il a dirigé avec une rare habileté jusqu'en i8i5. H nous a écrit une lettre qui contient ce passage ' : « La Convention nationale avait décrété, le i8 brumaire an ii de la république, qu'il serait établi dans la commune de Paris un Institut national de musique, pour l'enseignement de toutes ses parties. Chénier, dans la séance du
* Lettre du 5 octobre t84i.
78 DOCUMENTS BIOGRAPHIQI]ES.
10 thermidor an iii^ fit un rapport au nom du comité d'instruction publique, sur l'organisation de l'Institut national de musique. Le 16 thermidor, avant la discussion , Daunou me demanda dé renoncerau nom dMnstitut, dont il ai^aii un grand besoin pour t Institut national des sciences et des arts. Je sentis l'importance de la demande, et je priai Chénier de remplacer le mot Institut par celui de Conservatoire, comme indiquant justement le but de cet établissement. »
Daunou fut nommé rapporteur de la constitution; cependant, dans l'espoir de concilier plus franchement au nouveau gouvernement ^a coopération de Boissy d'Anglas, à qui sa belle conduite dans la journée du i^' prairial avait conquis une grande autorité , on Je chargea de rédiger le discours qui devait précéder la nouvelle constitution.
La discussion s'ouvrit le 16 messidor (4 juillet 1796), et se continua jusqu'au 5 fructidor (aa août). Daunou eut souvent occasion de monter à la tri* bune, et il y déploya un remarquable talent d'orateur et les vues élevées de l'homme d*État.
La Bévellière-Lépaux, dans ses Mémoires manuscrits que nous avons déjà cités, parle en ces termes du rôle que joua Daunou lors de la discus* sion de la constitution de l'an in : a U montra à la tribune et dans le sein de la commission, une profondeur et une étendue de connaissances sur-^ prenantes. Les détails les plus minutieux de l'organisation sociale lui étaient aussi familiers que les objets d'un ordre supérieur. Doué d'une clarté parfaite dans la pensée comme dans l'expression ,